mercredi 14 mars 2012

[Jean-Philippe Jaworski] Gagner la guerre

Titre : Gagner la guerre
Auteur : Jean-Philippe Jaworski
Éditeur : Folio SF (poche) et Les moutons électriques (broché)
Nombre de pages : 980

« Gagner une guerre, c'est bien joli, mais quand il faut partager le butin entre les vainqueurs, et quand ces triomphateurs sont des nobles pourris d'orgueil et d'ambition, le coup de grâce infligé à l'ennemi n'est qu'un amuse-gueule. C'est la curée qui commence. On en vient à regretter les bonnes vieilles batailles rangées et les tueries codifiées selon l'art militaire. Désormais, pour rafler le pactole, c'est au sein de la famille qu'on sort les couteaux. Et il se trouve que les couteaux, justement, c'est plutôt mon rayon... » 
Gagner la guerre est le premier roman de Jean-Philippe Jaworski. On y retrouve avec plaisir l’écriture inimitable de l’auteur des nouvelles de Janua vera et don Benvenuto, personnage aussi truculent que détestable.

Vous aimerez :
- le style à la fois truculent et ampoulé
- la ville de Ciudala, personnage à elle seule
- l'ambiance italienne et, même, méditerranéenne
- les intrigues politiques
- le personnage narrateur complètement pourri

Vous n'y trouverez pas :
- d'intrigue amoureuse
- de bons sentiments
- de la magie
- de la pudeur : il y a beaucoup de violence et rien n'est épargné au lecteur

Mon avis ?
J'ai adoré ! Du style aux rebondissements, des manipulations aux révélations... impeccable !
Des manipulations à tous les niveaux, par ailleurs, car même si Don Benvenuto est le personnage narrateur et qu'il n'épargne rien au lecteur de ses troubles gastriques à bord d'un bateau, il nous cache parfois certains détails de l'intrigue. Car oui, le personnage écrit ses mémoires, il est son propre biographe. Mettre par écrit ses souvenirs est d'ailleurs un moyen, pour l'assassin espion, de faire un magistral pied de nez à l'autorité en place qui, apparemment, d'après ce que l'on comprend au début, lui en a fait voir des vertes et des pas mûres. Au fil des pages, alors que le Don Benvenuto fait monter son suspens et sait surprendre son lecteur, on découvre les raisons de sa grogne contre Ciudala qu'il avait pourtant si bien servie, et qu'il aimait tant.
Précisions sur Ciudala, et l'univers dépeint autour : c'est bien un monde imaginaire qui est décrit ici, mais il n'est pas sans similitudes avec l'Italie de l'art Renaissance et des duels à la pointe de l'épée !
Les descriptions sont superbes, évocatrices et fortes en images. Je retiens particulièrement le récit de l'une de ses évasions catastrophe, sautant du haut d'une tour jusque sur les toits de Ciudala : surprenant, drôle, épique, haletant... mais ces adjectifs pourraient s'appliquer au roman tout entier.
Don Benvenuto devient un peu prévisible au bout de 700 pages, mais on lui pardonne aisément. C'est quelqu'un de très peu recommandable (assassin, violeur, et brigand, à la morale plus que douteuse), mais l'auteur parvient à faire de lui presque un ami du lecteur...ou tout du moins celui-ci devient-il une oreille attentive aux malheurs de Don Benvenuto.
En plus, c'est un premier roman, et il a reçu le prix Imaginales 2009 (entre autres) !

5/5

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