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samedi 20 juin 2015

[Bérengère Rousseau] Rédemption

Quand un vieux médaillon et quelques documents anciens révèlent à Noâm les soupçons de collaboration qui pèsent sur son arrière-grand-père, son monde bascule. Comment accepter et vivre avec cette honte ? Il veut comprendre. Avec son meilleur ami, il se rend au Château de Noisy, là où son aïeul fut aperçu pour la dernière fois.
Sur place, ils sont victimes d’un éboulement. Ils se réveillent en 1944 à la veille de la Bataille des Ardennes. Noâm voit là l’occasion de restaurer l’honneur de sa famille, au risque de changer le cours de l’Histoire. Et si, justement, celle-ci avait déjà changé ?

Disponible en papier et numérique sur le site de l'éditeur, et toutes les plateformes de vente habituelles, ainsi qu'en librairie bien sûr ! :-)

A quoi sait-on qu'un coup de cœur est véritable ? Parce qu'il est fait pour durer : des semaines, que dis-je ?, des mois après sa lecture, on en garde un souvenir impérissable !! Ce qui est le cas de Rédemption, donc.

Je suis très heureuse de reprendre le blogging littéraire avec cet ouvrage qui sort vraiment de l'ordinaire. C'est une uchronie, oui, mais on assiste au sens littéral à la rupture temporelle : Bérengère Rousseau fait voyager son personnage principal de notre espace-temps jusqu'à un passé complètement métamorphosé, lequel va continuer de s'écarter de notre réalité par les actions dudit personnage principal. C'est culotté de manier l'uchronie dans l'uchronie, il fallait oser ! D'autant que l'exercice est ici délicat : l'auteur explore un pan d'histoire moderne (et belge) connu mais pas tant que ça du lectorat francophone, et elle joue avec ce que le lecteur sait, croit savoir, et va devoir intégrer... au final, elle recrée une Belgique de la Seconde Guerre mondiale plus vraie que nature, où réalité extralittéraire et intralittéraire se mêlent avec brio, sans déséquilibre, et avec un naturel déstabilisant. A tel point qu'on se demande parfois si tel ou tel événement a eu lieu, où si c'était à un endroit différent, etc. Bref, elle tisse sa toile avec un brio extraordinaire qui ne peut que vous emporter au fond de la tourmente avec les personnages !

Les personnages, parlons-en d'ailleurs... ils sont attachants, volontiers têtes à claques, mais assez généreux et intelligents pour rattraper ça. Ils ne prennent jamais de décisions idiotes et sont guidés par la logique et la raison plus que par les sentiments, même si ceux-ci ne sont jamais bien loin... et franchement, c'est un régal ! J'avoue en avoir marre des personnages qui prennent des décisions illogiques mais spectaculaires, juste parce que leur cœur le leur dicte ^^

Quant à l'écriture, elle est fluide et élégante, rapide, et elle nous porte sans faille jusqu'au mot fin. J'ai lu ce roman en quelques heures, sur deux jours, dans une frénésie : je crois que j'ai lu les 30 premières pages le premier soir, et le second, je me suis mise au lit à 21h exprès pour avoir le temps de le terminer avant minuit. Ce que j'ai fait. Pas un temps mort, un vrai sans faute !

Et la fin... la fin !!! Il faut le lire pour le croire. Là encore, l'auteur prend un risque, un vrai, et pour moi, c'est un pari réussi.

Bref, un livre écrit d'une plume virtuose et directe, qu'il vous faut absolument si vous êtes fan d'uchronie, de mondes parallèles, de paradoxes temporels... et d'histoire moderne, bien sûr ;-)

dimanche 6 juillet 2014

[Sophie Fischer] Les Marcheurs de brume

Titre : Les Marcheurs de brume
Auteurs : Sophie Fischer
Éditeur: Walrus Books
Nombre de pages : 200
Ebook only !

Le Nibel a recouvert le monde. Caprice de la Nature ou punition divine, nul ne le sait, mais cette brume maléfique regorge d'autant de mystères que de dangers. Contraints de se réfugier dans les montagnes pour lui échapper, les hommes ne peuvent voyager de ville en ville que lorsque le fléau retombe dans les vallées, au gré de marées hasardeuses dont seuls les guides connaissent les secrets. En sœur aînée responsable, Rikke a décidé de mener son frère Ulrich, atteint de cécité, jusqu'à la cité de Gilburg. Là-bas, parait-il, se trouveraient des médecins capables de lui rendre la vue. Sous la houlette de leur guide, Answald Friedhart, leur périple se révèlera une aventure aux multiples rencontres... pas toujours bienveillantes.

Vous aimerez :
- voyager entre nomadisme et sédentarisation
- les personnages
- les scènes où le Nibel se fâche
- les beaux paysages
- la réflexion théologique menée en filigrane


Vous n'y trouverez pas :
- de réponses à toutes vos questions
- une fin "concluante"

Mon avis ?
Me revoilà, après plus de trois semaines de "pause" non désirée... trop de choses me sont arrivées IRL pour pouvoir m'occuper du blog (des choses positives, je vous rassure ^^). Pourtant, j'ai plein de choses à vous raconter sur mes lectures, à commencer par Les Marcheurs de brume de Sophie Fischer ! Autant vous dire qu'on n'est pas passé loin du coup de cœur avec ce court volume unique : je l'ai dévoré en une soirée et, sincèrement, si l'auteur se lance dans un deuxième volume, je serai au rendez-vous !

Pourquoi j'ai tant adoré ? Eh bien, déjà, laissez-moi vous parler des personnages principaux. Nous avons tout d'abord Answald, le guide dont le rôle est de guider les voyageurs entre les villes. S'il y a un souci ou une subite montée de la brume (qui d'ordinaire reste tranquille dans les vallées en bas), c'est à lui de tout faire pour sauver son groupe ! Chaque voyageur paye un montant assez exorbitant pour voyager, et prend des risques insensés... il faut donc avoir une vraie bonne raison pour se lancer dans une telle aventure. La plupart des gens se terrent dans des villes posées très très haut dans les montagnes, et les marcheurs de brume sont une catégorie de gens très particulière. A la fois nomades, mais aussi exilés d'un genre un peu spécial, ils résonnent de dizaines d'échos et d'histoires de voyageurs. C'est beau et poétique à la fois, comme condition :-) Leur philosophie de vie est à cette image, et les personnages n'en sont que davantage attachants. Bref, tout ça pour dire que j'ai d'emblée de jeu adoré Answald, car il m'est apparu comme un voyageurs ermite grincheux et renfrogné en mal d'amour et, bah, ça parle à mon cœur tout ça ^^
Rikke et Ulrich, eux, sont respectivement grande sœur et petit frère. Ulrich est aveugle, et bien que sa soeur désire ardemment lui rendre la vue grâce à la chirurgie, lui... ben pas trop. Il ne considère pas ça comme un handicap, il vit très bien avec et tente de faire comprendre à sa soeur qu'elle ne peut pas "sauver" tout le monde, et qu'il est heureux ainsi. Leur relation est extrêmement bien dépeinte, je me suis tout à fait retrouvée dans Rikke, dans la manière dont elle aborde les responsabilités envers son petit frère, etc. Leurs disputes sonnent de manière très authentique par ailleurs ;-)
Bref, vous l'aurez compris, le trio de personnages principaux est superbe, très bien géré, et franchement attachant.

Côté contexte, on est clairement dans une société post-apo. Mais bien que la société dépeinte dans les villes ressemble fort à une société victorienne steampunk, et que de nombreux indices tendent à placer l'action quelque part au nord de l'Europe (en Allemagne pour être précise), je n'ai pu m'empêcher d'imaginer les chemins de montagne à l'image des hauteurs tibétaines. Un peu comme ça, en fait, pour tout vous dire. Sophie Fischer fait souvent allusion à des plaines rocailleuses et très vastes, à des neiges éternelles, à une végétation éparse... et moi, ça m'a tout de suite évoqué le Tibet ^^ Sûrement parce que, quelques semaines avant de lire ce roman, j'ai visité le musée consacré à Alexandra David Néel, la première femme européenne à avoir pénétré à Lhassa ! ^^

Mis à part ça, le style est très fluide, clair et évocateur. L'auteur a su choisir des tournures à la fois fortes et simples, qui retranscrivent bien l'ambiance qu'on peut associer à l'univers rocailleux des chemins de "randonnée" sur les sommets du monde.

L'intrigue est assez prévisible, mais ce n'est pas très gênant au final : on capte direct le "faux" triangle amoureux, de même qu'une montée de brume super forte qu'on attend de voir dès le début de l'histoire... cela étant, pour ce dernier point, l'auteur joue fort bien avec cette anticipation du lecteur, la retarde le plus longtemps possible, puis nous sert une série de chapitres plein d'action et de retournements de situation, qui forment un final qui prend près d'un tiers du roman et nous en met plein les yeux !

L'épilogue, trop court en revanche, clôt bien trop rapidement les choses alors que tant de questions restent en suspens... comme pour La Chasseuse de livres chez le même éditeur, j'ai trouvé la conclusion trop expéditive. Si elle avait été plus longue, j'aurais refermé le livre avec le sentiment d'avoir fait mes adieux aux personnages, à l'univers... là, c'était trop rapide, et le goût de trop-peu a écarté l'effet coup de coeur...
J'attends de pied ferme un éventuel tome 2, car je n'ai pas eu assez de brume et de beaux paysages. Encore, encore !!!

mercredi 4 juin 2014

[Collectif] Rétro-fictions

Titre : Rétro-fictions
Auteurs : Jeanne-A Debats, Sylvie Jeanne Bretaud, Arnaud Cuidet, Léon Calgnac, Francis Carpentier, Brice Tarvel, Jean-Hugues Villacampa, Jean-Luc Boutel, Artikel Unbekannt, Anthony Boulanger, Jérôme Verschueren, Jean Bury, Julien Heylbroeck, Bruno Baudart, Patrice Verry, Robert Darvel
Editeur : ImaJ'nère
Nombre de pages : 300
En commande sur le site d'ImaJn'ère

Toute œuvre de fiction est une œuvre d’imagination. Serait-ce donc à tort que le langage courant attribuerait le terme « imaginaire » aux seules littératures relevant de la science-fiction, du fantastique ou de la fantasy ? On pourrait arguer que ces littératures, de par leur nature même, possèdent un « degré » supplémentaire d’imagination, mais ce serait rentrer dans un débat d’étiquette stérile. L’association imaJn’ère préfère vous proposer une « littérature populaire », au sens de la créativité, de la distraction et de l’accessibilité à tous.
Dans ce recueil, vous découvrirez des textes pouvant s’apparenter à des genres aussi variés que le polar, la SF, le fantastique, l’humour, l’aventure, ainsi que d’autres que les inconditionnels de l’étiquetage auront bien du mal à classer.
Ces nouvelles possèdent cependant un point commun : toutes se déroulent entre la fin du xixe siècle et le début du xxe. Une anthologie rétro qui vous surprendra !
Sous une superbe couverture de Nicollet et en hommage aux éditions Néo.

Vous aimerez :
- la vaste palettes de style
- souffler le chaud et le froid côté ambiances
- le côté "laboratoire d'idées folles" de l'anthologie

Vous n'y trouverez pas :
- autant d'illustrations intérieures que dans les éditions précédentes
- beaucoup de textes qui sortent de l'aire culturelle européenne

Mon avis ?
Il est des rendez-vous annuels que je ne loupe jamais... en fait, non, il n'y en a qu'un, et c'est l'anthologie annuelle de l'association ImaJ'nère ! Cela fait trois ans que je réponds présente, trois ans que je m'éclate comme une petite folle en lisant les textes. Après nous avoir offert de l'uchronie en pagaille il y a deux ans, et du post-apo à toutes les sauces l'an passé, les auteurs d'ImaJ'nère et les invités spéciaux nous proposent tout simplement "une aventure se déroulant entre 1851 et 1949", pour citer la préface de Jean-Hugues Villacampa. Un thème simple, vaste, qui permet de varier les styles, les approches, les époques, les lieux... pari réussi !! Si j'avais pu regretter une légère hégémonie des ambiances dans les anthologies précédentes, force est de constater, ici, que ce n'est absolument pas le cas : on voyage beaucoup, le plus souvent en Europe, mais à travers des textes si différents qu'il est impossible de s'ennuyer une seule seconde !

J'ai vraiment adoré cette anthologie, et ce, parce que j'ai aimé tous les textes... Oui, vous avez bien lu, tous les textes ! Soit pour leurs personnages, soit pour leur humour, soit pour les trouvailles historiques... c'est un régal !!

Comme d'habitude, ma petite sélection de favoris :
* La Garde rouge, d'Arnaud Cuidet : une revisitation steampunk de la Commune de Paris, avec des personnages frais, bien croqués, et une ambiance bien dépeinte, une écriture séduisante... ainsi que des descriptions de combats de robots géants tout à fait divertissantes. J'ai retrouvé mon âme d'enfant avec ce texte, et de rebelle en goguette, et j'ai adoré ce que j'ai ressenti à la lecture, car ce texte réveille beaucoup d'émotions chez le lecteur. Un régal !
* La Porte bleue, de Brice Tarvel, ou quand Angers est envahi par les vélociraptors... un texte décalé, très très drôle, avec un humour picaresque de rigueur qui m'a tout simplement ravie du début à la fin. C'est drôle, c'est divertissant, et pour ne rien gâcher c'est super bien écrit ! Difficile d'en dire plus sur cet OVNI littéraire sans vous gâcher le plaisir... sauf, peut-être, que son personnage principal est un sympathique libraire, ce qui ne peut que le rendre attachant, n'est-ce pas ?!
* Écarlate était le ciel, d'Anthony Boulanger : j'entends déjà souffler dans le fond de la salle : "vendue, tu connais l'auteur, tu as bêta-lu ses romans !" Eh bien oui, j'ai bêta-lu ses romans parce que j'aimais ce qu'il faisait (et non l'inverse ^^), et je peux vous dire sans mentir que cette nouvelle est encore meilleure que toutes celles que j'avais déjà pu lire de l'auteur (notamment dans son recueil chez Voy'el). Enfin bref, Anthony Boulanger nous livre ici une uchronie détonante : la seconde guerre mondiale n'a jamais eu lieu car la Terre fait face à des Résurgences, espèces de bulles de noirceur desquelles s'échappent des créatures de cauchemar qui dévorent tout sur leur passage... et l'Europe fait front uni. On vit cette uchronie du point de vue des aviateurs de différentes armées d'Europe. Une nouvelle émouvante, avec beaucoup d'héroïsme et d'Humanités dedans, avec un grand H au début et un petit s à la fin, oui-oui-oui.
* La Rouille, de Jean Burry : où le docteur Pasteur tente d'enrayer une épidémie d'un tout nouveau genre dans un Paris rétro-moderniste, avec une technologie omniprésente... et où la Rouille, la rage des machines, peut se transmettre par simple morsure ! Mais au-delà du contexte hyper bien trouvé, c'est le duo de personnages principaux qui va vous émouvoir : la relation père-fils et maître-apprenti qui se tisse entre Pasteur et le garçon des rues qu'il récupère est toute simple, et sonne très vrai. J'ai versé ma petite larme sur la fin, je ne m'en cache pas.
* L'empereur, le préfet et l'ingénieur, de Patrice Verry, qui nous livre (encore !) une histoire d'E.-T. mais (toujours !!) avec un grand talent de conteur. Le texte est doux, drôle et amer à la fois. Plein d'espoir et de regrets. Avec une belle histoire alternative de la tour Eiffel et du Paris haussmanien. Une très belle histoire, encore, que nous livre Patrice Verry, qui continue d'explorer un thème cher à son cœur : les grandes épopées spatiales, oui, mais avant tout humaines...

J'ai beaucoup aimé les autres nouvelles aussi, je le répète, et il serait vraiment dommage pour vous de passer à côté de cette anthologie si vous êtes :
1) fan d'histoire et de l'époque en question (fin 19e, début 20e)
2) féru de steampunk et d'uchronie
3) curieux de lire des textes un poil déjanté sur le sujet/les époques en question.

Trois bonnes raisons de lire cette anthologie, à ajouter aux seize bonnes nouvelles qui s'y trouvent. Fan d'histoire, de steampunk et d'uchronie... jetez-vous dessus !!

lundi 26 mai 2014

[Collectif] Montres enchantées

Titre : Montres enchantées
Auteur : Marie Angel, Marie Lucie Bougon, Esther Brassac, Fabien Clavel, Sophie Dabat, Hélène Duc, Clémence Godefroy, Cécile Guillot, Claire Stassin, Geoffrey Legrand, Lucie G. Matteoldi, Pascaline Nolot, Laurent Pendarias, Marine Sivan, Marianne Stern, Vincent Tassy, Adeline Tosello
Editeur : Editions du Chat Noir
Nombre de pages : 396 (en version papier)

Indécis entre fuite et union, le temps est un amant insaisissable. Omniprésent, dès qu’on le regarde, il s’efface pourtant, déjà évanescent. Inlassablement, il permet croissance ou use jusqu’à l’extinction. L’être humain pourchasse depuis toujours ce dieu créateur et destructeur, en quête de son asservissement. Secondes, minutes, heures… L’esprit cartésien a beau le fractionner, il n’en demeure pas moins incontrôlable.
Et si la relecture de notre passé, de notre culture, ou encore du progrès scientifique nous en accordait la maîtrise, l’Homme saurait-il mieux gérer son temps ?
Plongez-vous sans perdre une minute dans cette anthologie et peut-être, parmi ses pages, percevrez-vous le tic-tac de ces montres enchantées.




Vous aimerez :
- la superbe couverture et la maquette élégante
- la variété des approches, des styles
- découvrir de nouvelles plumes de talent, complètement inconnues jusqu'à lors
- l'excellence générale des textes

Vous n'y trouverez pas :
- de texte déprimant !
- de hors-sujet
- de texte qui renouvelle le genre ou sorte de la sphère européenne

Mon avis ?
Le steampunk a la côte en ce moment, et le nombre de publications dans le genre ne cesse chaque mois d'augmenter (oui, à ce point !). Les éditions du Chat Noir inaugurent leur collection "Black Steam" avec cette anthologie sur le thème des montres et autres mécanismes temporels enchantés... et je dois dire que c'est une réussite. Sans être un coup de cœur, cette anthologie a su me faire voyager, rêver, rire et frémir !

Le voyage commence avec la magnifique couverture sépia signée Catherine Nodet, qui réussit à rendre chaudes des couleurs pourtant assez froides... joli ! Il se poursuit avec des textes très bien agencés : on constate une progression logique, un fil rouge suivi, en même temps que le soin apporté aux variations de rythmes, d'ambiances, de types, etc. Le tout donne une anthologie assez équilibrée, qui comporte pas moins de dix-sept nouvelles. Parmi elles, beaucoup de plumes inconnues, dont certaines trèèèès belles surprises et d'autres moins (deux ou trois textes n'avaient à mon sens pas leur place dans cette anthologie, car pas assez aboutis, mais c'est peut-être une question de goût...). Mis à part cela, le seul reproche que j'aurais à faire, éventuellement, c'est le manque de curiosité culturelle des auteurs : toujours l'Angleterre, ou Paris, et toujours le 19e siècle... je veux bien que le steampunk plonge ses racines dans l'Angleterre victorienne mais un peu de changement ne serait pas malvenu, d'autant plus que si je trouvais original de croiser Sherlock Holmes à travers les textes steampunk, je commence à trouver ça lassant... néanmoins, dans l'anthologie, deux ou trois textes brisent la monotonie de cette uniformité victorienne, et je vais d'ailleurs vous en parler. ^^

Si je devais ne retenir que quatre textes, ce seraient...
* Tourbillon aux Trois Ponts d'or, de Fabien Clavel : un mystère à huis-clos, une bulle temporelle dans laquelle un inspecteur et son assistant se retrouvent enfermés malgré eux... tout pour me plaire ! La fin de la boucle temporelle ne prendra fin que s'ils découvrent pourquoi le macchabée dans la pièce est mort. Le style est fin, ciselé. Le décor travaillé. Les personnages surprenants. Et la résolution du mystère... pas évidente ! Une nouvelle dans la plus pure tradition du mystère à huit-clos, j'ai adoré !
* Je reviendrai..., de Laurent Pendarias : auteur inconnu au bataillon, qui explore le thème du paradoxe temporel avec des machines envoyées dans le passé pour tuer un homme... nul autre que Kant ! J'ai adorer croiser ce personnage, le voir jouer de rhétorique et de philosophie. Le style est maîtrisé, le décor original, l'intrigue simple mais efficace... et la chute inattendue !! Très belle plume, j'espère en lire davantage de sa part à l'avenir !
* Le Club des érudits hallucinés, de Marie-Lucie Bougon : voilà un texte difficile à résumer sans vous gâcher le plaisir de la découverte... disons qu'il s'y trouve un soupçon de S.-F. à cause de son thème principal (les machines ont-elles une âme ?), mais que sa principale force réside dans sa galerie de très nombreux et très attachants personnages ! Tous sont croqués tour après tour, et cette série de portraits à l'ancienne mode de la fin du 19e siècle m'a vraiment émue et charmée. Plume inconnue au bataillon, là encore, et pareil, j'espère en lire plus très bientôt.
* When Times Drive You Insane, de Lucie G. Matteoldi : encore une première publication pour une auteur inconnue, et... woaw !! Certainement ma nouvelle préférée d'entre toutes, qui mélange drame, mythologie grecque et steampunk. Il s'agit ni plus ni moins que d'une réécriture steampunk du mythe d'Orphée et d'Eurydice, et tout, de la forme à l'intrigue, regorge de surprises et d'originalité. C'est beau, émouvant, très bien écrit. Bref, je crois que c'est ma nouvelle préférée de toute l'anthologie !

J'ai également aimé d'autres nouvelles, comme Et depuis, je compte les heures, qui ouvre l'anthologie, ou The Pink Tea Time Club, qui nous présente l'univers de la série numérique éponyme de Cécile Guillot (également publié aux éditions du Chat Noir). Pacte mécanique était également une belle découverte.

Vous l'aurez compris, Montres enchantées est une sympathique anthologie où tout le monde devrait trouver son compte, à condition bien entendu d'aimer le steampunk. A conseiller aux férus du genre, comme à ceux qui souhaiteraient s'y initier. ^___^

vendredi 16 mai 2014

[Julien Pinson] La Plume du Quetzalcóatl

Titre : La Plume du Quetzalcóatl
Auteur : Julien Pinson
Editeur : Voy'[el]
Nombre de pages : 244 (en version numérique)

Après sept années passées au Nouveau Monde, le Pacifieur Impérial Arthorius revient à Rome avec, dans ses bagages, un colis bien embarrassant : une plume étrange qui jette le discrédit sur une des figures majeures de l’Empire Romain Millénaire : La Déesse Athéna, elle même.
Arthorius se trouve alors plongé, malgré lui, au centre des intrigues olympiennes dans une enquête qui le conduira jusqu’à la Frontière, au cœur des Montagnes Rocheuses.
Au fil de son voyage rien ne lui sera épargné, ni les courses poursuites avec les gangs de Néo Rhodes, ni les fusillades avec les tribus indiennes, pas même la compagnie de Dom, un faune vétéran de la légion, adepte du sarcasme à outrance.

Vous aimerez :
- le point uchronique choisi (hyper original !)
- y découvrir un steampunk qui ne soit pas victorien (ça change !)
- l'humour omniprésent (mais pas envahissant)
- le style, très léché

Vous n'y trouverez pas :
- des personnages très proches du lecteurs
- une intrigue au rythme régulier
- de sentiments/d'introspections

Mon avis ?
Cela faisait un moment que cette fameuse plume ne narguait depuis ma liseuse et, tout récemment, j'ai répondu à son appel... ce roman m'intriguait principalement à cause de l'aire culturelle choisie pour développer le steampunk. On est très habitués au steampunk victorien, avec Sa Majesté Victoria, etc. Ici... on en est bieeeen loin ! Au contraire, on plonge dans un steampunk antique, très mélangé, où l'empire romain côtoie le nouveau monde amérindien. On croise des Hoplites, une arène de combat, une Rôme au mieux de sa forme, très populeuse et vivante... l'univers est un vrai régal pour le lecteur, il fourmille d'inventions folles, loufoques, mais aussi de personnages aux origines variées, plus ou moins bariolés... un régal pour les yeux ! Chaque page recèle une surprise à la sauce steam, ou d'un indice quant au point d'uchronie choisi par l'auteur...

Ce point d'uchronie, justement, n'est jamais évoqué clairement, mais j'ai si j'ai bien suivi le jeu de piste lancé par l'auteur dès le premier chapitre, je *crois* qu'il s'agit de la guerre de Troie. Guerre de Troie dont nous profitons d'un récit conté au milieu du roman, un de mes passages préférés ! J'ai adoré cette revisitation du mythe, qui commence de façon très classique, presque réelle, avant de plonger dans l'uchronie la plus totale avec l'intervention des Amazones et autres peuples. Vraiment génial ! Je suppose, du coup, que l'expression "cheval de Troie" n'existe pas dans cet univers... vu que l'événement n'a jamais eu lieu, si je me souviens bien de ma lecture ;-)

L'univers est donc le gros point fort de ce roman, son pilier pourrait-on dire. Pour le reste... j'avoue être plus mitigée.
Tout d'abord, je n'ai pas accroché aux personnages. Mis à part le satyre Dom, qui est l'acolyte du héros et qui n'a pas la langue dans sa poche, je les ai trouvé assez "uniformes", dans le sens où l'on explore qu'une seule facette d'eux et que l'auteur n'approfondit pas. J'aimais beaucoup Artorius au début, le héros, mais au final je l'ai trouvé un peu lisse. Trop parfait, trop militaire. En fait, ce qui manque à ces personnages, c'est un peu d'émotions, un supplément d'âme que seul Dom semble posséder, puisqu'il est le seul à avoir... des défauts ! Des défauts qui l'ont rendu humain, attachant à mes yeux.
D'autre part, si l'intrigue est excellente, sa mise en place m'a laissée songeuse. Je l'ai trouvée présentée de manière assez décousue : certains éléments auraient mérités d'être présentés plus tôt, d'autre plus tard... sans tomber dans l'analyse structurelle, c'est ainsi que je l'ai ressenti.
 
Donc voilà, je suis un peu partagée sur ce roman : il est d'excellente facture, super bien écrit, très drôle, avec un univers hyper approfondi... peut-être même trop présent par moments, au détriment du rythme de l'intrigue, c'est ça en fait qui m'a gênée le plus. Et qui fait que l'intrigue a un aspect décousu. De même, les personnages sont un peu "noyés" dans cet univers gigantesque et fantastique. En fait, je crois que si le roman avait eu une centaine de pages de plus, les personnages auraient pu avoir plus de place pour s'exprimer, et l'intrigue pour se déployer.

Au final, j'ai plutôt aimé, et ce que je retiendrai surtout de ce livre, c'est la minutie avec laquelle l'auteur a su créer son univers steampunk et le développer, à bien des niveaux, tant sociaux, religieux, économiques et militaires. Un exemple à suivre en termes d'univers steampunk !

dimanche 2 mars 2014

[Raphaël Albert] Avant le Déluge

Titre : Rue Farfadet
Auteur : Raphaël Albert
Editeur : Mnémos – Hélios poche
Nombre de pages : 390
Comme dans Rue Farfadet, Raphaël Albert nous projette dans Panam, un Paris du 19ème siècle décalé : la Révolution française n’a pas eu lieu mais elle couve, les manifestations d’ouvriers sont nombreuses, la ville est la capitale d’un Royaume multiracial où les humains dominent des nains vaincus et des elfes réfugiés au sein de forêts impénétrables. Les centaures-taxis côtoient coches et motos à vapeur. La magie très codifiée par des mages académiciens sert à la vie de tous les jours. Dans ce deuxième roman, Raphaël Albert reprend ses personnages là où il les a laissés. Les voilà célèbres, installés et les poches remplies. Pourtant, ils vont devoir affronter des entreprises encore plus dangereuses et malfaisantes. Tout en approfondissant son univers, l’auteur tisse une intrigue encore plus palpitante et entraînante. Nous en apprenons plus sur le destin passé de Sylvo Sylvain, les raisons de son exil ou de son amitié avec Pixel. 

Vous aimerez :
- le style truculent
- l'univers multiréférencé
- l'humour
- le mélange des genres
- l'esprit politiquement engagé

Vous n'y trouverez pas :
- un rythme aussi calme qu'au premier tome
- un suspens à couper le souffle

Mon avis ?
Le premier tome avait déjà été un coup de cœur dès le premier chapitre, et, là aussi, il n'a pas fallu plus d'une page ou deux, ici, pour me convaincre et m'embarquer dans ma lecture. Définitivement conquise. Irrémédiablement ravie par la plume de l'auteur.

Quel deuxième tome, mes amis ! Un tome plein de suspens, qui va crescendo. Plein de révélations, aussi. Et quel final, un final !! Un des meilleurs et des pires de ma vie de lectrice. Le meilleur car, côté rythme et montée en puissance des événements, on ne fait pas mieux. Le pire, aussi, car il y a du sang, des sacrifices, des trahisons, et pas n'importe lesquelles... mon cœur de lectrice a souffert, saigné et pleuré. Beaucoup, beaucoup pleuré. D'autant plus que l'auteur ne se contente pas de nous l'arracher, ce coeur, il l'écartèle, aussi, le crucifie, le piétinne, puis le brûle et éparpille les cendres, juste au cas où vous comptiez vous remettre du traumatisme final.

Vous êtes donc prévenus, amis lecteurs : ce deuxième tome a tout d'un enfant de chœur, jusqu'au moment fatidique où le final commence et où, là, l'implacable machine du Destin se met à marcher au même pas que celle du Chaos. Un Chaos définitif et, forcément, incontrôlable !

Bizarrement, j'ai commencé par la fin... alors que ma chronique devrait commencer par le début, par exemple, je pourrais plutôt vous décrire Sylvo, qui se la coule douce avec Pixel, qui a même créé une véritable agence de détective, laquelle s'est enrichie de nouveaux membres sympathiques, étranges et extraordinairement doués. Une galerie de nouveaux personnages, qui ont tous une part importante dans l'intrigue et ne sont pas à un seul moment oublié : ainsi, on a beau suivre Sylvo et Pixel de manière exclusive dans la narration, on sait que, quelque part ailleurs, grâce à ces autres personnages tout aussi impliqués qu'eux, l'affaire avance, sur d'autres aspects. Avance... ou s'empire.

Parmi ces personnages, on retrouve notamment Hobo, un gars hyper calme, qui a tendance à calmer tout le monde par la voix, simplement, un talent naturel que Sylvo nomme avec son humour coutumier "l'effet Hobo" (like a Hoboooo ♫ ahem pardon). Hobo qui n'est jamais sans son partenaire, le Géomètre. Il y a aussi la nouvelle secrétaire de l'agence qui est... une orque ! Zerbï, dont j'ai adoré le caractère à la fois fort et féminin, et que Sylvo a le bon goût de ne pas traiter en "faible femme" mais en forte femme (j'aime Sylvo, je vous l'ai dit déjà ??) Sylvo qui tente d'organiser et de protéger tout cet entourage qui ressemble fort à une nouvelle famille, pour l'elfe exilé...

Exil au sujet duquel on n'en apprend pas mal, même si de grandes zones d'ombre persistent ! On a cependant droit à de nombreux flashbacks et, dans le fameux grand final qui fait très très mal, deux personnages que je ne citerai pas nous en revèlent plus malgré eux, au cours d'une dispute qui fait tout voler en éclats.

Voilà voilà. Donc, si je récapitule : écriture puissante et évocatrice, humour omniprésent mais jamais pesant, intrigue tentaculaire aux rebondissements implacables, personnages décalés et extrêmement bien développés, suspens qui va crescendo, parfait dosage entre Ordre et Chaos, final explosif, cœur de lectrice réduit en cendres... et puis je ne vous ai même pas parlé du fameux voleur, Arsène Lutin, qui joue un rôle plus qu'important dans l'affaire !! ;-)

Un coup de cœur, sous tous les aspects, pour le style, l'humour, l'intrigue, les personnages absolument fabuleux ! Et pour ne rien gâcher, le tome 3 est à venir en 2014, ouf. Bref, qu'attendez-vous pour vous jetez dessus ??

samedi 18 janvier 2014

[Lilian Peschet] La Brigade des Loups S01E03

Titre : La Brigade des Loups – S01E03
Auteur : Lilian Peschet
Editeur : Voy'[el] – collection e-courts
Nombre de pages : ~45 pages
En numérique uniquement.
Premier épisode gratuit à télécharger sur Immatériel ! La suite à 0€99.

2020. L'épidémie de lycanthropie sévit en Europe depuis près de trente ans. La Roumanie est l'un des pays les plus en pointe concernant la recherche sur ce rétrovirus, mais aussi l'un des rares où les lupins ont le droit de vivre dans la société.
Sous certaines restrictions.
Pour s'occuper des crimes lupins, des unités de polices spéciales exclusivement composées de malades ont été créées.
On les appelle les Brigades des loups.

Le procès du capitaine de la Brigade s'ouvre alors que la haine anti-lupins ne cesse de croître. Les extrémistes, qui gagnent du terrain, deviennent une véritable menace. Au milieu de la tourmente qui se lève, l'avenir de la Brigade est de plus en plus incertain...
 Vous aimerez :
- l'alternance des points de vue
- l'uchronie très appuyée
- le rythme et la fluidité du style
- le côté "critique sociale annoncée"

Vous n'y trouverez pas :
- de temps mort
- de descriptions
- une exploitation classique du mythe du lycan

Mon avis ?
Remise en cause dans l'épisode 1, accusée dans l'épisode 2, la Brigade des Loups est désormais carrément disloquée dans cet épisode 3. Et c'est le début d'une longue traque...

Le suspens va crescendo dans ce troisième épisode : on sait ce qui va se passer, on sait qu'on est en train d'y assister, petit événement par petit événement, et on y assiste, impuissant... mais surtout curieux. Car la Brigade, qui est aussi une meute à sa manière, va se disloquer. La façon dont les différents points de vue étaient agencés dans le premier épisode prend ici tout son sens : chaque membre de la Brigade va emprunter un chemin différent. Parfois fait de sang et de révolte, parfois fait de fuite et d'espoir, parfois quelque part entre les deux... il y a les blessés, les indécis, les révoltés. Dans tous les cas, ils sont victimes, manipulés par l'opinion publique et ceux qui en tirent les ficelles. Manipulés par l'armée. Manipulés par tous.

La Roumanie s'enflamme et débute une chasse au loup. La Roumanie, qui était le dernier bastion des lycans libres dans une Europe qui leur est hostile. Les membres de la Brigade n'ont nulle part où fuir et se retrouvent confrontés à des choix impossibles.

Tout le suspens de cet épisode, qui se dévore encore plus vite que les précédents, repose là-dessus. Les choix de chacun.

L'uchronie politique mise en place dans les deux premiers épisodes prend un virage sanglant, et si la série annonçait une couleur clairement "noire" et "polar" au début, elle prend ici un tournant plus révolutionnaire. Amis réfractaires aux récits hautement politisés, passez votre chemin ! Sinon, vous en reprendrez bien un bout ?

J'attends l'épisode 4 de pied ferme...

A noter que l'émission Rêves et Cris parlait hier soir en termes très élogieux de cette série qui est VRAIMENT incontournable ! ;-)

mercredi 6 novembre 2013

[Raphaël Albert] Rue Farfadet

Titre : Rue Farfadet

Auteur : Raphaël Albert
Editeur : Mnémos – Hélios poche
Nombre de pages : 282


Panam, dans les années 1880 : les humains ont repris depuis longtemps la main sur les Peuples Anciens. Sylvo Sylvain a posé son havresac dans la rue Farfadet, gouailleuse à souhait. Chapeau melon vissé sur le crâne, clope au bec, en compagnie de son fidèle ami Pixel, il exerce la profession exaltante de détective privé et les affaires sont nombreuses ! Des adultères à photographier, des maris jaloux, des femmes trompées, etc. Ni très rémunérateur, ni très glorieux que tout ceci. Alors, Sylvo fréquente assidûment les bars, les cafés et les lieux de plaisir en tout genre où son charme envoûte ces dames...
Jusqu’au jour où, lors d’une banale enquête de routine, il se trouve mêlé à une machination dépassant l’entendement. Le voilà, bien malgré lui, chargé de l’affaire par l’un des trois puissants ducs de Panam. Saura-t-il tirer son épingle de ce jeu compliqué et dangereux ?

Dans ce premier roman Raphaël Albert déploie un art consommé de l’écriture. Il nous fait palpiter au rythme d’une histoire passionnante de bout en bout. Il trousse avec style un personnage attachant et original et invente un univers surprenant de fantasy steampunk où l’on croise centaures taxis, motos à vapeur et magie de bataille.

Vous aimerez :
- le style truculent
- l'univers multiréférencé
- l'humour
- le mélange des genres
- l'esprit politiquement engagé

Vous n'y trouverez pas :
- un rythme effrené
- un suspens à couper le souffle

Mon avis ?
Un coup de cœur dès le premier chapitre... que dis-je ? Dès la première ligne ! En quelques mots, Raphaël Albert instille un style plein d'humour et annonce tout de suite la couleur : il n'y en aura pas de précise, car ce sera un véritable feu d'artifice de mélanges ! Entre polar et fantasy, uchronie et steampunk, chaque phrase participe à la création d'un univers d'une incroyable richesse, tant sur le fond que sur la forme.

Le premier chapitre est, en cela, une réussite magistrale. Nous suivons un personnage, présenté ainsi aux premières lignes :

Martin, c'était son nom.
Martin le nain.

D'ores et déjà, nous naviguons entre des repères familiers (Martin, prénom francophone banal s'il en est (désolée pour les Martins qui me lisent !)), mais qui est un nain. Ensuite, l'auteur enchaîne sur une description de l'habitat du nain, qui vit en banlieue de Paname, la capitale, dont le plan et les caractéristiques aussi bien sociales que culturelles font bien entendu tout de suite penser à notre Paris. Un décalage, un glissement complet entre ce que nous attendons et ce que le roman présente vraiment, et d'un personnage nommé Martin, et d'un nain, et de l'endroit où il habite !! 

C'est un Paris complètement revisité que nous découvrons dans les pas de Martin le nain, dont l'histoire se poursuit jusqu'à ce qu'un surprenant narrateur en "je" n'émerge.
Et oui ! Car bien entendu, ce n'est pas l'histoire de Martin que nous suivons, mais celle de l'homme qui suit Martin : Sylvo, un farfadet qui officie en tant que détective privé !
Autant vous dire, j'ai a-do-ré me faire surprendre par cette émergence tardive du vrai narrateur, qui n'intervient qu'au bout d'une dizaine de pages. Cela  provoque un effet délicieux sur le lecteur que nous sommes : en effet, dès que la description de la journée typique de Martin le nain cesse, Sylvo prend la parole et la truculence du style n'en est que plus géniale.

Truculent par bien des aspects : l'humour, l'aspect troussé des phrases même les plus simples, le côté picaresque des aventures et, aussi, les références qui se croisent. Ce qui est génial, c'est qu'on n'a pas besoin d'être un spécialiste pour savourer lesdites références : on peut lire ce livre avec zéro culture ou s'amuser à repérer tous les clins d’œils qui le parsèment. Dans l'un ou l'autre des cas, le livre reste un délice ! J'ai dû louper pas mal desdites références, d'ailleurs, mais ça ne m'a pas forcément manqué. Au contraire, je me dis que c'est l'occasion de relire le livre d'ici 2 ou 3 ans, et de voir quelles références supplémentaires je décèle avec plus de recul. ;)
Il y a vraiment de tout, je peux vous le dire : ça va d'un personnage nommé Mère Michelle, qui a perdu son chat (si si si ^^), aux légendes obscures venant de pas mal de cultures différentes, comme un clin d'oeil à la culture indienne, italienne, etc. – ces références restent majoritairement européennes, cela dit, mais l'emplacement spatio-temporel de l'intrigue et du personnages rendent cela nécessaire. Forcément, le personnage est panaméen et a la culture d'un panaméen de Paname, pas d'ailleurs ! ;-)

En parlant de ce personnage, Sylvo, je l'ai trouvé attachant à tous points de vue : oh, oui, il est un peu macho ; oui, il est très cynique aussi ; et il boit énormément en plus d'être un fieffé fainéant... mais il est aussi courageux et plein d'allant, fidèle à lui-même, et surtout sincère et conscient de ses défauts (qu'il n'essaie pas pour autant d'améliorer, ce qui ne le rend que plus réaliste et attachant quelque part). J'ai trouvé le traitement du personnage extrêmement bien tourné. Cela est dû non seulement à la "voix" unique du personnage, fortement mise en avant par le style, mais aussi aux rapports qu'il entretient avec les autres figures qui traversent le roman : même quand celles-ci sont de pures crapules, Sylvo leur trouve d'une manière ou d'une autre une qualité qui les rachète. Couplée au cynisme éruptif mais jamais vainqueur de Sylvo, j'ai trouvé cela d'une remarquable subtilité, car ça en dit long sur le personnage non pas comme il se voit mais comme il est vraiment. Et ça, perso, ça a gagné mon cœur de lectrice. ^_^

Enfin, pour terminer,un dernier argument pour vous donner envie de lire ce livre : la narration est par bien des aspects innovantes et a-normative, je l'ai déjà dit pour le premier chapitre, mais c'est tout aussi vrai pour le reste du roman et, surtout, son épisode final. Je ne vous révèle rien de cette pirouette stylistique qui, plus qu'une pirouette, représente un vrai tour de force, mais je vous assure que tout le roman vaut le coup, ne serait-ce que pour ces deux retournements de situations qui se répercutent jusque dans la forme du texte.

En conclusion, si vous aimez les univers complexes et les personnages a priori superficiels qui se révèlent au final bien plus profonds qu'ils n'y paraissent, je ne peux que vous conseiller de vous jeter sur Rue Farfadet !! Un métissage réussi entre steampunk, polar et fantasy ; une pépite de style et d'humour !

vendredi 20 septembre 2013

[Franck Labat] Naturalis

Titre : Naturalis
Auteur : Franck Labat
Editeur : Les Nouveaux Auteurs
Nombre de pages : 440 pages

Pandémies, allergies environnementales foudroyantes, dégénérescence cellulaire, stérilité... La nature a trouvé le moyen d'éliminer le parasite qui gangrène la planète depuis trop longtemps : l'homme. Au travers de ses rêves prémonitoires et apocalyptiques, Alexandra Rousseau, lycéenne, est le témoin involontaire et impuissant du sombre futur qui attend l'humanité. Elle sait qu'avant la fin de ce siècle les hommes feront face à leur extinction. Tous ? Peut-être pas... La découverte du mystérieux marqueur génétique 26 pourrait bien donner à cet effondrement de l'hégémonie sapiens un aspect inattendu.

 Vous aimerez :
- les chapitres très courts et très nombreux
- l'alternance des points de vue
- le côté hautement réaliste de l’anticipation politique
- l'exploitation originale de la magie

Vous n'y trouverez pas :
- une vision très optimiste de notre avenir
- un moment où vous ennuyer

Mon avis ?
Naturalis est un roman difficile à lâcher, d'une part car le rythme infernal auquel s'enchaînent les courts chapitres nous empêche de nous en éloigner et, d'autre part, car l'univers déployé par l'auteur et le propos qui s'y inscrit en filigrane donnent matière à réfléchir longtemps après avoir refermé le livre.

L'intrigue a deux points de départ : Alexandra, dans notre présent ; Nathaniel, dans notre futur. Le destin croisé des deux personnages va à la fois provoquer et empêcher le pire de se produire... le fait que l'on suive deux histoires à la fois parallèles et convergentes donne une "tessiture" très intéressante au livre. J'emploie le mot "tessiture" car cela va au-delà de la structure, cela s'enfonce loin dans le scénario, les personnages, leurs motivations, etc. Ce choix de narration – audacieux et bien exploité – est vraiment l'un des points forts du livre. De plus, par rapport à ce choix de double temporalité, on est face à un cas d'uchronie très originale : Alexandra vit avant le point d'uchronie du roman, tandis que Nathaniel vit après celui-ci. L'effet de convergence et d'attirance des deux points donne lieu à un roman qui tient autant de l'uchronie que de l'anticipation et du post-apocalyptique. Un métissage réussi !!

Pourtant, ce n'était pas gagné, au début, car j'ai trouvé l'univers très sombre... trop sombre. Trop déprimant pour l'indécrottable optimiste que je suis. Le côté hyper-réaliste de la disparition de l'homo-sapiens au profit de l'homo naturalis m'a plongée dans une véritable dépression de lecture : j'ai dû reposer le livre quelques jours avant de m'y replonger (et de lire la suite d'une traite en quelques heures, captivée ! ^^). Sincèrement, ce réalisme m'a beaucoup touchée, dans le sens où ça m'a vraiment fait réfléchir à notre avenir et à notre possible extinction... dans le siècle prochain. Une extinction à laquelle chacun d'entre nous pourrait être amené à assister. Effrayant, n'est-ce pas ? D'autant plus effrayant que l'auteur utilise des éléments tirés d'articles de journaux et d'essais bien réels, eux, qui soutiennent la thèse de notre extinction prochaine à cause de la surpopulation (notamment). Une réussite sur ce point-là aussi, même si ça peut en bloquer plus d'un. Plusieurs semaines après, j'y pense toujours.

Le style est vif, haletant. On alterne entre différents points de vue, différentes époques, et le canevas qui se crée nous intéresse d'autant plus que de nombreux points d'ombre persistent. Notamment la présence – réelle ou pas ? – de la magie. L'auteur a une façon bien à lui d'exploiter celle-ci et je vous laisse la surprise. J'ai surtout beaucoup aimé la "magie" du "pilier de la pierre", et son personnage représentant... un sacré olibrius, celui-là, qui m'a beaucoup plu ^^

Les personnages sont tous intéressants mais c'est vraiment avec lui que j'ai accroché – à croire que j'apprécie toujours plus les underdogs que les héros d'un roman. Néanmoins, je me suis attachée à tous les persos à divers degrés, ce qui est une bonne chose car, comme vous le savez, quand je n'aime pas les personnages d'un roman, je n'accroche généralement pas du tout au dit roman.
En fait, la force des personnages repose sur la manière dont ils s'inscrivent dans le contexte général de l'intrigue : ici, ce qui se joue à l'échelle de l'individu vaut aussi pour l'humanité tout entière. En cela, j'ai adoré ce roman, parce que tout restant intimiste, le destin de l'humanité s'y joue aussi !

En bref, un coup de cœur pour cette variation intéressante de la thématique "post-apo". ^___^

5/5

En plus, ce livre a reçu le prix du Jury Femme Actuelle 2013, qui ne s'y est vraiment pas trompé ! Et pour une fois que de la SF est plébiscitée, ça fait plaisir ^^

samedi 14 septembre 2013

[Lilian Peschet] La Brigade des Loups S01E02

Titre : La Brigade des Loups – S01E02
Auteur : Lilian Peschet
Editeur : Voy'[el] – collection e-courts
Nombre de pages : ~45 pages
En numérique uniquement.
Premier épisode gratuit à télécharger sur Immatériel ! La suite à 0€99.
!!! Cet épisode paraîtra le 17/09 !!!

2020. L’épidémie de lycanthropie sévit en Europe depuis près de trente ans. La Roumanie est l’un des pays les plus en pointe concernant la recherche sur ce rétrovirus, mais aussi l’un des rares où les lupins ont le droit de vivre dans la société.
Sous certaines restrictions.
Pour s’occuper des crimes lupins, des unités de polices spéciales exclusivement composées de malades ont été créées.
On les appelle les Brigades des loups.
Un attentat dans un centre commercial de Bucarest. Des revendications d’un groupe indépendantiste moldave. Une autre bombe qui doit exploser. Mais l’ennemi se trouve-t-il vraiment à l’extérieur de Bucarest ? La Brigade risque beaucoup à enquêter sur une affaire où elle n’est pas désirée…

 Vous aimerez :
- l'alternance des points de vue
- l'uchronie très appuyée
- le rythme et la fluidité du style
- le petit côté "critique sociale annoncée"

Vous n'y trouverez pas :
- de temps mort
- de descriptions
- une exploitation classique du mythe du lycan

Mon avis ?

On retrouve dans ce deuxième épisode tout ce qui a fait le succès du premier : le style incisif, le rythme hyper soutenu, le contexte politique bien exploité, l'uchronie sombre et délirante... nous sommes revenus à Bucarest dans une Europe alternative, et pourtant, c'est si bien tourné qu'on s'y croirait ! Rares sont les uchronies à soutenir ce niveau de vraisemblance. Ce qui est sûrement du au fait que l'humain est largement mis en avant, via les multiples narrateurs.

Nous retrouvons tous les flics du premier épisode, y compris celui auquel il est arrivé un... "accident', dira-t-on, pour ne spoiler personne ! Les autres personnages se remettent chacun à leur manière des conséquences de cet "accident", et la Brigade réagit comme n'importe quelle meute : malgré son membre absent, elle survit, se serre les coudes et fait passer le groupe avant l'individu, même si chacun compatit au sort de "l'accidenté". J'ai trouvé cela très bien géré. J'ai aimé cette mise en valeur de l'écart entre les individus plus humains de la meute, et ceux qui sont davantage animaux... chaque personnage narrateur répond à sa propre problématique, ils ont tous une histoire très fouillée qui nous en dit plus sur l'homme qu'ils ont été et le loup qu'ils sont aujourd'hui... certains passages sont très émouvants, et dévoilent au détour d'une phrase un détail, un souvenir, avant de replonger dans le présent du personnage. La narration très "nerveuse" de Lilian Peschet participe à cet effet de vie en mouvement, très réaliste.

Côté intrigue, pour ce deuxième épisode, je trouve que le résumé de 4e de couv en dévoile un peu trop et désamorce de ce fait le suspens, mais l'aventure n'en est pas moins plaisante à suivre. De toute manière, il est difficile de faire compliqué en seulement 45 pages, mais Lilian Peschet arrive à maintenir l'intérêt de son lecteur et puise aux racines de son univers uchroniques pour développer cette intrigue – au demeurant toujours aussi politisée que celle du premier épisode.

En somme, un deuxième épisode à la hauteur du premier, où les personnages évoluent chacun à sa manière sur des voies parfois très différentes en dépit de "l'esprit de meute" par lequel ils sont liés ! Lilian Peschet continue d'étirer le mythe du loup-garou jusqu'à ses limites et même au-delà, avec un talent pour l'heure reconfirmé. J'ai hâte de lire la suite, et de savoir de quoi sera fait l'avenir de la Brigade des loups... car même si chaque épisode semble contenir une sous-intrigue indépendante, on devine que quelque chose d'autre se prépare, quelque chose de plus grand, à l'échelle de la série toute entière...

J'espère être surprise !! ;-)

5/5

En plus, la couv est toujours aussi chouette mais va apparemment subir quelques changements d'épisode en épisode, comme une évolution globale... avez-vous déjà repéré ce qui a changé ? ;)

Merci aux éditions Voy'[el] et à la collection E-courts pour cette découverte anticipée de l'épisode 2 ! :D

vendredi 12 juillet 2013

[Lilian Peschet] La Brigade des Loups S01E01

Titre : La Brigade des Loups – S01E01
Auteur : Lilian Peschet
Editeur : Voy'[el] – collection e-courts
Nombre de pages : ~40 pages
En numérique uniquement.
Premier épisode gratuit à télécharger sur Immatériel !


2020. L'épidémie de lycanthropie sévit en Europe depuis près de trente ans. La Roumanie est l'un des pays les plus en pointe concernant la recherche sur ce rétrovirus, mais aussi l'un des rares où les lupins ont le droit de vivre dans la société.
Sous certaines restrictions.
Pour s'occuper des crimes lupins, des unités de polices spéciales exclusivement composées de malades ont été créées.
On les appelle les Brigades des loups.

Un professeur massacré. Une mère de famille et son enfant dévorés vivants. De jeunes lupins sauvages en liberté. Pourquoi ces crimes ? D'où viennent ces enfants, et quel est leur but ? Les réponses pourraient bien bouleverser l'avenir de la brigade de Bucarest.


 Vous aimerez :
- l'alternance des points de vue
- l'uchronie très appuyée
- le rythme et la fluidité du style
- le petit côté "critique sociale annoncée"

Vous n'y trouverez pas :
- de temps mort
- de descriptions
- une exploitation classique du mythe du lycan

Mon avis ?
Entre le style expert de l'auteur, le rythme sur lequel s'enchaînent les chapitres, l'attachement immédiat aux personnages et à leur destin, le côté uchronique extrêmement bien géré et la profondeur de champ de cette science-fiction engagée, je ne sais pas par où commencer pour vous expliquer que : OUI, PURÉE, JETEZ-VOUS DESSUS !
Bon, allons-y dans l'ordre...

Le style : des phrases brèves, courtes, qui loin de hacher le rythme sont la clé de voûte de sa construction et participent avec efficacité à l'esthétique très "polar" de ce premier épisode. Un train qui file droit vers le mot fin et vous emmène avec lui sans arrêt page après page !
Le rythme et les chapitres : non seulement tout s'enchaîne très vite, mais tout est aussi très fluide et naturel. On est toujours surpris de chapitre en chapitre, mais rien ne va trop vite pour la compréhension. Impeccable.
Les personnages : il faut savoir qu'ici, ce n'est pas narré comme une série littéraire habituelle : les chapitres donnent la parole à chaque personnage de la brigade des loups, une vraie bonne surprise dans ce choix de narration qui permet de plonger dans les pensées et les passés de chacun, ce qui donne d'ores et déjà une excellente profondeur aux personnages ! Mon petit chouchou : Mikaï, le lycan muet qui préfère sa forme de loup à celle d'homme, et Dragos, qui souffre tellement des conséquences de l'horreur du premier chapitre... les deux plus abîmés par la vie sûrement, quoiqu'aucun membre de la brigade ne soit vraiment épargné par la vie, mais on ne se refait pas. Ah oui, vous trouverez plein de personnages cabossés par la vie dans ce premier épisode. Certains auteurs s'attardent à décrire le pourquoi du comment, Lilian Peschet, lui, ne s'attarde pas : comme dans la vraie vie, il ne donne que quelques indices sans que jamais le personnage ébréché ne s'épanche sur l'épaule de l'inconnu que vous êtes. Ou un tout petit peu, alors, s'il le fait...
L'uchronie politique. Oui, ne mâchons pas nos mots. Dans La Brigade des Loups, il y a de ça, beaucoup même : ce n'est pas martelé mais les personnages lycans vivent dans l'oppression et ça se sent. Ils font peur aux humains, et les humains le leur rappellent à chaque parole, chaque regard. C'est subtilement dosé ici, très bien retranscrit. Dans cette fin de 20e siècle alternative, on appréciera les multiples références à notre Histoire réelle : l'affaire du sang contaminé (ici par des bactéries lupines qui provoquent une épidémie de lycanthropie), par exemple. La chronologie commentée et romancée présente en début de série vous montrera à quel point l'auteur a bien pensé et bien intégré ses lycans à notre Europe de fin de siècle ! Pour un vingt-et-unième siècle qui leur appartient ?
Parlons-en, de la lycanthropie dans cette série : foin des habituelles théories, ici, la lycanthropie est une MST. Voilà... je ne vous en dis pas plus mais disons que ça vous montre à quel point c'est différent de ce que l'on peut lire d'ordinaire sur le sujet. ;-)

En somme, La Brigade des Loups se présente comme une série extrêmement addictive dont le premier épisode, aussi prometteur que génial, dépoussière à la fois l'Europe de l'Est telle que nous la connaissons, et le mythe du lycan tout entier.

Cela faisait un bail que je n'avais pas été si enthousiasmée par une de mes lectures (hors BD ^^) et, franchement, ce premier épisode était tout ce que j'avais besoin : court, rythmé, intelligent mais pas lourd, bref, une lecture parfaite pour commencer l'été... une lecture parfaite tout court !!
5/5

En plus, la couv est super chouette, et puis le premier épisode est GRATUIT. Je le répète ! Donc vous n'avez plus aucune raison de ne pas vous jeter dessus sur Immatériel.

EDIT : une autre chronique tout aussi enthousiaste vient de paraître sur le blog de Dzahell. ;)

mercredi 15 mai 2013

[Loïc Richard] Plongée sur R'lyeh

Titre : Plongée sur R'lyeh
Auteur : Loïc Richard
Editeur : Walrus Books
Nombre de pages : ~400
En numérique seulement


Mars 1938. L'Allemagne est sur le pied de guerre et l'Europe à l'aube d'un embrasement fatal. Malheureusement pour le lieutenant Dieter Neuer — allemand certes, mais sûrement pas nazi — cette situation critique est sur le point d'empirer lorsqu'il apprend qu'il est affecté à une mission d'exploration qui semble particulièrement tenir à coeur au Führer : un voyage en plein Pacifique à bord d'un sous-marin ultra-perfectionné spécialement affrêté pour l'occasion, navigant vers l'inconnu à la recherche de... à la recherche de quoi, déjà? Les instructions sont claires: la mission est top secrète.
Mais si Neuer en sait un peu plus que nous, c'est aussi et surtout parce qu'il est une taupe, agissant au sein de l'armée allemande pour le compte des Veilleurs, une organisation ésotérique chargée de maintenir la paix sur le globe. L'ambition d'Hitler est claire : grâce à ses chercheurs déments, le dictateur sanguinaire a découvert l'emplacement de la mystérieuse et terrifiante cité sous-marine de R'Lyeh. Oui, vous avez bien lu : là où sommeille le puissant Cthulhu. S'il venait à le réveiller, ce serait alors l'Apocalypse assurée. 
Alors? Prêt à relever le défi ? Car "Plongée sur R'Lyeh" est un Livre dont vous êtes le Héros dans lequel vous incarnerez le lieutenant Dieter Neuer. À vous de faire les bons choix, d'agir en toute discrétion, et surtout de faire de votre mieux pour qu'Hitler ne relâche pas le monstre légendaire de sa prison aquatique !

Vous aimerez :
- renouer avec le format "Livre dont vous êtes le héros" et explorer ce format en numérique
- la difficulté de l'intrigue
- le rythme haletant
- les illustrations intérieures

Vous n'y trouverez pas :
- des personnages très développés
- une mythologie approfondie

Mon avis ?
De 8 à 12 ans, j'ai dévoré de nombreux Livres dont vous êtes le héros, et j'aimais tout particulièrement les albums illustrés. Je me souviens surtout d'un titre en particulier, que je n'ai pas sous la main malheureusement, mais où l'on plongeait dans un monde sous-marin, aux côtés d'un petit garçon à la recherche de son père disparu au cours d'une expédition sous-marine... ici, avec Plongée sur R'lyeh, j'ai encore rejoint encore les profondeurs, et autant vous dire que je ne regrette pas une seconde le voyage !

Un voyage qui commence dans l'Allemagne nazie et pour lequel on embarque dès la première page, sans le savoir : car le personnage ignore tout de ce qui va lui arriver. Il apparaît d'emblée sympathique : on ne sait pas vraiment quelles sont ses idées politiques personnelles mais on comprend que, bien qu'il travaille pour les nazis, il n'est jamais qu'un soldat allemand anonyme pris dans la tourmente... anonyme ? Oui, mais pas sans intérêt : il semble travailler pour une organisation secrète en lien avec une certaine cité perdue sous-marine... et quand il est convoqué par ses supérieurs militaires pour une raison mystérieuse, il n'hésite pas, et il y va.

Autant vous prévenir : dès que vous avez mis un pied hors de l'appartement de Neuer, selon les choix que vous faites, vous pouvez mourir, et ce, dès le début. Ma petite fierté : je ne suis morte qu'une fois dans le sous-marin qui menait à R'lyeh, pas avant, alors que les occasions sont pourtant nombreuses. ^^ Et je ne l'ai pas vu venir : moi, je pensais avoir fait ce qu'il fallait, alors que non... un élément m'avait échappé, et je devais visiblement repartir presque du début.

Mais là où ce roman dont vous êtes le héros est bien construit, c'est que l'auteur et les éditions Walrus se servent intelligemment des possibilités du numérique : pas de limite de texte, comme le papier peut en imposer, donc même si vous repartez du début, c'est très peu linéaire et vous revenez très vite au moment de votre précédente mort, pour la dépasser... ou pas, si vous mourrez avant d'y revenir ;-)

Je suis morte surtout vers la fin du roman, une fois arrivée dans R'lyeh, où chaque choix que vous avez fait avant est déterminant : selon les informations que vous avez en votre possession (ou pas justement ^^), vous n'y échapperez pas ! Je suis parvenue en un seul morceau jusqu'à l'une des fins du roman, et on peut dire que l'auteur n'y va pas avec le dos de la cuillère avec ladite fin : j'ai tout foiré ! xD J'ai réveillé Cthulhu, les nazis ont gagné, et Neuer est mort – et accessoirement tous les espoirs de l'humanité avec lui. Mais bon, j'ai survécu jusque là et, heureusement pour l'humanité si elle veut continue à prospérer longuement, ce n'est qu'un livre ;p

Et j'ai suffisamment apprécié cette expérience de lecture pour retenter l'aventure avec ce même roman, dans quelques mois, pour voir si cette fois-ci je parviendrai à sauver l'humanité – ou si je ne la referai que plonger de plus belle au fond des abysses ! ^^
Sinon, en ce qui me concerne, je n'ai lu aucun livre de Lovecraft avant cela (oui, je sais, bouh, pas bien tout ça :P), et ça ne m'a pas gênée du tout car Plongée sur R'lyeh a été écrit de manière à ce que les profanes comme moi puissent lire le roman quand même. Cela dit, du coup, je me demande si les initiés de Lovecraft trouveront leur compte dans la mythologie de l’œuvre originale, car je l'ai trouvée davantage survolée qu'approfondie. Mais est-ce vraiment un point négatif ? Pas vraiment, car cela laisse aussi à Loic Richard la possibilité de se démarquer et d'apporter sa propre pierre à l'édifice de l'univers lovecraftien.

En conclusion, si vous êtes fan des Livres dont vous êtes le héros, vous devriez trouver votre bonheur dans cet opuscule vraiment sympathique, bien écrit, bien géré, aux fins tellement multiples que, même en ayant refermé le roman, on a l'impression d'avoir encore un monde inexploré entre nos mains ! A conseiller chaudement aux amateurs, et même à ceux qui ne connaissent pas encore.

4/5

dimanche 1 juillet 2012

[Collectif] U-chroniques

Titre : U-chroniques
Auteurs : Roland Wagner, Julien Heylbroeck, Artikel Unbekannt, Sylvie Jeanne Bretaud, Philippe Ward, Robert Darvel, Batista & Batistuta, Jérôme V., Romuald Herbreteau, Alexandre Groleau, Jean-Hugues Villacampa, Pierre Laurendeau, Léa Silva, Romain d’Huissier, Patrice Verry, Arnaud Cuidet Editeur : ImaJn'ère
Nombre de pages : 294


Peut-être, les spécialistes du genre trouveront-ils ces propos uchronoclastes. Peut-être d'autres ne connaissent-ils pas le mot. Quoi qu'il en soit, cet ouvrage se propose de démontrer que l'uchronie ("le temps qui n'existe pas") est un jeu littéraire qui consiste à réaiguiller l'histoire à un point de divergence possible (par exemple : les puissances de l'Axe ont gagné la Seconde Guerre mondiale, thème du roman de Philip K. Dick, Le maître du Haut-Château).
Dans ce recueil proposé par l'association ImaJn'ère, seize textes réinventent notre présent en triturant l'Histoire, celle avec un grand H, mais aussi la petite histoire, les petites histoires, celles qui auraient pu être, celles qui ne seront jamais. Qu'ils soient comiques, dramatiques, émouvants, délirants... ces textes ne laissent pas indifférents.

Oui ! L'uchronie est un jeu.
Mais un jeu dont on ne sort pas intact.

Vous aimerez :
- les points d'uchronie très variés
- le grand nombre de nouvelles présentes
- l'intérêt porté à l'Histoire autant qu'aux petites histoires

Vous n'y trouverez pas :
- beaucoup d'uchronies purement historiques
- beaucoup de nouvelles à chute

Mon avis ?
J'adore l'uchronie, et c'est donc avec une haute attente que je me suis jetée sur cet ouvrage, littéralement. Et pas de déception, loin de là ! Les textes sont variés, nombreux. On voyage d'une époque à l'autre. L'agencement est très bien choisi soit dit en passant.
Sur seize textes, cinq coups de coeur. Ils sont décernés, sans ordre particulier, à...
* Diem Perdidi, de Julien Heylbroeck, qui vous raconte, à travers un interrogatoire , comment l'Histoire est détricotée par des voyageurs temporels poursuivis par des agents chargés de remettre l'Histoire en place. Un délice de style et d'ambiance, et une chute sympathique.
* Oops !... They did it again, de Robert Darvel, une uchronie avec des zitis dedans, beaucoup d'humour, des répliques géniales et un trait d'esprit final qui m'a fait m'effondrer de rire dans mon canapé ;)
* Le vol et la nuit, de Romuald Herbreteau, qui se déroule pendant la Seconde Guerre mondiale, où l'histoire d'un anonyme rejoint l'Histoire d'un auteur que nous connaissons et affectionnons pour la majorité d'entre nous... un auteur et aviateur à la fin tragique. La nouvelle est magnifiquement écrite, on entend le bruit des bombes, on sent le sang envahir notre bouche, et on s'émerveille face à l'Histoire qui se tisse et se détisse avec la chute de la nouvelle... superbe.
* I have a dream !, de Romain d'Huissier, où néandertaliens et sapiens se côtoient sur Terre, à notre époque, pour le meilleur et pour le pire. Une uchronie sociale et politique, très réaliste. J'ai beaucoup aimé ce contrepied pris par rapport à la réalité de la fin des années cinquante aux USA, avec les Black Panthers. Sans compter que le personnage principal est attachant, très attachant, un bel exploit d'écriture quand on se rend compte que la nouvelle ne fait guère plus d'une douzaine de pages.
* Un millionième de seconde d'arc, de Patrice Verry, dont j'avais déjà adoré la nouvelle à chute dans l'anthologie Robots chez Voy'[el]. Ici, le point d'uchronie se situe dans l'espace : la comète qui devait faire s'éteindre les dinosaures n'est jamais tombée sur Terre... d'où le titre ;) Humains et dinos cohabitent de manière... pacifique ? Je ne vous en dis pas plus, car tout le sel de la nouvelle réside dans ce détail.

Les autres nouvelles vont de très bons à un peu moins bon, mais aucune déception dans le lot. Il y en a pour tous les goûts, toutes les sensibilités de lecteurs. Je n'irais pas jusqu'à dire toutes les époques, car ce serait difficile de couvrir toute l'Histoire de l'humanité en seize textes, mais une grande diversité vous attend néanmoins !

Une anthologie à se provoquer d'urgence pour tous les fans d'histoire, d'uchronie, et... de Doctor Who. ;)

5/5
En plus, chaque nouvelle est suivie d'une illustration très chouette. Et précédée d'une biographie pas toujours écrite par son auteur, ce qui donne lieu à des présentations drôles et vivantes. On se sent comme un petit nouveau qui entrerait dans un club où il ne connaît personne... et à la fin de l'antho, on a l'impression de connaître tout ce beau monde. Donc, en plus d'être une excellente anthologie, c'est un ouvrage chaleureux. Lisez, et vous comprendrez ;)

jeudi 17 mai 2012

[Stéphane Beauverger] Le déchronologue

Titre : Le déchronologue
Auteur : Stéphane Beauverger
Editeur : Folio SF (poche) & Moutons électriques (broché)
Nombre de pages : 554

Au XVIIe siècle, sur la mer des Caraïbes, le capitaine Henri Villon et son équipage de pirates luttent pour préserver leur liberté dans un monde déchiré par d’impitoyables perturbations temporelles. Leur arme : le Déchronologue, un navire dont les canons tirent du temps. Qu’espérait Villon en quittant Port-Margot pour donner la chasse à un gallion espagnol ? Mettre la main, peut-être, sur une maravilla, une des merveilles secrètes, si rares, qui apparaissent quelquefois aux abords du Nouveau Monde. Assurément pas croiser l’impensable : un Léviathan de fer glissant dans l’orage, capable de cracher la foudre et d’abattre la mort !

Lorsque des personnages hauts en couleur, au verbe fleuri ou au rugueux parler des îles, croisent objets et intrus venus du futur, un souffle picaresque et original confronte le récit d’aventures maritimes à la science-fiction. De quoi être précipité sur ces rivages lointains où l’Histoire éventrée fait continûment naufrage, où les marins affrontent tous les temps. Car avec eux, on sait : qu’importe de vaincre ou de sombrer, puisque l’important est de se battre !


Vous aimerez :
- choisir votre sens de lecture !
- les pirates
- les paradoxes temporels
- l'aventure

Vous n'y trouverez pas :
- de gentils pirates...
- une narration classique
- une histoire de pirates classique

Mon avis ?
La fan de SFFF a été comblée.
La fan de grandes figures de la flibusterie aussi.
Et ce style, cette écriture... waouh !

Une vraie expérience de lecture. Je l'ai lu dans l'ordre où les chapitres apparaissaient. Je pense le relire un jour prochain (et pas très lointain) en suivant l'ordre exact des chapitres, pour voir si le roman m'aurait autant tenue en haleine de cette façon-là.

Une vraie réussite ! Une grande, grande, grande lecture.

4,5/5

mercredi 11 avril 2012

[Wayne Barrow] Bloodsilver

Titre : Bloodsilver
Auteur : Wayne Barrow (Johan Heliot + Xavier Mauméjean)
Éditeur : Folio SF
Nombre de pages : 483

1691 : un bateau transportant de mystérieux passagers aborde la côte est du continent nord-américain. Les vampires viennent de débarquer de la vieille Europe. Ils forment bientôt le Convoi, longue colonne de chariots recouverts de plaques de plomb, et se lancent à la conquête de l'Ouest, anticipant le trajet du chemin de fer dans une lente et implacable progression... 1692 : à Salem, une poignée d'hommes impitoyables fonde la confrérie des Chasseurs, bien décidés à stopper l'avancée du Convoi et à en découdre avec les créatures des ténèbres. De Fort Alamo aux territoires sioux, de Wounded Knee à Silver City, les hommes du Nouveau Monde, Billy the Kid ; les frères Dalton ou encore Doc Holliday mêlent le sang à l'argent, luttant sans merci contre les vampires, ou formant avec eux d'improbables alliances...

Vous aimerez :
- l'uchronie
- le western
- la fresque historique
- la couverture <3

Vous n'y trouverez pas :
- de proximité avec les personnages
- d'histoire vraiment suivie
- de récit sans violence

Mon avis ?
Quand il y a du western, je réponds présente. Quand il y a des vampires, aussi. Alors, vous imaginez bien que je ne pouvais pas passer à côté de ce recueil ! Enfin, est-ce vraiment un recueil de nouvelles ? Les récits tournent tous autour de ce fameux convoi de vampires qui traverse les États-Unis d'Est en Ouest, deux siècles d'errance jusqu'à la création d'un état vampire : Bloodsilver. Lesdits récits s'emboîtent certes les uns dans les autres, à la manière de chapitres, mais ils sont tous indépendants. Certains personnages sont récurrents, ou leurs exploits sont cités d'une nouvelle à l'autre par le biais d'un média ou d'un autre... les entrelacements sont nombreux, peut-être un peu trop car je me suis sentie une ou deux fois perdue dans cette avalanche de détails, de liens, de noms. Si vous n'êtes pas très familiers avec les figures historiques du western, les légendes à leur sujet, les grands noms de l'époque de la conquête de l'Ouest, alors vous risquez d'être parfois perdu. Sinon, cela devrait à peu près aller !
J'ai beaucoup aimé : le sens du détail dans les descriptions, le style maîtrisé, l’emboîtement des nouvelles, leurs différentes formes (parfois, ce sont des articles de journaux), les différents thèmes (la naissance d'une légende, l'histoire d'un écrivain qui écrit à propos de pistolleros, etc.) La multitude de détails rend le cadre très vivant d'une nouvelle à l'autre, on a bien l'impression de voyager, nous aussi, dans cet univers !
Là où j'ai une réserve à émettre, c'est au sujet du Convoi : on ne les voit que très peu, au final. Les personnages en parlent beaucoup, l'histoire se déroule autour de ces fameux vampires, mais après... on reste du point de vue des humains les 3/4 du temps. J'aurais aimé vivre le quotidien de ces vampires errants. J'aurais aimé une nouvelle qui se déroule de bout en bout dans le Convoi !

Si ce n'est ce regret, j'ai passé un bon moment de lecture, savouré au fil des mois : une nouvelle par-ci, par-là, entre deux autres livres. Un bon cru qui se savoure sur le long terme, ou peut se dévorer en une nuit blanche de lecture !
Sinon, ne vous fiez pas au nom "américain" de l'auteur. Il s'agit en fait de deux auteurs français cachés sous le même nom de plume. ;)
3,5/5