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mardi 15 juillet 2014

[Pascal Bléval] Chroniques d'une humanité augmentée

Titre : Chroniques d'une humanité augmentée
Auteurs : Pascal Bléval
Éditeur: [auto-édition numérique]
Nombre de pages : 67
Ebook only ! Disponible au prix d'1€60 sur Kindle.

Julien Sciarmozzi a un problème. Un gros. Quelque chose cloche dans sa tête, il a comme des absences inexplicables. À moins que ce ne soit la réalité qui se trompe ? Nicolas ne se conçoit qu’au travers des réseaux sociaux. Est-ce dans le but de combler un manque affectif, ou pour une raison autrement plus sérieuse ? Et que dire de Marc, cet homme immergé dans un monde où chacun ne jure plus que par l’apparence virtuelle — en réalité augmentée — de ses collègues ?
Perdus dans le mince interstice séparant le monde réel de l’univers virtuel, les personnages de ce recueil nous entraînent dans leur sillage…
Oserez-vous franchir les limites du réel en leur compagnie ?

Vous aimerez :
- l'apport original fait à la thématique choisie
- la forme du recueil
- l’interaction entre les différentes nouvelles et leurs personnages
- l'écriture riche et déliée


Vous n'y trouverez pas :
- un récit riche en batailles et cie
- une humanité physiquement augmentée

Mon avis ?
Pour beaucoup, une humanité augmentée l'est par son physique : prothèses hyper-technologiques, œils bioniques, force surhumaine, ambiance cyberpunk... Pour Pascal Bléval, l'humanité augmentée est, paradoxalement, une humanité réduite. Réduite à quoi ? Mais à des données informatiques bien sûr ! Un copier-coller et, hop !, quand vous mourrez puis renaissez, direction les serveurs spatiaux où vous attendent votre place. C'est d'autant mieux trouvé et bien pensé que l'auteur associe cette évolution d'un genre nouveau à une déliquescence progressive de notre environnement (mais est-elle bien naturelle ?)

Composé de 4 nouvelles à part entière et de 4 "interstices" dont il serait drôlement dommage de vous dévoiler le contenu véritable, Pascal Bléval nous livre ici une exploration-analyse détaillée de la façon dont l'humain pourrait tendre à évoluer vers le numérique. Chaque nouvelle est une étape de cette évolution, et les interstices apportent un regard extérieur doublé d'une analyse des événements, qui enrichit d'autant plus ce que l'on a lu et ce que l'on s'apprête à lire. L'ensemble forme un tout cohérent, extrêmement bien ficelé, où chaque nouvelle se fait écho et s'enrichit mutuellement. Il est rare qu'un auteur parvienne à ce degré de précision dans l'agencement de ses récits, et Pascal Bléval y parvient avec une facilité apparente épatante (en tant qu'auteur par ailleurs, je ne peux qu'imaginer le travail de fourmi que cela dû représenter en vérité, et ouvrir la bouche, béate d'admiration ^^).

Autant vous le dire tout de suite : ce n'est pas un récit où l'action a la part belle. On se trouve plutôt du côté introspectif de la force. Après, il ne s'y passe rien non plus, mais disons que le propos se tourne vers l'humain, vers son intériorité et ses questionnements. C'est une SF à taille humaine, avec des interrogations que nous commençons déjà à nous poser aujourd'hui, avec le principe de la réalité alternative numérique (ici appliquée à l'humain). Pour vous donner une idée de l'approche philosophique choisie par l'auteur, je peux vous évoquer le début de la première interstice, qui n'en est pas vraiment une puisqu'elle ouvre le recueil (à moins qu'on puisse considérer notre réalité personnelle comme une nouvelle et une étape préalable à part entière, héhéhé ;-) : l'interstice aborde le mythe de la caverne de Platon, un retour aux sources de la philosophe avant d'effectuer un énorme bond dans le futur.

Difficile d'en dire plus sur ces quelques 67 pages sans vous gâcher le plaisir de lecture, sinon que le style est fluide, assez riche mais pas ampoulé, et que l'ensemble est très, très propre (je n'ai vu aucune faute, c'est du travail d'auto-édition trèèèès bien fait !)

C'est l'auteur qui m'a proposé de le lire en avant-première, et je l'en remercie, car c'est un véritable coup de cœur ! Chroniques d'une humanité augmentée est un recueil de nouvelles formidable, pleinement satisfaisant, qui vous happera de la première à la dernière page. Le suspens ne tient pas tant au destin des personnages dont il est question, qu'à celui de l'humanité toute entière.

Survivrons-nous à l'ère du numérique ? Sera-t-elle notre ennemie ou notre alliée ?
Lisez, vous saurez.
(J'aime encore plus le fait que ce livre soit disponible en numérique uniquement, je trouve que cela annonce et prolonge l'allégorie principale de belle manière ;-) )

dimanche 6 juillet 2014

[Sophie Fischer] Les Marcheurs de brume

Titre : Les Marcheurs de brume
Auteurs : Sophie Fischer
Éditeur: Walrus Books
Nombre de pages : 200
Ebook only !

Le Nibel a recouvert le monde. Caprice de la Nature ou punition divine, nul ne le sait, mais cette brume maléfique regorge d'autant de mystères que de dangers. Contraints de se réfugier dans les montagnes pour lui échapper, les hommes ne peuvent voyager de ville en ville que lorsque le fléau retombe dans les vallées, au gré de marées hasardeuses dont seuls les guides connaissent les secrets. En sœur aînée responsable, Rikke a décidé de mener son frère Ulrich, atteint de cécité, jusqu'à la cité de Gilburg. Là-bas, parait-il, se trouveraient des médecins capables de lui rendre la vue. Sous la houlette de leur guide, Answald Friedhart, leur périple se révèlera une aventure aux multiples rencontres... pas toujours bienveillantes.

Vous aimerez :
- voyager entre nomadisme et sédentarisation
- les personnages
- les scènes où le Nibel se fâche
- les beaux paysages
- la réflexion théologique menée en filigrane


Vous n'y trouverez pas :
- de réponses à toutes vos questions
- une fin "concluante"

Mon avis ?
Me revoilà, après plus de trois semaines de "pause" non désirée... trop de choses me sont arrivées IRL pour pouvoir m'occuper du blog (des choses positives, je vous rassure ^^). Pourtant, j'ai plein de choses à vous raconter sur mes lectures, à commencer par Les Marcheurs de brume de Sophie Fischer ! Autant vous dire qu'on n'est pas passé loin du coup de cœur avec ce court volume unique : je l'ai dévoré en une soirée et, sincèrement, si l'auteur se lance dans un deuxième volume, je serai au rendez-vous !

Pourquoi j'ai tant adoré ? Eh bien, déjà, laissez-moi vous parler des personnages principaux. Nous avons tout d'abord Answald, le guide dont le rôle est de guider les voyageurs entre les villes. S'il y a un souci ou une subite montée de la brume (qui d'ordinaire reste tranquille dans les vallées en bas), c'est à lui de tout faire pour sauver son groupe ! Chaque voyageur paye un montant assez exorbitant pour voyager, et prend des risques insensés... il faut donc avoir une vraie bonne raison pour se lancer dans une telle aventure. La plupart des gens se terrent dans des villes posées très très haut dans les montagnes, et les marcheurs de brume sont une catégorie de gens très particulière. A la fois nomades, mais aussi exilés d'un genre un peu spécial, ils résonnent de dizaines d'échos et d'histoires de voyageurs. C'est beau et poétique à la fois, comme condition :-) Leur philosophie de vie est à cette image, et les personnages n'en sont que davantage attachants. Bref, tout ça pour dire que j'ai d'emblée de jeu adoré Answald, car il m'est apparu comme un voyageurs ermite grincheux et renfrogné en mal d'amour et, bah, ça parle à mon cœur tout ça ^^
Rikke et Ulrich, eux, sont respectivement grande sœur et petit frère. Ulrich est aveugle, et bien que sa soeur désire ardemment lui rendre la vue grâce à la chirurgie, lui... ben pas trop. Il ne considère pas ça comme un handicap, il vit très bien avec et tente de faire comprendre à sa soeur qu'elle ne peut pas "sauver" tout le monde, et qu'il est heureux ainsi. Leur relation est extrêmement bien dépeinte, je me suis tout à fait retrouvée dans Rikke, dans la manière dont elle aborde les responsabilités envers son petit frère, etc. Leurs disputes sonnent de manière très authentique par ailleurs ;-)
Bref, vous l'aurez compris, le trio de personnages principaux est superbe, très bien géré, et franchement attachant.

Côté contexte, on est clairement dans une société post-apo. Mais bien que la société dépeinte dans les villes ressemble fort à une société victorienne steampunk, et que de nombreux indices tendent à placer l'action quelque part au nord de l'Europe (en Allemagne pour être précise), je n'ai pu m'empêcher d'imaginer les chemins de montagne à l'image des hauteurs tibétaines. Un peu comme ça, en fait, pour tout vous dire. Sophie Fischer fait souvent allusion à des plaines rocailleuses et très vastes, à des neiges éternelles, à une végétation éparse... et moi, ça m'a tout de suite évoqué le Tibet ^^ Sûrement parce que, quelques semaines avant de lire ce roman, j'ai visité le musée consacré à Alexandra David Néel, la première femme européenne à avoir pénétré à Lhassa ! ^^

Mis à part ça, le style est très fluide, clair et évocateur. L'auteur a su choisir des tournures à la fois fortes et simples, qui retranscrivent bien l'ambiance qu'on peut associer à l'univers rocailleux des chemins de "randonnée" sur les sommets du monde.

L'intrigue est assez prévisible, mais ce n'est pas très gênant au final : on capte direct le "faux" triangle amoureux, de même qu'une montée de brume super forte qu'on attend de voir dès le début de l'histoire... cela étant, pour ce dernier point, l'auteur joue fort bien avec cette anticipation du lecteur, la retarde le plus longtemps possible, puis nous sert une série de chapitres plein d'action et de retournements de situation, qui forment un final qui prend près d'un tiers du roman et nous en met plein les yeux !

L'épilogue, trop court en revanche, clôt bien trop rapidement les choses alors que tant de questions restent en suspens... comme pour La Chasseuse de livres chez le même éditeur, j'ai trouvé la conclusion trop expéditive. Si elle avait été plus longue, j'aurais refermé le livre avec le sentiment d'avoir fait mes adieux aux personnages, à l'univers... là, c'était trop rapide, et le goût de trop-peu a écarté l'effet coup de coeur...
J'attends de pied ferme un éventuel tome 2, car je n'ai pas eu assez de brume et de beaux paysages. Encore, encore !!!

jeudi 29 mai 2014

[Alex Evans] Pour l'honneur des Mérina

Titre : Pour l'honneur des Mérina
Auteur : Alex Evans
Editeur :Voy'el - e-courts
Nombre de pages : ~27 sur ma liseuse
Numérique uniquement. Dispo ici (sans DRM).

Améyo, fille d’une famille de riches marchands tombée dans la misère, vivote entre une belle-mère alcoolique et deux belles-sœurs. Criblées de dettes, leur jugement tombe : elles doivent tout rembourser dans trois jours, ou bien elles seront vendues comme esclaves.
En désespoir de cause, la jeune fille décide d’invoquer le fantôme de son grand-père. Il pourra peut-être lui dire où se trouve la pieuvre des Mérina. Ce joyau perdu de la famille leur permettrait de payer tous leurs créanciers.
Sauf que ce n’est pas le bon grand-père qui apparaît...

Vous aimerez :
- l'écriture fluide et légère
- l'humour et l'esprit d'aventure
- les deux personnages principaux, drôles et attachants

Vous n'y trouverez pas :
- de burlesque
- un univers approfondi
- une intrigue complexe

Mon avis ?
Faisons court mais faisons bien : j'ai adoré !!
J'avais déjà eu deux excellents aperçus de la plume d'Alex Evans, avec une nouvelle à l'unité d'une part, et avec une novella steampunk d'autre part. J'avais été conquise et charmée à chaque fois, et cette petite nouvelle ne déroge pas à la règle :-)

Alex Evans a un don pour élaborer des univers intéressants en peu de lignes. Ici, nous évoluons dans le microcosme d'une famille marchande, qui elle-même vit dans une ville portuaire à l'ambiance à la fois familière et exotique. Améyo, le personnage principal, est la fille héritière d'une famille déchue et n'a pas le choix : elle doit retrouver le joyau perdu de sa famille afin de rembourser les dettes de ses ancêtres, sous peine de finir esclave ! Mais voilà... en invoquant l'esprit de son grand-père, elle découvre un secret familial en même temps que la trace de la fameuse pierre, et son existence entière en est chamboulée, encore plus que si elle finissait esclave... je ne vous en dis pas plus afin de vous laisser la surprise, car c'était vraiment bien trouvé ^^
Ce qui est certain, c'est que l'esprit a un humour frappeur (moi pas, j'ai pas trouvé mieux comme jeu de mots, rah la la ^^), et Améyo est un personnage déterminé qu'on prend plaisir à suivre. Le ton général de la nouvelle est léger, en dépit de la gravité des événements dépeints, et donne un rythme agréable à la nouvelle, sans pour autant que ce soit trop rapide : on nage en pleine aventure et les événements s'enchaînent dans un rythme parfait !

Difficile de faire une longue chronique sur un texte aussi court. J'ai vraiment adoré l'univers, le personnage d'Améyo, et la chute de la nouvelle... Je vous recommande chaudement ce texte, que ce soit pour découvrir la plume d'Alex Evans ou poursuivre l'exploration de ses micro-univers. Alex Evans a le chic pour présenter et explorer des univers fantasy d'éléments assez classiques, mais agencés avec brio et originalité ! Pour l'honneur des Mérina est une réussite, qui vaut absolument le détour, surtout si vous êtes en quête de fantasy légère et optimiste, ce qui se fait rare en ce moment !

Bref, c'est un coup de cœur ! :-)

dimanche 13 avril 2014

[Alex Evans] La Chasseuse de Livres

Titre : La Chasseuse de Livres
Auteur : Alex Evans
Editeur : Walrus Books
Nombre de pages : ~64
Numérique uniquement. Dispo ici (sans DRM et pour 2€99 seulement).

Cassandra est une étudiante un peu particulière : héritière de l'antique famille royale des Galata, la jeune princesse prépare une thèse de Magie à l'université. Passant en revue les grimoires les plus vénérables et les plus prestigieux, l'académicienne mène une vie rangée et, pour tout dire, un peu ennuyeuse : elle rêve par-dessus tout d'aller sur le terrain et de devenir enfin Chasseuse de livres. Car la Magie a beau avoir déserté le pays depuis quatre siècles, certains nostalgiques des arts occultes semblent convaincus que l'énergie mystique est sur le point de reparaître. Mais les évènements prennent une tournure inattendue le jour où la jeune érudite reçoit une invitation pour une soirée à la Fondation des Sciences Occultes. La vénérable Tamora Caton a en effet une mission à lui confier : retrouver le mythique "L'Appel des Anciens", plus qu'un livre, une légende des arts magiques et une source de pouvoirs terribles pour celui qui mettra la main dessus. L'occasion est trop belle. Mais l'étudiante n'imagine pas encore que son chemin sera parsemé d'embuches et dépassera de loin sa simple curiosité scientifique. Dans l'ombre, les convoitises s'aiguisent.
Dans un monde mêlant légendes bibliophiles et steampunk assumé, Alex Evans nous offre une novella riche en rebondissements, en personnages passionnés et en atmosphères dépaysantes, et ouvre une porte sur un univers bouillonnant où magie et ambition ne font pas toujours bon ménage.

Vous aimerez :
- la subtile imprégnation steampunk
- l'univers très approfondi
- le contexte étudiant
- la force évocatrice de l'écriture

Vous n'y trouverez pas :
- des personnages très développés
- une fin conclusive
- de réponses à toutes vos questions

Mon avis ?
Après la grosse intégrale de TOXIC chez le même éditeur, je me suis lancée dans un format numérique très court : une novella à volume unique (du moins a priori, même si j'ai vu sur internet qu'une suite était potentiellement en préparation, yesss !).

J'ai beaucoup aimé cette novella et, pour vous dire, c'est pas passé loin du coup de cœur ! On est dès la première ligne étonnés : par le style, d'une part, qui est clair, vif et précis ; par le personnage principal, d'autre part, qui est une jeune doctorante en pleine rédaction de thèse, un métier rarement représenté en littérature ! ; par l'univers, enfin, dont la richesse nous saute aux yeux dès le premier paragraphe.
De ma part, du coup, ce furent trois "WOOOW !" à la suite. Cette première page lue, j'ai posé le roman pour aller me faire un thé, me prendre de quoi grignoter, et me poser dans un coin pour tout lire. D'un coup. Car j'étais sûre de ne pas être capable de le lâcher avant le mot "fin", et, vous savez quoi ? Eh bien j'ai eu raison ^^

Le suspens ne tient pas tant à l'intrigue et aux motivations des personnages (qui sont plutôt transparentes, à vrai dire) qu'à l'exploration de l'univers, un véritable personnage à part entière. Alex Evans a le don de vous dépeindre le plus complexe des objets en quelques mots : avec une métaphore et une impression, elle vous ouvre un monde de sensations étonnantes, d'items magiques, d'objets magnifiques et de pierres précieuses mystérieuses... c'est un monde qui sent la magie, où les poignées de porte sont cuivrées, où les meubles sont voluptueux et délicieusement vétustes à la fois, où le steam flotte dans l'air et où le côté "victorien décalé" vous surprend à chaque coin de rue... une véritable réussite, à ce niveau-là, j'ai vraiment été époustouflée par la force évocatrice de la plume d'Alex Evans ! J'avais déjà remarqué ce talent, chez elle, dans une nouvelle à l'unité publiée chez le même éditeur. Mais là, je vous le confirme : il y a quelque chose, dans son écriture, qui est fort, évocateur, quelque chose qui renforce votre imaginaire sans pour autant l'enfermer dans des descriptions trop précises... bref, elle est super forte !

L'écriture et l'univers sont donc les points forts de cette novella. En revanche, j'ai constaté une légère faiblesse du côté des personnages, dont les motivations sont à la fois trop claires dès le départ, et dont les caractères sont, paradoxalement, très peu développés. Ils auraient mérité un peu plus d'épaisseur à mon sens car, mis à part l'héroïne qui est assez surprenante et très attachante, les autres font un peu carton-pâte. Cela étant, en si peu de pages, difficile de parvenir à un équilibre parfait entre intrigue, univers et personnages...

Autre chose qui aurait mérité un approfondissement : la fin !
Aaaah, cette fin ! Si elle n'avait pas été si courte et si brutale, je crois que cette novella aurait gagné le rang du coup de coeur malgré ses personnages un peu léger - car d'une certaine façon, cela participe au charme du texte. Mais là, cette fin... elle n'est pas conclusive du tout, on a l'impression d'avoir arrêté le texte en cours de route et qu'il y manque des pages, que quelqu'un a coupé au milieu d'une phrase... bref, trop brutal.
Cela étant, ça donne un goût de "revenez-y vite"...

En conclusion, La Chasseuse de Livres est une novella étonnante par son univers steampunk à la fois très présent et très discret, un paradoxe qu'on ne peut qu'échouer à décrire : il faudra le lire pour le comprendre ;-) Le style, aussi fluide que travaillé, ravira les amateurs de beaux écrits aux formules inventives.
A conseiller très chaudement aux amateurs du genre, tant qu'ils sont prévenus que le format est très court et que les événements s'enchaînent à un rythme très, très soutenu :-)

lundi 24 mars 2014

[Stéphane Desienne] Toxic - intégrale saison 1

Titre : TOXIC – intégrale
Auteur : Stéphane Desienne
Editeur : Walrus Books
Nombre de pages : ~684
Numérique uniquement. Dispo ici (sans DRM et pour 4€99 seulement).

Si seulement les morts-vivants avaient été le seul problème de l'humanité…
La race humaine tente vaille que vaille de survivre au sein de poches de résistance dispersées. La Terre n'est plus qu'un vaste champ de ruines aux ressources de plus en plus rares. Pour en arriver à un tel cauchemar, notre monde aura dû affronter deux fléaux: un virus inconnu et dévastateur a d'abord décimé la population — la transformant en hordes de zombies — puis débarquèrent des étoiles ceux qui auraient pu être les sauveurs : une armada extra-terrestre. Hélas, pour ces aliens, les hommes ne sont que du bétail dont la chair est un mets des plus appréciés outre-espace... à condition qu'ils ne soient pas contaminés! Car transformés en morts-vivants, les humains n'ont plus aucune valeur.

Depuis son Q.G. de Dubaï, Naakrit dirige les opérations qui feront de lui un alien riche : collecter des humains sains et en gérer l'exportation pour ses clients. Mais avant d'amasser sa fortune, il devra composer avec deux problèmes épineux: Jave, un émissaire venu surveiller son activité, et la prolifération du virus zombie qui menace ses capacités d'approvisionnement.

Pendant ce temps, un groupe d'humains cherche à échapper aux zombies et aux extraterrestres. Bien malgré elle, Elaine, une infirmière au caractère bien trempée, endosse le rôle de meneur. Autour d'elle, des hommes et des femmes perdus dans un monde sans repère: Masters est un colonel de l'armée US, Alva une ex-starlette. Bruce est étudiant en biologie, et Hector un ancien dealer colombien tout juste sorti de prison. Et puis, il y a Dew. Un adolescent muet — peut-être autiste — dont personne ne sait rien. Tous sont bien décidés à reprendre le destin de leur planète en mains. 

Mais quel espoir peut bien guider ceux qui survivent au milieu de cet enfer ?

Vous aimerez :
- la richesse de l'univers alien
- les immenses ramifications de l'intrigue
- la rigueur scientifique des détails
- le suspens

Vous n'y trouverez pas :
- de l'introspection
- un futur très différent de notre présent
- de la romance

Mon avis ?
Pour consulter la chronique de l'épisode 1, c'est par ici !
Pour les épisodes 2&3, c'est par là !
Cette chronique constitue un avis complet sur la saison entière.

Toxic est définitivement une série à suivre. J'ai avalé les presque 700 pages (relecture des 3 premiers épisodes comprise) en moins d'une semaine, soit quasiment un épisode par jour. C'est addictif, c'est prenant, bien écrit, l'univers est fouillé... franchement, c'est une réussit !

Au final, maintenant que j'ai lu tous les épisodes, je peux dire que mon personnage préféré chez les aliens est définitivement Jave, l'émissaire du Combinat... on ignore au début s'il est là pour sauver les humains du péril zombie puis les manger, ou les sauver tout court. Et quand on en apprend un peu plus sur ses motivations, on est tellement surpris et happés par les révélations qui s'ensuivent que... wow ! C'est un personnage vraiment, vraiment super bien développé. L'un des plus réussis à mon sens. Stéphane Desienne a réussi le pari de donner à ses aliens une véritable philosphie aliène (sans jeu de mots ^^), c'est-à-dire qu'ils ont vraiment une manière de penser bien à eux, une façon différente de voir le monde et, donc, de raisonner pour trouver des solutions... et quand on apprend par Jave comment et pourquoi la Terre est pleine de zombies... je n'en dis pas plus, je vais me contenter de me répéter... mais WOW quoi !
Scénaristiquement parlant, on part sur une intrigue a priori simple qui révèle épisode par épisode des ramifications beaucoup plus profondes, soutenues par les motivations des personnages, et bien plus encore. La cohérence de l'univers alien et de l'influence de la politique des Zitis sur notre bonne vieille Terre... est tout simplement super bien pensé :-)

Du côté des humains, j'ai surtout accroché à Elaine et Masters, qui pour moi sont les mieux développés, les plus nuancés. Ils portent le récit sur leurs épaules. Les autres personnages sont beaucoup plus unilatéraux, plus "clichés" en un certain sens, et manquent de développement selon moi. A la rigueur, un autre personnage se détache du lot mais, au moment où j'ai commencé à l'apprécier véritablement, bien sûr, il est mort deux pages plus loin*... <___<
Je pense que le manque de développement de certains personnages humains est largement compensé par le soin apporté aux civilisations aliens, mais ça peut destabiliser, d'autant plus que j'ai trouvés que les humains manquent d'émotions. Pas d'émotivité, hein, ça on peut dire qu'ils ont souvent peur, qu'on cavale avec eux, et qu'on est à fond pour leur survie... Non, ce que je veux dire, c'est que... ça manque de romance pour moi ^^
Et pourtant, je ne suis pas une fan de romance, mais raaaah, je voulais tellement qu'il se passe un truc entre Elaine et Masters ! Moi j'ai vu de la complicité, une dynamique de couple, pas quelque chose de passionné et destructeur, mais un vrai couple, solide, fait pour durer. L'auteur n'est pas du tout parti sur cette exploitation-là, et je le regrette un peu. Néanmoins, j'espère que ça se concrétisera (même juste un peu) à la saison 2... à bon entendeur ! ;-)

Saison 2 qui arrive quand d'ailleurs ? Non parce que le cliffhanger final de la saison 1 est encore plus horrible que les précédents, et sincèrement, je vais avoir du mal à patienter !!

En résumé, Toxic saison 1 est une très bonne œuvre de sérialisation, où Stéphane Desienne se sert des clichés les plus éculés pour mieux les détourner à l'avantage de son scénario et de ses personnages. Des situations classiques exploitées de la manière la plus originale qui soit, un souffle d'air frais sur l'haleine un peu rance de la mode zombiesque de ces derniers temps, une vraie bonne lecture pour les fans de m-v quoi ! :-)

* C'est ma malédiction personnelle : il suffit que j'aime un personnage dans un roman ou une série pour qu'il meurt ensuite d'une mort horrible. Beuheuheuh ç_ç

lundi 17 mars 2014

[Corinne Guitteaud] Les Hibraines S01E02

Titre : Les Hibraines – épisode 2 : Isis
Auteur : Corinne Guitteaud
Editeur : Voy'el - e-courts
Nombre de pages : ~90 pages
Uniquement en numérique ! Disponible sur Immatériel à 0€99.
Pria Naruh découvre en même temps que notre monde à quel point nous avons oublié notre histoire et effacé de notre mémoire le formidable héritage des Hibraines. Avec l’aide d’Idris Bregan, toujours à la recherche des derniers artefacts de son peuple, elle se rend en Egypte où ses pouvoirs se réveillent de manière spectaculaire. Cela suffira-t-il à contrer la menace des Suzerains ? Leurs fidèles serviteurs ont prévenu Pria Naruh et tous ceux qui voudraient les aider : « Les Anges veulent votre mort. »

Vous aimerez :
- le changement de narrateur
- le style fluide
- les paradoxes temporels
- le mélange des mythologies
- le côté science-fantasy

Vous n'y trouverez pas :
- de grandes batailles spatiales
- des personnages hyper développés
Mon avis ?
Après un premier épisode hyper immersif, c'est avec grand plaisir que j'ai replongé dans l'univers des Hibraines, cette fois du point de vue de Pria, un personnage qui apparaît dans l'épisode 1 mais dont on n'entrevoit au final que très peu du passé et des motivations. J'ai beaucoup aimé sa voix narrative, elle dégage quelque chose de doux, d'un peu désespéré aussi, plus introspectif que le narrateur du premier épisode.

Bon, par contre, je n'aurais pas été contre un petit "résumé de l'épisode précédent" pour raccrocher les wagons, ou un début qui facilite davantage la tâche au lecteur, car sincèrement, aux premières pages, j'étais un peu perdue. Je gardais un souvenir assez clair des événements de l'épisode précédent, du fil rouge et des personnages, mais certains rappels m'ont vraiment manqué. J'étais un peu perdue.

Heureusement, l'intrigue de cet épisode 2 prend peu à peu son envol et, si on tourne autour du même gros fil rouge (aka les voyages dans le temps, les paradoxes temporels et la fameuse grande Réunion des deux Terres parallèles), on plonge ici dans une toute autre mythologie. Les Hibraines y ont toujours un grand rôle, preuve qu'ils imprègnent vraiment notre histoire et notre culture à tous ses niveaux. C'est d'ailleurs encore une fois une réussite totale, sur ce point-là. Cette fois-ci, on explore le mythe d'Isis et Osiris, avec leur ennemi Seth, qui étaient en fait des Hibraines. Les "morceaux" du corps d'Osiris, qu'Iris est censée ramasser pour ramener Osiris à la vie dans le mythe originel, sont en fait une métaphore pour parler de leur descendant commun. Mais aussi une vraie mission : les morceaux d'orichalque dont il est fait mention au premier épisode appartenaient à Osiris et constituaient en fait... son armure !! Bien entendu, les personnages vont s'intéresser de près à cette armure... car Pria, la narratrice, est liée à Isis et revit certains épisodes de sa vie qui vont lui faire comprendre à quel point l'armure est importante.

L'orichalque, métal mystérieux au sujet duquel on en sait un peu plus désormais. L'auteur lui donne des propriétés aussi étonnantes qu'inquiétantes et, sincèrement, ce métal fait plutôt peur ! Plutôt que de s'émerveiller devant son pouvoir, l'auteur fait en sorte de nous apprendre à le craindre, et elle y réussit plutôt bien, provoquant une ambiance teintée d'angoisse qui constitue le principal ressors du suspens de cet épisode.

Difficile d'en dire davantage sans vous spoiler... on y retrouve les bons ingrédients de l'épisode 1, des personnages récurrents s'annoncent, de nouveaux mystères s'invitent, d'autres s'épaississent... et l'univers déjà fort bien développé de l'épisode 1 devient encore plus dense et plus passionnant !

Bref : vivement l'épisode 3 ! Il paraît qu'il arrive en mai. Le rendez-vous est d'ores et déjà pris.

dimanche 9 février 2014

[Jacques Fuentealba] Emile Delcroix et l'Ombre sur Paris

Titre : Emile Delcroix et l'ombre sur Paris
Auteur : Jacques Fuentealba
Editeur : Walrus Books (dispo sur Immatériel)
Nombre de pages : 350
    1863, dans un Paris peuplé de créatures fantastiques et de machines extraordinaires.
    Émile Delcroix est un jeune étudiant aux Beaux-Arsestranges  animé de deux passions, l’une Artistique, l’autre personnelle. D’un côté il tente depuis des mois d’extirper du papier sa Muse, quintessence de son Talent et de son Inspiration. De l’autre il y a Floriane, cette splendide Actrice aux cheveux émeraude dont il est épris. Mais les choses changent le jour où Émile se fait voler sa Muse nouvellement née par un sombre et mystérieux personnage.

    Des catacombes à la Cour Chthonienne, des passages secrets de la Sorbonne aux toits de la capitale, le jeune Artiste n’aura de cesse de la retrouver. Mais pendant ce temps, une ombre s’étend sur Paris : une sourde menace approche…

    Vous aimerez :
    - lire un récit à la croisée des genres
    - les arsestranges et leur académie
    - l'utilisation des couleurs

    Vous n'y trouverez pas :
    - des personnages ultra développés
    - un récit linéaire
    - un style parfaitement abouti

    Mon avis ?
    Présenté comme un roman steampunk, Emile Delcroix est pourtant tout aussi bien parent d'Harry Potter avec son merveilleux fantasy, que d'Indiana Jones pour son petit côté pulp et aventure ! Un vrai cocktail littéraire, épicé, surprenant, qui fourmille de bonnes idées. Parmi elles, par exemple, la création d'une Muse par un Artiste ! J'ai beaucoup aimé l'idée que ce soit l'Artiste qui soit à l'origine de la Muse, et non l'inverse. Je n'aime en effet pas l'idée selon laquelle l'Artiste n'est que le réceptacle de quelque puissance supérieure divine inspirante, et non son propre moteur. Du coup, j'ai adhéré puissance mille au retournement de ce cliché par Jacques Fuentealba. La scène où Emile crée sa muse est d'ailleurs étonnante, éprouvante pour lui et magique pour nous, une grande réussite !

    L'utilisation des couleurs comme magie à part entière est également une belle trouvaille : ah, ce rouge sang de Valachie et ses propriétés surprenantes ! Et toutes ces autres nuances pleines de surprises. Le Paris d'Emile Delcroix foisonne de pépites de ce genre, c'est un vrai bonheur que de les découvrir. On se sent un peu comme un touriste curieux, à qui se dévoilent mille merveilles !

    Un roman foisonnant, donc, au sein duquel on se perd parfois un peu. Il y a beaucoup de personnages, qui manquent parfois de caractérisation et/ou de profondeur psychologique : c'est malheureusement souvent le cas dans les récits où l'univers est original et prend peu ou prou l'ampleur et la place d'un personnage principal.  De même, j'ai trouvé que le style manquait de maturité, ce qui occasionne parfois quelques incompréhensions, à cause de passages flous. Néanmoins, cela ne m'a guère ralentie dans ma lecture (c'est surtout mon emploi du temps bizarre de ces dernières semaines qui m'a empêchée d'avancer comme je le voulais !)

    Nouvelliste accompli, Jacques Fuentealba signe ici un premier roman de bonne facture, qui mérite largement qu'on s'y attarde : amateur d'aventure, de steampunk, d'arts en tous genres et de magie farfelue, vous y trouverez sûrement votre compte ! Moi, en tout cas, en dépit des deux défauts cités ci-dessus, je ne me suis pas ennuyée un seul instant. Je suis curieuse de découvrir le prochain roman de ce nouvelliste de nombreuses fois confirmé.

    samedi 18 janvier 2014

    [Lilian Peschet] La Brigade des Loups S01E03

    Titre : La Brigade des Loups – S01E03
    Auteur : Lilian Peschet
    Editeur : Voy'[el] – collection e-courts
    Nombre de pages : ~45 pages
    En numérique uniquement.
    Premier épisode gratuit à télécharger sur Immatériel ! La suite à 0€99.

    2020. L'épidémie de lycanthropie sévit en Europe depuis près de trente ans. La Roumanie est l'un des pays les plus en pointe concernant la recherche sur ce rétrovirus, mais aussi l'un des rares où les lupins ont le droit de vivre dans la société.
    Sous certaines restrictions.
    Pour s'occuper des crimes lupins, des unités de polices spéciales exclusivement composées de malades ont été créées.
    On les appelle les Brigades des loups.

    Le procès du capitaine de la Brigade s'ouvre alors que la haine anti-lupins ne cesse de croître. Les extrémistes, qui gagnent du terrain, deviennent une véritable menace. Au milieu de la tourmente qui se lève, l'avenir de la Brigade est de plus en plus incertain...
     Vous aimerez :
    - l'alternance des points de vue
    - l'uchronie très appuyée
    - le rythme et la fluidité du style
    - le côté "critique sociale annoncée"

    Vous n'y trouverez pas :
    - de temps mort
    - de descriptions
    - une exploitation classique du mythe du lycan

    Mon avis ?
    Remise en cause dans l'épisode 1, accusée dans l'épisode 2, la Brigade des Loups est désormais carrément disloquée dans cet épisode 3. Et c'est le début d'une longue traque...

    Le suspens va crescendo dans ce troisième épisode : on sait ce qui va se passer, on sait qu'on est en train d'y assister, petit événement par petit événement, et on y assiste, impuissant... mais surtout curieux. Car la Brigade, qui est aussi une meute à sa manière, va se disloquer. La façon dont les différents points de vue étaient agencés dans le premier épisode prend ici tout son sens : chaque membre de la Brigade va emprunter un chemin différent. Parfois fait de sang et de révolte, parfois fait de fuite et d'espoir, parfois quelque part entre les deux... il y a les blessés, les indécis, les révoltés. Dans tous les cas, ils sont victimes, manipulés par l'opinion publique et ceux qui en tirent les ficelles. Manipulés par l'armée. Manipulés par tous.

    La Roumanie s'enflamme et débute une chasse au loup. La Roumanie, qui était le dernier bastion des lycans libres dans une Europe qui leur est hostile. Les membres de la Brigade n'ont nulle part où fuir et se retrouvent confrontés à des choix impossibles.

    Tout le suspens de cet épisode, qui se dévore encore plus vite que les précédents, repose là-dessus. Les choix de chacun.

    L'uchronie politique mise en place dans les deux premiers épisodes prend un virage sanglant, et si la série annonçait une couleur clairement "noire" et "polar" au début, elle prend ici un tournant plus révolutionnaire. Amis réfractaires aux récits hautement politisés, passez votre chemin ! Sinon, vous en reprendrez bien un bout ?

    J'attends l'épisode 4 de pied ferme...

    A noter que l'émission Rêves et Cris parlait hier soir en termes très élogieux de cette série qui est VRAIMENT incontournable ! ;-)

    vendredi 17 janvier 2014

    [Corinne Guitteaud] Les Hibraines S01E01

    Titre : Les Hibraines – Viracocha
    Auteur : Corinne Guitteaud
    Editeur : Voy'el - e-courts
    Nombre de pages : ~80 pages
    Uniquement en numérique ! Disponible sur Immatériel à 0€99.
    Au cours de sa mission autour de la Lune, Stéphane Mancenay, pilote du Kon-Tiki, voit la Terre disparaître sous ses yeux pendant de longues minutes. Quand elle réapparaît enfin, plus rien n’est comme avant. Son vaisseau se pose sur un monde à la fois étrange et familier, dont les habitants réagissent avec crainte à son arrivée parmi eux. En effet, celui qu’on surnomme bientôt Viracocha, annonce le retour d’un très ancien peuple et l’avènement à la fois espéré et redouté de la Grande Réunion.

    Vous aimerez :
    - la première scène, impressionnante !
    - le style fluide
    - les paradoxes temporels
    - le mélange des mythologies
    - le côté science-fantasy

    Vous n'y trouverez pas :
    - de grandes batailles spatiales
    - des personnages hyper développés

    Mon avis ?
    Corinne Guitteaud est une auteur de talent, une auteur confirmée, et ça se sent dès les premières lignes : on est immédiatement plongé dans l'ambiance, aux côtés de Stéphane, pilote du Kon-Tiki, qui va bientôt passer de l'autre côté de la lune... sauf qu'au moment où il ressort de l'ombre de l'astre lunaire, rien n'est plus pareil : la Terre est prise de convulsions, et l'univers change. L'immense ascenseur spatial chinois (oui oui ^^) est presque entièrement détruit, ne restent plus que ses décombres pour témoigner de l'ancienne Terre. Et Stéphane, qui n'a plus aucun contact radio avec la terre, pourtant bien présente à nouveau mais... différente.

    Le lien entre ces deux mondes ? Le peuple des Hibraines, dont les racines plongent autant du côté des mayas que des incas, jusque dans le mythe de l'Atlantide ! La férue de mythologie que je suis a adoré sauter d'une civilisation à l'autre, de voir ces ponts se construire entre les différents mythes. Corinne Guitteaud prend beaucoup de libertés à ce niveau-là, mais sans jamais dénaturer les mythes eux-mêmes. J'adore la façon dont elle a entrelacé les différents mythes mondiaux, qu'ils soient païens ou non. On y retrouve un peu de cette belle idée développée par Joseph Campbell dans Le héros aux mille visages : l'idée que les mythes sont mondiaux, sans religions, qu'ils sont présents dans toutes les cultures, sous différentes formes, mais toujours les mêmes.

    Je ne peux guère en dire plus sur les mythes invoqués dans ce premier épisode sans vous gâcher le plaisir de lecture. Alors je vais me pencher sur les personnages, Stéphane, notre terrien, notamment, dont nous suivons les aventures. C'est lui le lien entre les deux mondes, lui qui enquête sur les Hibraines puis tente de sauver la Terre de sa future extinction : car en passant de l'autre côté de la lune, il est devenu l'unique rescapé d'un cataclysme terrible, provoqué par ces habitants de l'autre monde, sur lequel il a atterri ensuite. Ce fameux cataclysme n'étant autre que la Grande Réunion entre les deux mondes, dont il est question dans le résumé... une Réunion ratée, vous le devinez, puisqu'une des planètes a été anéantie. Oops ^^"

    C'est un personnage intéressant, le plus développé d'entre tous, attachant dès le premier abord. Il manque peut-être un peu de profondeur car on en sait très peu sur son passé. Il faut dire qu'avec tout ce qui lui tombe dessus, difficile pour lui de prendre deux secondes pour réfléchir. Il ne peut que se concentrer sur le présent. De même, le format même empêche l'auteur de trop s’appesantir : les séries sont ainsi faites (mais peut-être que bientôt je trouverai une série qui démentira ce propos, et j'espère bien d'ailleurs être prise en défaut sur ce point ^^). Néanmoins, cela n'empêche pas du tout d'apprécier le voyage... 

    Le voyage ? Non... les voyages. Dans le temps, dans l'espace. Et au-delà des cultures, vers la rivière murmurante des mythes originels. Et si vous voulez en savoir plus sur ces Hibraines qui seraient à l'origine de presque tout... n'hésitez pas, plongez ! Vous ne le regretterez pas ;-)

    Entre science-fiction et fantasy, entre hyper-technologie et mythologie, ce premier épisode d'une série inclassable et originale m'a vraiment émue, touchée et convaincue. Je suis ravie que le deuxième épisode soit déjà disponible, nul doute qu'il sera mon prochain achat numérique ! ^^

    dimanche 10 novembre 2013

    [Nouvelles] Collection MICRO 1

    Toutes les nouvelles qui suivent sont vendues à l'unité au format numérique, au prix de 0€99, sans DRM ni watermark. Elles font partie de la collection MICRO de Walrus Books, que vous pouvez notamment retrouver sur Immatériel.

    Plutôt que d'en faire une mini-chronique à chaque fois, j'ai décidé de procéder par groupes de nouvelles. Aujourd'hui, je vous propose de découvrir quatre titres dans des genres variés ! Les voici donc, dans l'ordre où je les ai découverts...

    Entre Jack et sa montre à gousset, c'est une vieille histoire d'amour : la délicate pièce d'horlogerie est une fidèle amie et il ne faudrait pas qu'il lui arrive malheur. Mais les rues de Londres, en cette fin de dix-neuvième siècle, sont quelquefois mal fréquentées. Et ce ne sont pas les victimes de Jack qui vous diront le contraire. Nuit après nuit, alors que la célébrité n'a pas encore frappé à la porte, Jack écume les ruelles sombres pour assouvir sa soif de sang. Mais cette soif lui appartient-elle vraiment ?

    Mon avis ? Une belle première rencontre avec la collection MICRO. On découvre ici un Jack L’éventreur en proie à une malédiction un peu particulière, qui l'humanise beaucoup plus qu'on ne s'y attendrait. Dans les variations sur le thème de ce personnage, on a souvent droit à un Jack monstrueux, toujours plus sanglant... ici, sans sombrer dans le romantisme naïf qui ferait d'un assassin un homme fréquentable, Céline Etcheberry nous entraîne sur les traces d'un Jack à des lieues de celui qu'on connaît déjà. L'histoire est portée par un style agréable, qui se met au service de l'intrigue et donne une belle ambiance, pourvoyeuse de nombreuses images pleines de poésie et de désespoir tout à la fois. Une très agréable lecture !

    Une longue caravane de voyageurs traverse le désert brûlant sous un soleil de plomb: hommes et bêtes unis dans la quête du prochain point d'eau, l'étrange procession bigarrée poursuit son chemin, coûte que coûte. Parmi la foule, des marchands, des paysans, des magiciens, une princesse mystérieuse et une petite fille hantée par d'étranges aptitudes. Quelles sont ces voix qu'elle entend appeler au loin? Sont-ce ces Esprits dont les légendes ont bercé son enfance, ou une simple hallucination causée par la chaleur du désert? C'est peut-être bien plus que cela.

    Mon avis ? Peut-être ma nouvelle préférée dans celles que j'ai lues jusque là de la collection MICRO. L'écriture est délicate, ciselée et, sous l'encre des mots, on entend murmurer la source des mythes... une fantasy belle, parfois violente, qui marche dans les pas d'une caravane hétéroclite, formée d'hommes et de femmes qui ont un seul but : fuir, pour survivre à l'avancée toujours plus rapide du désert qui les rattrape. S'exiler pour se reconstruire ailleurs. L'exil est un thème pour lequel j'ai beaucoup d'intérêt, et c'est peut-être en partie pour cela que j'ai tant aimé cette nouvelle, qui traite ce thème de façon certes classique, mais très juste. Un texte à ne pas manquer dans la collection MICRO !

    Quand l’Empereur Xiaoa-Lamsong-Tam donne un tournoi, les meilleurs combattants du pays se présentent. Les plus grands maîtres s'affrontent pour le plaisir de la cour, et tous rivalisent de techniques ancestrales et de coups spéciaux pour mettre leur adversaire au tapis. C'est le cas de Xuo-Tompeï, dont le secret réside dans les litres d'alcool qu'il ingurgite et qui lui permettent de bouger de manière totalement imprévisible. Mais face à lui, les adversaires sont coriaces. Qui remportera le tournoi de Bao-Siam ?

    Mon avis ? J'appréciais déjà la plume de Jacques Fuentealba, notamment suite aux nombreuses micro-nouvelles qu'il a commises et réunies dans un recueil flamboyant d'humour et de bons mots. Je m'attendais donc à beaucoup d'humour et de bons mots dans cette nouvelle, et j'ai été parfaitement servie ! L'intrigue est très classique et nous amène à une chute attendue (trop peut-être ?), mais l'originalité du récit se trouve dans la façon dont l'auteur a décidé de narrer son histoire : quel style ! Riche d'images, de trouvailles à la fois drôles et poétiques, Jacques Fuentealba sait évoquer tout un monde de sensations et d'images en quelques mots, parfois un seul. Il faut beaucoup de talent pour manier l'humour avec efficacité, et je crois que cet auteur là en regorge... à lire si vous aimez les arts martiaux et l'humour de situation ! ;)

    Elthya est une prêtresse phénicienne qui pleure son roi défunt. Mais alors qu'elle récite ses oraisons, un vent étrange se met à souffler sur le tombeau. Pendant ce temps, Vjlir se lance à la poursuite d'un redoutable criminel qui vient d'échapper à sa vigilance et à celle de ses gardiens. Le fugitif, Majjaar, a volé une capsule de sauvetage du vaisseau qui les transportaient tous vers le bagne de Mamm et a dirigé ses propulseurs vers une petite planète. Quel rapport entre les deux ? Et bien Elthya s'apprête à faire une incroyable rencontre.

    Mon avis ? Un texte mêlant mythologie antique et SF à la pointe de la technologie... il n'en fallait pas plus pour m'attirer dans ses filets ! La force de ce texte repose dans sa construction, l'alternance des points de vue et les excellentes descriptions physiques et mentales des personnages, qui sont chacun d'une espèce différente. Tout en menant son intrigue tambour battant, Dominique Lemuri dresse ici de nombreux portraits de civilisations éteintes ou disparues, à venir ou pas encore nées... la rencontre de ces mondes est surprenante, d'autant plus que la fin s'écarte des clichés habituels en la matière. J'ai vraiment beaucoup aimé ce texte également.

    Comme vous l'avez remarqué, j'ai beaucoup aimé ces quatre premières lectures de la collection MICRO. Et ça m'a moi-même surprise car, habituellement, dans une anthologie ou dans n'importe quel recueil que je lis puis chronique, il y a toujours des nouvelles qui m'ennuient un peu voire m'indiffèrent profondément (je suis comme ça, je ne m'en cache pas !) tout simplement parce que les recueils sont ainsi faits que les textes sont parfois trop différents pour se côtoyer, et qu'en tant que lecteur, eh bien, on ne peut pas tout aimer.
    Aussi, je commence à discerner le gros avantage des nouvelles à l'unité sur les anthologies et les recueils : la possibilité de choisir ce qu'on va lire et, donc, d'éviter les grosses déceptions. Parfois, dans une antho, même si 23 nouvelles sur 24 sont excellentes, il se peut qu'un seul texte nous gâche notre plaisir. Ici, ce risque n'existe même pas et je crois que le principe des nouvelles à l'unité est en train de gagner mon coeur...

    Bien sûr, je n'abandonnerai pas les anthos ni les recueils, voyons ;) C'est là une simple constatation, et certainement pas une vérité absolue ^^

    dimanche 7 juillet 2013

    [Nicolas B. Wulf] Par-delà l'océan

    Titre : Par-delà l'océan
    Auteur : Nicolas B. Wulf
    Editeur : NumerikLivres
    Nombre de pages : ~155 pages
    En numérique uniquement.
    A télécharger sur Immatériel !

    Nickolah Dothiriel porte un lourd héritage; être le fils de Filhip Dothiriel, le Fléau des Dix Océans, l'un des pirates le plus connu et le plus respecté.
    Las des quolibets dont il est la victime, Nickolah finit par accepter le commandement du navire de son père, la Dalvénia, pour partir à la recherche d'un corsaire à la solde du royaume Hyspan.
    À ses côtés, des pirates chevronnés, un jeune mousse plein d'entrain, un étranger sorcier vaudou. Effrayé par l'idée d'une mutinerie, inconscient de la magie qui imprègne le monde dans lequel il vit, Nickolah ignore encore jusqu'où le portera son voyage.
    Car, par-delà l'océan, c'est un héritage bien plus ancien et bien plus étrange qui attend le jeune capitaine.

     Vous aimerez :
    - l'univers de la piraterie
    - le rythme enlevé de l'aventure
    - l'exotisme ambiant

    Vous n'y trouverez pas :
    - un récit très développé
    - des personnages qui s’appesantissent sur les événements
     
    Mon avis ?
    J'adore les récits d'aventures tournés vers la mer et, plus précisément, les récits qui mettent en scène les gentilshommes de peu de fortune... nos amis les pirates ! Ca tombe bien, nous sommes en plein dedans. Nous découvrons Port-aux-Pendus, la Dalvénia, l'équipage haut en couleurs et les personnalités de chacun... dès le début, nous sommes plongés dans l'univers de Nickolah, et le mot d'ordre est donné : embarquement immédiat ! L'aventure se déroule rapidement, ce qui n'est pas un souci car on ne s'ennuie pas une seconde. En revanche, j'ai trouvé que c'était dommage pour les personnages qui, selon moi, n'ont pas eu le temps ou l'occasion de prendre de l'ampleur. Ils ont davantage l'air de subir les aventures plutôt que de les provoquer, d'ailleurs le côté passif de Nickolah dans la première moitié de la novella rend les premiers chapitres un peu superficiels. J'aurais aimé connaître Nickolah un peu mieux pour mieux apprécier son changement de personnalité, son évolution, traverser avec lui ses interrogations les plus profondes. Car le personnage a un énorme potentiel et on aimerait vraiment le suivre de plus près, en prenant davantage de temps.
     
    Si l'auteur ne s'attarde pas sur les pensées et les émotions de ses personnages, il prend cependant un énorme plaisir à décrire les contrées découvertes, un plaisir partagé par le lecteur car, je vous l'assure, l'exotisme est au rendez-vous ! Les océans, les monstres marins, les contrées découvertes... tout cela prend vie sous nos yeux émerveillés, l'auteur a un réel talent pour cela. A ce titre, c'est un réel plaisir de voyager à bord de la Dalvénia, d'autant plus que Nicolas B. Wulf n'est pas avare de détails sur la conduite d'un navire. Sans que le récit se transforme en encyclopédie, il sait distiller les détails à propos de la navigation, de manière discrète et toujours opportune.

    Au final, un récit trop court à mon goût : beaucoup de potentiel, mais peu de pages, ce qui fait que l'histoire n'a pas l'ampleur qu'elle devrait avoir. On reste en surface. En approfondissant, je suis sûre que l'auteur aurait pu remplir 300 pages (donc le double du volume actuel) sans pour autant faire de remplissage ou ennuyer l'auteur. Un goût de trop peu, donc. Mais aussi de revenez-y : il y aura une suite, hein ? ^^
     
    En conclusion, Par-delà l'océan est un court récit d'aventure plein de fraîcheur, idéal pour voyager cet été. Une pause lecture agréable, à petit prix et petit format, où l'on est sûr de ne jamais s'ennuyer !
     
    3/5

    lundi 1 juillet 2013

    [Cindy Van Wilder] Au Service des Insectes

    Titre : Au service des Insectes
    Auteur : Cindy Van Wilder
    Editeur : Voy'[el] – Collection e-courts
    Nombre de pages : ~19 pages
    En numérique uniquement.
    A télécharger sur Immatériel !

    La peste a ravagé les cités-murailles. Jadis protégées derrière leur dôme, survolées de glorieux aéronefs, elles ne sont désormais plus que ruines où errent les survivants. Les  Insectes ont envahi les territoires laissés vacants par les hommes. Leurs ruches s'élèvent fièrement à la conquête du ciel. Bess est l'une des femmes recrutées pour prendre soin de leurs larves, ce qui lui assure un minimum de confort. Mais en ces temps de dévastation, que peut encore attendre de l'avenir une humaine qui a tout perdu ?
     Vous aimerez :
    - le personnage de Bess
    - ses interrogations
    - l'originalité de l'univers
    - l'ambiance post-apo

    Vous n'y trouverez pas :
    - de réponse à toutes vos questions
    - une fin "fermée"
    Mon avis ?
    En moins d'une vingtaine de pages, Cindy Van Wilder réussit l'exploit d'introduire un personnage principal bien campé et un univers développé. Même si de nombreuses questions restent en suspens après la lecture de ce court opuscule, la lecture n'en souffre pas et on se laisse porter, de scène en scène, par la nouvelle découpée en plusieurs petites scènes.

    Nous suivons Bess, qui prend soin des larves des Insectes, où grandissent plusieurs espèces : guêpes, abeilles, fourmis, bousiers... toutes ces espèces d'une taille sensiblement supérieure à ce que nous connaissons nous cohabitent avec l'humain qui, en fait, est à leur entier service. En effet, l'Apocalypse a eu lieu et elle n'a pas tourné en notre faveur... le règne animal prend sa revanche, sans pour autant écraser l'homme sous des monceaux de reproches et/ou de regrets.

    J'ai d'ailleurs beaucoup apprécié, comme dans les nouvelles de Vanessa Terral qui ont inauguré la même collection, cette subtile sérénité qui transcende la lecture. Oui, c'est du post-apo, oui, la situation de l'humain n'est pas reluisante mais, non, ce n'est pas une raison d'être univoque dans la désespérance. Cet optimisme à fleur de peau, qui caractérise d'emblée de jeu la jeune Bess, personnage principal de cette nouvelle, m'a personnellement beaucoup parlé.

    Le style de Cindy Van Wilder est précis, direct mais pas pour autant bâclé, loin de là. Le rythme des phrases donne un élan très appréciable à la lecture : on est porté jusqu'au mot "fin" tant par le rythme des mots que par l'intérêt déclenché par l'histoire, dont le fond comme le déroulement rendent curieux, très très curieux. Un peu trop peut-être, car certaines de mes questions n'ont pas de réponse et j'en ressors un peu frustrée, avec un espoir : une autre nouvelle pour venir compléter cet univers, très riche et aux possibilités infinies ? ^^

    Petit regret : la fin de la nouvelle, trop ouverte pour moi. Ou trop cryptique, car en fait la portée de ce qui s'y passe m'a totalement échappée. Il y a deux possibilités quant au sens de ce qui s'y déroule, et je serais bien incapable de vous dire vers laquelle je penche le plus... bref, la lectrice en moi est un peu frustrée de cette fin abrupte et un poil trop elliptique. En même temps, c'est positif car ça donne bigrement envie d'en savoir plus du coup ! Une suite, une suite !! ^^

    En conclusion, j'ai beaucoup aimé ce voyage au cœur de la ruche des Insectes ; un voyage bourdonnant, étourdissant pour bien des raisons ; un voyage au cœur de la nature là encore, où quelques graines de sagesse littéraire et de réflexion sur la condition humaine sont encore semées...

     4/5

    mercredi 19 juin 2013

    [Vanessa Terral] Les Vagues de Clamatlice

    Titre : Les Vagues de Clamatlice, suivi de Saison de pluie sur Clamatlice
    Auteur : Vanessa Terral
    Editeur : Voy'[el] – Collection e-courts
    Nombre de pages : ~33 pages
    En numérique uniquement.
    A télécharger sur Immatériel !
     
    Clamatlice, un monde bien loin de notre Terre, surprend les voyageurs par ses plages de sable vert, ses deux lunes, sa végétation singulière et son surnom : la Planète aux Mille Pensées. Les premiers colons évoquent parfois, à mi-voix, des créatures gigantesques et une nature guidée par une forme de conscience. Bien entendu, les nouveaux arrivés – tel Noota, un jeune surfeur – ne croient pas à ces superstitions…
    Jusqu’à ce que Clamatlice murmure à leur esprit.
     
     Vous aimerez :
    - la douceur poétique de l'écriture
    - le zeste de sagesse asiatique
    - les créatures fantastiques

    Vous n'y trouverez pas :
    - d'histoires pessimistes
    - de récits moralisateurs
     
    Mon avis ?
    Lu en moins d'une heure, ce court recueil numérique réunit deux nouvelles se situant dans le même univers, et il m'a offert une parenthèse bienheureuse et apaisante au sein d'une journée fort chargée. Promesse tenue pour ce micro-recueil qui annonçait d'emblée son exotisme et son caractère optimiste. On ressort serein de cette lecture, bienheureux et reposé. Pour autant, aucune naïveté à craindre : au contraire, c'est subtilement dosé, sans tomber dans la mièvrerie. La sérénité de cette lecture tient autant aux histoires racontées qu'au style de l'auteur, ici fin, léger, optimiste et coloré. Un style très différent de L'Aube de la guerrière, de la même auteur, récit que j'avais déjà beaucoup aimé.

    Nous découvrons donc Clamatlice, planète guidée par une sorte de conscience collective et animale, où il n'est pas question de lutte de l'humain contre l'animal mais, au contraire, d'histoires humaines au sein d'un monde profondément conscient de sa propre existence. Un monde qui veille sur l'humain, où pour une fois la nature est accueillante et, l'humain, lui, presque sage... presque. ;-)

    Le recueil contient deux nouvelles, chacune illustrant l'un des nombreux visages de Clamatlice...

    Les Vagues de Clamatlice raconte l'histoire de Noota, jeune surfeur immigré de la Terre sur Clamatlice, qui tente de dompter les vagues... mais il ne surfe plus avec le même talent qu'auparavant, l'eau ici semble le rejeter. Jusqu'à ce que les créatures y demeurant décident de l'appeler à lui... j'ai beaucoup apprécié cette nouvelle, car la nature y est tout à la fois menaçante et accueillante, sans que l'auteur n'insère à un seul moment une bonne vieille phrase moralisatrice. Ici, l'harmonie est mise en avant : c'est reposant, agréable, et pour autant le récit ne perd pas en intérêt.

    La nouvelle qui suit, Saison de pluie sur Clamatlice, est plus sombre dans le sujet : l'histoire d'une petite fille qui sert de souffre-douleur à l'école, et va trouver un allié inattendu dans la nature même de la planète. J'ai été touchée par la tristesse de l'enfant, et par la solution qui finit par se présenter à elle. Cette nouvelle, bien que relevant de la SF, pourrait être racontée comme un récit de vie, un retour d'expérience de l'enfant qui sommeille en nous.

    En conclusion, Les Vagues de Clamatlice est un micro-recueil où poésie et sagesse ne font qu'un, où l'humain et l'animal se côtoient sans qu'on nous assène de morale toute faite. Si vous êtes à la recherche d'une SF optimiste mais pas naïve, car dotée d'un fond philosophique fort mais jamais moralisateur, alors n'hésitez pas et embarquez pour Clamatlice !

    Le billet est à 0€99 seulement, sur la compagnie E-court, et m'est avis que vous ne regretterez pas le voyage ;-)
    Merci aux éditions Voy'[el] pour ce service presse dépaysant et ô combien reposant !

    4/5

    mercredi 15 mai 2013

    [Loïc Richard] Plongée sur R'lyeh

    Titre : Plongée sur R'lyeh
    Auteur : Loïc Richard
    Editeur : Walrus Books
    Nombre de pages : ~400
    En numérique seulement


    Mars 1938. L'Allemagne est sur le pied de guerre et l'Europe à l'aube d'un embrasement fatal. Malheureusement pour le lieutenant Dieter Neuer — allemand certes, mais sûrement pas nazi — cette situation critique est sur le point d'empirer lorsqu'il apprend qu'il est affecté à une mission d'exploration qui semble particulièrement tenir à coeur au Führer : un voyage en plein Pacifique à bord d'un sous-marin ultra-perfectionné spécialement affrêté pour l'occasion, navigant vers l'inconnu à la recherche de... à la recherche de quoi, déjà? Les instructions sont claires: la mission est top secrète.
    Mais si Neuer en sait un peu plus que nous, c'est aussi et surtout parce qu'il est une taupe, agissant au sein de l'armée allemande pour le compte des Veilleurs, une organisation ésotérique chargée de maintenir la paix sur le globe. L'ambition d'Hitler est claire : grâce à ses chercheurs déments, le dictateur sanguinaire a découvert l'emplacement de la mystérieuse et terrifiante cité sous-marine de R'Lyeh. Oui, vous avez bien lu : là où sommeille le puissant Cthulhu. S'il venait à le réveiller, ce serait alors l'Apocalypse assurée. 
    Alors? Prêt à relever le défi ? Car "Plongée sur R'Lyeh" est un Livre dont vous êtes le Héros dans lequel vous incarnerez le lieutenant Dieter Neuer. À vous de faire les bons choix, d'agir en toute discrétion, et surtout de faire de votre mieux pour qu'Hitler ne relâche pas le monstre légendaire de sa prison aquatique !

    Vous aimerez :
    - renouer avec le format "Livre dont vous êtes le héros" et explorer ce format en numérique
    - la difficulté de l'intrigue
    - le rythme haletant
    - les illustrations intérieures

    Vous n'y trouverez pas :
    - des personnages très développés
    - une mythologie approfondie

    Mon avis ?
    De 8 à 12 ans, j'ai dévoré de nombreux Livres dont vous êtes le héros, et j'aimais tout particulièrement les albums illustrés. Je me souviens surtout d'un titre en particulier, que je n'ai pas sous la main malheureusement, mais où l'on plongeait dans un monde sous-marin, aux côtés d'un petit garçon à la recherche de son père disparu au cours d'une expédition sous-marine... ici, avec Plongée sur R'lyeh, j'ai encore rejoint encore les profondeurs, et autant vous dire que je ne regrette pas une seconde le voyage !

    Un voyage qui commence dans l'Allemagne nazie et pour lequel on embarque dès la première page, sans le savoir : car le personnage ignore tout de ce qui va lui arriver. Il apparaît d'emblée sympathique : on ne sait pas vraiment quelles sont ses idées politiques personnelles mais on comprend que, bien qu'il travaille pour les nazis, il n'est jamais qu'un soldat allemand anonyme pris dans la tourmente... anonyme ? Oui, mais pas sans intérêt : il semble travailler pour une organisation secrète en lien avec une certaine cité perdue sous-marine... et quand il est convoqué par ses supérieurs militaires pour une raison mystérieuse, il n'hésite pas, et il y va.

    Autant vous prévenir : dès que vous avez mis un pied hors de l'appartement de Neuer, selon les choix que vous faites, vous pouvez mourir, et ce, dès le début. Ma petite fierté : je ne suis morte qu'une fois dans le sous-marin qui menait à R'lyeh, pas avant, alors que les occasions sont pourtant nombreuses. ^^ Et je ne l'ai pas vu venir : moi, je pensais avoir fait ce qu'il fallait, alors que non... un élément m'avait échappé, et je devais visiblement repartir presque du début.

    Mais là où ce roman dont vous êtes le héros est bien construit, c'est que l'auteur et les éditions Walrus se servent intelligemment des possibilités du numérique : pas de limite de texte, comme le papier peut en imposer, donc même si vous repartez du début, c'est très peu linéaire et vous revenez très vite au moment de votre précédente mort, pour la dépasser... ou pas, si vous mourrez avant d'y revenir ;-)

    Je suis morte surtout vers la fin du roman, une fois arrivée dans R'lyeh, où chaque choix que vous avez fait avant est déterminant : selon les informations que vous avez en votre possession (ou pas justement ^^), vous n'y échapperez pas ! Je suis parvenue en un seul morceau jusqu'à l'une des fins du roman, et on peut dire que l'auteur n'y va pas avec le dos de la cuillère avec ladite fin : j'ai tout foiré ! xD J'ai réveillé Cthulhu, les nazis ont gagné, et Neuer est mort – et accessoirement tous les espoirs de l'humanité avec lui. Mais bon, j'ai survécu jusque là et, heureusement pour l'humanité si elle veut continue à prospérer longuement, ce n'est qu'un livre ;p

    Et j'ai suffisamment apprécié cette expérience de lecture pour retenter l'aventure avec ce même roman, dans quelques mois, pour voir si cette fois-ci je parviendrai à sauver l'humanité – ou si je ne la referai que plonger de plus belle au fond des abysses ! ^^
    Sinon, en ce qui me concerne, je n'ai lu aucun livre de Lovecraft avant cela (oui, je sais, bouh, pas bien tout ça :P), et ça ne m'a pas gênée du tout car Plongée sur R'lyeh a été écrit de manière à ce que les profanes comme moi puissent lire le roman quand même. Cela dit, du coup, je me demande si les initiés de Lovecraft trouveront leur compte dans la mythologie de l’œuvre originale, car je l'ai trouvée davantage survolée qu'approfondie. Mais est-ce vraiment un point négatif ? Pas vraiment, car cela laisse aussi à Loic Richard la possibilité de se démarquer et d'apporter sa propre pierre à l'édifice de l'univers lovecraftien.

    En conclusion, si vous êtes fan des Livres dont vous êtes le héros, vous devriez trouver votre bonheur dans cet opuscule vraiment sympathique, bien écrit, bien géré, aux fins tellement multiples que, même en ayant refermé le roman, on a l'impression d'avoir encore un monde inexploré entre nos mains ! A conseiller chaudement aux amateurs, et même à ceux qui ne connaissent pas encore.

    4/5

    mercredi 1 mai 2013

    [Richard Arlain] La saga de Moira et Svein

    Titre : La saga de Moira et Svein
    Auteur : Richard Arlain
    Editeur : Laska
    Nombre de pages : ~196
    En numérique seulement

    Aux frontières de la Fédération rôdent encore des « teroristoj », dont les Vikings de Heim. Endurcis par les difficiles conditions de survie sur leur planète, c’est par des raids brutaux qu’ils s’emparent de l’eau et de l’air qui leur manquent. Or vingt-sept mille kilotonnes d’eau potable doivent prochainement partir de Mellnock, la planète voisine. Une proie sur mesure pour les guerriers de Heim…

    Secrètement fasciné par les Fédérés, Svein Sigurdson participe au commando contre le FSS Whedon. Un assaut qui réunit les forces de quatre clans Vikings ne devrait être qu’une formalité. Mais cette opportunité n’est-elle pas trop belle pour être vraie ?

    Moira Latimer, originaire de Mellnock, embarque comme technicienne à bord du FSS Whedon. Lorsqu’elle voit le nombre de soldats qui les accompagnent, elle sait que cette fois, les risques et les enjeux dépassent tout ce qu’elle a connu. Elle est encore loin d’imaginer à quel point l’attaque des Vikings berserks va changer son destin, et celui du monde qu’elle connaît…

    Vous aimerez :
    - la narration alternée entre les deux protagonistes
    - assister à la confrontation de deux cultures que tout oppose
    - les personnages bien campés

    Vous n'y trouverez pas :
    - un érotisme très prononcé
    - une histoire d'amour qui prend son temps

    Mon avis ?
    D'ordinaire peu férue de romance, j'ai pourtant passé un très bon moment à bord du FSS Whedon en compagnie de Moira et Svein, qui sont des personnages attachants d'emblée de jeu, tant à cause de leurs différences que de leurs ressemblances. Les deux futurs amants sont issus de deux cultures que tout oppose, et qu'un raid sur un cargo d'eau potable va rassembler d'une manière improbable... et un peu trop rapide à mon goût. Vraiment, si j'avais un regret sur cette histoire, ce serait la rapidité avec laquelle les sentiments des deux protagonistes se développent. En moins de vingt-quatre heures, ils sont prêts à tout quitter pour vivre avec l'autre ! Je ne sais pas si c'est la lectrice ou la sceptique en moi qui a parlé, mais ça ne m'a pas convaincue, car pour moi les sentiments ont besoin de temps pour se développer et, surtout, pour que des personnes – ici des personnages – prennent la décision de quitter leur famille et leur culture pour plonger dans la civilisation censée être celle de l'ennemi...

    Cela étant dit... c'est une novella, et ça fait partie du contrat narratif : on sait que tout se déroulera très vite. C'est donc davantage un écueil dû au format qu'une vraie maladresse d'écriture, et cela ne gênera sûrement pas les habitués de romance ; mais moi ça m'a un peu gênée à la lecture, surtout au début. Après, j'ai mentalement accepté que ça aille aussi vite, et je me suis laissée porter par la lecture. Et je ne regrette pas !

    Car plus que la rencontre entre deux êtres, c'est le choc de deux cultures qui s'opère ici, et cette partie-là, à la fois politique et sociologique, est gérée de main de maître par l'auteur qui a semble-t-il pensé à tout. Par exemple, chez les fameux Vikings, les mains sont des parties du corps extrêmement érotiques, c'est pourquoi ils mettent des menottes-moufles à leurs captifs du FSS Whedon, afin d'éviter les viols. Ce serait comme si, chez nous, une femme se promenait les seins nus en temps de guerre : une vision qui, en temps de guerre, peut provoquer les pires réactions. L'auteur a songé à tous ces petits détails de part et d'autre des deux civilisations, ce qui fait que l'univers créé est foisonnant et vraiment passionnant ! Ces différences culturelles se manifestent notamment via Svein et Moira, dont les caractères sont très vites plantés, de manière efficace, et pas du tout superficielle. Leur façon de penser est tout de suite illustrée par les actes, développée par la suite, et tout se tient de bout en bout. En plus ils sont super attachants : Moira avec son côté perfectionniste et sa fierté trop mal placée pour montrer qu'elle a peur face à l'ennemi, et Svein avec ses questionnements un peu enfantins et ses doutes profonds sur ce qui est juste, bon, etc. Ils sont chacun une évolution bien distincte, qui les amène à s'apprécier mutuellement, mais aussi à remettre en question leurs sociétés.

    Le duo des amants forme d'ailleurs le cœur de cette histoire : ils représentent non seulement le côté romance, mais aussi le côté science-fiction, et j'ai vraiment adoré la manière que l'auteur avait de mettre en scène les deux à la fois, dans un même dialogue où tout résonnait sur les deux niveaux... un vrai travail d'écriture et une réussite de ce point de vue. Mais vraiment !

    En somme, les amateurs de romance aussi bien que de science-fiction trouveront leur compte dans cette novella à la croisée des genres, où le thème majeur résonne dans chaque chapitre, chaque dialogue et chaque personnage. Un récit bien construit, aux personnages forts et charismatiques, qui évoluent en même temps que l'intrigue prend des virages inattendus mais toujours cohérents !
    3,5/5

    Un grand merci aux éditions Laska de m'avoir permis de découvrir ce roman en SP ! :D