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dimanche 23 novembre 2014

[Adrien Tomas] Notre-Dame des Loups

Titre : Notre-Dame des Loups
Auteur : Adrien Tomas
Editeur : Mnémos
Nombre de pages : 198
 
1868, aux confins de l’Amérique, les Veneurs, une petite troupe d’hommes et de femmes sans foi ni loi, aux munitions forgées d’argent, l’âme froide comme l’acier, parcourent les immensités de l’Ouest sauvage.
Ils s’enfoncent, la peur au ventre mais déterminés, dans les gigantesques forêts que seuls les Indiens et les pionniers arpentent. Ils connaissent leur mission : elle pue le sang et la mort. Elle a le son des chairs qui se déchirent et des os qui rompent, des incantations vaudou, des balles qui sifflent et des molosses qui aboient. Au loin, les premiers hurlements se font entendre. La chasse commence… Une chasse qui doit réussir quel qu’en soit le prix. Une chasse pour abattre leur plus terrible ennemie : Notre-Dame des Loups…
Vous aimerez :
- le mélange western/loups-garous
- l'écriture fluide entrecoupée de cassures dans le rythme
- le côté "roman polyphonique"

Vous n'y trouverez pas :
- de l'horreur qui fait peur : on est plutôt du côté gore de la force
- des personnages foncièrement bons
- ni foncièrement mauvais, d'ailleurs !

Mon avis ?
Je n'ai même pas lu le résumé avant de l'acheter : j'ai vu la couv, entendu le mot "western" suivi du terme "loup-garou", et j'ai demandé une dédicace à l'auteur. Et vous savez quoi ? Ben j'ai bien fait, car c'est un PUTAIN DE COUP DE CŒUR LES AMIS !!!!
J'adore le western. Je serai pas capable de disserter sur le genre, ni de comparer tel ou tel réalisateur, mais j'ai vu tous les films de western spaghetti et crépusculaire, et j'adore. Y a de belles daubes, quand même, mais j'adore l'ambiance que le mot "western" induit. Quand on pense western, on songe aux grandes plaines de sables, aux chevauchées rapides, aux flingues, aux plans rapprochés...

Ici, tout y est.
Enfin presque : Adrien Tomas revisite le genre, pour notre plus grand plaisir.
Pas de plaines, pas de sable : on est en plein hiver, il y a de la neige, il fait un froid qui vous glace les os dès les premières pages. La forêt décrite se fait l'écrin de nos peurs les plus primordiales. Les lycans y rôdent, ou plutôt les wendigos. On est dans l'ambiance dès le début. On est du côté des chasseurs, mais on sait qu'à tout moment la tendance peut s'inverser, et qu'on peut devenir la proie avec eux.

Et la tendance s'inverse très vite, en effet : pas de chevauchées rapides, mais une traque. Un coup chasseur, un coup chassé, c'est la loi de Notre-Dame des Loups, la grande blanche que le groupe chasse depuis le début. Un groupe composé de sept chasseurs, tous avec leur arme fétiche, que ce soit un flingue ou un arc, et tous là pour des raisons différentes, avec leurs secrets, et le poids de ces derniers qui leur pèse. Et leur pèsera jusque dans l'au-delà.

Voilà pour les éléments classiques du western.
Et les plans rapprochés, me direz-vous ? J'y viens...
Chaque chapitre est narré par un personnage différent. Il y en a sept, aux tons et caractères très marqués, et la manière dont ils se passent le flambeau de la narration est... superbement bien trouvé ! Difficile d'en dire davantage sans vous gâcher l'effet de surprise, aussi ne rajouterai-je qu'une chose : en plus d'être une bonne raison de changer de narrateur, cela crée un effet d'attente et de tension qui rend la lecture haletante, très rythmée. C'est sadique, c'est super bien trouvé, c'est... raaaaaah, impossible de lâcher le bouquin !!!

Je l'ai acheté il y a un mois, ouvert le soir-même en me disant que j'allais lire 2 pages avant de tomber de fatigue, et au final j'ai englouti le bouquin en deux heures de temps. Et un mois plus tard, je m'en souviens encore, clairement. Les personnages restent bien présents dans ma tête, le souvenir de lecture est vif. Car c'est une lecture qui marque, de par le talent de l'auteur, d'une part, et l'extrême réalisme de sa plume d'autre part. Le style est sublime, ciselé, de temps en temps vulgaire mais jamais de manière inutile car cela participe à l'ambiance, aux personnages. Les décors sont vivants. Les personnages nous émeuvent avec leurs qualités, leurs défauts, leurs secrets. Adrien Tomas revisite avec une joie sauvage le mythe du loup-garou aussi bien que celui du western. Que vous aimiez l'un ou l'autre, ou les deux, ce serait vraiment dommage de passer à côté de cette perle !!!

Le seul défaut de ce livre, en définitive, c'est son prix : 18€ pour moins de 200 pages aérées, ça craint un peu quand même. A 15€, j'aurais pas grincé des dents, mais là on se rapproche quand même dangereusement des prix des très grands formats/gros pavés...


Cela dit, ce sont 200 excellentes pages qui valent chaque euro dépensé, et même plus.
A lire d'urgence !!!! Rien que d'en parler ici, et j'ai déjà envie de le relire ! ^^

vendredi 7 mars 2014

[Fabrice Colin] Passeurs de mort

Titre : Passeurs de mort
Auteur : Fabrice Colin
Editeur : Flammarion
Nombre de pages : 277

Lorsqu’elle chausse les lunettes léguées par son oncle, Angel n’en croit pas ses yeux : elle peut maintenant voir le passage de la vie à la mort. Mais qui sont donc les étranges membres de la famille Cooper ? Et qu’ont-ils à voir avec les inquiétants employés qui accompagnent les esprits aux portes de la mort ? Il lui faudra accepter les conditions du jeune et énigmatique Brandon Cooper pour trouver ses réponses.  

Vous aimerez :
- voir la mort comme une SARL
- le style dynamique
- l'aspect visuel du roman
- l'humour
- les références générationnelles qui parsèment le récit

Vous n'y trouverez pas :
- un rythme haletant
- une héroïne au caractère "régulier"

Mon avis ?
Je crois que c'est le premier roman de Fabrice Colin qui me passe entre les mains, et je dois dire que je l'ai lu très vite ! Pour autant, ce n'est pas un coup de cœur. Car même si c'était très bien parti pour, je n'ai pas été véritablement emportée par l'ensemble de l'histoire. Une petite déception, donc, sans que cela remette en question la plume de l'auteur ou son univers.


Je m'explique...
Premier chapitre, plein de bonnes surprises ! Le style, déjà, qui est vif et dynamique, et nous assène la vérité sur un ton brutal, presque cruel, que "Vous ne savez rien de la mort". Sur un ton accusateur, oui, puis la narratrice nous propose de la suivre à la découverte de son histoire, étroitement entrelacée avec celle de la Grande Faucheuse. Et on la suit, de bon cœur, car le style est aussi dynamique qu'elle, Angel, 16 ans, et un ami imaginaire, Jack, de Jack O'Lantern rien de moins ! Les deux forment un duo atypique, doté d'un humour pince-sans-rire et caustique qui sonne vraiment "ado authentique".

Et comme c'est elle la narratrice, une jeune fille de notre temps, eh bien des signes très visuels, bien plus que les simples mots et lettres dont ils sont formés, s'invitent dans le récit. A commencer par des pictogrammes nous décrivant les six étapes du passage de la vie à la mort, rien que ça ! J'ai vraiment trouvé l'idée extra, et je m'attendais à ce que ce soit exploité plus loin dans le roman... ce qui n'a pas été le cas, du coup, petite frustration de ma part car je trouvais le concept à la fois jeune, moderne et dynamisant. Cela dit, quelques signes s'invitent, comme des smileys, mais cela reste du domaine de l'anecdotique.

Côté intrigue, j'ai adoré le premier tiers du roman : Angel prend plein d'initiatives et, woaw, ça c'est une jeune fille qui sait ce qu'elle veut ! Elle n'hésite pas à prendre des décisions (comme partir à l'aventure en devenant jeune fille au paire, du jour au lendemain, ce qui n'est qu'un prétexte pour se rendre à un endroit bien précis, afin de lever le voile sur les mystères de la Mort...), et sa détermination la rend hyper attachante, en plus de faire avancer le récit sur les chapeaux de roue.
Tout se gâte, côté rythme, quand elle arrive à l'endroit en question et découvre... les Cooper, une mystérieuse famille apparemment liée à la Mort et... à sa SARL, rien de moins ! J'ai bien aimé les Cooper, au début, sauf qu'au bout d'un moment... Angel devient tout à coup peureuse, passive et un chouïa énervante je dois dire. Ce revirement de caractère et de situation – qui donne les rennes de l'intrigue à la famille Cooper – m'a surprise, pas dans le bon sens. Ce qui fait que j'ai passé la deuxième partie du roman à soupirer après eux. C'est dur à dire, mais ils m'ont énervée parce que j'adorais Angel et qu'ils lui ont volé la vedette. Bon, elle récupère un peu d'énergie et d'esprit d'initiative sur les 50 dernières pages, et c'était bon de la retrouver comme ça !

Bon, c'est pas dramatique, mais comme on dit par chez moi, ça m'a coupé la chique ! Du coup, j'ai un peu l'impression du soufflet retombé trop vite. :( Après, je ne suis pas sûre qu'un lecteur ado tilte sur ce point-là de l'intrigue, je pense même qu'il adorerait les Cooper – surtout leur jeune fils – mais perso je n'ai pas accroché.

Cela étant, Passeurs de mort est un ouvrage basé sur un concept original, bien écrit et truffé d'excellentes références, notamment musicales et cinématographiques. Angel est un personnage attachant, plein d'humour, agréable à suivre... quand elle n'a pas les Cooper dans les pattes ^^

Une agréable lecture, donc, qui en dépit de quelques défauts m'a donné envie de découvrir d'autres ouvrages de Fabrice Colin. Ça tombe bien, j'en ai un dans ma PAL !

Merci aux éditions Flammarion pour la découverte.

vendredi 20 septembre 2013

[Franck Labat] Naturalis

Titre : Naturalis
Auteur : Franck Labat
Editeur : Les Nouveaux Auteurs
Nombre de pages : 440 pages

Pandémies, allergies environnementales foudroyantes, dégénérescence cellulaire, stérilité... La nature a trouvé le moyen d'éliminer le parasite qui gangrène la planète depuis trop longtemps : l'homme. Au travers de ses rêves prémonitoires et apocalyptiques, Alexandra Rousseau, lycéenne, est le témoin involontaire et impuissant du sombre futur qui attend l'humanité. Elle sait qu'avant la fin de ce siècle les hommes feront face à leur extinction. Tous ? Peut-être pas... La découverte du mystérieux marqueur génétique 26 pourrait bien donner à cet effondrement de l'hégémonie sapiens un aspect inattendu.

 Vous aimerez :
- les chapitres très courts et très nombreux
- l'alternance des points de vue
- le côté hautement réaliste de l’anticipation politique
- l'exploitation originale de la magie

Vous n'y trouverez pas :
- une vision très optimiste de notre avenir
- un moment où vous ennuyer

Mon avis ?
Naturalis est un roman difficile à lâcher, d'une part car le rythme infernal auquel s'enchaînent les courts chapitres nous empêche de nous en éloigner et, d'autre part, car l'univers déployé par l'auteur et le propos qui s'y inscrit en filigrane donnent matière à réfléchir longtemps après avoir refermé le livre.

L'intrigue a deux points de départ : Alexandra, dans notre présent ; Nathaniel, dans notre futur. Le destin croisé des deux personnages va à la fois provoquer et empêcher le pire de se produire... le fait que l'on suive deux histoires à la fois parallèles et convergentes donne une "tessiture" très intéressante au livre. J'emploie le mot "tessiture" car cela va au-delà de la structure, cela s'enfonce loin dans le scénario, les personnages, leurs motivations, etc. Ce choix de narration – audacieux et bien exploité – est vraiment l'un des points forts du livre. De plus, par rapport à ce choix de double temporalité, on est face à un cas d'uchronie très originale : Alexandra vit avant le point d'uchronie du roman, tandis que Nathaniel vit après celui-ci. L'effet de convergence et d'attirance des deux points donne lieu à un roman qui tient autant de l'uchronie que de l'anticipation et du post-apocalyptique. Un métissage réussi !!

Pourtant, ce n'était pas gagné, au début, car j'ai trouvé l'univers très sombre... trop sombre. Trop déprimant pour l'indécrottable optimiste que je suis. Le côté hyper-réaliste de la disparition de l'homo-sapiens au profit de l'homo naturalis m'a plongée dans une véritable dépression de lecture : j'ai dû reposer le livre quelques jours avant de m'y replonger (et de lire la suite d'une traite en quelques heures, captivée ! ^^). Sincèrement, ce réalisme m'a beaucoup touchée, dans le sens où ça m'a vraiment fait réfléchir à notre avenir et à notre possible extinction... dans le siècle prochain. Une extinction à laquelle chacun d'entre nous pourrait être amené à assister. Effrayant, n'est-ce pas ? D'autant plus effrayant que l'auteur utilise des éléments tirés d'articles de journaux et d'essais bien réels, eux, qui soutiennent la thèse de notre extinction prochaine à cause de la surpopulation (notamment). Une réussite sur ce point-là aussi, même si ça peut en bloquer plus d'un. Plusieurs semaines après, j'y pense toujours.

Le style est vif, haletant. On alterne entre différents points de vue, différentes époques, et le canevas qui se crée nous intéresse d'autant plus que de nombreux points d'ombre persistent. Notamment la présence – réelle ou pas ? – de la magie. L'auteur a une façon bien à lui d'exploiter celle-ci et je vous laisse la surprise. J'ai surtout beaucoup aimé la "magie" du "pilier de la pierre", et son personnage représentant... un sacré olibrius, celui-là, qui m'a beaucoup plu ^^

Les personnages sont tous intéressants mais c'est vraiment avec lui que j'ai accroché – à croire que j'apprécie toujours plus les underdogs que les héros d'un roman. Néanmoins, je me suis attachée à tous les persos à divers degrés, ce qui est une bonne chose car, comme vous le savez, quand je n'aime pas les personnages d'un roman, je n'accroche généralement pas du tout au dit roman.
En fait, la force des personnages repose sur la manière dont ils s'inscrivent dans le contexte général de l'intrigue : ici, ce qui se joue à l'échelle de l'individu vaut aussi pour l'humanité tout entière. En cela, j'ai adoré ce roman, parce que tout restant intimiste, le destin de l'humanité s'y joue aussi !

En bref, un coup de cœur pour cette variation intéressante de la thématique "post-apo". ^___^

5/5

En plus, ce livre a reçu le prix du Jury Femme Actuelle 2013, qui ne s'y est vraiment pas trompé ! Et pour une fois que de la SF est plébiscitée, ça fait plaisir ^^

vendredi 8 mars 2013

[Chris Debien] Black Rain S01E01-02

Titre : Black Rain – saison 1 épisodes 01-02
Auteur : Chris Debien
Editeur : Flammarion
Nombre de pages : 318


Retrouvez l'univers de Matrix dans les 2 premiers épisodes de la saison 1 de Black Rain !
Quand le monde virtuel devient réel...
Au coeur d'une zone urbaine quasi déserte, Adam retrouve son ami Vince. Ils évoluent dans un monde fait de rues vides, de bâtiments délabrés et d'une pluie noire, intense, presque solide : c'est l'Inside. Le reste du temps, il est au Centre avec d'autres adolescents schizophrènes, comme lui. Dans l'Inside, ils sauvent une jeune fille des mains d'un tueur. Aidés par leur tablette connectée à un réseau sans fil, ils parviennent à s'enfuir. Adam perd connaissance et se réveille dans une pièce pleine d'instruments ultra-sophistiqués. On découvre que tout ce qui vient de se passer s'est déroulé dans un espace virtuel. Le docteur Gruber se félicite qu'Adam ait pu pénétrer dans la conscience du tueur pour identifier les lieux où elle avait enfermé ses victimes et qu'il n'avait jamais révélé.

Vous aimerez :
- l'étrangeté de l'Inside
- la complexité de l'intrigue
- l'univers délicieusement rock et manga
- le rythme hyper soutenu

Vous n'y trouverez pas :
- beaucoup de certitudes à la fin du roman
- de romance poussée
- des ados si différents que ça...
Mon avis ?
Voilà un peu plus d'une semaine que je suis sortie de l'Inside, de l'univers inquiétant de Black Rain, et je dois dire que l'angoisse me colle toujours à la peau. Il faut dire que l'ambiance est sacrément prenante : rien que la mise en page du livre et ses pages d'un noir d'encre et de suie vous plongent dans un monde différent. Le fait que la mise en page soit si spéciale participe entièrement à la mise en place de l'univers de l'Inside : chaque page noire est comme une porte supplémentaire qui s'ouvre sur un mystère de plus, un chapitre suivant. C'est aussi une pause, comme un écran noir télévisé entre deux scènes, la micro-coupure qui nous informe qu'on change de scène. Cela donne un effet à la fois angoissant et visuel vraiment très réussi !

Outre la forme du livre, parlons du récit en lui-même. Il commence directement dans l'Inside, d'ores et déjà angoissant avec sa pluie trop battante et ses rues trop désertes. Une tension est d'emblée palpable, présente dans l'écriture hyper ciselée de l'auteur, et elle nous talonne en même temps que les personnages qui sont, pour l'heure, ignorants de celle-ci. On sent la catastrophe toute proche : elle est annoncée dans le résumé. On ne sait juste pas quelle forme elle prendra et, du coup, en tant que lecteur, on se méfie de tout dans l'Inside. D'autant plus qu'Adam et son ami s'affichent directement comme des personnages attachants qu'on a envie de suivre : en quelques pages à peine, on est sûrs de vouloir les suivre jusqu'au bout du monde, voire au fin fond de l'Inside, au plus près de ses plus noirs secrets.

Et c'est ce qui arrive dès le premier épisode : sans trop en dévoiler, disons que les deux jeunes hommes font une découverte particulièrement macabre et glaçante au terme d'une course-poursuite haletante. Ils voulaient se sauver des griffes de chiens énormes à la détermination glaciale et, en les fuyant, ils ont plongé droit dans les griffes d'un danger beaucoup plus insidieux, et beaucoup plus inquiétant. Ils découvrent un sous-sol rempli de poupées aux visages humains, étranges, des pièces remplies de ces poupées et vides de toute présence. Des pièces humides, hantées de courants d'air et d'ombres menaçantes, jusqu'à ce qu'ils tombent sur... une jeune fille. Et le propriétaire des poupées, dont les desseins, bien que mystérieux, n'en sont pas moins terrifiants.

Voilà, en gros, ce qui se passe dans les 4 ou 5 premiers chapitres de l'épisode 1. Il faut savoir que ces chapitres sont très courts, leur taille dépasse rarement la dizaine de pages. Le rythme est donc haletant, l'action s'enchaîne, et la tension monte très vite ! J'ai lu l'épisode 1 d'une seule traite, avant d'enchaîner le lendemain sur l'épisode 2, lui aussi lu d'une traite. L'épisode 1 se passe majoritairement dans l'Inside. Pour ce qui est de l'épisode 2, lui, on découvre le Centre où Adam et son ami sont soignés pour leurs troubles de la personnalité. On apprend que l'Inside est une thérapie destinée à soigner, notamment, les schizophrènes. On en apprendre peu à peu davantage sur le Centre, ses secrets et... on doute tout à coup : même si tout laisse à penser que oui, le Centre est-il bien réel ?

Car entre l'Inside, les hallucinations d'Adam (en sont-elles vraiment seulement ? Et ces voix qui lui parlent, est-ce vraiment la maladie ou s'agit-il d'autre chose ?), le Centre, et l'extérieur qu'on ne voit étrangement jamais, on en vient à s'interroger sur tous ces plans qui s'entremêlent : où est le réel ? Un seul de ces plans est-il seulement réel ? Et si aucun d'entre eux n'était vraiment imaginaire ?

En somme, Black Rain S1E01-02 est un excellent pilote de série littéraire qui pose les bases d'un univers complexe et passionnant, dont les développements à suivre se feront sans doute encore plus mystérieux et captivants ! En dépit des zones d'ombre, la cohérence interne de ces premiers épisodes nous promet une suite encore plus complexe et haletante, qui nous emmènera au cœur de l'Inside, droit dans les secrets du Centre, et au plus près des peurs d'Adam, qui se manifestent sous la forme de voix internes et d'images qu'il est le seul à voir... des voix qui le hantent, cherchent à le détruire, mais qui l'aident aussi. Parfois. A moins que ce ne soit un nouveau piège ?

4,5/5

En plus, en ce moment, c'est le mois de Chris Debien sur Bookenstock ! Ce livre a d'ailleurs été reçu via le partenariat entre Bookenstock et Flammarion, que je remercie chaudement pour cette belle découverte d'un auteur français qui m'était jusque là inconnu.

dimanche 16 décembre 2012

[Christophe Nicolas] Projet Harmonie

Titre : Projet Harmonie
Auteur : Christophe Nicolas
Editeur : Riez
Nombre de pages : 344
Yannick Diaz, journaliste dissident, vient de perdre sa place au Républicain suite à l’écriture d’un essai sur les médias qui n’épargne personne. Depuis son malaise en direct sur le plateau d’un débat télévisé, d’étranges images se bousculent dans sa tête : l’épidémie de grippe qui s’étend en Amérique latine, le visage bouffi du ministre de l’Intérieur et le nom d’un laboratoire… LAMIPROH. D’où viennent ces souvenirs qui ne sont pas les siens ?
À peine évoque-t-il ses visions que son confident est assassiné. Accusé du meurtre, la police aux trousses, il doit trouver les preuves de son innocence. Mais il y a plus en jeu que son seul avenir. Peut-être celui de l’humanité tout entière…
Après Un Autre, Christophe Nicolas nous démontre une nouvelle fois sa grande maîtrise du suspense avec ce thriller frénétique.


Vous aimerez :
- le côté thriller
- le scénario tournant autour de la théorie du complot
- le style fluide et acéré
- l'alternance des points de vue


Vous n'y trouverez pas :
- des personnages développés
- un livre politiquement neutre
- de longs chapitres
- des descriptions

Mon avis ?
J'avais déjà repéré la plume de Christophe Nicolas dans l'anthologie Mystères et mauvais genres aux éditions Sombres Rets (dont je ferai une relecture et une chronique d'ici quelques semaines). J'avais été happée dès les premières lignes, surprise par la fin vraiment imprévisible, et ça n'a pas été différent pour ce roman.

Tout commence par une scène étrange, où on ne comprend que la moitié des choses (ce qui est voulu et ne gêne pas le lecteur, qui sait d'instinct que l'auteur lui donnera les clés de lecture plus tard) : un scientifique entre dans une machine et envoie tous ses souvenirs à un journaliste. Le scientifique perd la vie dans l'opération... ce journaliste est Yannick Diaz, qui se trouve à ce moment-là en pleine promotion pour son livre sur la manipulation des médias par les pouvoirs politique, dans une émission TV où il est clairement peu désiré. Et, en plein direct, il perd connaissance... et se réveille, la risée de tous, à l'hôpital, où des souvenirs étrangers se mélangent aux siens dans sa tête. Un nom s'impose à lui : LAMIPROH. Il téléphone à un ami journaliste pour se renseigner... sans savoir dans quel genre de fourmilière il met un coup de pied. Un coup de pied qui coûtera la vie à son ami, et qui va l'entraîner lui dans une course-poursuite où il a le rôle du gibier. Tout au long de sa fuite, les souvenirs du scientifique et, donc, la clé du mystère, luis reviennent par bribes. Il décide d'agir pour contrer LAMIPROH et son projet "Harmonie", une effrayante utopie où l'instinct de rébellion des population leur est enlevé, via des campagnes de vaccination massive, contre la grippe par exemple...

Je n'en dirai pas plus sur l'intrigue, de peur de vous révéler le contenu, mais vous avez là le résumé des 30 premières pages à peine, environ. Car oui, ça va vite, très vite, on est inexorablement entraîné, comme Yannick, dans cette histoire. Et bon sang qu'il est difficile de lâcher ce livre ! Le mystère s'éclaircit de page en page mais la situation de Yannick empire en conséquence, et c'est un régal que de suivre sa course à la survie, et à la vérité. Va-t-il y arriver ? Rien n'est moins sûr, car il y a un élément majeur à prendre en compte... un élément que je ne révèlerai bien sûr pas ici. ;)

Le déroulement du roman est assez difficile à prévoir, jamais tiré par les cheveux, toujours logique, mais d'une implacable imprévisibilité. Mis à part un détail que j'avais deviné, pour le reste, ce fut assez difficile de deviner ! En même temps, on est tellement pris dans le tourbillon et les péripéties qu'on prend peu le temps de réfléchir à la suite. C'est là la meilleure réussite de ce roman selon moi.

Et côté forme, comme ça se présente ? Eh bien, c'est ciselé, découpé, au millimètre, chronométré, haché... Le style de l'auteur est comme un couteau qui danse, manié par un orfèvre ou un assassin professionnel : c'est simple, efficace, ça touche toujours au but, et il y a une émotion à fleur de peau souvent dévoilée avec violence, par une phrase, une expression ou un simple mot sans concession.De quoi vous garantir une plongée rapide et intense au cœur de l'histoire. Ça n'a pas loupé avec moi !

J'étais prise dans les filets du projet Harmonie, incapable de résister au suspens comme à ce style hyper cadencé. Un vrai régal, un vrai coup de cœur, dévoré en deux séances de lectures très courtes, car le livre fut lu à un rythme vraiment élevé...

Une lecture à ne pas manquer si vous aimez les thrillers politiques teintés de science-fiction (une teinte dont je n'ai volontairement pas parlé, je vous laisse découvrir) ! ;)

En tout cas, voilà qui fait réfléchir sur les bonnes intentions de certains de nos politiciens, et les dérives des plus belles utopies également... abandonnez toute idée de manichéisme, vous n'en trouverez pas ici. :)

5/5