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lundi 3 août 2015

[Mathias Moucha] Seuls

Mathieu pensait faire un aller-retour express en République tchèque : le temps de régler les affaires de son grand-père, tout juste décédé, et peut-être de boire une bière dans une province typique de Prague avec son frère, son neveu et un ami. Mais à peine a-t-il mis le pied dans le village sinistre de ses ancêtres que l'escapade tourne au cauchemar. De la Bohême profonde aux vieilles rues de Prague, de l'antique Sumer à la Vienne impériale, des Cathares aux armées nazies, Mathieu suivra un chemin jalonné d'épouvantables découvertes. Un voyage avec pour compagnon la peur, la mort et une vieille paire de lunettes.

Bragelonne – label Snark primo-numérique
Egalement disponible au format papier.

Je poursuis peu à peu ma découverte du catalogue Snark, riche d’œuvres très différentes et assez uniques en leur genre. Cette fois, je me suis penchée sur Seuls de Mathias Moucha, et avec une certaine fébrilité étant donné que tout se déroule en République Tchèque, pays que j'ai découvert l'été dernier en road trip familial (si si !), bien que de manière très parcellaire j'en ai conscience. Et bien vous savez quoi ? J'ai retrouvé tout ce qui faisait le charme, le mystère et la beauté de ce pays entre ces pages. L'ambiance des forêts sombres et centenaires d'un côté, et le tapage d'humanité sans repos de Prague de l'autre. Le calme ravageur des grandes plaines un peu tristes, face à la diversité des styles et des cultures qui se mélangent dans la capitale. Ainsi que le goût de la délicieuse bière du pays... à tester !

Le livre nous met tout de suite dans l'ambiance : avant même que le fantastique ne fasse intrusion dans le présent, l'auteur distille de savants indices, des prémisses qui nous poussent à nous interroger. L'exploration de cette vieille cabane du grand-père, au cœur de la forêt, va tourner au cauchemar, on le sait... mais comment ? L'auteur parvient à nous surprendre en se jouant habilement des écueils habituels du genre horrifique. Cela étant, si le texte est admirablement écrit et exécuté, je n'ai pas spécialement eu peur... c'était peut-être à cause de mon contexte de lecture (j'étais dans un train très bruyant à ce moment-là !), peut-être à cause du texte lui-même, je ne sais pas. Mais si j'ai retenu mon souffle pour les héros, je n'ai pas forcément ressenti une montée d'adrénaline et de frissons. L'ambiance est donc bien réalisée, bien dosée, mais je n'ai pas réussi à rentrer dedans pour une raison que j'ignore.

Cela étant, j'ai quand même lu l'ouvrage d'une traite et j'ai passé un excellent moment. Le mystère entourant cette vieille paire de lunettes est épais (au moins autant que ses verres !), et l'écriture fluide, efficace, nous porte page après page sans coup faillir. Si j'avais un seul vrai reproche à faire au roman, ce serait le manque d'épaisseur des personnages, dont j'ai trouvé les réactions parfois tirées par les cheveux. Mais ce n'est peut-être que moi, car l'ensemble du texte est d'un très bon niveau !

En résumé, sans être un coup de cœur absolu, j'ai passé un très bon moment avec Seuls, dont la fin est particulièrement inattendue... des mois après ma lecture, j'en reste encore retournée ! L'auteur a fait un certain pari, et c'est un pari réussi à mon sens !

samedi 20 juin 2015

[Bérengère Rousseau] Rédemption

Quand un vieux médaillon et quelques documents anciens révèlent à Noâm les soupçons de collaboration qui pèsent sur son arrière-grand-père, son monde bascule. Comment accepter et vivre avec cette honte ? Il veut comprendre. Avec son meilleur ami, il se rend au Château de Noisy, là où son aïeul fut aperçu pour la dernière fois.
Sur place, ils sont victimes d’un éboulement. Ils se réveillent en 1944 à la veille de la Bataille des Ardennes. Noâm voit là l’occasion de restaurer l’honneur de sa famille, au risque de changer le cours de l’Histoire. Et si, justement, celle-ci avait déjà changé ?

Disponible en papier et numérique sur le site de l'éditeur, et toutes les plateformes de vente habituelles, ainsi qu'en librairie bien sûr ! :-)

A quoi sait-on qu'un coup de cœur est véritable ? Parce qu'il est fait pour durer : des semaines, que dis-je ?, des mois après sa lecture, on en garde un souvenir impérissable !! Ce qui est le cas de Rédemption, donc.

Je suis très heureuse de reprendre le blogging littéraire avec cet ouvrage qui sort vraiment de l'ordinaire. C'est une uchronie, oui, mais on assiste au sens littéral à la rupture temporelle : Bérengère Rousseau fait voyager son personnage principal de notre espace-temps jusqu'à un passé complètement métamorphosé, lequel va continuer de s'écarter de notre réalité par les actions dudit personnage principal. C'est culotté de manier l'uchronie dans l'uchronie, il fallait oser ! D'autant que l'exercice est ici délicat : l'auteur explore un pan d'histoire moderne (et belge) connu mais pas tant que ça du lectorat francophone, et elle joue avec ce que le lecteur sait, croit savoir, et va devoir intégrer... au final, elle recrée une Belgique de la Seconde Guerre mondiale plus vraie que nature, où réalité extralittéraire et intralittéraire se mêlent avec brio, sans déséquilibre, et avec un naturel déstabilisant. A tel point qu'on se demande parfois si tel ou tel événement a eu lieu, où si c'était à un endroit différent, etc. Bref, elle tisse sa toile avec un brio extraordinaire qui ne peut que vous emporter au fond de la tourmente avec les personnages !

Les personnages, parlons-en d'ailleurs... ils sont attachants, volontiers têtes à claques, mais assez généreux et intelligents pour rattraper ça. Ils ne prennent jamais de décisions idiotes et sont guidés par la logique et la raison plus que par les sentiments, même si ceux-ci ne sont jamais bien loin... et franchement, c'est un régal ! J'avoue en avoir marre des personnages qui prennent des décisions illogiques mais spectaculaires, juste parce que leur cœur le leur dicte ^^

Quant à l'écriture, elle est fluide et élégante, rapide, et elle nous porte sans faille jusqu'au mot fin. J'ai lu ce roman en quelques heures, sur deux jours, dans une frénésie : je crois que j'ai lu les 30 premières pages le premier soir, et le second, je me suis mise au lit à 21h exprès pour avoir le temps de le terminer avant minuit. Ce que j'ai fait. Pas un temps mort, un vrai sans faute !

Et la fin... la fin !!! Il faut le lire pour le croire. Là encore, l'auteur prend un risque, un vrai, et pour moi, c'est un pari réussi.

Bref, un livre écrit d'une plume virtuose et directe, qu'il vous faut absolument si vous êtes fan d'uchronie, de mondes parallèles, de paradoxes temporels... et d'histoire moderne, bien sûr ;-)

jeudi 2 avril 2015

[Mathieu Rivero] Or et Nuit

Il sort aujourd'hui et vous devriez tous vous précipitez dessus. De quoi je parle ? Mais de cette pépite que j'ai pu me procurer en avant-première au salon du livre de Paris et lire avant presque tout le monde !


Des mille et une histoires que j’ai pu conter, aucune n’est aussi fabuleuse que celle que je m’apprête à te narrer.
On y voyage de cités mortes en jardins luxuriants, de royaumes en déserts et de geôles en palais. On y croise djinns et ghûls, sultans et dragons, reines et démons, et les lignées maudites s’y affrontent autant que les passions se déchaînent. Vois-tu, elle recèle en son cœur une bien plus unique distinction. Cette histoire d’amour et de mort est vraie : je l’ai vécue. Parole de Shéhérazade.
Mathieu Rivero est un jeune auteur lyonnais, dont Or et nuit marque l’entrée en fantasy par la porte de l’inspiration orientale à la Mille et une nuits, dont il constitue une suite. Les récits s’y mêlent, les destins aussi, des voleurs et des princes, des royaumes et des sortilèges, des complots et des combats : la magie et le suspense sont au rendez-vous.
Il y a plus d’un enchantement entre ces pages !

Dès les premières lignes, la magie opère... on entre par la petite porte de l'Orient, loin des clichés habituels. L'Orient ici décrit n'est ni ultra-violent ou "hyper-orientalisé" : Mathieu Rivero procède avec subtilité pour recréer une civilisation complexe et méconnue, riche de de personnalités toutes différentes et plus attachantes les unes que les autres. La conteuse Shéhérazade est à la fois spectatrice et (malgré elle) actrice de l'histoire qu'elle déroule page après page. Elle s'est échappée du Palais de son époux, celui-là même qui la menaçait chaque soir de la décapiter et qu'elle tenait en haleine en lui racontant des histoires... pour mieux se refaire capturer par un mystérieux bandit, auquel elle raconte une histoire qui se révèle réelle : elle lui fait le récit des événements auxquels elle a assisté pendant son errance à travers les différents territoires orientaux. 

Histoire et conte se mêlent. Destinée générale et desseins personnels se percutent. La magie des mots est réelle dans l'histoire, et le conte se tisse aux fils du réel. On nage en pleine féérie orale et scripturale, pour notre plus grand bonheur à nous, lecteurs. Le verbe est beau, les métaphores nombreuses mais pas envahissantes. Le rythme des phrases est bien pensé. Celui des chapitres aussi : au début de chacun d'entre eux, on retrouve Shéhérazade et celui qui l'a faite prisonnière et compte tirer d'elle une rançon - puisqu'elle est en effet devenue Reine après les événements des Mille et unes nuits. Leur situation évolue, ils nous en apprennent plus sur l'univers dans lequel les personnages du conte narré évoluent... puis ledit conte reprend, et l'on comprend peu à peu que tout n'est pas inventé. Presque rien, peut-être, en fait.

Mais je ne vous en dirai pas plus. Il faudra lire pour savoir quels personnages fantastiques et attachants forment cette fresque orientale si dépaysante ! ;-)
Un seul reproche : une fin un peu trop abrupte. J'aurais aimé un épilogue, et ne pas finir sur un événement aussi... hem, "conclusif", dirons-nous pour ne pas spoiler :D

Vous l'aurez compris, j'ai adoré me plonger dans ce roman. On vit, on tremble, on vibre avec Shéhérazade, et on se prend de compassion pour le pire des monstres. On aime le brigand, comme elle, et on déteste le roi, comme elle. Mathieu Rivero signe là une suite originale et réussie des Contes des Mille et unes nuits, où l'on entrevoit aussi bien l'or des toits des palais d'Orient, que la nuit qui couve dans le cœur des hommes...

dimanche 15 février 2015

[Lise Syven] La Balance brisée 1

Salut à tous !
Aujourd'hui, je vais vous parler d'une lecture effectuée cet été... mais qui m'est bien restée en tête, ce qui est très bon signe, vous en conviendrez ! ;-) Il s'agit du tome 1 de la série jeunesse de La Balance brisée de Lise Syven aux éditions Castelmore. Le tome 2 sort dans quelques jours, alors je me suis dit que c'était l'occasion parfaite... A mettre entre toutes les petites (et moins petites) mains qui ont soif d'aventure et de magie.

Mystères et sortilèges ! Élie vient de perdre ses deux parents dans un accident de voiture. Depuis, rien ne va plus. À la maison, son frère Karl nourrit une obsession absurde pour les canards en plastique et sa tante Magalie se met à fabriquer des badges à la chaîne. Le jour où l'adolescente surprend des messes basses entre eux deux où il est question d'un Ordre mystérieux et de sortilèges, elle se demande si elle n'est pas la seule personne saine d'esprit de sa famille ! Ou alors... cela pourrait signifier qu'elle aussi serait une magicienne. Et si la mort de ses parents n'était pas vraiment due à un accident ? Élie va mener l'enquête pour découvrir la vérité avec l'aide de son frère, de sa tante mais aussi de ses camarades de collège...

Si à la lecture du résumé, l'image d'un petit sorcier à lunettes vous vient en tête, sachez que vous avez raison d'y penser ! On y retrouve la fraîcheur du premier tome d'Harry Potter, son rythme entre aventures trépidantes et vie quotidienne, avec les cours, les amis, les intrigues personnelles et d'autres plus graves qui mettent en péril le monde de l'héroïne... après, si on retrouve l'ambiance, on est bien loin de l'univers : la seule école que vous trouverez ici ressemble à nos écoles à nous, et pas de professeur maléfique enturbanné à l'horizon ;-)

Elie est une jeune héroïne très attachante, d'autant plus qu'elle veille sur ses amis et sa famille, même si, du haut de ses 12 ans, elle ne peut pas faire grand chose. Elle forme avec sa meilleure amie Fatou un duo d'enfer. Leur amitié les rend réelles, crédibles. De même, la manière dont Elie et son frère gèrent le deuil de leurs parents est vraiment touchante, bien retranscrite, et l'intrigue démarre lentement, laissant à ces deux-là le temps de faire le point. Mais en faisant le deuil de ses parents, Elie leur découvre une vie secrète incroyable. Elle découvre aussi qu'une créature vit dans les murs de sa maison ! Gardienne ou menace ? Amie ou ennemie ? Entre ça et les objets cachés dans la maison, dans une pièce secrète impossible à trouver... Elie a bien du mal à faire ses devoirs une fois rentrée de l'école. Elle a des choses plus intéressantes à apprendre. Comme à gérer sa magie naissante. Découvrir à quel groupe de mages elle appartient. Etc.

Un premier tome passionnant, qui traite de thèmes aussi sérieux que le deuil avec un ton léger mais toujours juste, et nous entraîne sur les sentiers d'une aventure aux tournants complètement inattendus ! C'est drôle, c'est bien écrit, rythmé. J'ai hâte de me plonger dans le tome 2 la semaine prochaine !

dimanche 4 janvier 2015

[Cindy Van Wilder] Les Outrepasseurs 1&2

Titre : Les Outrepasseurs, tome 1 : Les Héritiers
Auteur : Cindy van Wilder
Editeur : Gulf Stream
Nombre de pages : 350
Londres, 2013. Peter, un adolescent sans histoire, échappe de justesse à un attentat. Il découvre que l'attaque le visait personnellement et qu'elle a été préméditée par de redoutables ennemis : les fés. Emmené à Lion House, la résidence d'un dénommé Noble, il fait connaissance avec les membres d'une société secrète qui lutte depuis huit siècles contre les fés : les Outrepasseurs. Ces derniers lui révèlent un héritage dont il ignore tout...
PRIX IMAGINALES 2014
Vous aimerez :
- les personnages bien campés
- l'originalité de la structure narrative
- la profondeur de l'univers
- la poésie du style

Vous n'y trouverez pas :
- une jeunesse sans violence
- un univers dénué de noirceur

Mon avis ?
Difficile d'être à 100% objective sur ce roman, étant donné que je l'ai bêta-lu voilà plusieurs années, alors que Cindy et moi étions deux petites grenouilles anonymes... quand j'ai reçu ce premier tome, l'émotion m'a prise, et j'ai attendu que le deuxième soit sorti pour m'y lancer. J'avais envie d'avoir la suite sous la main, car je savais que l'attente entre les deux serait rude. Pas que la fin du tome 1 soit spécialement brutale, mais cela faisait des année que j'attendais de lire la suite, en fait, et je ne voulais pas avoir à patienter encore une fois après ma relecture du tome 1.
Une redécouverte, donc... et un coup de cœur à nouveau. Est-il possible de tomber amoureuse deux fois du même livre ? Si vous vous posiez la question, sachez que la réponse est "oui". ^^

Le résumé est assez succinct mais aussi très exact. Ce qu'il ne vous dit pas, c'est que Peter n'est pas à proprement parler le héros de ce premier tome, mais un passeur d'histoire. A Lion House, le maître des Outrepasseurs va le faire plonger dans une piscine où nagent d'étranges sirènes qui ont le pouvoir d'injecter la mémoire d'autrui dans la sienne. Peter revit donc l'histoire originelle des Outrepasseurs du point de vue de son ancêtre. Il comprend d'où vient la malédiction, se demande si elle en est vraiment une, découvre l'existence des fées, qui sont leurs ennemis et... et je n'en dis pas plus, car j'en ai déjà dit trop !

Le suspens de ce roman repose principalement sur la nature des fées et des Outrepasseurs, et sur l'importance des liens du sang dans la magie. L'auteur s'attache à décrire le quotidien, les mœurs et les combats d'un petit village du Moyen Âge durant plusieurs dizaines de pages, tout en distillant des interventions du point de vue des fées qui, très vite, vont chambouler la vie des habitants de la Villeneuve ! Le destin bascule, on s'y attendait, mais pas de la manière habituelle... car c'est là le talent de Cindy : surprendre le lecteur là où il s'y attend le moins.

Les Outrepasseurs, ce pourrait être une énième histoire sur les loup-garous et autres changeformes. Mais non. C'est un univers. C'est une symphonie d'existences qui résonnent entre elles à la manière de cloches de glace, si fragiles et, pourtant, destinées à trembler. C'est une écriture ciselée, fine, poétique, et d'une puissance évocatrice incroyable. Sincèrement, je ne peux que vous le conseiller ! La seule chose qui pourrait vous destabiliser, c'est l'originalité de la structure, étant donné que Peter est le héros sans l'être, et qu'un lecteur non averti pourrait être déçu de ne pas le suivre.

Heureusement, le tome 2 est là pour corriger ce léger défaut qui, selon moi, n'en est absolument pas un...



Titre : Les Outrepasseurs, tome 2 : La Reine des Neiges
Auteur : Cindy van Wilder
Editeur : Gulf Stream
Nombre de pages : 365
Les Outrepasseurs viennent enfin de capturer la dernière fée libre, Snezhkaïa la Reine des Neiges. Ils ignorent qu'ils viennent de déclencher une malédiction qui risque de les anéantir. Peter, qui supporte de moins en moins de se plier à la volonté de Noble, tente de retrouver le Chasseur pour mettre fin à cette lutte séculaire ?
Vous aimerez :
- les personnages bien campés
- retrouver Peter en tant que héros
- la profondeur de l'univers
- la poésie du style

Vous n'y trouverez pas :
- une jeunesse sans violence
- un univers dénué de noirceur

Mon avis ?

Cette fois, Peter se taille la part du lion (ceux qui ont lu vont bien rire ^^) et porte toute la narration ou presque sur ses épaules. Il reprend le combat de ses ancêtres là où ils l'ont laissé. D'abord confronté à l'impuissance et l'inertie, il va faire une puis deux rencontres qui vont chambouler son existence et celle des Outrepasseurs.

Ce que j'ai particulièrement aimé dans ce roman, c'est le personnage du Chasseur. Il était déjà incroyablement bien construit dans le tome 1, mais Cindy approfondit ici son caractère, sa psychologie, et je crois que nous avons affaire à l'un des plus beaux et des plus complexes "méchants" de la littérature jeunesse. Cruel et d'un érotisme dérangeant dans le tome 1, il devient ici plus humain et la métamorphose qui s'opère en lui est assez touchante. Quoi que pitoyable, aussi, et c'est là tout le paradoxe : sa plus grande déchéance sera aussi sa plus belle victoire.

La Reine des Neiges est elle aussi une méchante sacrément bien campée. Bien que le Chasseur soit le but de la traque de Peter, c'est elle qui détieint les clés de leur destin à tous. La manière dont ce retournement de situation est amené est assez surprenante : au lieu de placer cette menace à la fin, pour en faire une révélation fracassante, Cindy a choisi de la placer tout au début de son roman ! La malédiction flotte alors entre les lignes, telle une épée de Damoclès au dessus de la tête de tous les personnages. C'est simple, et pourtant magistral, car le lecteur sait - contrairement aux personnages - que les héros auront beau se débattre, l'inéluctable finira par se produire, quoi qu'ils fassent...

Le style est toujours aussi beau et ciselé que dans le tome 1. La fin, elle, est un peu plus cruelle car elle laisse de très nombreuses questions en suspens et... sincèrement, si j'avais eu le tome 3 sous la main, je l'aurais bien lu tout de suite après !!
J'ai hâte que ce soit le cas. Je pense relire les deux volumes pour mieux le savourer à sa sortie en 2015. :-)
Et je pense que dans dix, vingt, trente ans, je relirai encore cette série avec le même émerveillement. Elle va assurément figurer au rang (très sélect) de mes "lectures doudou" à vie :-)

samedi 20 décembre 2014

[Nathalie Bagadey] Eclosia, ou l'Ecosse des légendes

Titre : Eclosia, ou l'Ecosse des légendes
Auteur : Nathalie Bagadey
Editeur : Auto-édition ^^
Nombre de pages : 246
C’est pour y donner sa toute première conférence en économie du tourisme que Clo se rend en Écosse. Mais elle se retrouve très vite bien loin de l'Université d'Édimbourg... Son chauffeur, le séduisant Ian MacLeod, l’embarque en effet dans un périple inattendu au cours duquel toutes ses certitudes vont basculer. Tandis que le cœur de la jeune femme succombe progressivement au charme envoûtant du pays (et de son guide), son esprit, lui, est en plein tumulte car à chaque étape une nouvelle interrogation se pose à elle : pourquoi lui arrive-t-il tout à coup autant d'évènements étranges ? D’où sortent tous ces êtres fantastiques qu’elle trouve sur son chemin ? Pourra-t-elle concilier la vie moderne qu'elle s'est choisie avec des attentes d'un autre âge ? Suivez Clorinde sur les routes écossaises et vivez ses rencontres improbables avec des créatures issues des plus anciennes légendes celtiques... Et s’il suffisait d’y croire ? 
Vous aimerez :
- le style fluide et évocateur
- l'ambiance de quête mystique entrelacée au quotidien
- la manière dont l'auteur "insère" et dissimule les êtres féériques aux yeux des humains profanes
- les personnages bien campés

Vous n'y trouverez pas :
- une intrigue difficile à deviner
- une magie "flamboyante"

Mon avis ?
Après une longue panne de chroniques, me revoici enfin pour vous livrer mon avis sur Eclosia, l'Ecosse des légendes, que l'auteur, la pauvre, a dû désespérer de voir un jour sur ce blog... mille excuses pour le retard, j'ai reçu ce livre en service presse numérique il y a plus de trois mois, et si je l'ai lu dans la foulée et d'une seule traite, j'ai mis un temps incroyablement long à me remettre aux chroniques (et donc au blog).

Cela dit, c'est un texte qui se prête bien à la période des fêtes... donc un retard, oui, mais un mal pour un bien ? ;-) Car si vous recherchez un texte pour vous tenir chaud au cœur pour l'hiver, alors vous l'avez trouvée !!

Eclosia, c'est une romance très douce, très belle, au cœur d'une Écosse sauvage et magique, avec des personnages attachants et vraiment bien campés ! On pourra reprocher à l'intrigue d'être cousue de fil blanc, avec un petit côté convenu à la romance, mais sincèrement... ce n'est pas un gros défaut tant ce livre a su m'envoûter.

J'ai tout de suite été prise d'affection pour son personnage principal, Clorinde, qui est une universitaire (enfin, future ^^) pleine de ressource, très intelligente et qui se pose toujours les bonnes questions. Aussi trouve-t-elle très louche, dès le début, qu'on vienne la chercher à l'aéroport pour une "visite guidée" du pays. Elle observe, elle pose des questions et, l'air de rien, en apprend beaucoup dès le début rien que par son sens de l'observation. Elle n'en est pas moins attirée par son guide, un charmant jeune homme au charme réel et assumé. Je l'ai personnellement trouvé convaincant, pas trop cliché dans son rôle de séducteur, d'autant plus qu'il a une vraie personnalité et pas juste un physique attrayant (comme c'est souvent le cas dans les romances que j'ai lues auparavant). On a donc affaire à des personnages bien construits, plein de questionnements, avec leurs quêtes personnelles, qui vont bien entendu se croiser...

Avec eux, on découvre l'Ecosse. Celle des guides touristiques, d'abord, puis des légendes, comme le titre l'indique... Clorinde croise un fantôme au détour d'un château. Elle pense d'abord à une animation 3D très convaincante, mais quand un cheval lui apparaît ensuite au bord d'un lac, son esprit rationnel lui souffle directement qu'il y a quelque chose de pas normal. Elle est tellement rationnelle, d'ailleurs, qu'elle se raccroche à toutes sortes d'idées, comme on le ferait nous si ça nous arrivait. Sa résistance naturelle au surnaturel m'a vraiment plu, car c'est exactement comme ça qu'on réagirait en vrai. Du coup, la plongée dans le surnaturel se fait par petits bouts, doucement, jusqu'à ce que la bascule s'opère et que Clorinde comprenne : oui, la magie existe.

Elle ose en parler à son guide, Ian, et cette confidence les rapproche immédiatement car il ne la traite pas de folle. Il répond à ses questions, et lui montre d'autres choses... son ouverture d'esprit et son amitié semblent toutefois avoir un autre but. Clorinde doute d'elle, se dit qu'il ne veut pas la séduire, qu'il y a plus que cela derrière son charme et les perches qu'il lui tend... et elle a raison, mais qu'à moitié, je vous laisserai découvrir pourquoi !! ;-) Grâce aux doutes de Clorinde et aux mystères que Ian maintient sciemment sur certaines choses, la romance prend des détours, prend son temps, mais se construit peu à peu, sur des bases incertaines tout d'abord, puis plus solides, car le voyage se révèle semés d'embuches ! Et Clorinde ne serait pas là par hasard, comme elle le comprend peu à peu...

Difficile de vous en dire plus sans vous gâcher les jolies surprises de ce petit roman plein de douceur ! Les créatures magiques et féériques abondent. Il y en a presque à tous les chapitres. L'histoire est sympathique, les personnages attachant, et on se prend à rêver, nous aussi, à cette Ecosse des Légendes...

Merci Nathalie pour ce beau moment de rêve et de lecture, ainsi que pour ta confiance ! :-)

dimanche 23 novembre 2014

[Adrien Tomas] Notre-Dame des Loups

Titre : Notre-Dame des Loups
Auteur : Adrien Tomas
Editeur : Mnémos
Nombre de pages : 198
 
1868, aux confins de l’Amérique, les Veneurs, une petite troupe d’hommes et de femmes sans foi ni loi, aux munitions forgées d’argent, l’âme froide comme l’acier, parcourent les immensités de l’Ouest sauvage.
Ils s’enfoncent, la peur au ventre mais déterminés, dans les gigantesques forêts que seuls les Indiens et les pionniers arpentent. Ils connaissent leur mission : elle pue le sang et la mort. Elle a le son des chairs qui se déchirent et des os qui rompent, des incantations vaudou, des balles qui sifflent et des molosses qui aboient. Au loin, les premiers hurlements se font entendre. La chasse commence… Une chasse qui doit réussir quel qu’en soit le prix. Une chasse pour abattre leur plus terrible ennemie : Notre-Dame des Loups…
Vous aimerez :
- le mélange western/loups-garous
- l'écriture fluide entrecoupée de cassures dans le rythme
- le côté "roman polyphonique"

Vous n'y trouverez pas :
- de l'horreur qui fait peur : on est plutôt du côté gore de la force
- des personnages foncièrement bons
- ni foncièrement mauvais, d'ailleurs !

Mon avis ?
Je n'ai même pas lu le résumé avant de l'acheter : j'ai vu la couv, entendu le mot "western" suivi du terme "loup-garou", et j'ai demandé une dédicace à l'auteur. Et vous savez quoi ? Ben j'ai bien fait, car c'est un PUTAIN DE COUP DE CŒUR LES AMIS !!!!
J'adore le western. Je serai pas capable de disserter sur le genre, ni de comparer tel ou tel réalisateur, mais j'ai vu tous les films de western spaghetti et crépusculaire, et j'adore. Y a de belles daubes, quand même, mais j'adore l'ambiance que le mot "western" induit. Quand on pense western, on songe aux grandes plaines de sables, aux chevauchées rapides, aux flingues, aux plans rapprochés...

Ici, tout y est.
Enfin presque : Adrien Tomas revisite le genre, pour notre plus grand plaisir.
Pas de plaines, pas de sable : on est en plein hiver, il y a de la neige, il fait un froid qui vous glace les os dès les premières pages. La forêt décrite se fait l'écrin de nos peurs les plus primordiales. Les lycans y rôdent, ou plutôt les wendigos. On est dans l'ambiance dès le début. On est du côté des chasseurs, mais on sait qu'à tout moment la tendance peut s'inverser, et qu'on peut devenir la proie avec eux.

Et la tendance s'inverse très vite, en effet : pas de chevauchées rapides, mais une traque. Un coup chasseur, un coup chassé, c'est la loi de Notre-Dame des Loups, la grande blanche que le groupe chasse depuis le début. Un groupe composé de sept chasseurs, tous avec leur arme fétiche, que ce soit un flingue ou un arc, et tous là pour des raisons différentes, avec leurs secrets, et le poids de ces derniers qui leur pèse. Et leur pèsera jusque dans l'au-delà.

Voilà pour les éléments classiques du western.
Et les plans rapprochés, me direz-vous ? J'y viens...
Chaque chapitre est narré par un personnage différent. Il y en a sept, aux tons et caractères très marqués, et la manière dont ils se passent le flambeau de la narration est... superbement bien trouvé ! Difficile d'en dire davantage sans vous gâcher l'effet de surprise, aussi ne rajouterai-je qu'une chose : en plus d'être une bonne raison de changer de narrateur, cela crée un effet d'attente et de tension qui rend la lecture haletante, très rythmée. C'est sadique, c'est super bien trouvé, c'est... raaaaaah, impossible de lâcher le bouquin !!!

Je l'ai acheté il y a un mois, ouvert le soir-même en me disant que j'allais lire 2 pages avant de tomber de fatigue, et au final j'ai englouti le bouquin en deux heures de temps. Et un mois plus tard, je m'en souviens encore, clairement. Les personnages restent bien présents dans ma tête, le souvenir de lecture est vif. Car c'est une lecture qui marque, de par le talent de l'auteur, d'une part, et l'extrême réalisme de sa plume d'autre part. Le style est sublime, ciselé, de temps en temps vulgaire mais jamais de manière inutile car cela participe à l'ambiance, aux personnages. Les décors sont vivants. Les personnages nous émeuvent avec leurs qualités, leurs défauts, leurs secrets. Adrien Tomas revisite avec une joie sauvage le mythe du loup-garou aussi bien que celui du western. Que vous aimiez l'un ou l'autre, ou les deux, ce serait vraiment dommage de passer à côté de cette perle !!!

Le seul défaut de ce livre, en définitive, c'est son prix : 18€ pour moins de 200 pages aérées, ça craint un peu quand même. A 15€, j'aurais pas grincé des dents, mais là on se rapproche quand même dangereusement des prix des très grands formats/gros pavés...


Cela dit, ce sont 200 excellentes pages qui valent chaque euro dépensé, et même plus.
A lire d'urgence !!!! Rien que d'en parler ici, et j'ai déjà envie de le relire ! ^^

vendredi 10 octobre 2014

[Marika Gallman] Maeve Regan 3, 4, 5


Titre : Maeve Regan, tome 3 : La dent longue
Auteur : Marika Gallman
Editeur : Milady
Nombre de pages : 476
 
Depuis que je sais qu'il y a un traître parmi nous, ma vie n'a plus rien de facile. Je dois recruter un max de vampires pour constituer ma propre armée afin de combattre celle de mon père, qui a toujours la ferme intention de me tuer pour me voler mes pouvoirs. Rien que ça. Mais c'est une excellente motivation pour parfaire mon apprentissage de la magie, puisque l'heure de la confrontation approche. Tout ça serait déjà bien assez compliqué sans y ajouter mon imbécile de frère, qui essaie de me mettre des bâtons dans les roues. Et le fantôme de mon ancien amant, qui me poursuit. Je crois que je suis en train de devenir folle.

Vous aimerez :
- les tournants inattendus de l'intrigue
- le style toujours aussi drôle et percutant
- l’ambiguïté des liens entre Maeve et les autres personnages

Vous n'y trouverez pas :
- un rythme haletant
- des personnages secondaires très développés
- de repères spatiaux : on ignore dans quelle aire culturelle se déroule l'action
 
Dans ce tome 3, on retrouve Maeve au top de sa forme, ou presque... la miss a pris la décision d'attaquer son père de manière frontale, directement dans son château, mais elle a trois petits problèmes :
* elle n'a pas d'armée ;
* elle ignore à quelle point celle de son père est puissante ;
* elle ignore où est le château de son père exactement !
Une bonne moitié du roman consiste à réunir l'armée en question, pour lutter contre papa Victor, et je dois dire que ça ne m'a pas franchement passionné... heureusement qu'il y a le retour inattendu d'un personnage très charismatique, j'ai nommé Trevor, que je me suis surprise à adorer ! On a un peu du mal à l'envisager comme "éventuel remplaçant amoureux" de Lukas, d'autant plus que Maeve n'est pas convaincue que ce dernier soit mort, et ce, même si tout le monde lui assure le contraire, et qu'elle débloque. En fait, dans ce tome 3, les personnages gagnent énormément en profondeur, l'auteur explore leur psyché, surtout celle de Maeve pour laquelle ce tome constitue un tournant capital. Elle se redécouvre, apprend à s'aimer (ou pas), et elle devient... plus humaine ! Son attachement envers Benoxh, son maître sirh, participe d'ailleurs grandement à cette évolution. Maeve devient plus attachante que jamais.
Lors de l'inévitable combat final, les révélations pleuvent, les retournements de situation aussi, et on n'est pas déçu !! Je regrette juste que tout ce qui précède ait autant manqué de... peps.

Un tome pas si mauvais que ça, mais au rythme bien trop inégal pour être savouré de bout en bout. J'ai donc plongé dans le tome suivant avec une légère appréhension...

Titre : Maeve Regan, tome 4 : A pleines dents
Auteur : Marika Gallman
Editeur : Milady
Nombre de pages : 416
 
Tuer son père aurait dû mettre un terme aux ennuis de Maeve. Mais les choses ne se passent jamais comme prévu. Non content de la retenir prisonnière dans un château infesté de vampires, Connor veut se servir d'elle pour prendre la place de Victor. Sans pouvoirs, sans alliés et sans échappatoire, Maeve devra faire équipe avec la dernière personne sur Terre dont elle souhaite l'aide : son ancien mentor qui l'a trahie, Benoxh. Et c'est sans parler de la deuxième partie de la prophétie, qui la voue à devenir plus malfaisante que ne l'était son père...

Vous aimerez :
- les mêmes choses qu'avant
- le huis-clos angoissant !!
- le rapport Maeve-Connor qui grandit
 Je crois que ce tome 4 est mon préféré de touuuuuute la série ! Déjà parce qu'il est encore plus rempli de surprises que les précédents (et même le suivant), mais aussi parce que le huis-clos de Maeve prisonnière dans le château de Victor, sous la houlette de son taré de frère Connor, est aussi effrayant que délectable à suivre ! On a du mal à saisir les intentions véritables de Connor, du mal à croire que Victor soit bien mort... et le cheminement intérieur de Maeve est encore plus prenant ! D'autant plus qu'elle évolue sur tous les plans : elle s'ouvre à l'amour (je dirai pas avec qui, mais la scène où ils se reconnaissent enfin comme amants, en tendresse et douceur, m'a mis les larmes aux yeux ^^), à l'amitié, elle prend beaucoup d'initiatives et parvient à surprendre les ennemis qui la traquent... notamment l'ex-femme d'un certain personnage, cette psychopathe dont le "salut, petite poupée..." me hantera encore longtemps ^^
De plus, Maeve, qui avait déjà sacrément gagné en humanité, devient encore plus attachante... chose que je ne pensais pas possible, mais si ! Sa transformation est juste très progressive, très convaincante, franchement énorme.

Bref, très bien écrit, sacrément bien rythmé, rempli de surprises et de bonnes idées, ce tome est mon préféré de la série !! L'atmosphère du château est superbement bien rendue, et l'écriture de l'auteur à pleine maturité. Un régal de bout en bout, zéro défaut, foncez !!!

Titre : Maeve Regan, tome 5 : Sur les dents
Auteur : Marika Gallman
Editeur : Milady
Nombre de pages : 406
 
Le masque du traître est tombé et l'heure de l'ultime combat a sonné. Maeve va devoir faire des choix qu'elle n'aurait jamais cru devoir faire. Entre le cœur et la raison, entre le bien et le mal, magie noire et illusions, Maeve parviendra-t-elle à se libérer de la prophétie qui la lie depuis trop longtemps à un destin qu'elle n'a pas choisi ?

Comment vous décrire mes impressions sur ce tome, vous donner envie de le lire sans trop vous spoiler ?
Allez, disons que c'est un final magistral qui vous emporte loin, très loin dans votre imaginaire, où la fureur de la bataille résonne et où, après, le silence ouaté de ceux qui pleurent les morts recèle à la fois soulagement et amertume. Une véritable conclusion pour une véritable réussite, pour une série qui restera immanquablement dans mes favoris en bit-lit, qu'elle soit francophone ou pas.

Un must-read !! Mis à part le tome 3 qui est légèrement en dessous des autres tomes, plus on avance dans cette série, plus on se régale. Je ne peux donc que vous conseiller de la poursuivre si, comme moi, vous aviez bien aimé le premier volume. Je suis à peu près sûre que vous ne le regretterez pas ;-)

vendredi 25 juillet 2014

[Christelle Verhoest] Sombre Héritage 1

Titre : Sombre Héritage, tome 1 : La Vision de l'Encercleur
Auteurs : Christelle Verhoest

Éditeur: Bragelonne - Snark
Nombre de pages : 198
Collection primo-numérique avec version papier en POD.

Lan est un jeune garçon tout ce qu’il y a de plus normal : il va au lycée, y côtoie une bande de copains sympathiques, s’entend plutôt bien avec ses parents très compréhensifs... bref, il mène une vie tout à fait banale. Si ce n’est qu’en réalité, Lan n’est pas humain. Lui et ses parents sont des Arc’helar, les descendants d’êtres maléfiques qui s’amusaient autrefois à terrifier leurs victimes. De cette cruauté, Lan n’en a rien gardé, mais il lui reste en héritage ces visions du futur, semblables à des flashs, toujours mystérieuses et souvent inquiétantes. Et inquiétante, la dernière en date l’est tout particulièrement. Elle parle de mort, et concerne un garçon bien particulier, un nouveau au lycée, secret et renfermé, mais qui intrigue et attire Lan depuis la rentrée...

Vous aimerez :
- la mythologie développée
- l'écriture fluide et imagée
- l'ancrage du fantastique dans un quotidien très réaliste


Vous n'y trouverez pas :
- une romance qui prend son temps
- une romance qui prend le pas sur l'intrigue
- de scène sexuellement explicite
Mon avis ?
Ce fut pour moi une première plongée dans l'univers du roman dit "Boy's Love" (aka les romances adolescentes entre jeunes gens du même sexe, masculin ici en l'occurrence). Je dois avouer une ignorance totale en la matière, ainsi que de très nombreux a priori négatifs : on m'avait souvent parlé d'une littérature outrageusement niaise, en décalage total avec la réalité, tissée de fantasmes irréels où le scénario tient sur un timbre-poste... oui, je sais, je partais vraiment de loin !! Cela étant, je voulais vérifier par moi-même, et quoi de mieux que de commencer avec Sombre Héritage publié aux éditions Bragelonne ?
 
J'ai bien fait, je trouve, de donner sa chance à Sombre Héritage, car Christelle Verhoest ne tombe pas du tout dans ces travers. Si j'ai effectivement trouvé certains passages un peu trop romantiques à mon goût, je n'ai pas du tout trouvé que les personnages soient creux, ou la romance téléphonée. Au contraire, celle-ci s'imbrique parfaitement dans l'intrigue fantastique. C'est même cette intrigue qui provoque la romance, et non le contraire, ce que j'ai particulièrement apprécié.
Autre chose que j'ai particulièrement apprécié pour ce qui est de la romance : l'absence de scènes chaudes. Ça peut paraître bizarre, dit comme ça, mais c'est vrai !! Christelle Verhoest se concentre sur la tendresse, les gestes simples, les mots, les promesses tenues... bref, tout ce qui tisse une relation entre deux personnes, qu'elles soient de même sexe ou non ! Cette pudeur de la part de l'auteur m'a confirmé dans l'idée que cette saga s'éloigne vraiment des défauts reprochés la plupart du temps aux ouvrages de boy's love.
 
Là où je suis moins convaincue, c'est sur le développement trop soudain et trop rapide des sentiments de Lan et d'Alexis : ok, les événements les poussent à aller vite, mais ce fut un peu trop rapide pour moi. L'intrigue se déroule en moins de trois semaines, si je me souviens bien, voire plus vite encore il me semble, et j'ai du mal à imaginer qu'un amour si solide se tisse en si peu de temps, au point de se sacrifier pour l'autre. Vous allez me dire "oui mais on est dans la romance, ça fait partie des codes du genre." Et vous aurez raison.
Cela étant... Christelle Verhoest place son intrigue dans un contexte très réaliste : elle dépeint parfaitement le train-train quotidien de Lan, place ses rebondissements dans des endroits qui ont l'air parfaitement réel. Elle décrit avec brio l'atmosphère si particulière des lycées, des cours, et sait vraiment s'y prendre pour donner une épaisseur presque palpable à son contexte et ses personnages, tous admirablement campés à quelques exceptions près (j'y reviendrai dans le paragraphe suivant). Alors dans un contexte si bien monté, la rapidité de l'apparition et de la consolidation des sentiments des deux protagonistes principaux m'a paru en décalage total. Mais après, c'est peut-être seulement moi.
 
Du côté de la mythologie, on n'est pas déçu ! L'auteur nous fait découvrir de nombreuses espèces surnaturelles, toutes dotées d'une organisation bien à elle. J'ai particulièrement aimé sa vision de la magie, avec les encercleurs, et leurs différents courants, ainsi que leur manière toute particulière d'utiliser leurs pouvoirs. C'était vraiment passionnant et j'ai vraiment hâte d'en apprendre plus ! C'est très riche, très dense, et on sent qu'il y a encore beaucoup à apprendre, notamment sur les personnages qui représentent ces communautés.
Justement, mon petit bémol "personnage" concerne précisément ces personnages secondaires. Si Lan, Alexis et leur proche famille et/ou amis sont très bien décrits et campés, tant dans leurs réactions que dans leurs motivations et leurs liens solides, j'ai trouvé les personnages secondaire et notamment les méchants très... eh bien, très transparents. Il y a bien un vague suspens au début, mais on devine trop vite que c'est telle personne qui va faire en sorte de réaliser la funeste vision de Lan au sujet d'Alexis. Ses motivations sont trop transparentes, les personnages secondaires trop entiers, pas assez nuancés...

Nul doute que ces quelques défauts seront effacés au tome 2, qui se trouve d'ores et déjà dans ma liseuse ! Car en dépit de ces quelques bémols, j'ai vraiment beaucoup aimé ce premier tome de Sombre Héritage, et je le recommande chaudement aux amateurs d'histoires d'amour fantastiques (et pas seulement "teintées de"). De même, l'univers riche, approfondi, ravira tous les habitués du genre fantastique. Le tout étant servi par une plume belle et fluide, franche dans toutes la palette des émotions dépeintes, qu'elles soient tristes ou heureuses.

A lire, et pas seulement pour le côté boy's love !!

mercredi 4 juin 2014

[Collectif] Rétro-fictions

Titre : Rétro-fictions
Auteurs : Jeanne-A Debats, Sylvie Jeanne Bretaud, Arnaud Cuidet, Léon Calgnac, Francis Carpentier, Brice Tarvel, Jean-Hugues Villacampa, Jean-Luc Boutel, Artikel Unbekannt, Anthony Boulanger, Jérôme Verschueren, Jean Bury, Julien Heylbroeck, Bruno Baudart, Patrice Verry, Robert Darvel
Editeur : ImaJ'nère
Nombre de pages : 300
En commande sur le site d'ImaJn'ère

Toute œuvre de fiction est une œuvre d’imagination. Serait-ce donc à tort que le langage courant attribuerait le terme « imaginaire » aux seules littératures relevant de la science-fiction, du fantastique ou de la fantasy ? On pourrait arguer que ces littératures, de par leur nature même, possèdent un « degré » supplémentaire d’imagination, mais ce serait rentrer dans un débat d’étiquette stérile. L’association imaJn’ère préfère vous proposer une « littérature populaire », au sens de la créativité, de la distraction et de l’accessibilité à tous.
Dans ce recueil, vous découvrirez des textes pouvant s’apparenter à des genres aussi variés que le polar, la SF, le fantastique, l’humour, l’aventure, ainsi que d’autres que les inconditionnels de l’étiquetage auront bien du mal à classer.
Ces nouvelles possèdent cependant un point commun : toutes se déroulent entre la fin du xixe siècle et le début du xxe. Une anthologie rétro qui vous surprendra !
Sous une superbe couverture de Nicollet et en hommage aux éditions Néo.

Vous aimerez :
- la vaste palettes de style
- souffler le chaud et le froid côté ambiances
- le côté "laboratoire d'idées folles" de l'anthologie

Vous n'y trouverez pas :
- autant d'illustrations intérieures que dans les éditions précédentes
- beaucoup de textes qui sortent de l'aire culturelle européenne

Mon avis ?
Il est des rendez-vous annuels que je ne loupe jamais... en fait, non, il n'y en a qu'un, et c'est l'anthologie annuelle de l'association ImaJ'nère ! Cela fait trois ans que je réponds présente, trois ans que je m'éclate comme une petite folle en lisant les textes. Après nous avoir offert de l'uchronie en pagaille il y a deux ans, et du post-apo à toutes les sauces l'an passé, les auteurs d'ImaJ'nère et les invités spéciaux nous proposent tout simplement "une aventure se déroulant entre 1851 et 1949", pour citer la préface de Jean-Hugues Villacampa. Un thème simple, vaste, qui permet de varier les styles, les approches, les époques, les lieux... pari réussi !! Si j'avais pu regretter une légère hégémonie des ambiances dans les anthologies précédentes, force est de constater, ici, que ce n'est absolument pas le cas : on voyage beaucoup, le plus souvent en Europe, mais à travers des textes si différents qu'il est impossible de s'ennuyer une seule seconde !

J'ai vraiment adoré cette anthologie, et ce, parce que j'ai aimé tous les textes... Oui, vous avez bien lu, tous les textes ! Soit pour leurs personnages, soit pour leur humour, soit pour les trouvailles historiques... c'est un régal !!

Comme d'habitude, ma petite sélection de favoris :
* La Garde rouge, d'Arnaud Cuidet : une revisitation steampunk de la Commune de Paris, avec des personnages frais, bien croqués, et une ambiance bien dépeinte, une écriture séduisante... ainsi que des descriptions de combats de robots géants tout à fait divertissantes. J'ai retrouvé mon âme d'enfant avec ce texte, et de rebelle en goguette, et j'ai adoré ce que j'ai ressenti à la lecture, car ce texte réveille beaucoup d'émotions chez le lecteur. Un régal !
* La Porte bleue, de Brice Tarvel, ou quand Angers est envahi par les vélociraptors... un texte décalé, très très drôle, avec un humour picaresque de rigueur qui m'a tout simplement ravie du début à la fin. C'est drôle, c'est divertissant, et pour ne rien gâcher c'est super bien écrit ! Difficile d'en dire plus sur cet OVNI littéraire sans vous gâcher le plaisir... sauf, peut-être, que son personnage principal est un sympathique libraire, ce qui ne peut que le rendre attachant, n'est-ce pas ?!
* Écarlate était le ciel, d'Anthony Boulanger : j'entends déjà souffler dans le fond de la salle : "vendue, tu connais l'auteur, tu as bêta-lu ses romans !" Eh bien oui, j'ai bêta-lu ses romans parce que j'aimais ce qu'il faisait (et non l'inverse ^^), et je peux vous dire sans mentir que cette nouvelle est encore meilleure que toutes celles que j'avais déjà pu lire de l'auteur (notamment dans son recueil chez Voy'el). Enfin bref, Anthony Boulanger nous livre ici une uchronie détonante : la seconde guerre mondiale n'a jamais eu lieu car la Terre fait face à des Résurgences, espèces de bulles de noirceur desquelles s'échappent des créatures de cauchemar qui dévorent tout sur leur passage... et l'Europe fait front uni. On vit cette uchronie du point de vue des aviateurs de différentes armées d'Europe. Une nouvelle émouvante, avec beaucoup d'héroïsme et d'Humanités dedans, avec un grand H au début et un petit s à la fin, oui-oui-oui.
* La Rouille, de Jean Burry : où le docteur Pasteur tente d'enrayer une épidémie d'un tout nouveau genre dans un Paris rétro-moderniste, avec une technologie omniprésente... et où la Rouille, la rage des machines, peut se transmettre par simple morsure ! Mais au-delà du contexte hyper bien trouvé, c'est le duo de personnages principaux qui va vous émouvoir : la relation père-fils et maître-apprenti qui se tisse entre Pasteur et le garçon des rues qu'il récupère est toute simple, et sonne très vrai. J'ai versé ma petite larme sur la fin, je ne m'en cache pas.
* L'empereur, le préfet et l'ingénieur, de Patrice Verry, qui nous livre (encore !) une histoire d'E.-T. mais (toujours !!) avec un grand talent de conteur. Le texte est doux, drôle et amer à la fois. Plein d'espoir et de regrets. Avec une belle histoire alternative de la tour Eiffel et du Paris haussmanien. Une très belle histoire, encore, que nous livre Patrice Verry, qui continue d'explorer un thème cher à son cœur : les grandes épopées spatiales, oui, mais avant tout humaines...

J'ai beaucoup aimé les autres nouvelles aussi, je le répète, et il serait vraiment dommage pour vous de passer à côté de cette anthologie si vous êtes :
1) fan d'histoire et de l'époque en question (fin 19e, début 20e)
2) féru de steampunk et d'uchronie
3) curieux de lire des textes un poil déjanté sur le sujet/les époques en question.

Trois bonnes raisons de lire cette anthologie, à ajouter aux seize bonnes nouvelles qui s'y trouvent. Fan d'histoire, de steampunk et d'uchronie... jetez-vous dessus !!

lundi 26 mai 2014

[Collectif] Montres enchantées

Titre : Montres enchantées
Auteur : Marie Angel, Marie Lucie Bougon, Esther Brassac, Fabien Clavel, Sophie Dabat, Hélène Duc, Clémence Godefroy, Cécile Guillot, Claire Stassin, Geoffrey Legrand, Lucie G. Matteoldi, Pascaline Nolot, Laurent Pendarias, Marine Sivan, Marianne Stern, Vincent Tassy, Adeline Tosello
Editeur : Editions du Chat Noir
Nombre de pages : 396 (en version papier)

Indécis entre fuite et union, le temps est un amant insaisissable. Omniprésent, dès qu’on le regarde, il s’efface pourtant, déjà évanescent. Inlassablement, il permet croissance ou use jusqu’à l’extinction. L’être humain pourchasse depuis toujours ce dieu créateur et destructeur, en quête de son asservissement. Secondes, minutes, heures… L’esprit cartésien a beau le fractionner, il n’en demeure pas moins incontrôlable.
Et si la relecture de notre passé, de notre culture, ou encore du progrès scientifique nous en accordait la maîtrise, l’Homme saurait-il mieux gérer son temps ?
Plongez-vous sans perdre une minute dans cette anthologie et peut-être, parmi ses pages, percevrez-vous le tic-tac de ces montres enchantées.




Vous aimerez :
- la superbe couverture et la maquette élégante
- la variété des approches, des styles
- découvrir de nouvelles plumes de talent, complètement inconnues jusqu'à lors
- l'excellence générale des textes

Vous n'y trouverez pas :
- de texte déprimant !
- de hors-sujet
- de texte qui renouvelle le genre ou sorte de la sphère européenne

Mon avis ?
Le steampunk a la côte en ce moment, et le nombre de publications dans le genre ne cesse chaque mois d'augmenter (oui, à ce point !). Les éditions du Chat Noir inaugurent leur collection "Black Steam" avec cette anthologie sur le thème des montres et autres mécanismes temporels enchantés... et je dois dire que c'est une réussite. Sans être un coup de cœur, cette anthologie a su me faire voyager, rêver, rire et frémir !

Le voyage commence avec la magnifique couverture sépia signée Catherine Nodet, qui réussit à rendre chaudes des couleurs pourtant assez froides... joli ! Il se poursuit avec des textes très bien agencés : on constate une progression logique, un fil rouge suivi, en même temps que le soin apporté aux variations de rythmes, d'ambiances, de types, etc. Le tout donne une anthologie assez équilibrée, qui comporte pas moins de dix-sept nouvelles. Parmi elles, beaucoup de plumes inconnues, dont certaines trèèèès belles surprises et d'autres moins (deux ou trois textes n'avaient à mon sens pas leur place dans cette anthologie, car pas assez aboutis, mais c'est peut-être une question de goût...). Mis à part cela, le seul reproche que j'aurais à faire, éventuellement, c'est le manque de curiosité culturelle des auteurs : toujours l'Angleterre, ou Paris, et toujours le 19e siècle... je veux bien que le steampunk plonge ses racines dans l'Angleterre victorienne mais un peu de changement ne serait pas malvenu, d'autant plus que si je trouvais original de croiser Sherlock Holmes à travers les textes steampunk, je commence à trouver ça lassant... néanmoins, dans l'anthologie, deux ou trois textes brisent la monotonie de cette uniformité victorienne, et je vais d'ailleurs vous en parler. ^^

Si je devais ne retenir que quatre textes, ce seraient...
* Tourbillon aux Trois Ponts d'or, de Fabien Clavel : un mystère à huis-clos, une bulle temporelle dans laquelle un inspecteur et son assistant se retrouvent enfermés malgré eux... tout pour me plaire ! La fin de la boucle temporelle ne prendra fin que s'ils découvrent pourquoi le macchabée dans la pièce est mort. Le style est fin, ciselé. Le décor travaillé. Les personnages surprenants. Et la résolution du mystère... pas évidente ! Une nouvelle dans la plus pure tradition du mystère à huit-clos, j'ai adoré !
* Je reviendrai..., de Laurent Pendarias : auteur inconnu au bataillon, qui explore le thème du paradoxe temporel avec des machines envoyées dans le passé pour tuer un homme... nul autre que Kant ! J'ai adorer croiser ce personnage, le voir jouer de rhétorique et de philosophie. Le style est maîtrisé, le décor original, l'intrigue simple mais efficace... et la chute inattendue !! Très belle plume, j'espère en lire davantage de sa part à l'avenir !
* Le Club des érudits hallucinés, de Marie-Lucie Bougon : voilà un texte difficile à résumer sans vous gâcher le plaisir de la découverte... disons qu'il s'y trouve un soupçon de S.-F. à cause de son thème principal (les machines ont-elles une âme ?), mais que sa principale force réside dans sa galerie de très nombreux et très attachants personnages ! Tous sont croqués tour après tour, et cette série de portraits à l'ancienne mode de la fin du 19e siècle m'a vraiment émue et charmée. Plume inconnue au bataillon, là encore, et pareil, j'espère en lire plus très bientôt.
* When Times Drive You Insane, de Lucie G. Matteoldi : encore une première publication pour une auteur inconnue, et... woaw !! Certainement ma nouvelle préférée d'entre toutes, qui mélange drame, mythologie grecque et steampunk. Il s'agit ni plus ni moins que d'une réécriture steampunk du mythe d'Orphée et d'Eurydice, et tout, de la forme à l'intrigue, regorge de surprises et d'originalité. C'est beau, émouvant, très bien écrit. Bref, je crois que c'est ma nouvelle préférée de toute l'anthologie !

J'ai également aimé d'autres nouvelles, comme Et depuis, je compte les heures, qui ouvre l'anthologie, ou The Pink Tea Time Club, qui nous présente l'univers de la série numérique éponyme de Cécile Guillot (également publié aux éditions du Chat Noir). Pacte mécanique était également une belle découverte.

Vous l'aurez compris, Montres enchantées est une sympathique anthologie où tout le monde devrait trouver son compte, à condition bien entendu d'aimer le steampunk. A conseiller aux férus du genre, comme à ceux qui souhaiteraient s'y initier. ^___^

jeudi 8 mai 2014

[Collectif] En-Dessous

Titre : En-Dessous

Auteur : Dirigé par Estelle Faye, présence de nouvelles de Tepthida Day, Fabien Clavel, Johan Scipion, Laurent Salipante, Sylvain Johnson, Guillaume Mézin, Anthelme Hauchecorne, Thomas C. Durand, Raphaël Boudin, Olivier Boile.
Editeur : Parchemins & Traverses
Nombre de pages : 280

Qu'est-ce qui se trame sous nos pieds ?
Pour sa neuvième anthologie, Parchemins et Traverses cède à l'ivresse des profondeurs, plonge aux tréfonds des abysses, explore les souterrains et entrailles de nos villes, et sonde les mystères des civilisations englouties.
Dix auteurs, dix nouvelles entre les jungles d'Asie et les glaces du Grand Nord, les chemins du Moyen-âge et la banlieue parisienne...
Sur les traces d'Ambre la punkette et de son prince sanguinole, de Minos le mineur d'après l'Apocalypse ou encore d'Anguta, le passeur du monde des morts....

Vous aimerez :
- explorer les différents niveaux des entrailles terrestres
- la variété des styles
- l'extrême élégance de l'anthologie

Vous n'y trouverez pas :
- de nouvelles spécialement optimistes
- d'autres planètes que la nôtre !

Mon avis ?
J'ai beaucoup aimé cette anthologie, et ce, sur bien des aspects !
Je voudrais d'abord saluer le travail éditorial extrêmement soigné, entre la magnifique couverture et les multiples illustrations intérieures en noir et blanc, sans compter la maquette très claire et très propre... c'est vraiment un bel objet ! Il nous met directement dans l'ambiance, je le trouve vraiment superbe. ^^
Au-delà de l'apparence, qu'y a-t-il là-dessous, derrière cette couv ? (oui, bon, je devais la faire celle-là !) Des nouvelles, donc, au nombre de huit si je me souviens bien. Mis à part deux titres auxquels je n'ai pas du tout accroché, non pour des raisons de qualité littéraire mais bel et bien de goût personnel, j'ai adoré !! Comme l'antho est assez courte, je me permets un tour de table nouvelle par nouvelle :

* Revoir les étoiles, Tepthida Day : une nouvelle poétique, très douce et bien écrite. Nous sommes en Asie centrale, sur un chantier en pleine forêt, et l'un des travailleurs va tomber quelque part en-dessous, très au fond... pour découvrir un peuple fascinant inspiré des nagas. Je n'en dis pas plus. Sans être inoubliable, cette nouvelle m'a fait passer un très bon moment de lecture et constitue une excellente ouverture !

* Cénotaphe, Fabien Clavel : l'écriture de Fabien Clavel est comme toujours un régal. Sa nouvelle repose sur la notion de terre et de souvenir, le "dessous" étant aussi bien physique que mental, ou métaphysique, puisqu'il représente à la fois la terre nourricière de l'enfance, mais aussi celle à laquelle nous reviendrons dans bien des années (enfin, je l'espère !). Un peu déprimante, mais très belle, avec une charge symbolique puissante !

* Le Terrier, Johan Scipion : une nouvelle qui reprend le thème d'Alice et du lapin blanc (il en fallait bien une ^^), et que j'ai moyennement aimé, pas pour l'écriture ou le scénario, qui sont tout deux très bien travaillés, mais parce que l'émotion du texte ne m'a pas touchée. Je me suis énervée toute seule car j'ai adoré les premières pages mais, ensuite, je n'ai pas réussi à rentrer dans le texte. Dommage ! :/

* Le Système d'Extinction, Laurent Salipante : on explore les grands fonds marins, un thème que j'adore ! Nous suivons deux aventures : l'une est humaine, contemporaine, et marche dans les pas d'un explorateur-biologiste qui découvre dans les abysses les traces d'une civilisation trop ancienne pour y croire... quant à l'autre, il s'agit d'un des représentants de cette espèce, éteinte depuis une grande catastrophe. Les destins croisés sont émouvants, et la nouvelle très bien construite !

* Dans la merde jusqu'au cou, Sylvain Johnson : tout commençait bien, jusqu'à ce que le personnage tombe littéralement dans une fosse sceptique... et que je n'en vienne à avoir mal au cœur ! Ce qu'on peut dire c'est que l'auteur sait faire des descriptions évocatrices et vraiment peu ragoûtantes. Un texte difficile à lire à cause de son atmosphère délétère et étouffante, ce qui m'a presque fait passer à côté du texte, mais à la chute vraiment bien trouvée !

* La Marche des Endogés, Guillaume Mézin : un texte qui avait tout pour me plaire : des références mythologiques, un monde post-apo, un couple de personnages qui remontent vers la surface en traversant les différentes strates, et des trouvailles stylistiques superbes... mais voilà : le texte est pour moi bien trop long, trop lent, et dès la moitié j'ai commencé à m'ennuyer... il aurait selon moi mérité d'être plus court pour être plus percutant. Après, c'est une question de goût, j'en ai bien conscience...

* Le Roi d'Automne, Anthelme Hauchecorne : aaaah, cette nouvelle ! LE gros COUP DE CŒUR ! Juste gé-niale ! Ça se passe dans les entrailles de la ville d'Arras, dans les boves, et ensuite dans le royaume souterrain du Sidh, là où crèchent les fées ! Bien entendu, tout ça se passe une nuit de Samain, sinon ça n'aurait aucun intérêt pour les deux humains perdus, héritiers d'une société secrète, qui doivent passer leur épreuve d'initiation et ramener un objet chacun du royaume Sidh ! Sauf que, voilà, tout n'est pas si simple qu'il y paraît... un texte qui joue sur les apparence, sur les multiples dimensions du "dessous", à la fois physique, sémantique, symbolique, etc. Il y a tout dans ce texte ! Le style, la force évocatrice, la poésie, l'univers déployé extrêmement intéressant, l'humour, les personnages attachants, le rythme... wow, wow, wow ! La nouvelle est longue, la plus longue du recueil, mais on ne s'ennuie pas une seule seconde ! En plus, j'ai découvert grâce à la bio de l'auteur que ce texte appartient à l'univers d'Âmes de Verre, un roman de l'auteur qui est dans ma PAL depuis quasiment un an... bon ben on va le sortir de là-dessous, hein ! ;-)

* Ascendance, Thomas C. Durand : une nouvelle en apparence classique, qui se révèle bien plus profonde que ne le laissent présager les premières pages ! L'auteur a su renouveller avec beaucoup d'inventivité et de rythme le mythe de la quête de la surface. Cette chute... ah la la, je ne l'ai pas vue venir, et j'ai adoré ! Une plume que je découvre et que je suivrai avec beaucoup d'intérêt.

* L'Appel de Sirannon, Raphaël Boudin : Ce texte rejoint malheureusement le rang de ceux qui n'ont pas su m'accrocher... il s'agit plus ou moins d'un pastiche lovecraftien, et je crois qu'ici, c'est le format choisi qui m'a déstabilisée et perdue, ainsi que les bien trop longues phrases et l'humour auquel je n'ai pas vraiment adhéré (il reposait sur l'hyperbole, si j'ai bien compris, et malheureusement ce n'est pas ce genre d'humour qui me fait rire :/). Un pari risqué de la part de l'auteur, mais la sauce n'a pas pris avec moi ! Dommage :(

* Le Cueilleur de Morts, Olivier Boile : l'antho s'ouvrait tout en poésie... et se referme de même. Un texte glacé, où souffle le vent de l'éternité, quelque part entre Adlivun et le monde des vivants. Une mythologie rarement exploitée, celle des Inuits, et ici mise en scène avec beaucoup de sensibilité et de beauté. Un texte que j'ai adoré, et dont le souvenir perdurera longtemps grâce à son ambiance si particulière.

En résumé, En-Dessous est une très bonne anthologie : bien pensée, bien faite, très équilibrée, qui ne se répète pas... une réussite ! Et en plus il y en a pour tous les goûts - c'est peut-être ce qui fait que j'ai moins aimé certains textes que d'autres. Le niveau est excellent d'un bout à l'autre, que les auteurs se rassurent ! Certaines nouvelles valent le détour rien que pour elles seules. Je pense notamment au Roi d'Automne ou au Cueilleur de Morts, mais aussi le Système d'Extinction dans un autre genre.
Les genres sont très variés, je regrette simplement l'absence de SF, c'est dommage, il y aurait eu pleine de choses à faire sur le thème de l'exploration spatiale minière, etc. Mais c'est pas très grave, car l'antho est vraiment bien équilibrée telle qu'elle est !

Une plongée sous la surface, loin dans le murmure des mots, au fond des royaumes engloutis de terre et d'eau... une anthologie que je vous recommande chaudement !

vendredi 2 mai 2014

[Michel Honaker] Carabosse

Titre : Carabosse : La Légende des cinq royaumes

Auteur : Michel Honaker
Editeur : Flammarion
Nombre de pages : 372

La légende de la fée maléfique de La Belle au Bois Dormant.

La belle Cara est maudite : elle est bossue. Par dépit amoureux, elle tombe du côté obscur de la magie et devient la Fée du Vent Mauvais. Elle n'aura de cesse de se venger de sa sœur, en maudissant son héritière, la belle Aurore, la princesse du Bois Dormant. Après 99 ans, Lilas, dernière fée survivante à avoir échappé à l'horrible régence de Carabosse, part chercher le prince charmant destiné à sauver Aurore, endormie le jour de ses 18 ans...

Vous aimerez :
- découvrir l'envers du conte de la Belle au bois dormant
- la galerie de personnages
- l'écriture, belle, fine, ciselée
- le vent de légende qui souffle sur les pages
- le réseau de symboles extrêmement resserré

Vous n'y trouverez pas :
- un personnage d'Aurore très présent
- un rythme haletant
- une intrigue convenue

Mon avis ?
Tout le monde connaît l'histoire de la Belle au Bois Dormant, mais s'est-on jamais penché sur les origines du conte ? Sur les causes qui ont amené Aurore à être maudite par l'une des fées qui s'est penchée sur son berceau ? Quelle fée ? Pourquoi ? Comment ? Carabosse répond à toutes ces questions, et l'auteur nous offre là un magnifique roman qui plonge aux racines du conte, dans ses recoins les plus sombres et les plus méconnus.

Je vais faire court : j'ai adoré ! Je m'attendais à ne pas être du tout surprise par cette réécriture de conte et, bien au contraire, je l'ai été de bout en bout. C'est un bijou !
 
Déjà, dès le début, nulle trace d'Aurore : on suit les pas de son père, le roi du futur Bois Dormant, un monarque jeune, très attachant, qui mène sa première campagne militaire. Décidé à protéger son royaume, le roi Florestan est conseillé par son fou, Trublion, un nain très attachant et qui, on peut le dire, porte l'intrigue sur ses épaules. De bout en bout, plus encore que la fée Cara, c'est lui que l'on va suivre. Cara n'apparaît qu'au bout de quelques chapitres, quant l'armée en déroute de Florestan se réfugie dans le château de son père. Mais Florestan, d'abord charmé par Cara, tombe éperdument amoureux de sa sœur, Léonore... qui sera la mère de la future Aurore.
Si ainsi résumé ce tournant scénaristique peut sembler convenu, il n'en est rien de la manière dont l'auteur l'écrit, le met en scène, l'amène par petites touches... il prend beaucoup de soin à insuffler une nouvelle charge légendaire aux symboles qui parsèment le conte de la Belle au Bois dormant : le motif de la tisseuse (de vent, d'intrigues, de mort...) est parfaitement repris, et Cara nous apparaît comme une araignée venimeuse du plus bel effet ! Souvent absente mais toujours dans l'ombre, elle tire sur les fils de l'histoire... jusqu'au jour où tout lui échappe, bien sûr, mais cela n'a lieu qu'à la toute fin du récit.

Née humaine, rendue jalouse par l'amour que Florestan porte à sa sœur, Cara deviendra vite fée pour se venger. Une fée nommée Carabosse, créée par le Vent Mauvais, qui s'emploiera à tuer toutes les autres fées qui auront béni la jeune Aurore ainsi que le couple Florestan-Léonore.
Les fées, justement, ont un rôle important dans le récit, notamment la fée Lilas, du royaume de Mataquin, qui contrecarrera le funeste plan de Carabosse : au lieu de mourir sur le champ le jour de ses 18 ans, Aurore s'endormira simplement, ainsi que tout son Royaume... Lilas est un personnage  délicieusement, dont on ne sait trop bien pour qui elle œuvre. Peu à peu, néanmoins, notamment au contact du nain Trublion, elle s'humanise et comprend même l'amour que le pauvre fou ressent à son égard, au point de le protéger par compassion. Car les fées sont séduisantes, et ô combien dangereuses... les multiples manières dont se présentent leurs pouvoirs (le pouvoir effectif des mots, par exemple !) sont extrêmement bien trouvés, et vraiment bien mis en scène. J'ai adoré !

On plonge donc dans l'envers du conte, l'histoire qui n'a pas été racontée. On s'intéresse à ceux que le conte n'a pas retenu comme héros, que le conte n'a même jamais cité parfois. Michel Honaker explore cette partie inconnue du conte avec un brio qui se renouvelle à chaque chapitre, chaque page ! C'est vraiment extraordinaire, cette façon qu'il a eue de recréer l'envers du conte, en partant de presque rien. Extraordinaire, cohérent, et à ce point dense qu'on a ici matière à créer d'autres contes, d'autres histoires se tenant dans les Cinq Royaumes !

Bon, je me répète, je sais, mais j'ai adoré. Je ne saurai que trop vous conseiller ce roman, si vous aimez les contes et les réécritures réussies. Ici, l'auteur ne s'est pas contenté de réécrire, il a exploré une partie inconnue du conte originel, et la qualité s'en ressent grandement : c'est grand, c'est beau, c'est... épique !

Un coup de cœur, vraiment inattendu pour ma part, car d'ordinaire les contes m'ennuient profondément. Vraiment surprenant. Fin. Ciselé. Merveilleux... Je vous le conseille mille fois ! De plus, il se dégage une telle poésie de l'écriture... ce serait dommage de passer à côté, rien que pour cela ;-)

Merci aux éditions Flammarion pour cette superbe découverte !