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samedi 15 août 2015

[Vanessa du Frat] Les Enfants de l'Ô 3

Terre, 2071
Suite aux infidélités de son frère, Line quitte le Laboratoire avec Mikhail et Lyen pour refaire sa vie sans lui. Mais est-elle vraiment capable de s’éloigner de cet homme qui représente tout pour elle ? Et surtout, jusqu’où ira Lúka pour tenter de l’enchaîner à nouveau à lui ? L’ancienne prisonnière de leur père n’est peut-être pas celle dont elle devrait le plus se méfier, malgré ses complots nocturnes avec la mystérieuse femme en noir…
Alia, 2342
Désormais fiancée à l’homme qu’elle aime, Ludméa semble vivre le bonheur parfait, pourtant tout n’est pas aussi rose que ce qu’elle voudrait croire. Malgré les avertissements répétés de son entourage et la haine manifeste de la petite Nato envers Ruan, elle laisse peu à peu le piège se refermer autour d’elle. L’arrivée des étranges jumeaux au sein de leur quotidien familial pourra-t-elle changer la donne ?
Entre trahisons et mensonges, la saga des Enfants de l’Ô continue avec ce troisième tome sombre et psychologique, qui dévoile les aspects les plus noirs de ses personnages.

Bon, comme vous le savez si vous me suivez depuis un moment, j'ai mes sagas chouchous... et les Enfants de l'Ô en fait partie. J'avais adoré le tome 1, été encore plus emballée par le tome 2 et il faut croire que mon amour pour cette saga va croissant car j'ai été encore plus à fond dans ce tome 3 que dans les deux précédents !!! (Et non, je le dis et le répète, ça n'a rien à voir avec le fait que je sois amie avec l'auteur, et TOUT avec son talent pour le suspens, la torture de personnages et de lecteurs, l'écriture ciselée... bon, ma chronique ne tiendra pas en une parenthèse, sortons de là ! ^^)

Que dire de ce tome 3 sans vous gâcher le plaisir de la découverte ? Pour ceux qui comme moi ont aimé les tomes 1 et 2, attendez-vous à une tonne de révélations. Oui, oui, vous avez bien lu, des révélations ! Il en pleut à la fin de ce volume, et je meurs déjà d'impatience à l'idée du tome 4 à venir, parce que c'est une fin abominable pour nous, où l'un des personnages principaux dont on pensait qu'il savait tout... fait une découverte incroyable même pour lui, découverte qui promet de chambouler complètement ce que l'on savait ou croyait savoir.
Mis à part ces révélations en chaîne dont la finale qui m'a laissée tremblante de frustration de ne point avoir la suite sous la main, que dire sans rien révéler ?

Le début est principalement centré sur Line et Luka, et l'évolution de leur relation (je n'en dis pas plus pour ne pas vous spoiler). C'est rondement mené, et on déteste les deux personnages à la fois, chacun pour des raisons différentes. Ils sont égoïstes à souhait, incroyablement humains dans leurs contradictions et leurs réactions émotives, et par ailleurs terriblement cruels et détachés dans certaines actions qu'ils entreprennent (je pense à ce que fait Line à Ludméa à un moment... vous verrez quoi ^^). En fait, le résumé définit très bien ce tome en quelques mots : trahisons et mensonges. Exactement ça !! 

Ludméa et Ruan ne reviennent que vers le tiers du tome, pile au moment où on commence justement à se demander ce qu'ils deviennent. On en apprend alors davantage sur les étranges "rêves" de Ludméa d'où elle ressort couverte de bleus, et ses cauchemars où elle est paralysée et sous l'emprise de Ruan qui la viole... et la réalité cachée derrière ces éléments du scénario est à glacer le sang. On s'attend à quelque chose de précis, et l'auteur parvient là encore à nous surprendre dans la manière dont c'est amené, décrit et... détourné !

Outre ces éléments sur les personnages, impossible d'en dire davantage sans vous gâcher cette excellente lecture. Je me suis régalée, l'écriture est toujours aussi précise et incisive, les personnages de plus en plus approfondis, et l'histoire de plus en plus sombre... pourtant, l'auteur parvient à livrer un récit qui n'est pas du tout étouffant ou démoralisant, au contraire, il n'en est que plus passionnant.

Si vous n'avez pas encore commencé cette saga, foncez ! C'est sombre, absolument unique dans le paysage éditorial francophone, et de plus en plus prenant à chaque tome. Si vous souhaitez la découvrir, vous pouvez le faire en numérique, ou bien en papier via le site de l'auteur (chaque exemplaire est numéroté et dédicacé en plus ^^). Je ne cesse de la recommander autour de moi, et à chaque fois les gens me disent avoir adoré. Si mes chroniques vous parlent, sincèrement, n'hésitez pas !! ^^

Et, bon, Vanessa, il sort quand ce tome 4 déjà ?!

samedi 20 décembre 2014

[Nathalie Bagadey] Eclosia, ou l'Ecosse des légendes

Titre : Eclosia, ou l'Ecosse des légendes
Auteur : Nathalie Bagadey
Editeur : Auto-édition ^^
Nombre de pages : 246
C’est pour y donner sa toute première conférence en économie du tourisme que Clo se rend en Écosse. Mais elle se retrouve très vite bien loin de l'Université d'Édimbourg... Son chauffeur, le séduisant Ian MacLeod, l’embarque en effet dans un périple inattendu au cours duquel toutes ses certitudes vont basculer. Tandis que le cœur de la jeune femme succombe progressivement au charme envoûtant du pays (et de son guide), son esprit, lui, est en plein tumulte car à chaque étape une nouvelle interrogation se pose à elle : pourquoi lui arrive-t-il tout à coup autant d'évènements étranges ? D’où sortent tous ces êtres fantastiques qu’elle trouve sur son chemin ? Pourra-t-elle concilier la vie moderne qu'elle s'est choisie avec des attentes d'un autre âge ? Suivez Clorinde sur les routes écossaises et vivez ses rencontres improbables avec des créatures issues des plus anciennes légendes celtiques... Et s’il suffisait d’y croire ? 
Vous aimerez :
- le style fluide et évocateur
- l'ambiance de quête mystique entrelacée au quotidien
- la manière dont l'auteur "insère" et dissimule les êtres féériques aux yeux des humains profanes
- les personnages bien campés

Vous n'y trouverez pas :
- une intrigue difficile à deviner
- une magie "flamboyante"

Mon avis ?
Après une longue panne de chroniques, me revoici enfin pour vous livrer mon avis sur Eclosia, l'Ecosse des légendes, que l'auteur, la pauvre, a dû désespérer de voir un jour sur ce blog... mille excuses pour le retard, j'ai reçu ce livre en service presse numérique il y a plus de trois mois, et si je l'ai lu dans la foulée et d'une seule traite, j'ai mis un temps incroyablement long à me remettre aux chroniques (et donc au blog).

Cela dit, c'est un texte qui se prête bien à la période des fêtes... donc un retard, oui, mais un mal pour un bien ? ;-) Car si vous recherchez un texte pour vous tenir chaud au cœur pour l'hiver, alors vous l'avez trouvée !!

Eclosia, c'est une romance très douce, très belle, au cœur d'une Écosse sauvage et magique, avec des personnages attachants et vraiment bien campés ! On pourra reprocher à l'intrigue d'être cousue de fil blanc, avec un petit côté convenu à la romance, mais sincèrement... ce n'est pas un gros défaut tant ce livre a su m'envoûter.

J'ai tout de suite été prise d'affection pour son personnage principal, Clorinde, qui est une universitaire (enfin, future ^^) pleine de ressource, très intelligente et qui se pose toujours les bonnes questions. Aussi trouve-t-elle très louche, dès le début, qu'on vienne la chercher à l'aéroport pour une "visite guidée" du pays. Elle observe, elle pose des questions et, l'air de rien, en apprend beaucoup dès le début rien que par son sens de l'observation. Elle n'en est pas moins attirée par son guide, un charmant jeune homme au charme réel et assumé. Je l'ai personnellement trouvé convaincant, pas trop cliché dans son rôle de séducteur, d'autant plus qu'il a une vraie personnalité et pas juste un physique attrayant (comme c'est souvent le cas dans les romances que j'ai lues auparavant). On a donc affaire à des personnages bien construits, plein de questionnements, avec leurs quêtes personnelles, qui vont bien entendu se croiser...

Avec eux, on découvre l'Ecosse. Celle des guides touristiques, d'abord, puis des légendes, comme le titre l'indique... Clorinde croise un fantôme au détour d'un château. Elle pense d'abord à une animation 3D très convaincante, mais quand un cheval lui apparaît ensuite au bord d'un lac, son esprit rationnel lui souffle directement qu'il y a quelque chose de pas normal. Elle est tellement rationnelle, d'ailleurs, qu'elle se raccroche à toutes sortes d'idées, comme on le ferait nous si ça nous arrivait. Sa résistance naturelle au surnaturel m'a vraiment plu, car c'est exactement comme ça qu'on réagirait en vrai. Du coup, la plongée dans le surnaturel se fait par petits bouts, doucement, jusqu'à ce que la bascule s'opère et que Clorinde comprenne : oui, la magie existe.

Elle ose en parler à son guide, Ian, et cette confidence les rapproche immédiatement car il ne la traite pas de folle. Il répond à ses questions, et lui montre d'autres choses... son ouverture d'esprit et son amitié semblent toutefois avoir un autre but. Clorinde doute d'elle, se dit qu'il ne veut pas la séduire, qu'il y a plus que cela derrière son charme et les perches qu'il lui tend... et elle a raison, mais qu'à moitié, je vous laisserai découvrir pourquoi !! ;-) Grâce aux doutes de Clorinde et aux mystères que Ian maintient sciemment sur certaines choses, la romance prend des détours, prend son temps, mais se construit peu à peu, sur des bases incertaines tout d'abord, puis plus solides, car le voyage se révèle semés d'embuches ! Et Clorinde ne serait pas là par hasard, comme elle le comprend peu à peu...

Difficile de vous en dire plus sans vous gâcher les jolies surprises de ce petit roman plein de douceur ! Les créatures magiques et féériques abondent. Il y en a presque à tous les chapitres. L'histoire est sympathique, les personnages attachant, et on se prend à rêver, nous aussi, à cette Ecosse des Légendes...

Merci Nathalie pour ce beau moment de rêve et de lecture, ainsi que pour ta confiance ! :-)

dimanche 9 novembre 2014

[Vanessa du Frat] Les Enfants de l'Ô 2

Titre : Les Enfants de l'Ô, tome 2 du Cycle de Z'Arkan
Auteur : Vanessa du Frat
Editeur : Chromosome éditions
Nombre de pages : 568
Roman auto-édité disponible en papier (23€) et numérique (à paraître le 15/11/14)
Terre, 2067
Après la mort du Père, Line et Lúka pensaient enfin pouvoir mener une vie normale, mais la mystérieuse femme en noir a d’autres projets pour eux. Afin d’assouvir ses besoins de vengeance, elle s’adjoint l’aide de Lyen, qui elle aussi attend son heure. Peu à peu, le lien qui unit les amants s’effrite ; un fossé d’incompréhension se creuse entre eux et les détruit à petit feu. Comment pourront-ils faire face aux menaces invisibles qui planent au-dessus d’eux ?
Alia, 2340
Ludméa a l’impression de vivre un conte de fées au quotidien, entourée de Ruan et des jumeaux qu’elle aime tant. Cependant, les agissements obscurs de son compagnon ainsi que les étranges non-dits sur son passé vont lentement semer le doute dans son esprit. Connaît-elle vraiment l’homme avec qui elle partage sa vie ? Quel lourd secret lui cache-t-il ?
La saga des Enfants de l’Ô se poursuit dans ce deuxième tome passionnant, où les certitudes s’effondrent alors que de nouvelles questions émergent. Le mystère s’épaissit avec l’apparition de nouveaux personnages : découvrez Saraï, l’autre Line, et le lourd héritage de leur famille…


Vous aimerez :
- la psychologie poussée des personnages
- la plongée dans le passé de certains d'entre eux
- les histoires d'amour (encore plus) tordues (qu'au premier tome)
- les paradoxes temporels

Vous n'y trouverez pas :
- une science-fiction basée sur la technologie
- des personnages dénués de défauts
- le côté "thriller médical génétique"qui était flagrant au premier tome
- de scènes de batailles, etc.

Mon avis ?
C'est avec une impatience absolument insupportable que j'ai attendu ce tome 2, que je découvrais quasiment pour la première fois tant l'ancienne version lue sur le site datait. J'en avais un souvenir agréable, mais assez flou à cause des années, alors que le tome 1 était resté très clair dans mon esprit... et je peux vous assurer que la redécouverte fut intense et captivante !!

Au début de cet excellent tome 2, nous retrouvons Lukas et Line dans leur bunker, avec leur enfant mais, surtout, la fameuse femme noire de fin de tome 1 qui rôde... son ombre plane dans le moindre recoin du bunker, sur le moindre aspect de leur vie, et ni Lukas ni Line ne suspectent quoi que ce soit. Du coup, le récit de leur quotidien à la fois tranquille et hors du commun, déjà intéressant par ailleurs du fait de leur passé chaotique, se fait alors inquiétant : on attend le moment où la femme noire frappera, inévitablement fort. C'est d'autant plus captivant que le couple est au bord de l'implosion, en désaccord sur pas mal de points... tout finir par s'expliquer, et l'intrigue prend alors un tournant très inattendu, mais je n'en dirai pas plus. Sachez seulement que ces deux-là sont toujours pleins de surprises !

Si vous avez détesté Line dans le tome 1, préparez-vous à compatir avec elle, car vu ce que lui fait vivre Lukas... bon, le pauvre a de bonnes raisons, et il est aussi victime dans l'affaire, mais pouah ! J'ai envie de dire "sale petit con, t'aurais pu le voir venir quand même !!!" Il fonce droit dans un piège, péchant par son seul point faible : l'ego. Il est tellement convaincu de sa propre force de caractère qu'au final il n'en plie que mieux. Ce retournement de situation est finement amené, tout bonnement magistral : Vanessa du Frat explore la psyché de ses personnages à des niveaux très profonds, elle sait en découvrir les moindres recoins (surtout les plus crades, pour notre plus grand bonheur ^^) et amener les surprises les moins évidentes à la surface.

Je n'en dirai pas plus, non plus, sur la nature de l'erreur magistrale commise par Lukas. Sachez simplement qu'elle implique un nouveau personnage, et pas des moindres : Saraï. Alors, comment vous la décrire ? Humm... vous voyez tata gâteau qui vous sert le thé le dimanche après-midi ? Gardez l'image en tête, mais donnez-lui un caractère de psychopathe manipulatrice puissance 10 000. Sans compter tous ses secrets, qui se révèlent peu à peu (mais on en sait encore tellement peu à son sujet). Saraï ne vit pas sur Terre en 2066, mais sur Lambda, dans le futur, et c'est ça qui rend le personnage encore plus intéressant : par l'influence qu'elle exerce sur Lukas qui, lui, vit dans le passé sur Terre, elle provoque tout autant qu'elle tente d'éviter la catastrophe qu'elle sait à venir, pour l'avoir vécue (vous comprenez pas tout ? LISEZ LE ROMAN :p)
Une catastrophe ? Bah oui, le fameux grand Cataclysme, mais j'en dis pas plus non plus, crénom, vous êtes trop curieux !!! ;-)

Et Ruan et Ludméa dans tout ça ? Eh bien, dans ce tome, ils sont beaucoup plus effacés. Ils apparaissent, bien sûr, et plus d'une fois, mais l'intrigue tourne clairement autour de Line et Lukas, je dirais même qu'elle tourne autour de leur histoire d'amour et de famille. Le couple de lambdiens amène quand même sa part de révélations et de retournements de situation, notamment sur la nature exacte de leur relation, et les secrets de famille de Ruan, qui sont beaucoup plus tordus qu'on ne pourrait le croire. Ruan n'a rien à envier à Lukas côté secrets !

Ludméa, de son côté, est un peu l'agneau tout blanc qui souffre à cause de tout le monde. On compatit énormément avec elle, sa situation, son ignorance, et son caractère toujours aussi déterminé associé à son impuissance générale la rend extrêmement attachante, une fois de plus. Je crois que c'est mon personnage préféré, pour son innocence... avec Saraï, la sale grand-mère manipulatrice ^^

D'un point de vue global, ce tome est beaucoup moins "scientifique" que le premier, qui basait son suspens sur le huis-clos et les mystères génétiques. Là, on explore le côté humain des porteurs de cette anomalie génétique. On explore aussi pas mal d'histoires personnelles, notamment amoureuses. Attendez-vous à quelques scènes de sexe particulièrement "hot", et pas qu'une ou deux ^^ Elles ne sont bien entendu pas inutiles, je vous laisse découvrir pourquoi...

En résumé, le tome 2 des Enfants de l'Ô réussit l'exploit de surpasser le premier tome, déjà excellent à tous points de vue. Il conserve les qualités déjà présentes – style, suspens, personnages torturés, psychologie poussée, narration à la fois lente et addictive –, tout changeant assez radicalement de ton, jouant cette fois-ci sur les relations humaines, notamment amoureuses. Je peux vous assurer que si vous avez aimé voire adoré le tome 1, vous ne pourrez absolument pas être déçu avec ce tome 2. Il est excellent, à tous points de vue, et je ne dirai qu'une chose de plus : vivement l'an prochain pour le tome 3 !!!!

Je serai au rendez-vous :-)

vendredi 25 juillet 2014

[Christelle Verhoest] Sombre Héritage 1

Titre : Sombre Héritage, tome 1 : La Vision de l'Encercleur
Auteurs : Christelle Verhoest

Éditeur: Bragelonne - Snark
Nombre de pages : 198
Collection primo-numérique avec version papier en POD.

Lan est un jeune garçon tout ce qu’il y a de plus normal : il va au lycée, y côtoie une bande de copains sympathiques, s’entend plutôt bien avec ses parents très compréhensifs... bref, il mène une vie tout à fait banale. Si ce n’est qu’en réalité, Lan n’est pas humain. Lui et ses parents sont des Arc’helar, les descendants d’êtres maléfiques qui s’amusaient autrefois à terrifier leurs victimes. De cette cruauté, Lan n’en a rien gardé, mais il lui reste en héritage ces visions du futur, semblables à des flashs, toujours mystérieuses et souvent inquiétantes. Et inquiétante, la dernière en date l’est tout particulièrement. Elle parle de mort, et concerne un garçon bien particulier, un nouveau au lycée, secret et renfermé, mais qui intrigue et attire Lan depuis la rentrée...

Vous aimerez :
- la mythologie développée
- l'écriture fluide et imagée
- l'ancrage du fantastique dans un quotidien très réaliste


Vous n'y trouverez pas :
- une romance qui prend son temps
- une romance qui prend le pas sur l'intrigue
- de scène sexuellement explicite
Mon avis ?
Ce fut pour moi une première plongée dans l'univers du roman dit "Boy's Love" (aka les romances adolescentes entre jeunes gens du même sexe, masculin ici en l'occurrence). Je dois avouer une ignorance totale en la matière, ainsi que de très nombreux a priori négatifs : on m'avait souvent parlé d'une littérature outrageusement niaise, en décalage total avec la réalité, tissée de fantasmes irréels où le scénario tient sur un timbre-poste... oui, je sais, je partais vraiment de loin !! Cela étant, je voulais vérifier par moi-même, et quoi de mieux que de commencer avec Sombre Héritage publié aux éditions Bragelonne ?
 
J'ai bien fait, je trouve, de donner sa chance à Sombre Héritage, car Christelle Verhoest ne tombe pas du tout dans ces travers. Si j'ai effectivement trouvé certains passages un peu trop romantiques à mon goût, je n'ai pas du tout trouvé que les personnages soient creux, ou la romance téléphonée. Au contraire, celle-ci s'imbrique parfaitement dans l'intrigue fantastique. C'est même cette intrigue qui provoque la romance, et non le contraire, ce que j'ai particulièrement apprécié.
Autre chose que j'ai particulièrement apprécié pour ce qui est de la romance : l'absence de scènes chaudes. Ça peut paraître bizarre, dit comme ça, mais c'est vrai !! Christelle Verhoest se concentre sur la tendresse, les gestes simples, les mots, les promesses tenues... bref, tout ce qui tisse une relation entre deux personnes, qu'elles soient de même sexe ou non ! Cette pudeur de la part de l'auteur m'a confirmé dans l'idée que cette saga s'éloigne vraiment des défauts reprochés la plupart du temps aux ouvrages de boy's love.
 
Là où je suis moins convaincue, c'est sur le développement trop soudain et trop rapide des sentiments de Lan et d'Alexis : ok, les événements les poussent à aller vite, mais ce fut un peu trop rapide pour moi. L'intrigue se déroule en moins de trois semaines, si je me souviens bien, voire plus vite encore il me semble, et j'ai du mal à imaginer qu'un amour si solide se tisse en si peu de temps, au point de se sacrifier pour l'autre. Vous allez me dire "oui mais on est dans la romance, ça fait partie des codes du genre." Et vous aurez raison.
Cela étant... Christelle Verhoest place son intrigue dans un contexte très réaliste : elle dépeint parfaitement le train-train quotidien de Lan, place ses rebondissements dans des endroits qui ont l'air parfaitement réel. Elle décrit avec brio l'atmosphère si particulière des lycées, des cours, et sait vraiment s'y prendre pour donner une épaisseur presque palpable à son contexte et ses personnages, tous admirablement campés à quelques exceptions près (j'y reviendrai dans le paragraphe suivant). Alors dans un contexte si bien monté, la rapidité de l'apparition et de la consolidation des sentiments des deux protagonistes principaux m'a paru en décalage total. Mais après, c'est peut-être seulement moi.
 
Du côté de la mythologie, on n'est pas déçu ! L'auteur nous fait découvrir de nombreuses espèces surnaturelles, toutes dotées d'une organisation bien à elle. J'ai particulièrement aimé sa vision de la magie, avec les encercleurs, et leurs différents courants, ainsi que leur manière toute particulière d'utiliser leurs pouvoirs. C'était vraiment passionnant et j'ai vraiment hâte d'en apprendre plus ! C'est très riche, très dense, et on sent qu'il y a encore beaucoup à apprendre, notamment sur les personnages qui représentent ces communautés.
Justement, mon petit bémol "personnage" concerne précisément ces personnages secondaires. Si Lan, Alexis et leur proche famille et/ou amis sont très bien décrits et campés, tant dans leurs réactions que dans leurs motivations et leurs liens solides, j'ai trouvé les personnages secondaire et notamment les méchants très... eh bien, très transparents. Il y a bien un vague suspens au début, mais on devine trop vite que c'est telle personne qui va faire en sorte de réaliser la funeste vision de Lan au sujet d'Alexis. Ses motivations sont trop transparentes, les personnages secondaires trop entiers, pas assez nuancés...

Nul doute que ces quelques défauts seront effacés au tome 2, qui se trouve d'ores et déjà dans ma liseuse ! Car en dépit de ces quelques bémols, j'ai vraiment beaucoup aimé ce premier tome de Sombre Héritage, et je le recommande chaudement aux amateurs d'histoires d'amour fantastiques (et pas seulement "teintées de"). De même, l'univers riche, approfondi, ravira tous les habitués du genre fantastique. Le tout étant servi par une plume belle et fluide, franche dans toutes la palette des émotions dépeintes, qu'elles soient tristes ou heureuses.

A lire, et pas seulement pour le côté boy's love !!

mercredi 11 juin 2014

[Estelle Faye] Porcelaine

Titre : Porcelaine
Auteurs : Estelle Faye
Éditeur: Les Moutons électriques
Nombre de pages : 287 (sur ma liseuse)

Chine, vers l’an 200. Xiao Chen est un comédien errant, jeté sur les routes par un dieu vengeur. Un masque à forme humaine dissimule son faciès de tigre, tandis que son cœur est de porcelaine fêlée. Son voyage va durer plus de mille ans. Au cours de son périple, il rencontrera Li Mei, une jeune tisseuse, la Belle qui verra en lui plus qu’une Bête. Celle qui, sans doute, saura lui rendre son cœur de chair. Cependant Brume de Rivière, fille-fée jalouse et manipulatrice, intrigue dans l’ombre contre leur bonheur.
Pendant presque quinze siècles, rivalités et amour s’entrecroisent, tissant une histoire de passion, de tendresse et de sacrifice, sur fond de magie et de théâtre.

Vous aimerez :
- le souffle légendaire
- les personnages attachants
- l'importance de l'Art dans l'intrigue
- les grandes batailles

Vous n'y trouverez pas :
- une histoire d'amour "à l'occidentale"
- un style onirique ou ampoulé
- une Chine orientalisée

Mon avis ?
Vous avez dû, vous aussi, faire l'expérience du livre qui traîne dans votre Pile à Lire depuis plusieurs mois, livre que vous lorgnez de temps à autre sans jamais vous lancer, jusqu'au jour où vous le faites, et là, vous le dévorez de bout en bout en une seule soirée. Eh bien c'est ce qui m'est arrivé avec Porcelaine, qui est un véritable coup de coeur !!

Comme pour toute œuvre de fiction francophone abordant l'Asie, je redoutais un livre orientaliste et stéréotypé. Ici, si certains clichés persistent, comme les prénoms très classiques et convenus des personnages, ou certains aspects mystiques, ce n'est que pour mieux nous plonger dans une histoire unique en son genre, et passionnante par bien des aspects. Si l'Orient décrit ici est bel et bien magique et mystérieux, il l'est non par essence mais par système de logique : la magie est immanente et réelle, elle agit sur le quotidien des hommes.

Xiao Chen n'a qu'une dizaine d'années quand il va apprendre cette dure vérité. Nous sommes dans les temps anciens, pour ne pas dire antiques de la Chine, et la magie est plus réelle que jamais. En allant chercher des épines de pin pour le four à céramique de son père, il pénètre sur le territoire du dieu du Hensang et en reviendra changé à jamais, et pour cause : le dieu lui donnera une tête de tigre ! Brimé et rejetté, Xiao Chen quitte son village et part sur les routes accompagné d'une troupe de cirque, dont il deviendra plus tard le dirigeant, le cœur, mais aussi l'âme. Le cirque, le théâtre et les arts de la rue ont beaucoup d'importance dans l'intrigue, la majeure partie des personnages appartenant par ailleurs à ces corps de métier.

C'est un récit nomade, dont l'intrigue se déroule sur les routes de Chine, de son antiquité à son XVIe siècle. On traverse de nombreuses villes, de nombreuses époques et, pourtant, le récit est doté d'une remarquable unicité. Jamais il ne se disperse, ce qui n'empêche pas quelques surprises scénaristiques, comme un bond de 1200 ans dans le futur. C'est dans cette époque plus moderne que Xiao Chen va rencontrer l'amour de sa vie, et vivre avec elle de nombreuses aventures, contre des ennemis invisibles surgis d'un passé ancien et magique.

Je ne peux vous en révéler davantage sans vous spoiler la majeure partie de l'intrigue, au final assez simple mais déroulée avec beaucoup de talent. Ce que je peux vous dire, en revanche, c'est à quel point l'écriture simple et poétique d'Estelle Faye rend cet ouvrage unique et délicat. Chaque mot recèle en lui la vérité des grandes épopées, et chaque phrase est porteuse d'un rythme particulier. Le récit, au présent, repose en grande partie sur ce style si particulier, qui n'en est pas moins immersif.

Je pourrais disserter encore de nombreux paragraphes sur ce roman, qui m'a littéralement enchantée ! Tout y est : le style, les personnages attachants, l'intrigue, le rythme, le souffle... une réussite magistrale ! 
Qu'attendez-vous pour vous jeter dessus ? Ne faites pas la même erreur que moi et lisez-le au plus vite ! On ne fait pas attendre un tel chef-d’œuvre ;-)

vendredi 2 mai 2014

[Michel Honaker] Carabosse

Titre : Carabosse : La Légende des cinq royaumes

Auteur : Michel Honaker
Editeur : Flammarion
Nombre de pages : 372

La légende de la fée maléfique de La Belle au Bois Dormant.

La belle Cara est maudite : elle est bossue. Par dépit amoureux, elle tombe du côté obscur de la magie et devient la Fée du Vent Mauvais. Elle n'aura de cesse de se venger de sa sœur, en maudissant son héritière, la belle Aurore, la princesse du Bois Dormant. Après 99 ans, Lilas, dernière fée survivante à avoir échappé à l'horrible régence de Carabosse, part chercher le prince charmant destiné à sauver Aurore, endormie le jour de ses 18 ans...

Vous aimerez :
- découvrir l'envers du conte de la Belle au bois dormant
- la galerie de personnages
- l'écriture, belle, fine, ciselée
- le vent de légende qui souffle sur les pages
- le réseau de symboles extrêmement resserré

Vous n'y trouverez pas :
- un personnage d'Aurore très présent
- un rythme haletant
- une intrigue convenue

Mon avis ?
Tout le monde connaît l'histoire de la Belle au Bois Dormant, mais s'est-on jamais penché sur les origines du conte ? Sur les causes qui ont amené Aurore à être maudite par l'une des fées qui s'est penchée sur son berceau ? Quelle fée ? Pourquoi ? Comment ? Carabosse répond à toutes ces questions, et l'auteur nous offre là un magnifique roman qui plonge aux racines du conte, dans ses recoins les plus sombres et les plus méconnus.

Je vais faire court : j'ai adoré ! Je m'attendais à ne pas être du tout surprise par cette réécriture de conte et, bien au contraire, je l'ai été de bout en bout. C'est un bijou !
 
Déjà, dès le début, nulle trace d'Aurore : on suit les pas de son père, le roi du futur Bois Dormant, un monarque jeune, très attachant, qui mène sa première campagne militaire. Décidé à protéger son royaume, le roi Florestan est conseillé par son fou, Trublion, un nain très attachant et qui, on peut le dire, porte l'intrigue sur ses épaules. De bout en bout, plus encore que la fée Cara, c'est lui que l'on va suivre. Cara n'apparaît qu'au bout de quelques chapitres, quant l'armée en déroute de Florestan se réfugie dans le château de son père. Mais Florestan, d'abord charmé par Cara, tombe éperdument amoureux de sa sœur, Léonore... qui sera la mère de la future Aurore.
Si ainsi résumé ce tournant scénaristique peut sembler convenu, il n'en est rien de la manière dont l'auteur l'écrit, le met en scène, l'amène par petites touches... il prend beaucoup de soin à insuffler une nouvelle charge légendaire aux symboles qui parsèment le conte de la Belle au Bois dormant : le motif de la tisseuse (de vent, d'intrigues, de mort...) est parfaitement repris, et Cara nous apparaît comme une araignée venimeuse du plus bel effet ! Souvent absente mais toujours dans l'ombre, elle tire sur les fils de l'histoire... jusqu'au jour où tout lui échappe, bien sûr, mais cela n'a lieu qu'à la toute fin du récit.

Née humaine, rendue jalouse par l'amour que Florestan porte à sa sœur, Cara deviendra vite fée pour se venger. Une fée nommée Carabosse, créée par le Vent Mauvais, qui s'emploiera à tuer toutes les autres fées qui auront béni la jeune Aurore ainsi que le couple Florestan-Léonore.
Les fées, justement, ont un rôle important dans le récit, notamment la fée Lilas, du royaume de Mataquin, qui contrecarrera le funeste plan de Carabosse : au lieu de mourir sur le champ le jour de ses 18 ans, Aurore s'endormira simplement, ainsi que tout son Royaume... Lilas est un personnage  délicieusement, dont on ne sait trop bien pour qui elle œuvre. Peu à peu, néanmoins, notamment au contact du nain Trublion, elle s'humanise et comprend même l'amour que le pauvre fou ressent à son égard, au point de le protéger par compassion. Car les fées sont séduisantes, et ô combien dangereuses... les multiples manières dont se présentent leurs pouvoirs (le pouvoir effectif des mots, par exemple !) sont extrêmement bien trouvés, et vraiment bien mis en scène. J'ai adoré !

On plonge donc dans l'envers du conte, l'histoire qui n'a pas été racontée. On s'intéresse à ceux que le conte n'a pas retenu comme héros, que le conte n'a même jamais cité parfois. Michel Honaker explore cette partie inconnue du conte avec un brio qui se renouvelle à chaque chapitre, chaque page ! C'est vraiment extraordinaire, cette façon qu'il a eue de recréer l'envers du conte, en partant de presque rien. Extraordinaire, cohérent, et à ce point dense qu'on a ici matière à créer d'autres contes, d'autres histoires se tenant dans les Cinq Royaumes !

Bon, je me répète, je sais, mais j'ai adoré. Je ne saurai que trop vous conseiller ce roman, si vous aimez les contes et les réécritures réussies. Ici, l'auteur ne s'est pas contenté de réécrire, il a exploré une partie inconnue du conte originel, et la qualité s'en ressent grandement : c'est grand, c'est beau, c'est... épique !

Un coup de cœur, vraiment inattendu pour ma part, car d'ordinaire les contes m'ennuient profondément. Vraiment surprenant. Fin. Ciselé. Merveilleux... Je vous le conseille mille fois ! De plus, il se dégage une telle poésie de l'écriture... ce serait dommage de passer à côté, rien que pour cela ;-)

Merci aux éditions Flammarion pour cette superbe découverte !

jeudi 26 décembre 2013

[Agnès Marot] De l'Autre Côté du Mur

Titre : De l'autre côté du Mur
Auteur : Agnès Marot
Editeur : Éditions du Chat Noir
Nombre de pages : 316
Pour Sibel qui se consacre entièrement à la danse, le quotidien est un perpétuel ballet. Pourtant, tout bascule le jour où son lien à l'Art est coupé : on l'isole de ses sœurs, on lui refuse l'existence qu'elle aime tant dans cette communauté composée exclusivement de femmes. En tâtonnant pour retrouver tout ce qu'elle a perdu, elle entend des rumeurs, découvre des secrets propres à bouleverser sa conception du monde. Mais alors, si la vie n'est qu'un immense théâtre, pour qui Sibel danse-t-elle ? Et surtout, que se trame-t-il en coulisse ? Peut-être cet étranger au sourire narquois qui se définit comme un « homme » et ne lui parle que de Science pourra-t-il lui apporter des réponses. L'aidera-t-il à franchir l'enceinte qui délimite l'univers qu elle a toujours connu ? Découvrez le mystère qui se cache là-bas, de l'autre côté du mur...

Vous aimerez :
- l'univers cloisonné
- les personnages attachants
- l'écriture tantôt dynamique, tantôt poétique

Vous n'y trouverez pas :
- un triangle amoureux
- des technologies de pointe

Mon avis ?
Celui-là, de livre, je me demande pourquoi j'ai attendu autant de semaines avant de m'y plonger ! Parce que, bon sang, les amis, c'est un nouveau coup de cœur made in Les éditions du Chat Noir dont, décidément, j'apprécie de plus en plus les choix de publication. Plusieurs raisons à cela, toutes excellentes bien entendu... ;-)

La première, et non la moindre : la tonalité Young Adult. Agnès Marot sait écrire avec son propre style, mais aussi coller à une tradition d'écriture, c'est indéniable. Car c'est du Young Adult ici, dans la pure tradition anglo-saxonne. Chapitres très courts (2-3 pages, une dizaine maximum), narration au présent, narratrice ado très réaliste, avec des préoccupations terre à terre mais une soif de liberté incomparable... on retrouve tous les ingrédients. Y compris certains passages un peu trop rapides qui ont provoqué quelques incompréhensions de ma part, mais c'est vraiment le seul reproche que j'aurais à faire à l'auteur.
J'ai rarement vu un livre francophone parvenir à reproduire aussi fidèlement les spécificités du YA anglophone. Je trouve le YA francophone très différent de l'anglophone – et pas moins bon, juste différent, peut-être plus Adulte que Young, justement. Ici, on est plus proches de l'enfance que de l'univers des adultes, donc plus proche de ce qui se fait outre-Manche et outre-Atlantique. Dommage, diront certains, que l'auteur n'ait pas penché du côté francophone de la balance, alors qu'elle est elle même française... mais sincèrement, qui s'en soucie ? Au contraire, je trouve cela formidable en termes d'interculturalité et de trans-littérarité : une véritable réussite, avec un pied de chaque côté de la Manche !! ;-)
D'autant plus que l'auteur a choisi d'écarter certains poncifs trop exploités dans ce type de littérature : notamment le triangle amoureux... pas de ça ici, et c'est tant mieux, car ça commençait à devenir un peu lourd... vous ne trouvez pas ? ^^

Deuxième raison : le style, entre dynamisme dans les scènes d'action (plutôt rares, cela dit) et poésie presque lyrique d'autres fois... quand les deux ne se mélangent pas carrément, pour former des scènes très émouvantes, impossibles à lâcher. Autant j'ai trouvé ça too much la première fois où les deux se sont mêlés, autant j'ai carrément accroché aux fois suivantes, sûrement car j'y étais accoutumée, et puis parce que je m'étais attachée à la narratrice, Sibel.
Sibel, la danseuse, aussi rebelle qu'attachante ! C'est un personnage très réussi, l'entier roman repose sur ses épaules, et la description qu'elle fait des personnes et des lieux qui l'entourent est à la fois simple et détaillée, très évocatrice. La manière qu'elle a de percevoir le monde nous la rend attachante, en fait, car elle pose un regard très généreux sur ce qui l'entoure. Même si elle a ses moments de colère, et qu'elle agit parfois en vraie petite peste... mais quel enfant de 16 ans ne le ferait pas ? ^^

Ce qui m'amène à la troisième raison : l'univers décrit. Un univers où Art et Science ont été séparés pour le bien de l'humanité. Un univers cloisonné, où la vie est tellement compartimentée que l'ignorance est monnaie courante. Car la connaissance, ici, c'est le pouvoir. La connaissance de soi, de la nature, des objets... Mais cette connaissance est parcellaire, même chez les puissants. Car ceux qui dirigent le complexe n'en savent peut-être pas plus que ceux qui y vivent.
Cet aspect compartimenté de l'univers ne l'en rend pas moins riche, car on constate rapidement les différences interprétatives entre les personnages, quand ils confrontent ce qu'ils savent... du coup, entre ce que l'auteur a réellement créé, et l'univers des possibles imaginables à travers les personnages avant qu'ils ne parviennent à découvrir la vérité... cela crée un univers riche et fouillé, vraiment vaste, et ce, en dépit de tous ces murs qui les entourent, de ce complexe étrange où plusieurs univers sociaux se côtoient sans se voir, ce dernier refuge de l'humanité... mais oops, j'en ai déjà trop dit ;-)

J'en ai déjà trop dit et, en même temps, pas assez : il y a beaucoup à dire de ce merveilleux roman. Enchanteur, dynamique, surprenant, original, il n'en finira pas de vous surprendre, page après page. Un vrai coup de cœur, d'autant plus qu'il s'agit d'une lecture qui reste longtemps en tête après qu'on ait passé la dernière page.

A conseiller aux jeunes et aux moins jeunes ! En tout cas, une chose est certaine : vos ados vont adorer ! ;-)

samedi 21 décembre 2013

[Vanessa du Frat] Les Enfants de l'Ô 1

Titre : Les Enfants de l'Ô, tome 1 du Cycle de Z'Arkan
Auteur : Vanessa du Frat
Editeur : Chromosome éditions
Nombre de pages : 432
Roman auto-édité disponible en papier (21€) et numérique (3€50)
 
Alia, 2340 Un étrange signal apparaît sur les écrans de surveillance ECO. Ludméa, jeune stagiaire envoyée sur le terrain pour chercher son origine, se retrouve en pleine tempête, au cœur de la forêt de Gonara. L’affaire semble intéresser de près Ruan Paso, directeur adjoint des départements militaires pour la recherche scientifique, un homme plein de secrets.
Terre, 2066
Les jumeaux Line et Lúka tentent de survivre sous le joug d’un père violent, obsédé par ses manipulations génétiques. Leur existence triste et routinière est chamboulée le jour où Lúka désobéit aux ordres en laissant s’évader un sujet d’une importance capitale… ce qui ne restera pas sans conséquences pour le futur.
Les Enfants de l’Ô nous fait voyager entre deux mondes, deux époques et nous fait découvrir les destins croisés de personnages énigmatiques. Mêlant saga familiale, drame psychologique et science-fiction, ce premier tome pose les jalons d’une série qui s’annonce captivante.

Vous aimerez :
- la psychologie poussée des personnages
- le côté "thriller médical génétique" (rien que ça !)
- les histoires d'amour tordues
- les paradoxes temporels

Vous n'y trouverez pas :
- une science-fiction basée sur la technologie
- des personnages dénués de défauts
- de scènes de batailles, etc.

Mon avis ?
Les Enfants de l'Ô... une série de romans longtemps publiée sur internet, forte d'une assez grande communauté de lecteurs, laquelle a des années durant milité pour avoir son édition papier. J'en faisais partie et, ça y est, avec le temps et la détermination, nous avons gagné : Vanessa du Frat nous a gratifiés d'une édition papier enrichie, magnifique, un vrai objet d'art et... un vrai page-turner !!

Certains diront que je ne suis pas objective : Vanessa est une de mes meilleures amies. Mais ce qu'il vous faut savoir, c'est que nous nous sommes rencontrées grâce à son roman, et nous sommes devenues amies via l'écriture. Notre amitié est née d'une confiance mutuelle et, aussi, en ce qui me concerne, d'une grande admiration pour ce qu'elle écrivait à l'époque (déjà dix ans en arrière !). Mon admiration n'a, depuis, jamais cessé de croître.

J'adore ce qu'elle fait.

Et entre ce que j'avais lu à l'époque sur internet, et le roman papier que je tiens désormais entre mes mains... que de chemin parcouru ! Bon, déjà, l'objet est magnifique. Si vous en doutez, je vous laisse aller voir les photos sur facebook, et celles de mon IMM concernant le roman. Ensuite : l'écriture ! Elle s'est fluidifiée, les passages un peu trop denses sont devenus légers, et l'ensemble du roman repose sur un style en tous points prenants.
Dès la première ligne, on est embarqués dans l'histoire, aux côtés de cette pauvre femme enceinte jusqu'aux yeux, qui court pour sauver sa vie. Qui n'hésite pas à braver une tempête surpuissante au cœur d'une forêt dont chaque piège mortel pourrait mettre un terme à sa vie et à celle de ses bébés. Mais cette étrange femme fuit pire que la mort : elle fuit le Fils & le Père, ces scientifiques qui l'ont enlevée à son espace-temps d'origine, elle, l'ancienne fille d'une lignée royale sur sa planète de naissance, et qui se sont servis d'elle comme d'une couveuse... tout ça dans quel but ? On l'ignore même à la fin du roman, mais chaque chapitre dévoile un pan supplémentaire du mystère. Et à chaque réponse parcimonieusement révélée... deux nouvelles questions sont soulevées. Au moins !
 
Vanessa du Frat a l'art et la manière de vous frustrer toujours un peu plus, et c'est une bonne chose, car la curiosité est le moteur principal d'une bonne lecture. Ici, c'est soigneusement dosé, on veut en savoir toujours plus, même si on se doute que plus on avancera, plus le mystère deviendra épais !
Et ce qui est formidable, c'est que ce mystère repose non pas sur une donnée inconnue des personnages, mais au contraire sur ce qu'ils savent vraiment !! Ils se cachent énormément de choses entre eux, et c'est sur ce tissage délicat de secrets entremêlés qu'ils marchent, chacun en aveugle à sa façon, droit vers une catastrophe imminente.
Parce que rien ne peut bien se finir. Oh, oui, ils ont leurs moments de bonheur, mais... il y aura toujours quelqu'un ou quelque chose pour leur rappeler qu'il y a toujours plus puissants qu'eux. Et que les secrets ne durent qu'un temps... ils remontent toujours à la surface.

Côté personnages, sachez déjà qu'une majeure partie de ce tome 1 se déroule en huis-clos. Ainsi, bien qu'il y ait énormément de personnages de passage, les principaux ne sont qu'au nombre de cinq et c'est eux que l'on va exclusivement suivre.
D'un côté, nous avons Lùka et Line, les jumeaux enfermés par leur Père dans un laboratoire depuis tout petits, des jumeaux étranges, qui possèdent un Don quasi magique mais que la science explique sûrement (on n'en sait pas plus pour le moment) et qui, à force d'être confinés ensemble, en sont venus à être amants. Oui, oui, amants. Leur amour est à la fois très pur et extrêmement perverti, ce qui donne une ambiance riche en tensions et en événements inattendus.
De l'autre, nous suivons Ludméa et Ruan, deux jeunes gens tout à faix normaux (a priori du moins...) qui eux sont contraints de rester en quarantaine étroitement surveillée, après avoir été malencontreusement exposés à un virus inconnu. Une histoire d'amour aussi belle que glauque se développe entre eux. Vous verrez pourquoi. Mais vous êtes prévenus : là aussi, c'est tordu ! ^^
Et enfin, il y a Lyen, la femme enceinte dont je parlais au début et dont je ne dirais rien de plus. Sachez juste qu'elle est située au point d'équilibre du roman : si un jour elle décide d'agir... le(s) monde(s) de tous les personnages pourrai(en)t bien s'effondrer.

Fiouuu... une chronique déjà longue, et j'aurais encore beaucoup à dire ! Mais je vais m'arrêter là et vous promettre une chose : si vous décidez de partir à la rencontre des Enfants de l'Ô, vous n'en reviendrez pas. C'est une lecture prenante, dont on a du mal à sortir, et qui ne vous lâche pas même une fois le livre refermé.

La preuve, cela fait dix ans que le mystère des Enfants de l'Ô me poursuit...
Je crois que je ne vais pas attendre l'édition papier du tome 2 pour me lancer dans la suite !!

mercredi 20 novembre 2013

[Mathieu Guibé] Even Dead Things Feel Your Love

Titre : Even Dead Things Feel Your Love
Auteur : Mathieu Guibé
Editeur : Le Chat Noir
Nombre de pages : 276

Au terme de votre vie, à combien estimez-vous le nombre de minutes au cours desquelles vous avez commis une erreur irréparable ? De celle dont les conséquences régissent d’une douloureuse tyrannie vos agissements futurs jusqu’au trépas. Mon acte manqué ne dura pas plus d’une fraction de seconde et pourtant ma mémoire fracturée me renvoie sans cesse à cet instant précis tandis que la course du temps poursuit son inaltérable marche, m’éloignant toujours un peu plus de ce que j’ai perdu ce jour-là. Je me demande si notre dernière heure venue, les remords s’effacent, nous délestant ainsi d’un bagage bien lourd vers l’au-delà ou le néant, peu importe. Puis je me souviens alors qu’il s’agit là d’une délivrance qui m’est interdite, condamné à porter sur mes épaules ce fardeau à travers les âges, à moi qui suis immortel.

L’amour ne devrait jamais être éternel, car nul ne pourrait endurer tant de douleur.

Vous aimerez :
- le lyrisme macabre
- la transformation détaillée du personnage
- ses descriptions colorées du 19e siècle
- les choix de narration

Vous n'y trouverez pas :
- un rythme haletant
- une intrigue cousue de fil blanc

Mon avis ?
L'histoire commence de façon fort classique : un vampire tombe amoureux d'une belle noble au coeur pur, au 19e siècle, la séduit et la transforme. Commence, oui, car là où certains auteurs auraient fait un roman entier avec ce simple et très classique paradigme, Mathieu Guibé nous offre au contraire cela comme un véritable prélude à l'histoire qu'il veut nous conter ! Car la belle Abigale, l'élue du cœur mort de Lord Scarcewillow, meurt dès la fin de la première partie, sans que sa transformation ne soit achevée... dès lors, le Lord et vampire n'aura de cesse de chercher à la retrouver, la recontacter, la ramener près de lui. Ce n'est donc pas une histoire d'amour, que Mathieu Guibé nous livre ici, mais une histoire du Mal d'Amour – cet état de désespoir si redouté par les poètes et troubadours !

Ce contrepied narratif est une excellente surprise, et pas la première de ce roman, qui comporte plusieurs parties différentes, chacune porteuse d'un arc narratif bien précis, et à chaque fois encadrée d'un prologue et d'un épilogue. Comme si nous lisions plusieurs romans en un ! Et c'est en effet le cas, car chaque partie représente une étape du deuil de Lord Scarcewillow, mais aussi de son combat contre la mort.

Il est intéressant, ce Lord, mais pas attachant. L'amour qu'il éprouve pour Abigale est à peu près sa seule qualité et ne le rachète d'ailleurs pas entièrement. Car sinon, mis à part cela, il est égoïste, narcissique, extrêmement violent (l'un des passages, comportant un saltimbanque à la langue clouée sur une roue, m'a complètement retourné l'estomac x)), complètement insensible, et extrêmement snob (mais alors carrément, oui !!). Bref, rien pour plaire. Pourtant, Mathieu Guibé réussit l'exploit de nous le rendre, sinon attachant, très intriguant. Car on se demande constamment si ce monstre redeviendra un jour humain, si l'amour le consumera pour toujours, ou s'il le rachètera. La réponse n'est pas forcément facile, car l'auteur ne concède (presque) rien à la morale. La fin est donc, forcément, inattendue. J'ai beaucoup apprécié cela également ! ^^

J'ai aussi beaucoup aimé le fait que l'auteur ne se cantonne pas au 19e siècle : l'histoire s'écoule sur plusieurs décennies, jusqu'à nos jours en fait, et c'est vraiment bien de suivre son évolution, ses transformations, la manière dont le narrateur s'adapte (ou pas) aux changements. Force est de constater que le vampire survit le plus souvent, qu'il soit ou non sensible au changement d'époque.

Voilà, je crois qu'il n'est pas nécessaire d'en dire plus, car cela vous gâcherait la lecture. Even Dead Things Feel Your Love est un roman gothique a priori classique, qui contient tous les ingrédients du genre, et pourtant... on ne pourrait pas être plus loin de la vérité. Even Dead Things Feel Your Love, c'est du gothique, du vampirique, mais c'est avant tout un roman surprenant par bien des aspects, dont le style saura vous ravir. En tout cas, moi, il m'a entièrement convaincue et je sens que je vais me jeter sur les autres publications de l'auteur tout bientôt ^^

vendredi 23 août 2013

[Cécilia Correia] Les aventures d'Aliette Renoir 2

Titre : Les Aventures d'Aliette Renoir – tome 2 : Dans l'ombre du roi
Auteur : Cécilia Correia
Editeur : Rebelle
Nombre de pages : 354

Vous savez quoi ? C'est la véritable zizanie en ce moment à Paname ! Des renégats sèment la pagaille, les Allemands nous préparent un coup fourré, un vampire âgé de plusieurs siècles disparaît comme par enchantement, Lawrence me fait des cachotteries et, pour couronner le tout, Sytry, le prince des chenapans, change d'avis comme de chemise ! Et qui doit jongler avec tout ça ? Moi, bien sûr ! Quelque chose me dit que je vais filer un mauvais coton… « Alea jacta est ! », comme dirait un certain César. Eh oui, le sort en est jeté…

Vous aimerez :
- le franc-parler d'Aliette (et son parler tout court !)
- le développement progressif du background historique
- l'évolution des relations entre les personnages
- l'humour

Vous n'y trouverez pas :
- une intrigue complexe
- un personnage principal surpuissant
- une relecture soignée...

Mon avis ?
On retrouve dans ce tome 2 ce qui faisait la force du premier : Aliette, égale à elle-même, a ouvert son bureau d'enquêtes vampiriques. On lui confie sa première affaire importante quand on lui demande de retrouver un vampire disparu, enlevé en plein milieu du palais royal, rien que ça ! Bon, je vous avoue, l'intrigue ne casse pas trois pattes à une otarie : j'ai deviné vers la moitié du roman qui était derrière tout cela, le mystère entretenu par l'auteur ne tenant pas car il n'y a pas assez de fausses pistes assez crédibles pour nous perdre. Cela étant, on ne s'ennuie pas pour autant, et c'est là que les relations entre les personnages interviennent.

Passionnantes, c'est le mot ! On ne sait pas du tout ce que va devenir le couple Aliette-Lawrence, qui bat de l'aile. On se demande si Aliette va finir par céder au beau Sytry, qui s'intéresse de plus en plus près à elle. ce qui est rafraîchissant, dans ce triangle amoureux, c'est qu'aucun des deux hommes ne cherche à lui forcer la main : ils lui laissent la liberté de décider entre quels bras elle veut finir par tomber. Sytry et Lawrence sont caractériels, chacun à sa manière, mais pas ultra-possessifs et ça je trouve que ça nous change de ce qui se passe habituellement en bit-lit ! Quand à Aliette elle-même, elle évolue peu à peu. Elle ne gagnerait toujours pas à Question pour un champion, loin de là, mais elle garde son mauvais caractère et son parler original, qui font d'elle une demoiselle piquante en plus d'être mordante.

Quant au background historique, il est cette fois bien développé et, même, exploité. On quitte un peu le palais royal d'Abaddon pour les ruelles parisiennes. Entre les descriptions et ce qui s'y passe, l'auteur développe une ville assez réaliste, vivante et crédible. Cela change beaucoup du premier tome, où le côté historique manquait. Ici, même s'il pourrait être encore plus exploité, il est bien plus approfondi et mis en valeur et, sincèrement, l'intrigue générale du roman n'en est que plus intéressante ^^

La fin du roman est prometteuse : le dénouement est un peu rapide et trop facile, mais c'est prometteur dans le sens où les conséquences dudit dénouement annoncent un revirement majeur dans l'univers de la saga. Je ne m'attendais pas à ça, et je serai sans aucun doute au rendez-vous pour le tome 3. D'autant plus que mon petit doigt me dit que cette saga va aller en s'améliorant de tome en tome, et que ce n'est pas fini...

Une chronique un peu courte, j'en ai conscience, mais il est difficile d'en dire plus sans vous spoiler. ;-)

 4/5

samedi 29 juin 2013

[Andréa Schwartz] Kel 1

Titre : Kel, tome 1 : Noir et blanc
Auteur : Andréa Schwartz
Editeur : Rebelle
Nombre de pages : 480 pages

A l’aube de la Cinquième Ere, les Deux Empires sont une fois de plus au bord de la guerre.
Shelun la Cheveux-Noirs a perdu toute sa famille dans un raid ennemi. Née femme dans un monde dominé par les hommes, elle n’hésite pas à transgresser les interdits et à se travestir pour accomplir sa vengeance.
Or, la guerre est loin d’être la glorieuse aventure décrite dans les cantiques. Quant aux ennemis, ils ne sont peut-être pas tous les monstres qu’elle avait imaginés…
 
 Vous aimerez :
- les personnages bien campés
- les scènes de batailles très maîtrisées
- l'histoire d'amour inattendue
- les clichés inversés

Vous n'y trouverez pas :
- beaucoup de personnages féminins
- de magie
- un travail éditorial soigné
 
Mon avis ?
Ce roman me tentait depuis un long moment et je ne regrette définitivement pas d'avoir sauté le pas : Kel est un excellent récit de fantasy mâtiné d'asiatisme. En outre, loin de faire l'apologie de l'héroïsme guerrier, il montre au contraire à quel point les héros sont ceux qui restent en arrière pour arrêter le massacre. J'ai énormément apprécié ce côté réflexif de l'histoire sur elle-même, un thème profondément ancré dans le roman, qui s'exprime à travers tous les personnages, Shelun la Cheveux-Noirs en premier bien entendu.

Parlons-en, de Shelun. Elle n'a que 16 ans quand elle s'engage dans l'armée, travestie en homme, et elle va survivre à son entraînement militaire, ce qui n'est déjà pas rien. Son ascension très rapide dans la hiérarchie (elle ira jusqu'à aide de camp, ce qui n'est pas rien) est autant là pour démontrer l'égalité homme-femme que pour nous plonger davantage dans les tréfonds de l'univers soldatesque. Un univers d'ailleurs bien développé, où la jeune et naïve Shelun découvre presque dès le premier soir que les hommes sont loin d'être les princes charmants qu'elle imaginait (et si jusque là vous espériez un copier-coller de Mulan, passez votre chemin, c'est pas du tout ça !). En effet, ses "amis" soldats la prennent pour un homme, bien entendu, c'est pourquoi il la tirent dès le premier soir avec eux dans un établissement du quartier des plaisirs, certes de luxe, mais où la réalité reste aussi sordide qu'ailleurs ! C'est dans cet établissement que Shelun fera la connaissance du second personnage féminin important de cette saga : une kael'run (une prostituée de luxe, en fait) qui comprendra dès le premier regard que le soldat face à elle est en fait une fille... et qui l'aidera, dès lors, à préserver son secret (vous verrez comment, c'est assez marrant en fait ;-)).

J'ai un moment pensé que l'histoire d'amour évoquée par un extrait de chronique placé en 4e de couv se déroulerait entre ces deux femmes-là, mais non. L'histoire continue, s'étire, et toujours pas trace d'amourette dans les 200 premières pages. On cherche, on fait des hypothèses, on scrute les très nombreux personnages masculins qui défilent et interviennent dans la vie de Shelun sur le camp... jusqu'aux premières grandes batailles de sa vie, des batailles qui changeront définitivement tout ce en quoi elle croit. Je ne vais pas dire pour quelle raison sous peine de vous enlever tout le plaisir de la découverte de l'identité de l'amant de Shelun, mais soyez avertis : vous serez surpris(e) ! ;-) D'autant plus que cette histoire d'amour est surprenante de bout en bout.

A ce propos, les scènes de bataille sont superbement décrites. La première, tout particulièrement, m'a happée pendant vingt pages. J'en suis ressortie essoufflée, presque pantelante, tant le fracas des lances et le tonnerre des canons m'avaient piégé entre ces pages, suspendue au destin de Shelun.
Les batailles décrites restent très classiques, dans le sens où vous n'y trouverez pas de trace de magie ni de faits héroïques surréalistes : il y a certes quelques percées dans le camp ennemi mais rien d'irréaliste, et c'est ce que j'ai beaucoup apprécié dans ce roman : la volonté de l'auteur de coller d'aussi près que possible à l'ambiance d'un camp militaire, d'un rythme de vie soldatesque, à l'horreur cotonneuse d'un champ de bataille...
Après, ces batailles sont nombreuses et, au bout d'un moment, je dois avouer avoir été lassée. Heureusement, l'auteur ne fait pas durer plus que nécessaire et l'histoire retrouve bientôt un rythme entraînant, qui n'est plus seulement martelé par le rythme lent et répétitif des batailles qui s'enchaînent et se ressemblent (ça ne dure pas plus de 50 pages je vous rassure ^^).

Avant de conclure ma chronique, je voulais revenir sur le travail éditorial des éditions Rebelle. Il y a beaucoup de choses chouettes dans leurs choix éditoriaux : leurs maquettes (internes et externes) sont sublimes, le choix de papier est toujours judicieux, et leurs livres sont de vraies petits bijoux tant ils sont beaux ! Les couvertures sont d'un goût sûr et réalisées avec brio. A tout cela, vous le voyez, j'adhère sans réserve. Ce qui me chagrine, c'est la surabondance de fautes de frappe, de grammaire et de français qui émaillent le texte. J'ai quand même trouvé un "@" dans un mot ("v@oix", page 136 de Kel), des virgules mal placées, des mots inversés ou oubliés, des phrases sans point, de grosses fautes de participes passés... c'est vraiment dommage. Rebelle semble mettre un point d'honneur à réaliser des livres-objets magnifiques, alors ce serait bien d'aller jusqu'au bout et d'investir dans un correcteur-relecteur digne de ce nom. A bon entendeur ! ;-)

Pour conclure sur une note beaucoup plus positive... j'ai été enthousiasmée par ce premier tome et j'attends avec impatience la suite ! De l'ambiance asiatique aux personnages bien campés, j'ai tout aimé, tout adoré, et je n'ai qu'une hâte : savoir si le cycle de la vengeance prendra fin entre les deux nations ennemies, et si l'histoire d'amour entre Shelun et son amant trouvera une fin heureuse elle aussi. Ce premier tome de près de 500 pages nous laisse sur notre faim, tant les questions en suspens sont nombreuses... et tant le destin de Shelun ne tient qu'à un fil, au cours des dernières pages.

A quand le tome 2, alors ? ^^

 4,5/5

Un grand merci aux éditions Rebelle pour ce service presse si généreusement offert. :-)

samedi 8 juin 2013

[Cécilia Correia] Les Aventures d'Aliette Renoir 1

Titre : Les Aventures d'Aliette Renoir – tome 1 : La secte d'Abaddon
Auteur : Cécilia Correia
Editeur : Rebelle
Nombre de pages : 304 pages



En arrivant à Paname, les Allemands s'étaient rendu compte qu'une menace plus dangereuse qu'eux sévissait déjà. Alors, en accord avec leurs autorités, ils laissèrent ma famille, les Renoir, continuer leurs petites affaires. Je vais vous dire : cela aurait été plus simple si j'avais dû zigouiller des rongeurs et encore... j'en avais horreur. Bon, je ne vais pas vous mentir plus longtemps, je déteste toutes les bestioles, qu'importe l'espèce animale. Sauf que la plus terrible de toutes, celle que je traquais chaque nuit demeurait mon pire cauchemar. Mais voilà, l'honneur de la famille restait ma priorité. Si bien que même si j'avais le trouillomètre à zéro, je devais quand même braver mes peurs en affrontant mon ennemi juré : le vampire.

Vous aimerez :
- le franc-parler d'Aliette (et son parler tout court !)
- le monde vampirique exploré et bien développé
- l'intrigue savamment concoctée
- la romance

Vous n'y trouverez pas :
- un background historique développé
- un personnage principal surpuissant
- une relecture soignée...

Mon avis ?
Tout d'abord je tiens à remercier les éditions Rebelle pour ce service presse ! L'équipe de communication en proposait aux blogueurs sur la page facebook et, un mail plus tard, j'étais enregistrée pour récupérer mon exemplaire aux Imaginales. Un grand, grand, grand merci ! :-)

Que dire de cette lecture, attendue depuis longtemps car la couverture me faisait de l'oeil dès sa première apparition dans les rayons des librairies ?

Commençons par Aliette, la narratrice : quelle surprise ! Je m'attendais à une jeune femme un peu dans la lignée d'Alexia Tarabotti, c'est-à-dire pleine d'esprit, un peu scandaleuse, au caractère affirmé et à la réplique toujours mordante. Or, si Aliette a l'humour facile et la réplique imparable de sa lointaine cousine anglo-américaine, il lui manque la tournure spirituelle et la force de caractère. Au début, je l'ai trouvé très naïve, chouineuse et franchement maladroite pour tout vous dire. Se tuer dès le prologue en s'empalant sur son propre pieu, il faut le faire ! Du coup, ça commençait assez mal entre Aliette et moi, d'autant plus que je la trouvais assez passive et soumise dans les chapitres suivants... mais, chemin faisant, la jeune femme évolue, s'affirme et devient intéressante ! Elle reste maladroite mais compense ses bêtises par une chance assez inouïe et un sens de la déduction plutôt brillant.
Bref : une héroïne avec de gros défauts au début, qui se révèle carrément brillante par la suite. Bon, ce n'est pas non plus Einstein la miss, et j'ai trouvé certains de ses raisonnements assez facilités par un auteur dont l'influence parfois trop visible guidait un poil trop les déductions de son personnage. Mais franchement, de page en page, Aliette gagne à être connue. D'un peu cruche et carrément superficielle, elle passe à presque douée et vraiment sympathique. On en apprend plus sur son passé, sa famille, on la comprend, et on s'attache à ce petit bout de femme qui gagne en assurance au fur et à mesure.

Concernant Aliette, j'ai beaucoup aimé son parler : et c'est important, car c'est elle la narratrice ! Cela donne un roman au style assez oral mais jamais vulgaire, drôle, plein d'entrain et volontiers gouailleur ! L'auteur a réussi un sacré tour de force en donnant à sa narratrice un parler vieillot, authentique, féminin, qui sonne "vrai" à l'oreille et à la lecture. Amusez-vous à lire certains passages à l'oral, vous verrez que l'accent de l'ancien Paname s'invitera dans votre palais ! ;-) Côté forme, là où je suis moins enthousiaste, c'est sur le travail éditorial. Il reste beaucoup, beaucoup, beaucoup trop de fautes d'orthographe et de grammaire. "Pause" à la place de "pose", page 90, m'a particulièrement choquée tellement c'était visible. Je ne suis pas une pro en relecture et, pourtant, j'en ai vu au moins une toutes les 20 pages : c'est qu'il doit y en avoir encore plus qui m'ont échappées.

Côté fond, j'ai adoré l'univers vampirique ! Comme Aliette, chasseuse de vampires, gagne le camp de l'ennemi dès après sa mort dans le prologue, nous découvrons avec elle ce Paname souterrain où les vampires ont investi jusqu'au métro pour circuler à peu près comme ils le veulent dans la ville occupée par les Allemands. Et cet univers est superbement développé ! Entre les Palace souterrains qui sont cachés sous les véritables hôtels cinq étoiles de la capitale, et le palais d'Abaddon avec ses centaines de chambres et de couloirs, c'est tout un monde qui s'ouvre à nous, un Paris alternatif vraiment sympathique et passionnant, riche de personnages, de lieux, d'une histoire propre... franchement, j'ai adoré ça !!
Mais pareil, côté fond aussi il y a un point qui m'a déçue... le Paris sous l'occupation aurait été un contexte tellement riche et tellement intéressant à exploiter, lui aussi ! On n'en voit qu'un peu, un tout petit peu, peut-être une trentaine de pages sur l'entier roman, et j'ai trouvé ça vraiment dommage. La période choisie, qui aurait pourtant due être importante, reste anecdotique, et fait un peu carton-pâte. Dommage. J'espère que l'auteur développera ça dans les prochains tomes car ça m'a vraiment frustrée de ne pas voir ce Paris-là, historique, davantage mis en scène dans la vie d'Aliette.

Car oui, je lirai les prochains tomes ! En dépit de mes quelques réserves (personnage trop naïf et contexte historique pas du tout développé), j'ai suffisamment accroché à ce premier tome pour avoir envie de lire la suite. C'est une série pleine de promesses qui ne demande qu'à se bonifier.

Car Cecilia Correia signe ici un premier tome prometteur, plein d'aventures, de mots d'esprit, de belles trouvailles vampiriques et de beaux gosses à dents longues. Mesdames, si vous aimez tout cela, alors Aliette ne vous décevra pas ! ;-)

3,5/5

dimanche 19 mai 2013

[Christian Léourier] L'Arbre-Miroir

Titre : L'Arbre-Miroir
Auteur : Christian Léourier
Editeur : Voy'[el]
Nombre de pages : ~170 en numérique (208 en papier)
Existe en format papier et numérique

Gwyzh, planète colonisée par les humains, abrite aussi un peuple mystérieux. Les Gwyddenir vivotent en marge des grand domaines comme Lann Faor, dont le jeune Dan ap Arth héritera plus tôt qu’il ne le croit. Le peuple gwydden cache toutefois un secret et il appartient à Dan de le découvrir. Et puis, il y a la troublante Gwentmaid aux yeux de chat qui hante les pensées du jeune home et pourrait bien lui ouvrir les portes d’un avenir insoupçonné.

Vous aimerez :
- les chapitres très courts
- la civilisation des Gwyddenir 
- la perception du temps Gwyddenir
- le style très immersif

Vous n'y trouverez pas :
- un scénario imprévisible
- une intrigue qui prend son temps
- de pessimisme

Mon avis ?
L'Arbre-Miroir est un livre entraînant, plein de qualités, et je comprends que l'éditrice en chef des éditions Voy'[el] ait tenu à rééditer cet ouvrage d'abord paru en 1977. C'est un récit optimiste, immersif, qui vous fera voyager loin, très loin de la Terre ! Pour autant, le dépaysement n'en sera pas complet, car nous atterrissons sur une colonie humaine, Gwyzh, où le jeune Dan sera bientôt intronisé responsable de son domaine, mais pas de la façon dont il l'aurait espéré... car cela se fait dans le malheur, suite à une catastrophe météorologique, et c'est à lui de redresser la barre. Il a le choix : agir comme tous les colons l'ont déjà fait avant lui, ou demander l'aide des Gwyddenir, le peuple autochtone de la planète en question...

Comme vous vous en doutez, le jeune Dan ne suivra pas la tradition. Plus ouvert d'esprit que ses prédécesseurs, il cherchera même à comprendre le peuple autochtone enfermé dans des réserves pauvres en terres cultivables. Il y fera la rencontre de Gwentmaid, une jeune femme séduisante, pas de sa race donc, et qui le troublera bien plus qu'il ne veut bien se l'avouer... c'est assez problématique, car le père de Dan prévoie une union avec une humaine d'un domaine cultivable voisin.

Le scénario est cousu de fil blanc, à ce niveau-là. Le triangle-amoureux ne m'a pas vraiment convaincue ni tenue en haleine. Par contre, là où j'ai été agréablement surprise, c'est sur la manière dont se résout le problème : même si l'on sait qui Dan va choisir en définitive, on ne se doute pas du comment, et c'était vraiment sympathique !
 
D'autant plus que l'auteur ne sacrifie pas aux habituelles théories du complot qui cloisonnent les histoires d'amour impossibles, du genre le gouvernement qui empêche deux êtres de s'aimer, etc. Il y a un complot, certes, mais il trouvera une fin inattendue, vraiment agréable là encore. Cet optimisme manquait à mes précédentes lectures en SF, et c'est une vraie bouffée d'air frais ici !

Autre réussite : le style. Immersif, très simple, il s'efface au profit de l'histoire. S'il y a parfois des passages explicatifs, ils ne sont jamais longs et toute l'histoire se déroule naturellement, parfois même un peu trop vite – notamment à partir du moment où Dan hérite du domaine : tout se précipite et on ne se pose pas d'un long moment, environ 80 pages (à peu près la moitié du roman donc) durant lesquelles tout va très très très vite. Mis à part ce passage trop rapide selon moi, le reste est correctement rythmé, et le style discret mais efficace soutient parfaitement l'ensemble.

Autre petit regret : le manque d'émotion. On s'attache davantage à l'univers qu'aux personnages. Ces derniers ne sont pas dépourvus d'intérêt, loin de là, mais ils sont un peu superficiels. Leurs motivations sont claires, profondes, mais leurs émotions manquent de déploiement. Alors que l'univers, la planète, sont très développés (aaaaah, la perception du temps selon les Gwyddenir : un bonheur vous verrez !!!), les personnages manquent d'envergure, ce qui est dommage pour un roman jeunesse selon moi, où les jeunes lecteurs aiment plonger au fond des émotions des personnages.

Il faut dire que L'Arbre-Miroir est un roman où les destinées sont dirigées par le monde et non par les personnages. Ces derniers ne subissent pas, bien au contraire, mais ils ne sont pas le moteur de l'intrigue : celle-ci se déroule, dictée par les lois du monde établi par Christian Léourier, un monde dur, fort, parfois impitoyable mais jamais cruel, où l'espoir subsiste toujours.

Un roman de SF optimiste que je recommande si vous êtes à la recherche d'une SF simple mais pas simpliste, traversée par de grands thèmes comme le destin ou la rencontre de l'Autre.
3,5/5

mercredi 1 mai 2013

[Richard Arlain] La saga de Moira et Svein

Titre : La saga de Moira et Svein
Auteur : Richard Arlain
Editeur : Laska
Nombre de pages : ~196
En numérique seulement

Aux frontières de la Fédération rôdent encore des « teroristoj », dont les Vikings de Heim. Endurcis par les difficiles conditions de survie sur leur planète, c’est par des raids brutaux qu’ils s’emparent de l’eau et de l’air qui leur manquent. Or vingt-sept mille kilotonnes d’eau potable doivent prochainement partir de Mellnock, la planète voisine. Une proie sur mesure pour les guerriers de Heim…

Secrètement fasciné par les Fédérés, Svein Sigurdson participe au commando contre le FSS Whedon. Un assaut qui réunit les forces de quatre clans Vikings ne devrait être qu’une formalité. Mais cette opportunité n’est-elle pas trop belle pour être vraie ?

Moira Latimer, originaire de Mellnock, embarque comme technicienne à bord du FSS Whedon. Lorsqu’elle voit le nombre de soldats qui les accompagnent, elle sait que cette fois, les risques et les enjeux dépassent tout ce qu’elle a connu. Elle est encore loin d’imaginer à quel point l’attaque des Vikings berserks va changer son destin, et celui du monde qu’elle connaît…

Vous aimerez :
- la narration alternée entre les deux protagonistes
- assister à la confrontation de deux cultures que tout oppose
- les personnages bien campés

Vous n'y trouverez pas :
- un érotisme très prononcé
- une histoire d'amour qui prend son temps

Mon avis ?
D'ordinaire peu férue de romance, j'ai pourtant passé un très bon moment à bord du FSS Whedon en compagnie de Moira et Svein, qui sont des personnages attachants d'emblée de jeu, tant à cause de leurs différences que de leurs ressemblances. Les deux futurs amants sont issus de deux cultures que tout oppose, et qu'un raid sur un cargo d'eau potable va rassembler d'une manière improbable... et un peu trop rapide à mon goût. Vraiment, si j'avais un regret sur cette histoire, ce serait la rapidité avec laquelle les sentiments des deux protagonistes se développent. En moins de vingt-quatre heures, ils sont prêts à tout quitter pour vivre avec l'autre ! Je ne sais pas si c'est la lectrice ou la sceptique en moi qui a parlé, mais ça ne m'a pas convaincue, car pour moi les sentiments ont besoin de temps pour se développer et, surtout, pour que des personnes – ici des personnages – prennent la décision de quitter leur famille et leur culture pour plonger dans la civilisation censée être celle de l'ennemi...

Cela étant dit... c'est une novella, et ça fait partie du contrat narratif : on sait que tout se déroulera très vite. C'est donc davantage un écueil dû au format qu'une vraie maladresse d'écriture, et cela ne gênera sûrement pas les habitués de romance ; mais moi ça m'a un peu gênée à la lecture, surtout au début. Après, j'ai mentalement accepté que ça aille aussi vite, et je me suis laissée porter par la lecture. Et je ne regrette pas !

Car plus que la rencontre entre deux êtres, c'est le choc de deux cultures qui s'opère ici, et cette partie-là, à la fois politique et sociologique, est gérée de main de maître par l'auteur qui a semble-t-il pensé à tout. Par exemple, chez les fameux Vikings, les mains sont des parties du corps extrêmement érotiques, c'est pourquoi ils mettent des menottes-moufles à leurs captifs du FSS Whedon, afin d'éviter les viols. Ce serait comme si, chez nous, une femme se promenait les seins nus en temps de guerre : une vision qui, en temps de guerre, peut provoquer les pires réactions. L'auteur a songé à tous ces petits détails de part et d'autre des deux civilisations, ce qui fait que l'univers créé est foisonnant et vraiment passionnant ! Ces différences culturelles se manifestent notamment via Svein et Moira, dont les caractères sont très vites plantés, de manière efficace, et pas du tout superficielle. Leur façon de penser est tout de suite illustrée par les actes, développée par la suite, et tout se tient de bout en bout. En plus ils sont super attachants : Moira avec son côté perfectionniste et sa fierté trop mal placée pour montrer qu'elle a peur face à l'ennemi, et Svein avec ses questionnements un peu enfantins et ses doutes profonds sur ce qui est juste, bon, etc. Ils sont chacun une évolution bien distincte, qui les amène à s'apprécier mutuellement, mais aussi à remettre en question leurs sociétés.

Le duo des amants forme d'ailleurs le cœur de cette histoire : ils représentent non seulement le côté romance, mais aussi le côté science-fiction, et j'ai vraiment adoré la manière que l'auteur avait de mettre en scène les deux à la fois, dans un même dialogue où tout résonnait sur les deux niveaux... un vrai travail d'écriture et une réussite de ce point de vue. Mais vraiment !

En somme, les amateurs de romance aussi bien que de science-fiction trouveront leur compte dans cette novella à la croisée des genres, où le thème majeur résonne dans chaque chapitre, chaque dialogue et chaque personnage. Un récit bien construit, aux personnages forts et charismatiques, qui évoluent en même temps que l'intrigue prend des virages inattendus mais toujours cohérents !
3,5/5

Un grand merci aux éditions Laska de m'avoir permis de découvrir ce roman en SP ! :D