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jeudi 2 avril 2015

[Mathieu Rivero] Or et Nuit

Il sort aujourd'hui et vous devriez tous vous précipitez dessus. De quoi je parle ? Mais de cette pépite que j'ai pu me procurer en avant-première au salon du livre de Paris et lire avant presque tout le monde !


Des mille et une histoires que j’ai pu conter, aucune n’est aussi fabuleuse que celle que je m’apprête à te narrer.
On y voyage de cités mortes en jardins luxuriants, de royaumes en déserts et de geôles en palais. On y croise djinns et ghûls, sultans et dragons, reines et démons, et les lignées maudites s’y affrontent autant que les passions se déchaînent. Vois-tu, elle recèle en son cœur une bien plus unique distinction. Cette histoire d’amour et de mort est vraie : je l’ai vécue. Parole de Shéhérazade.
Mathieu Rivero est un jeune auteur lyonnais, dont Or et nuit marque l’entrée en fantasy par la porte de l’inspiration orientale à la Mille et une nuits, dont il constitue une suite. Les récits s’y mêlent, les destins aussi, des voleurs et des princes, des royaumes et des sortilèges, des complots et des combats : la magie et le suspense sont au rendez-vous.
Il y a plus d’un enchantement entre ces pages !

Dès les premières lignes, la magie opère... on entre par la petite porte de l'Orient, loin des clichés habituels. L'Orient ici décrit n'est ni ultra-violent ou "hyper-orientalisé" : Mathieu Rivero procède avec subtilité pour recréer une civilisation complexe et méconnue, riche de de personnalités toutes différentes et plus attachantes les unes que les autres. La conteuse Shéhérazade est à la fois spectatrice et (malgré elle) actrice de l'histoire qu'elle déroule page après page. Elle s'est échappée du Palais de son époux, celui-là même qui la menaçait chaque soir de la décapiter et qu'elle tenait en haleine en lui racontant des histoires... pour mieux se refaire capturer par un mystérieux bandit, auquel elle raconte une histoire qui se révèle réelle : elle lui fait le récit des événements auxquels elle a assisté pendant son errance à travers les différents territoires orientaux. 

Histoire et conte se mêlent. Destinée générale et desseins personnels se percutent. La magie des mots est réelle dans l'histoire, et le conte se tisse aux fils du réel. On nage en pleine féérie orale et scripturale, pour notre plus grand bonheur à nous, lecteurs. Le verbe est beau, les métaphores nombreuses mais pas envahissantes. Le rythme des phrases est bien pensé. Celui des chapitres aussi : au début de chacun d'entre eux, on retrouve Shéhérazade et celui qui l'a faite prisonnière et compte tirer d'elle une rançon - puisqu'elle est en effet devenue Reine après les événements des Mille et unes nuits. Leur situation évolue, ils nous en apprennent plus sur l'univers dans lequel les personnages du conte narré évoluent... puis ledit conte reprend, et l'on comprend peu à peu que tout n'est pas inventé. Presque rien, peut-être, en fait.

Mais je ne vous en dirai pas plus. Il faudra lire pour savoir quels personnages fantastiques et attachants forment cette fresque orientale si dépaysante ! ;-)
Un seul reproche : une fin un peu trop abrupte. J'aurais aimé un épilogue, et ne pas finir sur un événement aussi... hem, "conclusif", dirons-nous pour ne pas spoiler :D

Vous l'aurez compris, j'ai adoré me plonger dans ce roman. On vit, on tremble, on vibre avec Shéhérazade, et on se prend de compassion pour le pire des monstres. On aime le brigand, comme elle, et on déteste le roi, comme elle. Mathieu Rivero signe là une suite originale et réussie des Contes des Mille et unes nuits, où l'on entrevoit aussi bien l'or des toits des palais d'Orient, que la nuit qui couve dans le cœur des hommes...

dimanche 29 mars 2015

[Mathieu Guibé] Elvira Time S01

Salutations, surfeur de pages web en quête de lecture divertissante !

Aimes-tu les vampires ? Non ? C'est pas grave, car la lecture qui suit pourra te plaire quand même : en effet, cela te fait un point commun avec l'héroïne de cette série littéraire à dents pointues, aussi pulp et déjantée que l'épisode musical de Buffy the vampire slayer ! De qui je parle ? Rah, mais d'Elvira Time bien sûr ! Une nana très drôle, avec un sens du jeu de mot pourrave hyper développé, et qui sait te faire rire à chaque page. Elle a deux collègues bien humains, mais un lourd passé qui la hante - littéralement, puisque son meilleur ami est un fantôme et que, s'il est mort, c'est un tout p'tit peu sa faute, oups...

Enfin, et si je te donnais le résumé de cette série littéraire, au lieu de déblatérer ? Ouais, hein... ça serait bien que je reprenne ce blog en main, mais pour ça, faudrait aussi que je fasse les choses dans l'ordre :p
Hop, voilà donc le résumé :

L’existence des vampires n’est plus un secret pour personne. Alors que le tout Hollywood les décrit comme les amants du siècle, notre bon vieux gouvernement des Etats-Unis a tranché. Chaque rejeton aux dents longues se verra proposer un choix : se référencer auprès des autorités et survivre comme un animal en cage ou rester libre et se faire traquer par des chasseurs de primes rémunérés par l’état. Perso, je préfère la deuxième solution. C’est beaucoup plus lucratif pour mes finances depuis que j’ai hérité de l’entreprise familiale. Le problème, c’est qu’à 17 ans, je suis encore enchainée au lycée et je dois concilier cours de math et exécutions sommaires. D’aucuns diront que j’ai la fâcheuse tendance à ramener plus de boulot au bahut que je ne rapporte de devoirs à la maison. C'est pas faux.
Alors voyez-vous, quand on doit gérer tous ces vampires attirés par le miasme hormonal émanant de mon école et qu'en plus, on s'appelle Elvira, la vie n’est pas simple.
Une ado qui se plaint de son calvaire quotidien ? Rien de neuf à l’horizon, me direz-vous. Mais croyez-moi, je sais garder les pieds sur terre. Ma vie aurait pu être bien pire : j’aurais pu être un de ces monstres et me retrouver du mauvais côté de mon pieu.

Le résumé résume bien (woohoo ! ^^) mais est vraiment un cran en dessous de l'humour permanent qui règne entre les pages de la série : entre les situations cocasses, les répliques tordantes et les références en tous genres, on passe un excellent moment. C'est une lecture qui déride jusqu'à Mamie Nova (si si si) et te donne envie de faire mille jeux de mots pour tenter d'exceller l'inventivité géniale de l'auteur en la matière (et comme vous l'avez vu, j'essaye FORT ! ^^) L'intrigue va à cent à l'heure, et même si quelques pauses sont accordées aux personnages, on a rarement le temps de souffler. Du coup, les pages se tournent toutes seules, également soutenues par la fluidité impeccable du style.

Un seul point négatif : l'empathie avec les personnages. L'humour permanent fait qu'on a du mal à avoir peur pour eux, à garder notre sérieux de lecteur et, donc, à compatir à ce qui leur arrive. Cela nous empêche d'aller en profondeur, sous la peau d'encre et de mots des personnages : tout en étant extrêmement travaillés, ils restent relativement superficiels. Même Elvira, qui est pourtant la narratrice. Par exemple, j'ai eu du mal à être émue par son passé pourtant pas rose. La relation avec son meilleur ami devenu fantôme pourrait être extrêmement touchante aussi, et elle l'est de manière objective, mais l'humour s'est dressé entre moi et l'émotion. J'ai du mal à décrire ce ressenti de lecture, un peu particulier je dois l'admettre.

Cela étant... ça reste une lecture pulp qui met dans le mille du côté de son rôle premier : divertir. On ne voit pas le temps passer, ni les pages défiler, et on s'éclate ! Je dirais même qu'on prend son pieu, euh, son pied ! ^w^
Lue dans le train en moins de 3h, alors que j'étais épuisée, et j'ai pas pu lâcher la série avant d'avoir atteint le mot "fin"... à quand la saison 2, donc ? ^w^

En résumé :
  • du pulp
  • du bon
  • du geek
  • et du vampire, bien sûr !
5 épisodes, 1e gratuit sur Immatériel et ailleurs. Existe aussi en papier (à commander chez votre libraire préféré !)

dimanche 15 février 2015

[Lise Syven] La Balance brisée 1

Salut à tous !
Aujourd'hui, je vais vous parler d'une lecture effectuée cet été... mais qui m'est bien restée en tête, ce qui est très bon signe, vous en conviendrez ! ;-) Il s'agit du tome 1 de la série jeunesse de La Balance brisée de Lise Syven aux éditions Castelmore. Le tome 2 sort dans quelques jours, alors je me suis dit que c'était l'occasion parfaite... A mettre entre toutes les petites (et moins petites) mains qui ont soif d'aventure et de magie.

Mystères et sortilèges ! Élie vient de perdre ses deux parents dans un accident de voiture. Depuis, rien ne va plus. À la maison, son frère Karl nourrit une obsession absurde pour les canards en plastique et sa tante Magalie se met à fabriquer des badges à la chaîne. Le jour où l'adolescente surprend des messes basses entre eux deux où il est question d'un Ordre mystérieux et de sortilèges, elle se demande si elle n'est pas la seule personne saine d'esprit de sa famille ! Ou alors... cela pourrait signifier qu'elle aussi serait une magicienne. Et si la mort de ses parents n'était pas vraiment due à un accident ? Élie va mener l'enquête pour découvrir la vérité avec l'aide de son frère, de sa tante mais aussi de ses camarades de collège...

Si à la lecture du résumé, l'image d'un petit sorcier à lunettes vous vient en tête, sachez que vous avez raison d'y penser ! On y retrouve la fraîcheur du premier tome d'Harry Potter, son rythme entre aventures trépidantes et vie quotidienne, avec les cours, les amis, les intrigues personnelles et d'autres plus graves qui mettent en péril le monde de l'héroïne... après, si on retrouve l'ambiance, on est bien loin de l'univers : la seule école que vous trouverez ici ressemble à nos écoles à nous, et pas de professeur maléfique enturbanné à l'horizon ;-)

Elie est une jeune héroïne très attachante, d'autant plus qu'elle veille sur ses amis et sa famille, même si, du haut de ses 12 ans, elle ne peut pas faire grand chose. Elle forme avec sa meilleure amie Fatou un duo d'enfer. Leur amitié les rend réelles, crédibles. De même, la manière dont Elie et son frère gèrent le deuil de leurs parents est vraiment touchante, bien retranscrite, et l'intrigue démarre lentement, laissant à ces deux-là le temps de faire le point. Mais en faisant le deuil de ses parents, Elie leur découvre une vie secrète incroyable. Elle découvre aussi qu'une créature vit dans les murs de sa maison ! Gardienne ou menace ? Amie ou ennemie ? Entre ça et les objets cachés dans la maison, dans une pièce secrète impossible à trouver... Elie a bien du mal à faire ses devoirs une fois rentrée de l'école. Elle a des choses plus intéressantes à apprendre. Comme à gérer sa magie naissante. Découvrir à quel groupe de mages elle appartient. Etc.

Un premier tome passionnant, qui traite de thèmes aussi sérieux que le deuil avec un ton léger mais toujours juste, et nous entraîne sur les sentiers d'une aventure aux tournants complètement inattendus ! C'est drôle, c'est bien écrit, rythmé. J'ai hâte de me plonger dans le tome 2 la semaine prochaine !

dimanche 4 janvier 2015

[Cindy Van Wilder] Les Outrepasseurs 1&2

Titre : Les Outrepasseurs, tome 1 : Les Héritiers
Auteur : Cindy van Wilder
Editeur : Gulf Stream
Nombre de pages : 350
Londres, 2013. Peter, un adolescent sans histoire, échappe de justesse à un attentat. Il découvre que l'attaque le visait personnellement et qu'elle a été préméditée par de redoutables ennemis : les fés. Emmené à Lion House, la résidence d'un dénommé Noble, il fait connaissance avec les membres d'une société secrète qui lutte depuis huit siècles contre les fés : les Outrepasseurs. Ces derniers lui révèlent un héritage dont il ignore tout...
PRIX IMAGINALES 2014
Vous aimerez :
- les personnages bien campés
- l'originalité de la structure narrative
- la profondeur de l'univers
- la poésie du style

Vous n'y trouverez pas :
- une jeunesse sans violence
- un univers dénué de noirceur

Mon avis ?
Difficile d'être à 100% objective sur ce roman, étant donné que je l'ai bêta-lu voilà plusieurs années, alors que Cindy et moi étions deux petites grenouilles anonymes... quand j'ai reçu ce premier tome, l'émotion m'a prise, et j'ai attendu que le deuxième soit sorti pour m'y lancer. J'avais envie d'avoir la suite sous la main, car je savais que l'attente entre les deux serait rude. Pas que la fin du tome 1 soit spécialement brutale, mais cela faisait des année que j'attendais de lire la suite, en fait, et je ne voulais pas avoir à patienter encore une fois après ma relecture du tome 1.
Une redécouverte, donc... et un coup de cœur à nouveau. Est-il possible de tomber amoureuse deux fois du même livre ? Si vous vous posiez la question, sachez que la réponse est "oui". ^^

Le résumé est assez succinct mais aussi très exact. Ce qu'il ne vous dit pas, c'est que Peter n'est pas à proprement parler le héros de ce premier tome, mais un passeur d'histoire. A Lion House, le maître des Outrepasseurs va le faire plonger dans une piscine où nagent d'étranges sirènes qui ont le pouvoir d'injecter la mémoire d'autrui dans la sienne. Peter revit donc l'histoire originelle des Outrepasseurs du point de vue de son ancêtre. Il comprend d'où vient la malédiction, se demande si elle en est vraiment une, découvre l'existence des fées, qui sont leurs ennemis et... et je n'en dis pas plus, car j'en ai déjà dit trop !

Le suspens de ce roman repose principalement sur la nature des fées et des Outrepasseurs, et sur l'importance des liens du sang dans la magie. L'auteur s'attache à décrire le quotidien, les mœurs et les combats d'un petit village du Moyen Âge durant plusieurs dizaines de pages, tout en distillant des interventions du point de vue des fées qui, très vite, vont chambouler la vie des habitants de la Villeneuve ! Le destin bascule, on s'y attendait, mais pas de la manière habituelle... car c'est là le talent de Cindy : surprendre le lecteur là où il s'y attend le moins.

Les Outrepasseurs, ce pourrait être une énième histoire sur les loup-garous et autres changeformes. Mais non. C'est un univers. C'est une symphonie d'existences qui résonnent entre elles à la manière de cloches de glace, si fragiles et, pourtant, destinées à trembler. C'est une écriture ciselée, fine, poétique, et d'une puissance évocatrice incroyable. Sincèrement, je ne peux que vous le conseiller ! La seule chose qui pourrait vous destabiliser, c'est l'originalité de la structure, étant donné que Peter est le héros sans l'être, et qu'un lecteur non averti pourrait être déçu de ne pas le suivre.

Heureusement, le tome 2 est là pour corriger ce léger défaut qui, selon moi, n'en est absolument pas un...



Titre : Les Outrepasseurs, tome 2 : La Reine des Neiges
Auteur : Cindy van Wilder
Editeur : Gulf Stream
Nombre de pages : 365
Les Outrepasseurs viennent enfin de capturer la dernière fée libre, Snezhkaïa la Reine des Neiges. Ils ignorent qu'ils viennent de déclencher une malédiction qui risque de les anéantir. Peter, qui supporte de moins en moins de se plier à la volonté de Noble, tente de retrouver le Chasseur pour mettre fin à cette lutte séculaire ?
Vous aimerez :
- les personnages bien campés
- retrouver Peter en tant que héros
- la profondeur de l'univers
- la poésie du style

Vous n'y trouverez pas :
- une jeunesse sans violence
- un univers dénué de noirceur

Mon avis ?

Cette fois, Peter se taille la part du lion (ceux qui ont lu vont bien rire ^^) et porte toute la narration ou presque sur ses épaules. Il reprend le combat de ses ancêtres là où ils l'ont laissé. D'abord confronté à l'impuissance et l'inertie, il va faire une puis deux rencontres qui vont chambouler son existence et celle des Outrepasseurs.

Ce que j'ai particulièrement aimé dans ce roman, c'est le personnage du Chasseur. Il était déjà incroyablement bien construit dans le tome 1, mais Cindy approfondit ici son caractère, sa psychologie, et je crois que nous avons affaire à l'un des plus beaux et des plus complexes "méchants" de la littérature jeunesse. Cruel et d'un érotisme dérangeant dans le tome 1, il devient ici plus humain et la métamorphose qui s'opère en lui est assez touchante. Quoi que pitoyable, aussi, et c'est là tout le paradoxe : sa plus grande déchéance sera aussi sa plus belle victoire.

La Reine des Neiges est elle aussi une méchante sacrément bien campée. Bien que le Chasseur soit le but de la traque de Peter, c'est elle qui détieint les clés de leur destin à tous. La manière dont ce retournement de situation est amené est assez surprenante : au lieu de placer cette menace à la fin, pour en faire une révélation fracassante, Cindy a choisi de la placer tout au début de son roman ! La malédiction flotte alors entre les lignes, telle une épée de Damoclès au dessus de la tête de tous les personnages. C'est simple, et pourtant magistral, car le lecteur sait - contrairement aux personnages - que les héros auront beau se débattre, l'inéluctable finira par se produire, quoi qu'ils fassent...

Le style est toujours aussi beau et ciselé que dans le tome 1. La fin, elle, est un peu plus cruelle car elle laisse de très nombreuses questions en suspens et... sincèrement, si j'avais eu le tome 3 sous la main, je l'aurais bien lu tout de suite après !!
J'ai hâte que ce soit le cas. Je pense relire les deux volumes pour mieux le savourer à sa sortie en 2015. :-)
Et je pense que dans dix, vingt, trente ans, je relirai encore cette série avec le même émerveillement. Elle va assurément figurer au rang (très sélect) de mes "lectures doudou" à vie :-)

samedi 20 décembre 2014

[Nathalie Bagadey] Eclosia, ou l'Ecosse des légendes

Titre : Eclosia, ou l'Ecosse des légendes
Auteur : Nathalie Bagadey
Editeur : Auto-édition ^^
Nombre de pages : 246
C’est pour y donner sa toute première conférence en économie du tourisme que Clo se rend en Écosse. Mais elle se retrouve très vite bien loin de l'Université d'Édimbourg... Son chauffeur, le séduisant Ian MacLeod, l’embarque en effet dans un périple inattendu au cours duquel toutes ses certitudes vont basculer. Tandis que le cœur de la jeune femme succombe progressivement au charme envoûtant du pays (et de son guide), son esprit, lui, est en plein tumulte car à chaque étape une nouvelle interrogation se pose à elle : pourquoi lui arrive-t-il tout à coup autant d'évènements étranges ? D’où sortent tous ces êtres fantastiques qu’elle trouve sur son chemin ? Pourra-t-elle concilier la vie moderne qu'elle s'est choisie avec des attentes d'un autre âge ? Suivez Clorinde sur les routes écossaises et vivez ses rencontres improbables avec des créatures issues des plus anciennes légendes celtiques... Et s’il suffisait d’y croire ? 
Vous aimerez :
- le style fluide et évocateur
- l'ambiance de quête mystique entrelacée au quotidien
- la manière dont l'auteur "insère" et dissimule les êtres féériques aux yeux des humains profanes
- les personnages bien campés

Vous n'y trouverez pas :
- une intrigue difficile à deviner
- une magie "flamboyante"

Mon avis ?
Après une longue panne de chroniques, me revoici enfin pour vous livrer mon avis sur Eclosia, l'Ecosse des légendes, que l'auteur, la pauvre, a dû désespérer de voir un jour sur ce blog... mille excuses pour le retard, j'ai reçu ce livre en service presse numérique il y a plus de trois mois, et si je l'ai lu dans la foulée et d'une seule traite, j'ai mis un temps incroyablement long à me remettre aux chroniques (et donc au blog).

Cela dit, c'est un texte qui se prête bien à la période des fêtes... donc un retard, oui, mais un mal pour un bien ? ;-) Car si vous recherchez un texte pour vous tenir chaud au cœur pour l'hiver, alors vous l'avez trouvée !!

Eclosia, c'est une romance très douce, très belle, au cœur d'une Écosse sauvage et magique, avec des personnages attachants et vraiment bien campés ! On pourra reprocher à l'intrigue d'être cousue de fil blanc, avec un petit côté convenu à la romance, mais sincèrement... ce n'est pas un gros défaut tant ce livre a su m'envoûter.

J'ai tout de suite été prise d'affection pour son personnage principal, Clorinde, qui est une universitaire (enfin, future ^^) pleine de ressource, très intelligente et qui se pose toujours les bonnes questions. Aussi trouve-t-elle très louche, dès le début, qu'on vienne la chercher à l'aéroport pour une "visite guidée" du pays. Elle observe, elle pose des questions et, l'air de rien, en apprend beaucoup dès le début rien que par son sens de l'observation. Elle n'en est pas moins attirée par son guide, un charmant jeune homme au charme réel et assumé. Je l'ai personnellement trouvé convaincant, pas trop cliché dans son rôle de séducteur, d'autant plus qu'il a une vraie personnalité et pas juste un physique attrayant (comme c'est souvent le cas dans les romances que j'ai lues auparavant). On a donc affaire à des personnages bien construits, plein de questionnements, avec leurs quêtes personnelles, qui vont bien entendu se croiser...

Avec eux, on découvre l'Ecosse. Celle des guides touristiques, d'abord, puis des légendes, comme le titre l'indique... Clorinde croise un fantôme au détour d'un château. Elle pense d'abord à une animation 3D très convaincante, mais quand un cheval lui apparaît ensuite au bord d'un lac, son esprit rationnel lui souffle directement qu'il y a quelque chose de pas normal. Elle est tellement rationnelle, d'ailleurs, qu'elle se raccroche à toutes sortes d'idées, comme on le ferait nous si ça nous arrivait. Sa résistance naturelle au surnaturel m'a vraiment plu, car c'est exactement comme ça qu'on réagirait en vrai. Du coup, la plongée dans le surnaturel se fait par petits bouts, doucement, jusqu'à ce que la bascule s'opère et que Clorinde comprenne : oui, la magie existe.

Elle ose en parler à son guide, Ian, et cette confidence les rapproche immédiatement car il ne la traite pas de folle. Il répond à ses questions, et lui montre d'autres choses... son ouverture d'esprit et son amitié semblent toutefois avoir un autre but. Clorinde doute d'elle, se dit qu'il ne veut pas la séduire, qu'il y a plus que cela derrière son charme et les perches qu'il lui tend... et elle a raison, mais qu'à moitié, je vous laisserai découvrir pourquoi !! ;-) Grâce aux doutes de Clorinde et aux mystères que Ian maintient sciemment sur certaines choses, la romance prend des détours, prend son temps, mais se construit peu à peu, sur des bases incertaines tout d'abord, puis plus solides, car le voyage se révèle semés d'embuches ! Et Clorinde ne serait pas là par hasard, comme elle le comprend peu à peu...

Difficile de vous en dire plus sans vous gâcher les jolies surprises de ce petit roman plein de douceur ! Les créatures magiques et féériques abondent. Il y en a presque à tous les chapitres. L'histoire est sympathique, les personnages attachant, et on se prend à rêver, nous aussi, à cette Ecosse des Légendes...

Merci Nathalie pour ce beau moment de rêve et de lecture, ainsi que pour ta confiance ! :-)

vendredi 25 juillet 2014

[Christelle Verhoest] Sombre Héritage 1

Titre : Sombre Héritage, tome 1 : La Vision de l'Encercleur
Auteurs : Christelle Verhoest

Éditeur: Bragelonne - Snark
Nombre de pages : 198
Collection primo-numérique avec version papier en POD.

Lan est un jeune garçon tout ce qu’il y a de plus normal : il va au lycée, y côtoie une bande de copains sympathiques, s’entend plutôt bien avec ses parents très compréhensifs... bref, il mène une vie tout à fait banale. Si ce n’est qu’en réalité, Lan n’est pas humain. Lui et ses parents sont des Arc’helar, les descendants d’êtres maléfiques qui s’amusaient autrefois à terrifier leurs victimes. De cette cruauté, Lan n’en a rien gardé, mais il lui reste en héritage ces visions du futur, semblables à des flashs, toujours mystérieuses et souvent inquiétantes. Et inquiétante, la dernière en date l’est tout particulièrement. Elle parle de mort, et concerne un garçon bien particulier, un nouveau au lycée, secret et renfermé, mais qui intrigue et attire Lan depuis la rentrée...

Vous aimerez :
- la mythologie développée
- l'écriture fluide et imagée
- l'ancrage du fantastique dans un quotidien très réaliste


Vous n'y trouverez pas :
- une romance qui prend son temps
- une romance qui prend le pas sur l'intrigue
- de scène sexuellement explicite
Mon avis ?
Ce fut pour moi une première plongée dans l'univers du roman dit "Boy's Love" (aka les romances adolescentes entre jeunes gens du même sexe, masculin ici en l'occurrence). Je dois avouer une ignorance totale en la matière, ainsi que de très nombreux a priori négatifs : on m'avait souvent parlé d'une littérature outrageusement niaise, en décalage total avec la réalité, tissée de fantasmes irréels où le scénario tient sur un timbre-poste... oui, je sais, je partais vraiment de loin !! Cela étant, je voulais vérifier par moi-même, et quoi de mieux que de commencer avec Sombre Héritage publié aux éditions Bragelonne ?
 
J'ai bien fait, je trouve, de donner sa chance à Sombre Héritage, car Christelle Verhoest ne tombe pas du tout dans ces travers. Si j'ai effectivement trouvé certains passages un peu trop romantiques à mon goût, je n'ai pas du tout trouvé que les personnages soient creux, ou la romance téléphonée. Au contraire, celle-ci s'imbrique parfaitement dans l'intrigue fantastique. C'est même cette intrigue qui provoque la romance, et non le contraire, ce que j'ai particulièrement apprécié.
Autre chose que j'ai particulièrement apprécié pour ce qui est de la romance : l'absence de scènes chaudes. Ça peut paraître bizarre, dit comme ça, mais c'est vrai !! Christelle Verhoest se concentre sur la tendresse, les gestes simples, les mots, les promesses tenues... bref, tout ce qui tisse une relation entre deux personnes, qu'elles soient de même sexe ou non ! Cette pudeur de la part de l'auteur m'a confirmé dans l'idée que cette saga s'éloigne vraiment des défauts reprochés la plupart du temps aux ouvrages de boy's love.
 
Là où je suis moins convaincue, c'est sur le développement trop soudain et trop rapide des sentiments de Lan et d'Alexis : ok, les événements les poussent à aller vite, mais ce fut un peu trop rapide pour moi. L'intrigue se déroule en moins de trois semaines, si je me souviens bien, voire plus vite encore il me semble, et j'ai du mal à imaginer qu'un amour si solide se tisse en si peu de temps, au point de se sacrifier pour l'autre. Vous allez me dire "oui mais on est dans la romance, ça fait partie des codes du genre." Et vous aurez raison.
Cela étant... Christelle Verhoest place son intrigue dans un contexte très réaliste : elle dépeint parfaitement le train-train quotidien de Lan, place ses rebondissements dans des endroits qui ont l'air parfaitement réel. Elle décrit avec brio l'atmosphère si particulière des lycées, des cours, et sait vraiment s'y prendre pour donner une épaisseur presque palpable à son contexte et ses personnages, tous admirablement campés à quelques exceptions près (j'y reviendrai dans le paragraphe suivant). Alors dans un contexte si bien monté, la rapidité de l'apparition et de la consolidation des sentiments des deux protagonistes principaux m'a paru en décalage total. Mais après, c'est peut-être seulement moi.
 
Du côté de la mythologie, on n'est pas déçu ! L'auteur nous fait découvrir de nombreuses espèces surnaturelles, toutes dotées d'une organisation bien à elle. J'ai particulièrement aimé sa vision de la magie, avec les encercleurs, et leurs différents courants, ainsi que leur manière toute particulière d'utiliser leurs pouvoirs. C'était vraiment passionnant et j'ai vraiment hâte d'en apprendre plus ! C'est très riche, très dense, et on sent qu'il y a encore beaucoup à apprendre, notamment sur les personnages qui représentent ces communautés.
Justement, mon petit bémol "personnage" concerne précisément ces personnages secondaires. Si Lan, Alexis et leur proche famille et/ou amis sont très bien décrits et campés, tant dans leurs réactions que dans leurs motivations et leurs liens solides, j'ai trouvé les personnages secondaire et notamment les méchants très... eh bien, très transparents. Il y a bien un vague suspens au début, mais on devine trop vite que c'est telle personne qui va faire en sorte de réaliser la funeste vision de Lan au sujet d'Alexis. Ses motivations sont trop transparentes, les personnages secondaires trop entiers, pas assez nuancés...

Nul doute que ces quelques défauts seront effacés au tome 2, qui se trouve d'ores et déjà dans ma liseuse ! Car en dépit de ces quelques bémols, j'ai vraiment beaucoup aimé ce premier tome de Sombre Héritage, et je le recommande chaudement aux amateurs d'histoires d'amour fantastiques (et pas seulement "teintées de"). De même, l'univers riche, approfondi, ravira tous les habitués du genre fantastique. Le tout étant servi par une plume belle et fluide, franche dans toutes la palette des émotions dépeintes, qu'elles soient tristes ou heureuses.

A lire, et pas seulement pour le côté boy's love !!

mercredi 11 juin 2014

[Estelle Faye] Porcelaine

Titre : Porcelaine
Auteurs : Estelle Faye
Éditeur: Les Moutons électriques
Nombre de pages : 287 (sur ma liseuse)

Chine, vers l’an 200. Xiao Chen est un comédien errant, jeté sur les routes par un dieu vengeur. Un masque à forme humaine dissimule son faciès de tigre, tandis que son cœur est de porcelaine fêlée. Son voyage va durer plus de mille ans. Au cours de son périple, il rencontrera Li Mei, une jeune tisseuse, la Belle qui verra en lui plus qu’une Bête. Celle qui, sans doute, saura lui rendre son cœur de chair. Cependant Brume de Rivière, fille-fée jalouse et manipulatrice, intrigue dans l’ombre contre leur bonheur.
Pendant presque quinze siècles, rivalités et amour s’entrecroisent, tissant une histoire de passion, de tendresse et de sacrifice, sur fond de magie et de théâtre.

Vous aimerez :
- le souffle légendaire
- les personnages attachants
- l'importance de l'Art dans l'intrigue
- les grandes batailles

Vous n'y trouverez pas :
- une histoire d'amour "à l'occidentale"
- un style onirique ou ampoulé
- une Chine orientalisée

Mon avis ?
Vous avez dû, vous aussi, faire l'expérience du livre qui traîne dans votre Pile à Lire depuis plusieurs mois, livre que vous lorgnez de temps à autre sans jamais vous lancer, jusqu'au jour où vous le faites, et là, vous le dévorez de bout en bout en une seule soirée. Eh bien c'est ce qui m'est arrivé avec Porcelaine, qui est un véritable coup de coeur !!

Comme pour toute œuvre de fiction francophone abordant l'Asie, je redoutais un livre orientaliste et stéréotypé. Ici, si certains clichés persistent, comme les prénoms très classiques et convenus des personnages, ou certains aspects mystiques, ce n'est que pour mieux nous plonger dans une histoire unique en son genre, et passionnante par bien des aspects. Si l'Orient décrit ici est bel et bien magique et mystérieux, il l'est non par essence mais par système de logique : la magie est immanente et réelle, elle agit sur le quotidien des hommes.

Xiao Chen n'a qu'une dizaine d'années quand il va apprendre cette dure vérité. Nous sommes dans les temps anciens, pour ne pas dire antiques de la Chine, et la magie est plus réelle que jamais. En allant chercher des épines de pin pour le four à céramique de son père, il pénètre sur le territoire du dieu du Hensang et en reviendra changé à jamais, et pour cause : le dieu lui donnera une tête de tigre ! Brimé et rejetté, Xiao Chen quitte son village et part sur les routes accompagné d'une troupe de cirque, dont il deviendra plus tard le dirigeant, le cœur, mais aussi l'âme. Le cirque, le théâtre et les arts de la rue ont beaucoup d'importance dans l'intrigue, la majeure partie des personnages appartenant par ailleurs à ces corps de métier.

C'est un récit nomade, dont l'intrigue se déroule sur les routes de Chine, de son antiquité à son XVIe siècle. On traverse de nombreuses villes, de nombreuses époques et, pourtant, le récit est doté d'une remarquable unicité. Jamais il ne se disperse, ce qui n'empêche pas quelques surprises scénaristiques, comme un bond de 1200 ans dans le futur. C'est dans cette époque plus moderne que Xiao Chen va rencontrer l'amour de sa vie, et vivre avec elle de nombreuses aventures, contre des ennemis invisibles surgis d'un passé ancien et magique.

Je ne peux vous en révéler davantage sans vous spoiler la majeure partie de l'intrigue, au final assez simple mais déroulée avec beaucoup de talent. Ce que je peux vous dire, en revanche, c'est à quel point l'écriture simple et poétique d'Estelle Faye rend cet ouvrage unique et délicat. Chaque mot recèle en lui la vérité des grandes épopées, et chaque phrase est porteuse d'un rythme particulier. Le récit, au présent, repose en grande partie sur ce style si particulier, qui n'en est pas moins immersif.

Je pourrais disserter encore de nombreux paragraphes sur ce roman, qui m'a littéralement enchantée ! Tout y est : le style, les personnages attachants, l'intrigue, le rythme, le souffle... une réussite magistrale ! 
Qu'attendez-vous pour vous jeter dessus ? Ne faites pas la même erreur que moi et lisez-le au plus vite ! On ne fait pas attendre un tel chef-d’œuvre ;-)

jeudi 29 mai 2014

[Alex Evans] Pour l'honneur des Mérina

Titre : Pour l'honneur des Mérina
Auteur : Alex Evans
Editeur :Voy'el - e-courts
Nombre de pages : ~27 sur ma liseuse
Numérique uniquement. Dispo ici (sans DRM).

Améyo, fille d’une famille de riches marchands tombée dans la misère, vivote entre une belle-mère alcoolique et deux belles-sœurs. Criblées de dettes, leur jugement tombe : elles doivent tout rembourser dans trois jours, ou bien elles seront vendues comme esclaves.
En désespoir de cause, la jeune fille décide d’invoquer le fantôme de son grand-père. Il pourra peut-être lui dire où se trouve la pieuvre des Mérina. Ce joyau perdu de la famille leur permettrait de payer tous leurs créanciers.
Sauf que ce n’est pas le bon grand-père qui apparaît...

Vous aimerez :
- l'écriture fluide et légère
- l'humour et l'esprit d'aventure
- les deux personnages principaux, drôles et attachants

Vous n'y trouverez pas :
- de burlesque
- un univers approfondi
- une intrigue complexe

Mon avis ?
Faisons court mais faisons bien : j'ai adoré !!
J'avais déjà eu deux excellents aperçus de la plume d'Alex Evans, avec une nouvelle à l'unité d'une part, et avec une novella steampunk d'autre part. J'avais été conquise et charmée à chaque fois, et cette petite nouvelle ne déroge pas à la règle :-)

Alex Evans a un don pour élaborer des univers intéressants en peu de lignes. Ici, nous évoluons dans le microcosme d'une famille marchande, qui elle-même vit dans une ville portuaire à l'ambiance à la fois familière et exotique. Améyo, le personnage principal, est la fille héritière d'une famille déchue et n'a pas le choix : elle doit retrouver le joyau perdu de sa famille afin de rembourser les dettes de ses ancêtres, sous peine de finir esclave ! Mais voilà... en invoquant l'esprit de son grand-père, elle découvre un secret familial en même temps que la trace de la fameuse pierre, et son existence entière en est chamboulée, encore plus que si elle finissait esclave... je ne vous en dis pas plus afin de vous laisser la surprise, car c'était vraiment bien trouvé ^^
Ce qui est certain, c'est que l'esprit a un humour frappeur (moi pas, j'ai pas trouvé mieux comme jeu de mots, rah la la ^^), et Améyo est un personnage déterminé qu'on prend plaisir à suivre. Le ton général de la nouvelle est léger, en dépit de la gravité des événements dépeints, et donne un rythme agréable à la nouvelle, sans pour autant que ce soit trop rapide : on nage en pleine aventure et les événements s'enchaînent dans un rythme parfait !

Difficile de faire une longue chronique sur un texte aussi court. J'ai vraiment adoré l'univers, le personnage d'Améyo, et la chute de la nouvelle... Je vous recommande chaudement ce texte, que ce soit pour découvrir la plume d'Alex Evans ou poursuivre l'exploration de ses micro-univers. Alex Evans a le chic pour présenter et explorer des univers fantasy d'éléments assez classiques, mais agencés avec brio et originalité ! Pour l'honneur des Mérina est une réussite, qui vaut absolument le détour, surtout si vous êtes en quête de fantasy légère et optimiste, ce qui se fait rare en ce moment !

Bref, c'est un coup de cœur ! :-)

lundi 26 mai 2014

[Collectif] Montres enchantées

Titre : Montres enchantées
Auteur : Marie Angel, Marie Lucie Bougon, Esther Brassac, Fabien Clavel, Sophie Dabat, Hélène Duc, Clémence Godefroy, Cécile Guillot, Claire Stassin, Geoffrey Legrand, Lucie G. Matteoldi, Pascaline Nolot, Laurent Pendarias, Marine Sivan, Marianne Stern, Vincent Tassy, Adeline Tosello
Editeur : Editions du Chat Noir
Nombre de pages : 396 (en version papier)

Indécis entre fuite et union, le temps est un amant insaisissable. Omniprésent, dès qu’on le regarde, il s’efface pourtant, déjà évanescent. Inlassablement, il permet croissance ou use jusqu’à l’extinction. L’être humain pourchasse depuis toujours ce dieu créateur et destructeur, en quête de son asservissement. Secondes, minutes, heures… L’esprit cartésien a beau le fractionner, il n’en demeure pas moins incontrôlable.
Et si la relecture de notre passé, de notre culture, ou encore du progrès scientifique nous en accordait la maîtrise, l’Homme saurait-il mieux gérer son temps ?
Plongez-vous sans perdre une minute dans cette anthologie et peut-être, parmi ses pages, percevrez-vous le tic-tac de ces montres enchantées.




Vous aimerez :
- la superbe couverture et la maquette élégante
- la variété des approches, des styles
- découvrir de nouvelles plumes de talent, complètement inconnues jusqu'à lors
- l'excellence générale des textes

Vous n'y trouverez pas :
- de texte déprimant !
- de hors-sujet
- de texte qui renouvelle le genre ou sorte de la sphère européenne

Mon avis ?
Le steampunk a la côte en ce moment, et le nombre de publications dans le genre ne cesse chaque mois d'augmenter (oui, à ce point !). Les éditions du Chat Noir inaugurent leur collection "Black Steam" avec cette anthologie sur le thème des montres et autres mécanismes temporels enchantés... et je dois dire que c'est une réussite. Sans être un coup de cœur, cette anthologie a su me faire voyager, rêver, rire et frémir !

Le voyage commence avec la magnifique couverture sépia signée Catherine Nodet, qui réussit à rendre chaudes des couleurs pourtant assez froides... joli ! Il se poursuit avec des textes très bien agencés : on constate une progression logique, un fil rouge suivi, en même temps que le soin apporté aux variations de rythmes, d'ambiances, de types, etc. Le tout donne une anthologie assez équilibrée, qui comporte pas moins de dix-sept nouvelles. Parmi elles, beaucoup de plumes inconnues, dont certaines trèèèès belles surprises et d'autres moins (deux ou trois textes n'avaient à mon sens pas leur place dans cette anthologie, car pas assez aboutis, mais c'est peut-être une question de goût...). Mis à part cela, le seul reproche que j'aurais à faire, éventuellement, c'est le manque de curiosité culturelle des auteurs : toujours l'Angleterre, ou Paris, et toujours le 19e siècle... je veux bien que le steampunk plonge ses racines dans l'Angleterre victorienne mais un peu de changement ne serait pas malvenu, d'autant plus que si je trouvais original de croiser Sherlock Holmes à travers les textes steampunk, je commence à trouver ça lassant... néanmoins, dans l'anthologie, deux ou trois textes brisent la monotonie de cette uniformité victorienne, et je vais d'ailleurs vous en parler. ^^

Si je devais ne retenir que quatre textes, ce seraient...
* Tourbillon aux Trois Ponts d'or, de Fabien Clavel : un mystère à huis-clos, une bulle temporelle dans laquelle un inspecteur et son assistant se retrouvent enfermés malgré eux... tout pour me plaire ! La fin de la boucle temporelle ne prendra fin que s'ils découvrent pourquoi le macchabée dans la pièce est mort. Le style est fin, ciselé. Le décor travaillé. Les personnages surprenants. Et la résolution du mystère... pas évidente ! Une nouvelle dans la plus pure tradition du mystère à huit-clos, j'ai adoré !
* Je reviendrai..., de Laurent Pendarias : auteur inconnu au bataillon, qui explore le thème du paradoxe temporel avec des machines envoyées dans le passé pour tuer un homme... nul autre que Kant ! J'ai adorer croiser ce personnage, le voir jouer de rhétorique et de philosophie. Le style est maîtrisé, le décor original, l'intrigue simple mais efficace... et la chute inattendue !! Très belle plume, j'espère en lire davantage de sa part à l'avenir !
* Le Club des érudits hallucinés, de Marie-Lucie Bougon : voilà un texte difficile à résumer sans vous gâcher le plaisir de la découverte... disons qu'il s'y trouve un soupçon de S.-F. à cause de son thème principal (les machines ont-elles une âme ?), mais que sa principale force réside dans sa galerie de très nombreux et très attachants personnages ! Tous sont croqués tour après tour, et cette série de portraits à l'ancienne mode de la fin du 19e siècle m'a vraiment émue et charmée. Plume inconnue au bataillon, là encore, et pareil, j'espère en lire plus très bientôt.
* When Times Drive You Insane, de Lucie G. Matteoldi : encore une première publication pour une auteur inconnue, et... woaw !! Certainement ma nouvelle préférée d'entre toutes, qui mélange drame, mythologie grecque et steampunk. Il s'agit ni plus ni moins que d'une réécriture steampunk du mythe d'Orphée et d'Eurydice, et tout, de la forme à l'intrigue, regorge de surprises et d'originalité. C'est beau, émouvant, très bien écrit. Bref, je crois que c'est ma nouvelle préférée de toute l'anthologie !

J'ai également aimé d'autres nouvelles, comme Et depuis, je compte les heures, qui ouvre l'anthologie, ou The Pink Tea Time Club, qui nous présente l'univers de la série numérique éponyme de Cécile Guillot (également publié aux éditions du Chat Noir). Pacte mécanique était également une belle découverte.

Vous l'aurez compris, Montres enchantées est une sympathique anthologie où tout le monde devrait trouver son compte, à condition bien entendu d'aimer le steampunk. A conseiller aux férus du genre, comme à ceux qui souhaiteraient s'y initier. ^___^

vendredi 2 mai 2014

[Michel Honaker] Carabosse

Titre : Carabosse : La Légende des cinq royaumes

Auteur : Michel Honaker
Editeur : Flammarion
Nombre de pages : 372

La légende de la fée maléfique de La Belle au Bois Dormant.

La belle Cara est maudite : elle est bossue. Par dépit amoureux, elle tombe du côté obscur de la magie et devient la Fée du Vent Mauvais. Elle n'aura de cesse de se venger de sa sœur, en maudissant son héritière, la belle Aurore, la princesse du Bois Dormant. Après 99 ans, Lilas, dernière fée survivante à avoir échappé à l'horrible régence de Carabosse, part chercher le prince charmant destiné à sauver Aurore, endormie le jour de ses 18 ans...

Vous aimerez :
- découvrir l'envers du conte de la Belle au bois dormant
- la galerie de personnages
- l'écriture, belle, fine, ciselée
- le vent de légende qui souffle sur les pages
- le réseau de symboles extrêmement resserré

Vous n'y trouverez pas :
- un personnage d'Aurore très présent
- un rythme haletant
- une intrigue convenue

Mon avis ?
Tout le monde connaît l'histoire de la Belle au Bois Dormant, mais s'est-on jamais penché sur les origines du conte ? Sur les causes qui ont amené Aurore à être maudite par l'une des fées qui s'est penchée sur son berceau ? Quelle fée ? Pourquoi ? Comment ? Carabosse répond à toutes ces questions, et l'auteur nous offre là un magnifique roman qui plonge aux racines du conte, dans ses recoins les plus sombres et les plus méconnus.

Je vais faire court : j'ai adoré ! Je m'attendais à ne pas être du tout surprise par cette réécriture de conte et, bien au contraire, je l'ai été de bout en bout. C'est un bijou !
 
Déjà, dès le début, nulle trace d'Aurore : on suit les pas de son père, le roi du futur Bois Dormant, un monarque jeune, très attachant, qui mène sa première campagne militaire. Décidé à protéger son royaume, le roi Florestan est conseillé par son fou, Trublion, un nain très attachant et qui, on peut le dire, porte l'intrigue sur ses épaules. De bout en bout, plus encore que la fée Cara, c'est lui que l'on va suivre. Cara n'apparaît qu'au bout de quelques chapitres, quant l'armée en déroute de Florestan se réfugie dans le château de son père. Mais Florestan, d'abord charmé par Cara, tombe éperdument amoureux de sa sœur, Léonore... qui sera la mère de la future Aurore.
Si ainsi résumé ce tournant scénaristique peut sembler convenu, il n'en est rien de la manière dont l'auteur l'écrit, le met en scène, l'amène par petites touches... il prend beaucoup de soin à insuffler une nouvelle charge légendaire aux symboles qui parsèment le conte de la Belle au Bois dormant : le motif de la tisseuse (de vent, d'intrigues, de mort...) est parfaitement repris, et Cara nous apparaît comme une araignée venimeuse du plus bel effet ! Souvent absente mais toujours dans l'ombre, elle tire sur les fils de l'histoire... jusqu'au jour où tout lui échappe, bien sûr, mais cela n'a lieu qu'à la toute fin du récit.

Née humaine, rendue jalouse par l'amour que Florestan porte à sa sœur, Cara deviendra vite fée pour se venger. Une fée nommée Carabosse, créée par le Vent Mauvais, qui s'emploiera à tuer toutes les autres fées qui auront béni la jeune Aurore ainsi que le couple Florestan-Léonore.
Les fées, justement, ont un rôle important dans le récit, notamment la fée Lilas, du royaume de Mataquin, qui contrecarrera le funeste plan de Carabosse : au lieu de mourir sur le champ le jour de ses 18 ans, Aurore s'endormira simplement, ainsi que tout son Royaume... Lilas est un personnage  délicieusement, dont on ne sait trop bien pour qui elle œuvre. Peu à peu, néanmoins, notamment au contact du nain Trublion, elle s'humanise et comprend même l'amour que le pauvre fou ressent à son égard, au point de le protéger par compassion. Car les fées sont séduisantes, et ô combien dangereuses... les multiples manières dont se présentent leurs pouvoirs (le pouvoir effectif des mots, par exemple !) sont extrêmement bien trouvés, et vraiment bien mis en scène. J'ai adoré !

On plonge donc dans l'envers du conte, l'histoire qui n'a pas été racontée. On s'intéresse à ceux que le conte n'a pas retenu comme héros, que le conte n'a même jamais cité parfois. Michel Honaker explore cette partie inconnue du conte avec un brio qui se renouvelle à chaque chapitre, chaque page ! C'est vraiment extraordinaire, cette façon qu'il a eue de recréer l'envers du conte, en partant de presque rien. Extraordinaire, cohérent, et à ce point dense qu'on a ici matière à créer d'autres contes, d'autres histoires se tenant dans les Cinq Royaumes !

Bon, je me répète, je sais, mais j'ai adoré. Je ne saurai que trop vous conseiller ce roman, si vous aimez les contes et les réécritures réussies. Ici, l'auteur ne s'est pas contenté de réécrire, il a exploré une partie inconnue du conte originel, et la qualité s'en ressent grandement : c'est grand, c'est beau, c'est... épique !

Un coup de cœur, vraiment inattendu pour ma part, car d'ordinaire les contes m'ennuient profondément. Vraiment surprenant. Fin. Ciselé. Merveilleux... Je vous le conseille mille fois ! De plus, il se dégage une telle poésie de l'écriture... ce serait dommage de passer à côté, rien que pour cela ;-)

Merci aux éditions Flammarion pour cette superbe découverte !

dimanche 13 avril 2014

[Alex Evans] La Chasseuse de Livres

Titre : La Chasseuse de Livres
Auteur : Alex Evans
Editeur : Walrus Books
Nombre de pages : ~64
Numérique uniquement. Dispo ici (sans DRM et pour 2€99 seulement).

Cassandra est une étudiante un peu particulière : héritière de l'antique famille royale des Galata, la jeune princesse prépare une thèse de Magie à l'université. Passant en revue les grimoires les plus vénérables et les plus prestigieux, l'académicienne mène une vie rangée et, pour tout dire, un peu ennuyeuse : elle rêve par-dessus tout d'aller sur le terrain et de devenir enfin Chasseuse de livres. Car la Magie a beau avoir déserté le pays depuis quatre siècles, certains nostalgiques des arts occultes semblent convaincus que l'énergie mystique est sur le point de reparaître. Mais les évènements prennent une tournure inattendue le jour où la jeune érudite reçoit une invitation pour une soirée à la Fondation des Sciences Occultes. La vénérable Tamora Caton a en effet une mission à lui confier : retrouver le mythique "L'Appel des Anciens", plus qu'un livre, une légende des arts magiques et une source de pouvoirs terribles pour celui qui mettra la main dessus. L'occasion est trop belle. Mais l'étudiante n'imagine pas encore que son chemin sera parsemé d'embuches et dépassera de loin sa simple curiosité scientifique. Dans l'ombre, les convoitises s'aiguisent.
Dans un monde mêlant légendes bibliophiles et steampunk assumé, Alex Evans nous offre une novella riche en rebondissements, en personnages passionnés et en atmosphères dépaysantes, et ouvre une porte sur un univers bouillonnant où magie et ambition ne font pas toujours bon ménage.

Vous aimerez :
- la subtile imprégnation steampunk
- l'univers très approfondi
- le contexte étudiant
- la force évocatrice de l'écriture

Vous n'y trouverez pas :
- des personnages très développés
- une fin conclusive
- de réponses à toutes vos questions

Mon avis ?
Après la grosse intégrale de TOXIC chez le même éditeur, je me suis lancée dans un format numérique très court : une novella à volume unique (du moins a priori, même si j'ai vu sur internet qu'une suite était potentiellement en préparation, yesss !).

J'ai beaucoup aimé cette novella et, pour vous dire, c'est pas passé loin du coup de cœur ! On est dès la première ligne étonnés : par le style, d'une part, qui est clair, vif et précis ; par le personnage principal, d'autre part, qui est une jeune doctorante en pleine rédaction de thèse, un métier rarement représenté en littérature ! ; par l'univers, enfin, dont la richesse nous saute aux yeux dès le premier paragraphe.
De ma part, du coup, ce furent trois "WOOOW !" à la suite. Cette première page lue, j'ai posé le roman pour aller me faire un thé, me prendre de quoi grignoter, et me poser dans un coin pour tout lire. D'un coup. Car j'étais sûre de ne pas être capable de le lâcher avant le mot "fin", et, vous savez quoi ? Eh bien j'ai eu raison ^^

Le suspens ne tient pas tant à l'intrigue et aux motivations des personnages (qui sont plutôt transparentes, à vrai dire) qu'à l'exploration de l'univers, un véritable personnage à part entière. Alex Evans a le don de vous dépeindre le plus complexe des objets en quelques mots : avec une métaphore et une impression, elle vous ouvre un monde de sensations étonnantes, d'items magiques, d'objets magnifiques et de pierres précieuses mystérieuses... c'est un monde qui sent la magie, où les poignées de porte sont cuivrées, où les meubles sont voluptueux et délicieusement vétustes à la fois, où le steam flotte dans l'air et où le côté "victorien décalé" vous surprend à chaque coin de rue... une véritable réussite, à ce niveau-là, j'ai vraiment été époustouflée par la force évocatrice de la plume d'Alex Evans ! J'avais déjà remarqué ce talent, chez elle, dans une nouvelle à l'unité publiée chez le même éditeur. Mais là, je vous le confirme : il y a quelque chose, dans son écriture, qui est fort, évocateur, quelque chose qui renforce votre imaginaire sans pour autant l'enfermer dans des descriptions trop précises... bref, elle est super forte !

L'écriture et l'univers sont donc les points forts de cette novella. En revanche, j'ai constaté une légère faiblesse du côté des personnages, dont les motivations sont à la fois trop claires dès le départ, et dont les caractères sont, paradoxalement, très peu développés. Ils auraient mérité un peu plus d'épaisseur à mon sens car, mis à part l'héroïne qui est assez surprenante et très attachante, les autres font un peu carton-pâte. Cela étant, en si peu de pages, difficile de parvenir à un équilibre parfait entre intrigue, univers et personnages...

Autre chose qui aurait mérité un approfondissement : la fin !
Aaaah, cette fin ! Si elle n'avait pas été si courte et si brutale, je crois que cette novella aurait gagné le rang du coup de coeur malgré ses personnages un peu léger - car d'une certaine façon, cela participe au charme du texte. Mais là, cette fin... elle n'est pas conclusive du tout, on a l'impression d'avoir arrêté le texte en cours de route et qu'il y manque des pages, que quelqu'un a coupé au milieu d'une phrase... bref, trop brutal.
Cela étant, ça donne un goût de "revenez-y vite"...

En conclusion, La Chasseuse de Livres est une novella étonnante par son univers steampunk à la fois très présent et très discret, un paradoxe qu'on ne peut qu'échouer à décrire : il faudra le lire pour le comprendre ;-) Le style, aussi fluide que travaillé, ravira les amateurs de beaux écrits aux formules inventives.
A conseiller très chaudement aux amateurs du genre, tant qu'ils sont prévenus que le format est très court et que les événements s'enchaînent à un rythme très, très soutenu :-)

jeudi 27 mars 2014

[Alizée Villemin] Lady Falkenna S01E01-02

Titre : Lady Falkenna – épisodes 1&2
Auteur : Alizée Villemin
Editeur : Lune Ecarlate
Nombre de pages : ~35/épisode
Numérique uniquement. Dispo ici (sans DRM et premier épisode gratuit).


Lady Falkenna – Eve pour les intimes – est une jeune femme au tempérament bien trempé. Chasseuse de l’occulte, elle quitte parfois son domaine niché au sein de l’Angleterre victorienne pour plonger dans un monde où l’emprise de la magie se révèle chaque jour plus importante, où les dragons griffent les ardoises parisiennes et les faëries dansent sur la Tamise...
ÉPISODE 1 : Missionnée par son commanditaire, en quête du Torque d’Ambrosia, Lady Falkenna doit faire face à des ennemis bien plus puissants et acharnés que prévu. Les ombres, jadis ses alliées, se font menaçantes. Pourquoi la traquer ainsi ? Qu’a-t’elle réveillé ?

Vous aimerez :
- le steampunk qui roule - littéralement - des mécaniques !
- la narration un peu contemplative
- la diversité des ambiances traversées
- l'héroïne, quelque part entre Lara Croft et Lady Bennet

Vous n'y trouverez pas :
- des personnages approfondis (pour l'instant)
- des épisodes de taille égale
- des ebooks très soignés...

Mon avis ?
J'adore les univers steampunk, et c'est toujours un bonheur de découvrir une nouvelle série du genre ! D'autant plus que, dans ces deux premiers épisodes, l'auteur y va à fond dans les trouvailles, les inventions diverses, etc. Mention spéciale au Scope, une espèce de monocle détecteur de magie, du moins l'ai-je visualisé comme ça ^^
Le système de magie est d'ailleurs très bien présenté, bien exploité aussi dès ces deux premiers épisodes. Car l'auteur nous embarque dans un monde où la magie a tout récemment fait sa réapparition : trois ans seulement, pensez-donc ! La magie était jusque là contenue dans des œufs mécaniques, récemment mis à jour, et qui éclosent les uns après les autres, créant un sacré barouf quand ils libèrent une créature nouvelle...
Ces créatures, parlons-en ! Elles sont faites à la fois de chair et d'acier, et contiennent des rouages mystérieux qui rendent curieux plus d'un humain... surtout au sujet des dragons, personnellement ! J'ai trouvé ces sauriens mi-bête mi-machine juste fascinants, d'ailleurs tout l'univers développé par l'auteur est à l'avenant. C'est original, bien trouvé, et franchement sympa ! On a aussi des lycans, des vampires, des nécromants etc. et ils ne sont pas forcément au centre de l'attention, ce qui change et fait du bien.

Si j'ai adoré l'univers présenté, j'ai en revanche moins accroché aux personnages. Je trouve Lady Falkenna très bien développée, mais peu attachante : à un moment de l'histoire, elle pourrait seulement neutraliser une demi-douzaine d'humains mais, à la place, elle décide de juste les égorger un par un. Je trouve ça très froid de sa part et, franchement, je la trouvais déjà un peu distante par rapport au lecteur et cela ne me l'a pas rendue plus sympathique !
Cela dit, la fin de l'épisode 2 laisse deviner une raison particulière à cette froideur, ce côté implacable... du coup, c'est un défaut qui n'en est pas un, car j'ai hâte d'en apprendre plus à son sujet !

Ou alors est-ce dû à l'écriture, un poil trop descriptive, qui contient très peu de dialogues ? Je l'ignore. J'ai eu du mal, au début, puis je me suis entièrement faite à cette narration au final assez contemplative mais pas ennuyante du tout. Mais si vous êtes fans des styles très vivants, je ne pense pas que la série soit faite pour vous. Ici, la narration et a fortiori le style de l'auteur sont très concentrés sur le personnage principal narrateur, qui est Lady Falkenna, et la demoiselle, si elle agit beaucoup, parle peu et s'interroge tout aussi peu. Elle agit, et c'est là à la fois sa force et sa faiblesse ! Car à agir trop vite, elle se brûle, et pour notre plaisir de lecteur, en fait... Mention spéciale, d'ailleurs, en parlant de brûlure, au démon ! Un personnage intriguant, au sujet duquel j'ai hâte d'en avoir plus. C'est qu'il a beaucoup d'humour, ce démon, et j'adore ça. ^-^~

Par contre, c'est la première fois que j'achète des e-book de chez Lune Ecarlate et je dois dire que je n'ai pas trouvé le travail très soigné : j'avais des sauts de pages inutiles et, à d'autres moments, quand le saut de page aurait été nécessaire (pour séparer les scènes), au contraire, les paragraphes étaient collés et séparés par trois étoiles *** pas très jolies... un peu gênant pour se plonger entièrement dans le récit. A moins que ça ne vienne de ma liseuse ? Mais c'est bien la première fois qu'elle me fait ça...

Mis à part ces quelques petites choses, Lady Falkenna s'annonce comme une série divertissante, au caractère steampunk très appuyé, avec beaucoup de rebondissements à venir ! Car on sent qu'on ne fait ici qu'effleurer l'univers, l'intrigue, et que beaucoup reste à venir. L'auteur sait où elle va, et ça se voit. On voyage beaucoup avec elle, et personnellement je pense embarquer pour la suite des aventures de Lady Falkenna...

lundi 17 mars 2014

[Corinne Guitteaud] Les Hibraines S01E02

Titre : Les Hibraines – épisode 2 : Isis
Auteur : Corinne Guitteaud
Editeur : Voy'el - e-courts
Nombre de pages : ~90 pages
Uniquement en numérique ! Disponible sur Immatériel à 0€99.
Pria Naruh découvre en même temps que notre monde à quel point nous avons oublié notre histoire et effacé de notre mémoire le formidable héritage des Hibraines. Avec l’aide d’Idris Bregan, toujours à la recherche des derniers artefacts de son peuple, elle se rend en Egypte où ses pouvoirs se réveillent de manière spectaculaire. Cela suffira-t-il à contrer la menace des Suzerains ? Leurs fidèles serviteurs ont prévenu Pria Naruh et tous ceux qui voudraient les aider : « Les Anges veulent votre mort. »

Vous aimerez :
- le changement de narrateur
- le style fluide
- les paradoxes temporels
- le mélange des mythologies
- le côté science-fantasy

Vous n'y trouverez pas :
- de grandes batailles spatiales
- des personnages hyper développés
Mon avis ?
Après un premier épisode hyper immersif, c'est avec grand plaisir que j'ai replongé dans l'univers des Hibraines, cette fois du point de vue de Pria, un personnage qui apparaît dans l'épisode 1 mais dont on n'entrevoit au final que très peu du passé et des motivations. J'ai beaucoup aimé sa voix narrative, elle dégage quelque chose de doux, d'un peu désespéré aussi, plus introspectif que le narrateur du premier épisode.

Bon, par contre, je n'aurais pas été contre un petit "résumé de l'épisode précédent" pour raccrocher les wagons, ou un début qui facilite davantage la tâche au lecteur, car sincèrement, aux premières pages, j'étais un peu perdue. Je gardais un souvenir assez clair des événements de l'épisode précédent, du fil rouge et des personnages, mais certains rappels m'ont vraiment manqué. J'étais un peu perdue.

Heureusement, l'intrigue de cet épisode 2 prend peu à peu son envol et, si on tourne autour du même gros fil rouge (aka les voyages dans le temps, les paradoxes temporels et la fameuse grande Réunion des deux Terres parallèles), on plonge ici dans une toute autre mythologie. Les Hibraines y ont toujours un grand rôle, preuve qu'ils imprègnent vraiment notre histoire et notre culture à tous ses niveaux. C'est d'ailleurs encore une fois une réussite totale, sur ce point-là. Cette fois-ci, on explore le mythe d'Isis et Osiris, avec leur ennemi Seth, qui étaient en fait des Hibraines. Les "morceaux" du corps d'Osiris, qu'Iris est censée ramasser pour ramener Osiris à la vie dans le mythe originel, sont en fait une métaphore pour parler de leur descendant commun. Mais aussi une vraie mission : les morceaux d'orichalque dont il est fait mention au premier épisode appartenaient à Osiris et constituaient en fait... son armure !! Bien entendu, les personnages vont s'intéresser de près à cette armure... car Pria, la narratrice, est liée à Isis et revit certains épisodes de sa vie qui vont lui faire comprendre à quel point l'armure est importante.

L'orichalque, métal mystérieux au sujet duquel on en sait un peu plus désormais. L'auteur lui donne des propriétés aussi étonnantes qu'inquiétantes et, sincèrement, ce métal fait plutôt peur ! Plutôt que de s'émerveiller devant son pouvoir, l'auteur fait en sorte de nous apprendre à le craindre, et elle y réussit plutôt bien, provoquant une ambiance teintée d'angoisse qui constitue le principal ressors du suspens de cet épisode.

Difficile d'en dire davantage sans vous spoiler... on y retrouve les bons ingrédients de l'épisode 1, des personnages récurrents s'annoncent, de nouveaux mystères s'invitent, d'autres s'épaississent... et l'univers déjà fort bien développé de l'épisode 1 devient encore plus dense et plus passionnant !

Bref : vivement l'épisode 3 ! Il paraît qu'il arrive en mai. Le rendez-vous est d'ores et déjà pris.

dimanche 2 mars 2014

[Raphaël Albert] Avant le Déluge

Titre : Rue Farfadet
Auteur : Raphaël Albert
Editeur : Mnémos – Hélios poche
Nombre de pages : 390
Comme dans Rue Farfadet, Raphaël Albert nous projette dans Panam, un Paris du 19ème siècle décalé : la Révolution française n’a pas eu lieu mais elle couve, les manifestations d’ouvriers sont nombreuses, la ville est la capitale d’un Royaume multiracial où les humains dominent des nains vaincus et des elfes réfugiés au sein de forêts impénétrables. Les centaures-taxis côtoient coches et motos à vapeur. La magie très codifiée par des mages académiciens sert à la vie de tous les jours. Dans ce deuxième roman, Raphaël Albert reprend ses personnages là où il les a laissés. Les voilà célèbres, installés et les poches remplies. Pourtant, ils vont devoir affronter des entreprises encore plus dangereuses et malfaisantes. Tout en approfondissant son univers, l’auteur tisse une intrigue encore plus palpitante et entraînante. Nous en apprenons plus sur le destin passé de Sylvo Sylvain, les raisons de son exil ou de son amitié avec Pixel. 

Vous aimerez :
- le style truculent
- l'univers multiréférencé
- l'humour
- le mélange des genres
- l'esprit politiquement engagé

Vous n'y trouverez pas :
- un rythme aussi calme qu'au premier tome
- un suspens à couper le souffle

Mon avis ?
Le premier tome avait déjà été un coup de cœur dès le premier chapitre, et, là aussi, il n'a pas fallu plus d'une page ou deux, ici, pour me convaincre et m'embarquer dans ma lecture. Définitivement conquise. Irrémédiablement ravie par la plume de l'auteur.

Quel deuxième tome, mes amis ! Un tome plein de suspens, qui va crescendo. Plein de révélations, aussi. Et quel final, un final !! Un des meilleurs et des pires de ma vie de lectrice. Le meilleur car, côté rythme et montée en puissance des événements, on ne fait pas mieux. Le pire, aussi, car il y a du sang, des sacrifices, des trahisons, et pas n'importe lesquelles... mon cœur de lectrice a souffert, saigné et pleuré. Beaucoup, beaucoup pleuré. D'autant plus que l'auteur ne se contente pas de nous l'arracher, ce coeur, il l'écartèle, aussi, le crucifie, le piétinne, puis le brûle et éparpille les cendres, juste au cas où vous comptiez vous remettre du traumatisme final.

Vous êtes donc prévenus, amis lecteurs : ce deuxième tome a tout d'un enfant de chœur, jusqu'au moment fatidique où le final commence et où, là, l'implacable machine du Destin se met à marcher au même pas que celle du Chaos. Un Chaos définitif et, forcément, incontrôlable !

Bizarrement, j'ai commencé par la fin... alors que ma chronique devrait commencer par le début, par exemple, je pourrais plutôt vous décrire Sylvo, qui se la coule douce avec Pixel, qui a même créé une véritable agence de détective, laquelle s'est enrichie de nouveaux membres sympathiques, étranges et extraordinairement doués. Une galerie de nouveaux personnages, qui ont tous une part importante dans l'intrigue et ne sont pas à un seul moment oublié : ainsi, on a beau suivre Sylvo et Pixel de manière exclusive dans la narration, on sait que, quelque part ailleurs, grâce à ces autres personnages tout aussi impliqués qu'eux, l'affaire avance, sur d'autres aspects. Avance... ou s'empire.

Parmi ces personnages, on retrouve notamment Hobo, un gars hyper calme, qui a tendance à calmer tout le monde par la voix, simplement, un talent naturel que Sylvo nomme avec son humour coutumier "l'effet Hobo" (like a Hoboooo ♫ ahem pardon). Hobo qui n'est jamais sans son partenaire, le Géomètre. Il y a aussi la nouvelle secrétaire de l'agence qui est... une orque ! Zerbï, dont j'ai adoré le caractère à la fois fort et féminin, et que Sylvo a le bon goût de ne pas traiter en "faible femme" mais en forte femme (j'aime Sylvo, je vous l'ai dit déjà ??) Sylvo qui tente d'organiser et de protéger tout cet entourage qui ressemble fort à une nouvelle famille, pour l'elfe exilé...

Exil au sujet duquel on n'en apprend pas mal, même si de grandes zones d'ombre persistent ! On a cependant droit à de nombreux flashbacks et, dans le fameux grand final qui fait très très mal, deux personnages que je ne citerai pas nous en revèlent plus malgré eux, au cours d'une dispute qui fait tout voler en éclats.

Voilà voilà. Donc, si je récapitule : écriture puissante et évocatrice, humour omniprésent mais jamais pesant, intrigue tentaculaire aux rebondissements implacables, personnages décalés et extrêmement bien développés, suspens qui va crescendo, parfait dosage entre Ordre et Chaos, final explosif, cœur de lectrice réduit en cendres... et puis je ne vous ai même pas parlé du fameux voleur, Arsène Lutin, qui joue un rôle plus qu'important dans l'affaire !! ;-)

Un coup de cœur, sous tous les aspects, pour le style, l'humour, l'intrigue, les personnages absolument fabuleux ! Et pour ne rien gâcher, le tome 3 est à venir en 2014, ouf. Bref, qu'attendez-vous pour vous jetez dessus ??

dimanche 16 février 2014

[Marilou Aznar] Lune Mauve 3

Titre : Lune Mauve, tome 3 : L'affranchie
Auteur : Marilou Aznar
Éditeur : Casterman
Nombre de pages : 416
 
La suite du fabuleux destin de Séléné, lycéenne ordinaire et touchante, qui assume avec courage l'héritage d'une mère venue d'ailleurs...

Séléné Savel a découvert à la suite d'une série d'événements dramatiques que sa mère mystérieusement disparue, Iris, venait d'ailleurs : un monde parallèle, Viridan, où une ancienne civilisation mésopotamienne s'est perpétuée, sous l'influence d'une lune intelligente adorée comme une divinité.
Après avoir vécu sur les deux mondes - Viridian et la Terre - bien des aventures qui lui ont valu une maturité nouvelle, Séléné pense reprendre normalement sa vie de lycéenne et se consacrer à sa relation avec Thomas, le musicien dont elle est amoureuse. Mais sa rivalité toujours vivace avec sa cousine Alexia la conduit à comprendre que ses ennemis, les sectateurs de Marduk, sont toujours actifs. Leur objectif : mettre la main sur la Foudre, une arme si puissante qu'elle pourrait mettre en danger la population des deux planètes.
Amenée La mort dans l'âme à rompre avec Thomas, Séléné se résout à reprendre la lutte, avec le concours inattendu de son père. Il faut absolument empêcher que la Foudre tombe entre de mauvaises mains. Quitte, elle en a bien conscience, à y sacrifier sa propre vie...

Vous aimerez :
- les personnages nombreux et très développés
- la montée très progressive du fantastique
- le style immersif

Vous n'y trouverez pas :
- de la fantasy d'emblée de jeu
- des pouvoirs magiques à gogo

Mon avis ?
Avec ce troisième tome, Marilou Aznar a su frapper encore plus fort et plus haut que les deux tomes précédents !

Déjà, d'entre de jeu, on retrouve l'écriture, l'univers et les personnages comme de vieux amis – ou des pantoufles particulièrement confortables qui nous ont vraiment, vraiment manquées. Oui, bon, la dernière comparaison n'est pas très flatteuse, mais je vous assure que c'est l'effet que ça fait : on se sent comme chez soi ! Les retrouvailles avec l'univers sont tout à fait naturelles, faciles, et on s'aperçoit à peine que, oh, ah ben tiens, j'ai déjà dépassé la page 100 ^^

On est vite happés, donc, avec encore plus d'efficacité que les tomes précédents. D'autant plus que l'intrigue démarre très vite. Et comment ne pas être intrigué... dès le début, on se demande pourquoi Alexia agit de manière si bizarre (du type à organiser une fête d'Halloween avec une VRAIE tête de bouc tranchée dans la déco, ahem). Et puis, elle, faire la paix avec Séléné ? Y a anguille sous roche, et, même, baleine sous gravillon !!
Alexia, LE gros point fort de ce tome 2 : mystérieuse, évanescente, discrète et... changée ! Mademoiselle aurait-elle été à ce point affectée par sa mésaventure en fin de tome 2 ? Mais à quel point et... comment ? C'est tout le sel de ce tome 3 et, franchement, les indices semés m'ont complètement troublée, frustrée, et je ne savais pas sur quel pied danser, jusqu'à la révélation finale : et quel final !!

L'autre gros point fort de ce tome 3, justement, c'est le dynamisme de ses scènes. On voyage, beaucoup : de Viridan sur Terre à Viridan dans la mer, de Paris à Tokyo (une belle surprise pour la fan de Japon en moi ^^), du Louvre au lycée... les décors varient énormément et tout s'enchaîne. On explore l'univers est de Lune Mauve, et des personnages de notre réalité, notamment la carrière de Thomas aussi. A ce propos, on voit bien que Marilou Aznar a bel et bien bossé dans la musique, car ce qu'elle écrit sonne "vrai", pas cliché, et c'est vraiment super intéressant.

D'autre part, sinon, j'avoue avoir été absolument fascinée par l'exploration minutieuse et subtile de la mythologie à la fois réelle et inventée par l'auteur, une mythologie délicatement entrelacée au récit, qui ne nous assomme jamais. C'est bien dosé. Et on apprend plein de choses : attendez-vous à ce que beaucoup des questions que vous vous posiez au tome 1 trouvent une réponse, sur le plan du fond mythologique ! J'avoue que si l'auteur avait encore prolongé le suspens, j'aurais été pas mal déçue car trop frustrée... mais là, elle a su jouer avec nos nerfs et révéler le tout pile au bon moment. Sadique, mais douée, l'auteur ! ;-)

Non franchement, j'ai été entièrement conquise par ce troisième tome. Que ce soit par l'évolution des personnages, l'imbrication mythologie/action, ou les différents décors traversés... c'est superbe ! Un véritable coup de coeur, de la première à la dernière page, qui restera longtemps gravé dans ma mémoire de lectrice.

Vivement le tome suivant, bien entendu !!!
Et merci aux éditions Casterman de m'avoir fait découvrir la série avec le tome 1 offert, et de m'avoir renouvelé sa confiance avec ce tome 3. :-)