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jeudi 2 avril 2015

[Mathieu Rivero] Or et Nuit

Il sort aujourd'hui et vous devriez tous vous précipitez dessus. De quoi je parle ? Mais de cette pépite que j'ai pu me procurer en avant-première au salon du livre de Paris et lire avant presque tout le monde !


Des mille et une histoires que j’ai pu conter, aucune n’est aussi fabuleuse que celle que je m’apprête à te narrer.
On y voyage de cités mortes en jardins luxuriants, de royaumes en déserts et de geôles en palais. On y croise djinns et ghûls, sultans et dragons, reines et démons, et les lignées maudites s’y affrontent autant que les passions se déchaînent. Vois-tu, elle recèle en son cœur une bien plus unique distinction. Cette histoire d’amour et de mort est vraie : je l’ai vécue. Parole de Shéhérazade.
Mathieu Rivero est un jeune auteur lyonnais, dont Or et nuit marque l’entrée en fantasy par la porte de l’inspiration orientale à la Mille et une nuits, dont il constitue une suite. Les récits s’y mêlent, les destins aussi, des voleurs et des princes, des royaumes et des sortilèges, des complots et des combats : la magie et le suspense sont au rendez-vous.
Il y a plus d’un enchantement entre ces pages !

Dès les premières lignes, la magie opère... on entre par la petite porte de l'Orient, loin des clichés habituels. L'Orient ici décrit n'est ni ultra-violent ou "hyper-orientalisé" : Mathieu Rivero procède avec subtilité pour recréer une civilisation complexe et méconnue, riche de de personnalités toutes différentes et plus attachantes les unes que les autres. La conteuse Shéhérazade est à la fois spectatrice et (malgré elle) actrice de l'histoire qu'elle déroule page après page. Elle s'est échappée du Palais de son époux, celui-là même qui la menaçait chaque soir de la décapiter et qu'elle tenait en haleine en lui racontant des histoires... pour mieux se refaire capturer par un mystérieux bandit, auquel elle raconte une histoire qui se révèle réelle : elle lui fait le récit des événements auxquels elle a assisté pendant son errance à travers les différents territoires orientaux. 

Histoire et conte se mêlent. Destinée générale et desseins personnels se percutent. La magie des mots est réelle dans l'histoire, et le conte se tisse aux fils du réel. On nage en pleine féérie orale et scripturale, pour notre plus grand bonheur à nous, lecteurs. Le verbe est beau, les métaphores nombreuses mais pas envahissantes. Le rythme des phrases est bien pensé. Celui des chapitres aussi : au début de chacun d'entre eux, on retrouve Shéhérazade et celui qui l'a faite prisonnière et compte tirer d'elle une rançon - puisqu'elle est en effet devenue Reine après les événements des Mille et unes nuits. Leur situation évolue, ils nous en apprennent plus sur l'univers dans lequel les personnages du conte narré évoluent... puis ledit conte reprend, et l'on comprend peu à peu que tout n'est pas inventé. Presque rien, peut-être, en fait.

Mais je ne vous en dirai pas plus. Il faudra lire pour savoir quels personnages fantastiques et attachants forment cette fresque orientale si dépaysante ! ;-)
Un seul reproche : une fin un peu trop abrupte. J'aurais aimé un épilogue, et ne pas finir sur un événement aussi... hem, "conclusif", dirons-nous pour ne pas spoiler :D

Vous l'aurez compris, j'ai adoré me plonger dans ce roman. On vit, on tremble, on vibre avec Shéhérazade, et on se prend de compassion pour le pire des monstres. On aime le brigand, comme elle, et on déteste le roi, comme elle. Mathieu Rivero signe là une suite originale et réussie des Contes des Mille et unes nuits, où l'on entrevoit aussi bien l'or des toits des palais d'Orient, que la nuit qui couve dans le cœur des hommes...

dimanche 29 mars 2015

[Mathieu Guibé] Elvira Time S01

Salutations, surfeur de pages web en quête de lecture divertissante !

Aimes-tu les vampires ? Non ? C'est pas grave, car la lecture qui suit pourra te plaire quand même : en effet, cela te fait un point commun avec l'héroïne de cette série littéraire à dents pointues, aussi pulp et déjantée que l'épisode musical de Buffy the vampire slayer ! De qui je parle ? Rah, mais d'Elvira Time bien sûr ! Une nana très drôle, avec un sens du jeu de mot pourrave hyper développé, et qui sait te faire rire à chaque page. Elle a deux collègues bien humains, mais un lourd passé qui la hante - littéralement, puisque son meilleur ami est un fantôme et que, s'il est mort, c'est un tout p'tit peu sa faute, oups...

Enfin, et si je te donnais le résumé de cette série littéraire, au lieu de déblatérer ? Ouais, hein... ça serait bien que je reprenne ce blog en main, mais pour ça, faudrait aussi que je fasse les choses dans l'ordre :p
Hop, voilà donc le résumé :

L’existence des vampires n’est plus un secret pour personne. Alors que le tout Hollywood les décrit comme les amants du siècle, notre bon vieux gouvernement des Etats-Unis a tranché. Chaque rejeton aux dents longues se verra proposer un choix : se référencer auprès des autorités et survivre comme un animal en cage ou rester libre et se faire traquer par des chasseurs de primes rémunérés par l’état. Perso, je préfère la deuxième solution. C’est beaucoup plus lucratif pour mes finances depuis que j’ai hérité de l’entreprise familiale. Le problème, c’est qu’à 17 ans, je suis encore enchainée au lycée et je dois concilier cours de math et exécutions sommaires. D’aucuns diront que j’ai la fâcheuse tendance à ramener plus de boulot au bahut que je ne rapporte de devoirs à la maison. C'est pas faux.
Alors voyez-vous, quand on doit gérer tous ces vampires attirés par le miasme hormonal émanant de mon école et qu'en plus, on s'appelle Elvira, la vie n’est pas simple.
Une ado qui se plaint de son calvaire quotidien ? Rien de neuf à l’horizon, me direz-vous. Mais croyez-moi, je sais garder les pieds sur terre. Ma vie aurait pu être bien pire : j’aurais pu être un de ces monstres et me retrouver du mauvais côté de mon pieu.

Le résumé résume bien (woohoo ! ^^) mais est vraiment un cran en dessous de l'humour permanent qui règne entre les pages de la série : entre les situations cocasses, les répliques tordantes et les références en tous genres, on passe un excellent moment. C'est une lecture qui déride jusqu'à Mamie Nova (si si si) et te donne envie de faire mille jeux de mots pour tenter d'exceller l'inventivité géniale de l'auteur en la matière (et comme vous l'avez vu, j'essaye FORT ! ^^) L'intrigue va à cent à l'heure, et même si quelques pauses sont accordées aux personnages, on a rarement le temps de souffler. Du coup, les pages se tournent toutes seules, également soutenues par la fluidité impeccable du style.

Un seul point négatif : l'empathie avec les personnages. L'humour permanent fait qu'on a du mal à avoir peur pour eux, à garder notre sérieux de lecteur et, donc, à compatir à ce qui leur arrive. Cela nous empêche d'aller en profondeur, sous la peau d'encre et de mots des personnages : tout en étant extrêmement travaillés, ils restent relativement superficiels. Même Elvira, qui est pourtant la narratrice. Par exemple, j'ai eu du mal à être émue par son passé pourtant pas rose. La relation avec son meilleur ami devenu fantôme pourrait être extrêmement touchante aussi, et elle l'est de manière objective, mais l'humour s'est dressé entre moi et l'émotion. J'ai du mal à décrire ce ressenti de lecture, un peu particulier je dois l'admettre.

Cela étant... ça reste une lecture pulp qui met dans le mille du côté de son rôle premier : divertir. On ne voit pas le temps passer, ni les pages défiler, et on s'éclate ! Je dirais même qu'on prend son pieu, euh, son pied ! ^w^
Lue dans le train en moins de 3h, alors que j'étais épuisée, et j'ai pas pu lâcher la série avant d'avoir atteint le mot "fin"... à quand la saison 2, donc ? ^w^

En résumé :
  • du pulp
  • du bon
  • du geek
  • et du vampire, bien sûr !
5 épisodes, 1e gratuit sur Immatériel et ailleurs. Existe aussi en papier (à commander chez votre libraire préféré !)

dimanche 4 janvier 2015

[Cindy Van Wilder] Les Outrepasseurs 1&2

Titre : Les Outrepasseurs, tome 1 : Les Héritiers
Auteur : Cindy van Wilder
Editeur : Gulf Stream
Nombre de pages : 350
Londres, 2013. Peter, un adolescent sans histoire, échappe de justesse à un attentat. Il découvre que l'attaque le visait personnellement et qu'elle a été préméditée par de redoutables ennemis : les fés. Emmené à Lion House, la résidence d'un dénommé Noble, il fait connaissance avec les membres d'une société secrète qui lutte depuis huit siècles contre les fés : les Outrepasseurs. Ces derniers lui révèlent un héritage dont il ignore tout...
PRIX IMAGINALES 2014
Vous aimerez :
- les personnages bien campés
- l'originalité de la structure narrative
- la profondeur de l'univers
- la poésie du style

Vous n'y trouverez pas :
- une jeunesse sans violence
- un univers dénué de noirceur

Mon avis ?
Difficile d'être à 100% objective sur ce roman, étant donné que je l'ai bêta-lu voilà plusieurs années, alors que Cindy et moi étions deux petites grenouilles anonymes... quand j'ai reçu ce premier tome, l'émotion m'a prise, et j'ai attendu que le deuxième soit sorti pour m'y lancer. J'avais envie d'avoir la suite sous la main, car je savais que l'attente entre les deux serait rude. Pas que la fin du tome 1 soit spécialement brutale, mais cela faisait des année que j'attendais de lire la suite, en fait, et je ne voulais pas avoir à patienter encore une fois après ma relecture du tome 1.
Une redécouverte, donc... et un coup de cœur à nouveau. Est-il possible de tomber amoureuse deux fois du même livre ? Si vous vous posiez la question, sachez que la réponse est "oui". ^^

Le résumé est assez succinct mais aussi très exact. Ce qu'il ne vous dit pas, c'est que Peter n'est pas à proprement parler le héros de ce premier tome, mais un passeur d'histoire. A Lion House, le maître des Outrepasseurs va le faire plonger dans une piscine où nagent d'étranges sirènes qui ont le pouvoir d'injecter la mémoire d'autrui dans la sienne. Peter revit donc l'histoire originelle des Outrepasseurs du point de vue de son ancêtre. Il comprend d'où vient la malédiction, se demande si elle en est vraiment une, découvre l'existence des fées, qui sont leurs ennemis et... et je n'en dis pas plus, car j'en ai déjà dit trop !

Le suspens de ce roman repose principalement sur la nature des fées et des Outrepasseurs, et sur l'importance des liens du sang dans la magie. L'auteur s'attache à décrire le quotidien, les mœurs et les combats d'un petit village du Moyen Âge durant plusieurs dizaines de pages, tout en distillant des interventions du point de vue des fées qui, très vite, vont chambouler la vie des habitants de la Villeneuve ! Le destin bascule, on s'y attendait, mais pas de la manière habituelle... car c'est là le talent de Cindy : surprendre le lecteur là où il s'y attend le moins.

Les Outrepasseurs, ce pourrait être une énième histoire sur les loup-garous et autres changeformes. Mais non. C'est un univers. C'est une symphonie d'existences qui résonnent entre elles à la manière de cloches de glace, si fragiles et, pourtant, destinées à trembler. C'est une écriture ciselée, fine, poétique, et d'une puissance évocatrice incroyable. Sincèrement, je ne peux que vous le conseiller ! La seule chose qui pourrait vous destabiliser, c'est l'originalité de la structure, étant donné que Peter est le héros sans l'être, et qu'un lecteur non averti pourrait être déçu de ne pas le suivre.

Heureusement, le tome 2 est là pour corriger ce léger défaut qui, selon moi, n'en est absolument pas un...



Titre : Les Outrepasseurs, tome 2 : La Reine des Neiges
Auteur : Cindy van Wilder
Editeur : Gulf Stream
Nombre de pages : 365
Les Outrepasseurs viennent enfin de capturer la dernière fée libre, Snezhkaïa la Reine des Neiges. Ils ignorent qu'ils viennent de déclencher une malédiction qui risque de les anéantir. Peter, qui supporte de moins en moins de se plier à la volonté de Noble, tente de retrouver le Chasseur pour mettre fin à cette lutte séculaire ?
Vous aimerez :
- les personnages bien campés
- retrouver Peter en tant que héros
- la profondeur de l'univers
- la poésie du style

Vous n'y trouverez pas :
- une jeunesse sans violence
- un univers dénué de noirceur

Mon avis ?

Cette fois, Peter se taille la part du lion (ceux qui ont lu vont bien rire ^^) et porte toute la narration ou presque sur ses épaules. Il reprend le combat de ses ancêtres là où ils l'ont laissé. D'abord confronté à l'impuissance et l'inertie, il va faire une puis deux rencontres qui vont chambouler son existence et celle des Outrepasseurs.

Ce que j'ai particulièrement aimé dans ce roman, c'est le personnage du Chasseur. Il était déjà incroyablement bien construit dans le tome 1, mais Cindy approfondit ici son caractère, sa psychologie, et je crois que nous avons affaire à l'un des plus beaux et des plus complexes "méchants" de la littérature jeunesse. Cruel et d'un érotisme dérangeant dans le tome 1, il devient ici plus humain et la métamorphose qui s'opère en lui est assez touchante. Quoi que pitoyable, aussi, et c'est là tout le paradoxe : sa plus grande déchéance sera aussi sa plus belle victoire.

La Reine des Neiges est elle aussi une méchante sacrément bien campée. Bien que le Chasseur soit le but de la traque de Peter, c'est elle qui détieint les clés de leur destin à tous. La manière dont ce retournement de situation est amené est assez surprenante : au lieu de placer cette menace à la fin, pour en faire une révélation fracassante, Cindy a choisi de la placer tout au début de son roman ! La malédiction flotte alors entre les lignes, telle une épée de Damoclès au dessus de la tête de tous les personnages. C'est simple, et pourtant magistral, car le lecteur sait - contrairement aux personnages - que les héros auront beau se débattre, l'inéluctable finira par se produire, quoi qu'ils fassent...

Le style est toujours aussi beau et ciselé que dans le tome 1. La fin, elle, est un peu plus cruelle car elle laisse de très nombreuses questions en suspens et... sincèrement, si j'avais eu le tome 3 sous la main, je l'aurais bien lu tout de suite après !!
J'ai hâte que ce soit le cas. Je pense relire les deux volumes pour mieux le savourer à sa sortie en 2015. :-)
Et je pense que dans dix, vingt, trente ans, je relirai encore cette série avec le même émerveillement. Elle va assurément figurer au rang (très sélect) de mes "lectures doudou" à vie :-)

samedi 20 décembre 2014

[Nathalie Bagadey] Eclosia, ou l'Ecosse des légendes

Titre : Eclosia, ou l'Ecosse des légendes
Auteur : Nathalie Bagadey
Editeur : Auto-édition ^^
Nombre de pages : 246
C’est pour y donner sa toute première conférence en économie du tourisme que Clo se rend en Écosse. Mais elle se retrouve très vite bien loin de l'Université d'Édimbourg... Son chauffeur, le séduisant Ian MacLeod, l’embarque en effet dans un périple inattendu au cours duquel toutes ses certitudes vont basculer. Tandis que le cœur de la jeune femme succombe progressivement au charme envoûtant du pays (et de son guide), son esprit, lui, est en plein tumulte car à chaque étape une nouvelle interrogation se pose à elle : pourquoi lui arrive-t-il tout à coup autant d'évènements étranges ? D’où sortent tous ces êtres fantastiques qu’elle trouve sur son chemin ? Pourra-t-elle concilier la vie moderne qu'elle s'est choisie avec des attentes d'un autre âge ? Suivez Clorinde sur les routes écossaises et vivez ses rencontres improbables avec des créatures issues des plus anciennes légendes celtiques... Et s’il suffisait d’y croire ? 
Vous aimerez :
- le style fluide et évocateur
- l'ambiance de quête mystique entrelacée au quotidien
- la manière dont l'auteur "insère" et dissimule les êtres féériques aux yeux des humains profanes
- les personnages bien campés

Vous n'y trouverez pas :
- une intrigue difficile à deviner
- une magie "flamboyante"

Mon avis ?
Après une longue panne de chroniques, me revoici enfin pour vous livrer mon avis sur Eclosia, l'Ecosse des légendes, que l'auteur, la pauvre, a dû désespérer de voir un jour sur ce blog... mille excuses pour le retard, j'ai reçu ce livre en service presse numérique il y a plus de trois mois, et si je l'ai lu dans la foulée et d'une seule traite, j'ai mis un temps incroyablement long à me remettre aux chroniques (et donc au blog).

Cela dit, c'est un texte qui se prête bien à la période des fêtes... donc un retard, oui, mais un mal pour un bien ? ;-) Car si vous recherchez un texte pour vous tenir chaud au cœur pour l'hiver, alors vous l'avez trouvée !!

Eclosia, c'est une romance très douce, très belle, au cœur d'une Écosse sauvage et magique, avec des personnages attachants et vraiment bien campés ! On pourra reprocher à l'intrigue d'être cousue de fil blanc, avec un petit côté convenu à la romance, mais sincèrement... ce n'est pas un gros défaut tant ce livre a su m'envoûter.

J'ai tout de suite été prise d'affection pour son personnage principal, Clorinde, qui est une universitaire (enfin, future ^^) pleine de ressource, très intelligente et qui se pose toujours les bonnes questions. Aussi trouve-t-elle très louche, dès le début, qu'on vienne la chercher à l'aéroport pour une "visite guidée" du pays. Elle observe, elle pose des questions et, l'air de rien, en apprend beaucoup dès le début rien que par son sens de l'observation. Elle n'en est pas moins attirée par son guide, un charmant jeune homme au charme réel et assumé. Je l'ai personnellement trouvé convaincant, pas trop cliché dans son rôle de séducteur, d'autant plus qu'il a une vraie personnalité et pas juste un physique attrayant (comme c'est souvent le cas dans les romances que j'ai lues auparavant). On a donc affaire à des personnages bien construits, plein de questionnements, avec leurs quêtes personnelles, qui vont bien entendu se croiser...

Avec eux, on découvre l'Ecosse. Celle des guides touristiques, d'abord, puis des légendes, comme le titre l'indique... Clorinde croise un fantôme au détour d'un château. Elle pense d'abord à une animation 3D très convaincante, mais quand un cheval lui apparaît ensuite au bord d'un lac, son esprit rationnel lui souffle directement qu'il y a quelque chose de pas normal. Elle est tellement rationnelle, d'ailleurs, qu'elle se raccroche à toutes sortes d'idées, comme on le ferait nous si ça nous arrivait. Sa résistance naturelle au surnaturel m'a vraiment plu, car c'est exactement comme ça qu'on réagirait en vrai. Du coup, la plongée dans le surnaturel se fait par petits bouts, doucement, jusqu'à ce que la bascule s'opère et que Clorinde comprenne : oui, la magie existe.

Elle ose en parler à son guide, Ian, et cette confidence les rapproche immédiatement car il ne la traite pas de folle. Il répond à ses questions, et lui montre d'autres choses... son ouverture d'esprit et son amitié semblent toutefois avoir un autre but. Clorinde doute d'elle, se dit qu'il ne veut pas la séduire, qu'il y a plus que cela derrière son charme et les perches qu'il lui tend... et elle a raison, mais qu'à moitié, je vous laisserai découvrir pourquoi !! ;-) Grâce aux doutes de Clorinde et aux mystères que Ian maintient sciemment sur certaines choses, la romance prend des détours, prend son temps, mais se construit peu à peu, sur des bases incertaines tout d'abord, puis plus solides, car le voyage se révèle semés d'embuches ! Et Clorinde ne serait pas là par hasard, comme elle le comprend peu à peu...

Difficile de vous en dire plus sans vous gâcher les jolies surprises de ce petit roman plein de douceur ! Les créatures magiques et féériques abondent. Il y en a presque à tous les chapitres. L'histoire est sympathique, les personnages attachant, et on se prend à rêver, nous aussi, à cette Ecosse des Légendes...

Merci Nathalie pour ce beau moment de rêve et de lecture, ainsi que pour ta confiance ! :-)

mercredi 11 juin 2014

[Estelle Faye] Porcelaine

Titre : Porcelaine
Auteurs : Estelle Faye
Éditeur: Les Moutons électriques
Nombre de pages : 287 (sur ma liseuse)

Chine, vers l’an 200. Xiao Chen est un comédien errant, jeté sur les routes par un dieu vengeur. Un masque à forme humaine dissimule son faciès de tigre, tandis que son cœur est de porcelaine fêlée. Son voyage va durer plus de mille ans. Au cours de son périple, il rencontrera Li Mei, une jeune tisseuse, la Belle qui verra en lui plus qu’une Bête. Celle qui, sans doute, saura lui rendre son cœur de chair. Cependant Brume de Rivière, fille-fée jalouse et manipulatrice, intrigue dans l’ombre contre leur bonheur.
Pendant presque quinze siècles, rivalités et amour s’entrecroisent, tissant une histoire de passion, de tendresse et de sacrifice, sur fond de magie et de théâtre.

Vous aimerez :
- le souffle légendaire
- les personnages attachants
- l'importance de l'Art dans l'intrigue
- les grandes batailles

Vous n'y trouverez pas :
- une histoire d'amour "à l'occidentale"
- un style onirique ou ampoulé
- une Chine orientalisée

Mon avis ?
Vous avez dû, vous aussi, faire l'expérience du livre qui traîne dans votre Pile à Lire depuis plusieurs mois, livre que vous lorgnez de temps à autre sans jamais vous lancer, jusqu'au jour où vous le faites, et là, vous le dévorez de bout en bout en une seule soirée. Eh bien c'est ce qui m'est arrivé avec Porcelaine, qui est un véritable coup de coeur !!

Comme pour toute œuvre de fiction francophone abordant l'Asie, je redoutais un livre orientaliste et stéréotypé. Ici, si certains clichés persistent, comme les prénoms très classiques et convenus des personnages, ou certains aspects mystiques, ce n'est que pour mieux nous plonger dans une histoire unique en son genre, et passionnante par bien des aspects. Si l'Orient décrit ici est bel et bien magique et mystérieux, il l'est non par essence mais par système de logique : la magie est immanente et réelle, elle agit sur le quotidien des hommes.

Xiao Chen n'a qu'une dizaine d'années quand il va apprendre cette dure vérité. Nous sommes dans les temps anciens, pour ne pas dire antiques de la Chine, et la magie est plus réelle que jamais. En allant chercher des épines de pin pour le four à céramique de son père, il pénètre sur le territoire du dieu du Hensang et en reviendra changé à jamais, et pour cause : le dieu lui donnera une tête de tigre ! Brimé et rejetté, Xiao Chen quitte son village et part sur les routes accompagné d'une troupe de cirque, dont il deviendra plus tard le dirigeant, le cœur, mais aussi l'âme. Le cirque, le théâtre et les arts de la rue ont beaucoup d'importance dans l'intrigue, la majeure partie des personnages appartenant par ailleurs à ces corps de métier.

C'est un récit nomade, dont l'intrigue se déroule sur les routes de Chine, de son antiquité à son XVIe siècle. On traverse de nombreuses villes, de nombreuses époques et, pourtant, le récit est doté d'une remarquable unicité. Jamais il ne se disperse, ce qui n'empêche pas quelques surprises scénaristiques, comme un bond de 1200 ans dans le futur. C'est dans cette époque plus moderne que Xiao Chen va rencontrer l'amour de sa vie, et vivre avec elle de nombreuses aventures, contre des ennemis invisibles surgis d'un passé ancien et magique.

Je ne peux vous en révéler davantage sans vous spoiler la majeure partie de l'intrigue, au final assez simple mais déroulée avec beaucoup de talent. Ce que je peux vous dire, en revanche, c'est à quel point l'écriture simple et poétique d'Estelle Faye rend cet ouvrage unique et délicat. Chaque mot recèle en lui la vérité des grandes épopées, et chaque phrase est porteuse d'un rythme particulier. Le récit, au présent, repose en grande partie sur ce style si particulier, qui n'en est pas moins immersif.

Je pourrais disserter encore de nombreux paragraphes sur ce roman, qui m'a littéralement enchantée ! Tout y est : le style, les personnages attachants, l'intrigue, le rythme, le souffle... une réussite magistrale ! 
Qu'attendez-vous pour vous jeter dessus ? Ne faites pas la même erreur que moi et lisez-le au plus vite ! On ne fait pas attendre un tel chef-d’œuvre ;-)

vendredi 16 mai 2014

[Julien Pinson] La Plume du Quetzalcóatl

Titre : La Plume du Quetzalcóatl
Auteur : Julien Pinson
Editeur : Voy'[el]
Nombre de pages : 244 (en version numérique)

Après sept années passées au Nouveau Monde, le Pacifieur Impérial Arthorius revient à Rome avec, dans ses bagages, un colis bien embarrassant : une plume étrange qui jette le discrédit sur une des figures majeures de l’Empire Romain Millénaire : La Déesse Athéna, elle même.
Arthorius se trouve alors plongé, malgré lui, au centre des intrigues olympiennes dans une enquête qui le conduira jusqu’à la Frontière, au cœur des Montagnes Rocheuses.
Au fil de son voyage rien ne lui sera épargné, ni les courses poursuites avec les gangs de Néo Rhodes, ni les fusillades avec les tribus indiennes, pas même la compagnie de Dom, un faune vétéran de la légion, adepte du sarcasme à outrance.

Vous aimerez :
- le point uchronique choisi (hyper original !)
- y découvrir un steampunk qui ne soit pas victorien (ça change !)
- l'humour omniprésent (mais pas envahissant)
- le style, très léché

Vous n'y trouverez pas :
- des personnages très proches du lecteurs
- une intrigue au rythme régulier
- de sentiments/d'introspections

Mon avis ?
Cela faisait un moment que cette fameuse plume ne narguait depuis ma liseuse et, tout récemment, j'ai répondu à son appel... ce roman m'intriguait principalement à cause de l'aire culturelle choisie pour développer le steampunk. On est très habitués au steampunk victorien, avec Sa Majesté Victoria, etc. Ici... on en est bieeeen loin ! Au contraire, on plonge dans un steampunk antique, très mélangé, où l'empire romain côtoie le nouveau monde amérindien. On croise des Hoplites, une arène de combat, une Rôme au mieux de sa forme, très populeuse et vivante... l'univers est un vrai régal pour le lecteur, il fourmille d'inventions folles, loufoques, mais aussi de personnages aux origines variées, plus ou moins bariolés... un régal pour les yeux ! Chaque page recèle une surprise à la sauce steam, ou d'un indice quant au point d'uchronie choisi par l'auteur...

Ce point d'uchronie, justement, n'est jamais évoqué clairement, mais j'ai si j'ai bien suivi le jeu de piste lancé par l'auteur dès le premier chapitre, je *crois* qu'il s'agit de la guerre de Troie. Guerre de Troie dont nous profitons d'un récit conté au milieu du roman, un de mes passages préférés ! J'ai adoré cette revisitation du mythe, qui commence de façon très classique, presque réelle, avant de plonger dans l'uchronie la plus totale avec l'intervention des Amazones et autres peuples. Vraiment génial ! Je suppose, du coup, que l'expression "cheval de Troie" n'existe pas dans cet univers... vu que l'événement n'a jamais eu lieu, si je me souviens bien de ma lecture ;-)

L'univers est donc le gros point fort de ce roman, son pilier pourrait-on dire. Pour le reste... j'avoue être plus mitigée.
Tout d'abord, je n'ai pas accroché aux personnages. Mis à part le satyre Dom, qui est l'acolyte du héros et qui n'a pas la langue dans sa poche, je les ai trouvé assez "uniformes", dans le sens où l'on explore qu'une seule facette d'eux et que l'auteur n'approfondit pas. J'aimais beaucoup Artorius au début, le héros, mais au final je l'ai trouvé un peu lisse. Trop parfait, trop militaire. En fait, ce qui manque à ces personnages, c'est un peu d'émotions, un supplément d'âme que seul Dom semble posséder, puisqu'il est le seul à avoir... des défauts ! Des défauts qui l'ont rendu humain, attachant à mes yeux.
D'autre part, si l'intrigue est excellente, sa mise en place m'a laissée songeuse. Je l'ai trouvée présentée de manière assez décousue : certains éléments auraient mérités d'être présentés plus tôt, d'autre plus tard... sans tomber dans l'analyse structurelle, c'est ainsi que je l'ai ressenti.
 
Donc voilà, je suis un peu partagée sur ce roman : il est d'excellente facture, super bien écrit, très drôle, avec un univers hyper approfondi... peut-être même trop présent par moments, au détriment du rythme de l'intrigue, c'est ça en fait qui m'a gênée le plus. Et qui fait que l'intrigue a un aspect décousu. De même, les personnages sont un peu "noyés" dans cet univers gigantesque et fantastique. En fait, je crois que si le roman avait eu une centaine de pages de plus, les personnages auraient pu avoir plus de place pour s'exprimer, et l'intrigue pour se déployer.

Au final, j'ai plutôt aimé, et ce que je retiendrai surtout de ce livre, c'est la minutie avec laquelle l'auteur a su créer son univers steampunk et le développer, à bien des niveaux, tant sociaux, religieux, économiques et militaires. Un exemple à suivre en termes d'univers steampunk !

jeudi 8 mai 2014

[Collectif] En-Dessous

Titre : En-Dessous

Auteur : Dirigé par Estelle Faye, présence de nouvelles de Tepthida Day, Fabien Clavel, Johan Scipion, Laurent Salipante, Sylvain Johnson, Guillaume Mézin, Anthelme Hauchecorne, Thomas C. Durand, Raphaël Boudin, Olivier Boile.
Editeur : Parchemins & Traverses
Nombre de pages : 280

Qu'est-ce qui se trame sous nos pieds ?
Pour sa neuvième anthologie, Parchemins et Traverses cède à l'ivresse des profondeurs, plonge aux tréfonds des abysses, explore les souterrains et entrailles de nos villes, et sonde les mystères des civilisations englouties.
Dix auteurs, dix nouvelles entre les jungles d'Asie et les glaces du Grand Nord, les chemins du Moyen-âge et la banlieue parisienne...
Sur les traces d'Ambre la punkette et de son prince sanguinole, de Minos le mineur d'après l'Apocalypse ou encore d'Anguta, le passeur du monde des morts....

Vous aimerez :
- explorer les différents niveaux des entrailles terrestres
- la variété des styles
- l'extrême élégance de l'anthologie

Vous n'y trouverez pas :
- de nouvelles spécialement optimistes
- d'autres planètes que la nôtre !

Mon avis ?
J'ai beaucoup aimé cette anthologie, et ce, sur bien des aspects !
Je voudrais d'abord saluer le travail éditorial extrêmement soigné, entre la magnifique couverture et les multiples illustrations intérieures en noir et blanc, sans compter la maquette très claire et très propre... c'est vraiment un bel objet ! Il nous met directement dans l'ambiance, je le trouve vraiment superbe. ^^
Au-delà de l'apparence, qu'y a-t-il là-dessous, derrière cette couv ? (oui, bon, je devais la faire celle-là !) Des nouvelles, donc, au nombre de huit si je me souviens bien. Mis à part deux titres auxquels je n'ai pas du tout accroché, non pour des raisons de qualité littéraire mais bel et bien de goût personnel, j'ai adoré !! Comme l'antho est assez courte, je me permets un tour de table nouvelle par nouvelle :

* Revoir les étoiles, Tepthida Day : une nouvelle poétique, très douce et bien écrite. Nous sommes en Asie centrale, sur un chantier en pleine forêt, et l'un des travailleurs va tomber quelque part en-dessous, très au fond... pour découvrir un peuple fascinant inspiré des nagas. Je n'en dis pas plus. Sans être inoubliable, cette nouvelle m'a fait passer un très bon moment de lecture et constitue une excellente ouverture !

* Cénotaphe, Fabien Clavel : l'écriture de Fabien Clavel est comme toujours un régal. Sa nouvelle repose sur la notion de terre et de souvenir, le "dessous" étant aussi bien physique que mental, ou métaphysique, puisqu'il représente à la fois la terre nourricière de l'enfance, mais aussi celle à laquelle nous reviendrons dans bien des années (enfin, je l'espère !). Un peu déprimante, mais très belle, avec une charge symbolique puissante !

* Le Terrier, Johan Scipion : une nouvelle qui reprend le thème d'Alice et du lapin blanc (il en fallait bien une ^^), et que j'ai moyennement aimé, pas pour l'écriture ou le scénario, qui sont tout deux très bien travaillés, mais parce que l'émotion du texte ne m'a pas touchée. Je me suis énervée toute seule car j'ai adoré les premières pages mais, ensuite, je n'ai pas réussi à rentrer dans le texte. Dommage ! :/

* Le Système d'Extinction, Laurent Salipante : on explore les grands fonds marins, un thème que j'adore ! Nous suivons deux aventures : l'une est humaine, contemporaine, et marche dans les pas d'un explorateur-biologiste qui découvre dans les abysses les traces d'une civilisation trop ancienne pour y croire... quant à l'autre, il s'agit d'un des représentants de cette espèce, éteinte depuis une grande catastrophe. Les destins croisés sont émouvants, et la nouvelle très bien construite !

* Dans la merde jusqu'au cou, Sylvain Johnson : tout commençait bien, jusqu'à ce que le personnage tombe littéralement dans une fosse sceptique... et que je n'en vienne à avoir mal au cœur ! Ce qu'on peut dire c'est que l'auteur sait faire des descriptions évocatrices et vraiment peu ragoûtantes. Un texte difficile à lire à cause de son atmosphère délétère et étouffante, ce qui m'a presque fait passer à côté du texte, mais à la chute vraiment bien trouvée !

* La Marche des Endogés, Guillaume Mézin : un texte qui avait tout pour me plaire : des références mythologiques, un monde post-apo, un couple de personnages qui remontent vers la surface en traversant les différentes strates, et des trouvailles stylistiques superbes... mais voilà : le texte est pour moi bien trop long, trop lent, et dès la moitié j'ai commencé à m'ennuyer... il aurait selon moi mérité d'être plus court pour être plus percutant. Après, c'est une question de goût, j'en ai bien conscience...

* Le Roi d'Automne, Anthelme Hauchecorne : aaaah, cette nouvelle ! LE gros COUP DE CŒUR ! Juste gé-niale ! Ça se passe dans les entrailles de la ville d'Arras, dans les boves, et ensuite dans le royaume souterrain du Sidh, là où crèchent les fées ! Bien entendu, tout ça se passe une nuit de Samain, sinon ça n'aurait aucun intérêt pour les deux humains perdus, héritiers d'une société secrète, qui doivent passer leur épreuve d'initiation et ramener un objet chacun du royaume Sidh ! Sauf que, voilà, tout n'est pas si simple qu'il y paraît... un texte qui joue sur les apparence, sur les multiples dimensions du "dessous", à la fois physique, sémantique, symbolique, etc. Il y a tout dans ce texte ! Le style, la force évocatrice, la poésie, l'univers déployé extrêmement intéressant, l'humour, les personnages attachants, le rythme... wow, wow, wow ! La nouvelle est longue, la plus longue du recueil, mais on ne s'ennuie pas une seule seconde ! En plus, j'ai découvert grâce à la bio de l'auteur que ce texte appartient à l'univers d'Âmes de Verre, un roman de l'auteur qui est dans ma PAL depuis quasiment un an... bon ben on va le sortir de là-dessous, hein ! ;-)

* Ascendance, Thomas C. Durand : une nouvelle en apparence classique, qui se révèle bien plus profonde que ne le laissent présager les premières pages ! L'auteur a su renouveller avec beaucoup d'inventivité et de rythme le mythe de la quête de la surface. Cette chute... ah la la, je ne l'ai pas vue venir, et j'ai adoré ! Une plume que je découvre et que je suivrai avec beaucoup d'intérêt.

* L'Appel de Sirannon, Raphaël Boudin : Ce texte rejoint malheureusement le rang de ceux qui n'ont pas su m'accrocher... il s'agit plus ou moins d'un pastiche lovecraftien, et je crois qu'ici, c'est le format choisi qui m'a déstabilisée et perdue, ainsi que les bien trop longues phrases et l'humour auquel je n'ai pas vraiment adhéré (il reposait sur l'hyperbole, si j'ai bien compris, et malheureusement ce n'est pas ce genre d'humour qui me fait rire :/). Un pari risqué de la part de l'auteur, mais la sauce n'a pas pris avec moi ! Dommage :(

* Le Cueilleur de Morts, Olivier Boile : l'antho s'ouvrait tout en poésie... et se referme de même. Un texte glacé, où souffle le vent de l'éternité, quelque part entre Adlivun et le monde des vivants. Une mythologie rarement exploitée, celle des Inuits, et ici mise en scène avec beaucoup de sensibilité et de beauté. Un texte que j'ai adoré, et dont le souvenir perdurera longtemps grâce à son ambiance si particulière.

En résumé, En-Dessous est une très bonne anthologie : bien pensée, bien faite, très équilibrée, qui ne se répète pas... une réussite ! Et en plus il y en a pour tous les goûts - c'est peut-être ce qui fait que j'ai moins aimé certains textes que d'autres. Le niveau est excellent d'un bout à l'autre, que les auteurs se rassurent ! Certaines nouvelles valent le détour rien que pour elles seules. Je pense notamment au Roi d'Automne ou au Cueilleur de Morts, mais aussi le Système d'Extinction dans un autre genre.
Les genres sont très variés, je regrette simplement l'absence de SF, c'est dommage, il y aurait eu pleine de choses à faire sur le thème de l'exploration spatiale minière, etc. Mais c'est pas très grave, car l'antho est vraiment bien équilibrée telle qu'elle est !

Une plongée sous la surface, loin dans le murmure des mots, au fond des royaumes engloutis de terre et d'eau... une anthologie que je vous recommande chaudement !

dimanche 13 avril 2014

[Alex Evans] La Chasseuse de Livres

Titre : La Chasseuse de Livres
Auteur : Alex Evans
Editeur : Walrus Books
Nombre de pages : ~64
Numérique uniquement. Dispo ici (sans DRM et pour 2€99 seulement).

Cassandra est une étudiante un peu particulière : héritière de l'antique famille royale des Galata, la jeune princesse prépare une thèse de Magie à l'université. Passant en revue les grimoires les plus vénérables et les plus prestigieux, l'académicienne mène une vie rangée et, pour tout dire, un peu ennuyeuse : elle rêve par-dessus tout d'aller sur le terrain et de devenir enfin Chasseuse de livres. Car la Magie a beau avoir déserté le pays depuis quatre siècles, certains nostalgiques des arts occultes semblent convaincus que l'énergie mystique est sur le point de reparaître. Mais les évènements prennent une tournure inattendue le jour où la jeune érudite reçoit une invitation pour une soirée à la Fondation des Sciences Occultes. La vénérable Tamora Caton a en effet une mission à lui confier : retrouver le mythique "L'Appel des Anciens", plus qu'un livre, une légende des arts magiques et une source de pouvoirs terribles pour celui qui mettra la main dessus. L'occasion est trop belle. Mais l'étudiante n'imagine pas encore que son chemin sera parsemé d'embuches et dépassera de loin sa simple curiosité scientifique. Dans l'ombre, les convoitises s'aiguisent.
Dans un monde mêlant légendes bibliophiles et steampunk assumé, Alex Evans nous offre une novella riche en rebondissements, en personnages passionnés et en atmosphères dépaysantes, et ouvre une porte sur un univers bouillonnant où magie et ambition ne font pas toujours bon ménage.

Vous aimerez :
- la subtile imprégnation steampunk
- l'univers très approfondi
- le contexte étudiant
- la force évocatrice de l'écriture

Vous n'y trouverez pas :
- des personnages très développés
- une fin conclusive
- de réponses à toutes vos questions

Mon avis ?
Après la grosse intégrale de TOXIC chez le même éditeur, je me suis lancée dans un format numérique très court : une novella à volume unique (du moins a priori, même si j'ai vu sur internet qu'une suite était potentiellement en préparation, yesss !).

J'ai beaucoup aimé cette novella et, pour vous dire, c'est pas passé loin du coup de cœur ! On est dès la première ligne étonnés : par le style, d'une part, qui est clair, vif et précis ; par le personnage principal, d'autre part, qui est une jeune doctorante en pleine rédaction de thèse, un métier rarement représenté en littérature ! ; par l'univers, enfin, dont la richesse nous saute aux yeux dès le premier paragraphe.
De ma part, du coup, ce furent trois "WOOOW !" à la suite. Cette première page lue, j'ai posé le roman pour aller me faire un thé, me prendre de quoi grignoter, et me poser dans un coin pour tout lire. D'un coup. Car j'étais sûre de ne pas être capable de le lâcher avant le mot "fin", et, vous savez quoi ? Eh bien j'ai eu raison ^^

Le suspens ne tient pas tant à l'intrigue et aux motivations des personnages (qui sont plutôt transparentes, à vrai dire) qu'à l'exploration de l'univers, un véritable personnage à part entière. Alex Evans a le don de vous dépeindre le plus complexe des objets en quelques mots : avec une métaphore et une impression, elle vous ouvre un monde de sensations étonnantes, d'items magiques, d'objets magnifiques et de pierres précieuses mystérieuses... c'est un monde qui sent la magie, où les poignées de porte sont cuivrées, où les meubles sont voluptueux et délicieusement vétustes à la fois, où le steam flotte dans l'air et où le côté "victorien décalé" vous surprend à chaque coin de rue... une véritable réussite, à ce niveau-là, j'ai vraiment été époustouflée par la force évocatrice de la plume d'Alex Evans ! J'avais déjà remarqué ce talent, chez elle, dans une nouvelle à l'unité publiée chez le même éditeur. Mais là, je vous le confirme : il y a quelque chose, dans son écriture, qui est fort, évocateur, quelque chose qui renforce votre imaginaire sans pour autant l'enfermer dans des descriptions trop précises... bref, elle est super forte !

L'écriture et l'univers sont donc les points forts de cette novella. En revanche, j'ai constaté une légère faiblesse du côté des personnages, dont les motivations sont à la fois trop claires dès le départ, et dont les caractères sont, paradoxalement, très peu développés. Ils auraient mérité un peu plus d'épaisseur à mon sens car, mis à part l'héroïne qui est assez surprenante et très attachante, les autres font un peu carton-pâte. Cela étant, en si peu de pages, difficile de parvenir à un équilibre parfait entre intrigue, univers et personnages...

Autre chose qui aurait mérité un approfondissement : la fin !
Aaaah, cette fin ! Si elle n'avait pas été si courte et si brutale, je crois que cette novella aurait gagné le rang du coup de coeur malgré ses personnages un peu léger - car d'une certaine façon, cela participe au charme du texte. Mais là, cette fin... elle n'est pas conclusive du tout, on a l'impression d'avoir arrêté le texte en cours de route et qu'il y manque des pages, que quelqu'un a coupé au milieu d'une phrase... bref, trop brutal.
Cela étant, ça donne un goût de "revenez-y vite"...

En conclusion, La Chasseuse de Livres est une novella étonnante par son univers steampunk à la fois très présent et très discret, un paradoxe qu'on ne peut qu'échouer à décrire : il faudra le lire pour le comprendre ;-) Le style, aussi fluide que travaillé, ravira les amateurs de beaux écrits aux formules inventives.
A conseiller très chaudement aux amateurs du genre, tant qu'ils sont prévenus que le format est très court et que les événements s'enchaînent à un rythme très, très soutenu :-)

lundi 17 mars 2014

[Corinne Guitteaud] Les Hibraines S01E02

Titre : Les Hibraines – épisode 2 : Isis
Auteur : Corinne Guitteaud
Editeur : Voy'el - e-courts
Nombre de pages : ~90 pages
Uniquement en numérique ! Disponible sur Immatériel à 0€99.
Pria Naruh découvre en même temps que notre monde à quel point nous avons oublié notre histoire et effacé de notre mémoire le formidable héritage des Hibraines. Avec l’aide d’Idris Bregan, toujours à la recherche des derniers artefacts de son peuple, elle se rend en Egypte où ses pouvoirs se réveillent de manière spectaculaire. Cela suffira-t-il à contrer la menace des Suzerains ? Leurs fidèles serviteurs ont prévenu Pria Naruh et tous ceux qui voudraient les aider : « Les Anges veulent votre mort. »

Vous aimerez :
- le changement de narrateur
- le style fluide
- les paradoxes temporels
- le mélange des mythologies
- le côté science-fantasy

Vous n'y trouverez pas :
- de grandes batailles spatiales
- des personnages hyper développés
Mon avis ?
Après un premier épisode hyper immersif, c'est avec grand plaisir que j'ai replongé dans l'univers des Hibraines, cette fois du point de vue de Pria, un personnage qui apparaît dans l'épisode 1 mais dont on n'entrevoit au final que très peu du passé et des motivations. J'ai beaucoup aimé sa voix narrative, elle dégage quelque chose de doux, d'un peu désespéré aussi, plus introspectif que le narrateur du premier épisode.

Bon, par contre, je n'aurais pas été contre un petit "résumé de l'épisode précédent" pour raccrocher les wagons, ou un début qui facilite davantage la tâche au lecteur, car sincèrement, aux premières pages, j'étais un peu perdue. Je gardais un souvenir assez clair des événements de l'épisode précédent, du fil rouge et des personnages, mais certains rappels m'ont vraiment manqué. J'étais un peu perdue.

Heureusement, l'intrigue de cet épisode 2 prend peu à peu son envol et, si on tourne autour du même gros fil rouge (aka les voyages dans le temps, les paradoxes temporels et la fameuse grande Réunion des deux Terres parallèles), on plonge ici dans une toute autre mythologie. Les Hibraines y ont toujours un grand rôle, preuve qu'ils imprègnent vraiment notre histoire et notre culture à tous ses niveaux. C'est d'ailleurs encore une fois une réussite totale, sur ce point-là. Cette fois-ci, on explore le mythe d'Isis et Osiris, avec leur ennemi Seth, qui étaient en fait des Hibraines. Les "morceaux" du corps d'Osiris, qu'Iris est censée ramasser pour ramener Osiris à la vie dans le mythe originel, sont en fait une métaphore pour parler de leur descendant commun. Mais aussi une vraie mission : les morceaux d'orichalque dont il est fait mention au premier épisode appartenaient à Osiris et constituaient en fait... son armure !! Bien entendu, les personnages vont s'intéresser de près à cette armure... car Pria, la narratrice, est liée à Isis et revit certains épisodes de sa vie qui vont lui faire comprendre à quel point l'armure est importante.

L'orichalque, métal mystérieux au sujet duquel on en sait un peu plus désormais. L'auteur lui donne des propriétés aussi étonnantes qu'inquiétantes et, sincèrement, ce métal fait plutôt peur ! Plutôt que de s'émerveiller devant son pouvoir, l'auteur fait en sorte de nous apprendre à le craindre, et elle y réussit plutôt bien, provoquant une ambiance teintée d'angoisse qui constitue le principal ressors du suspens de cet épisode.

Difficile d'en dire davantage sans vous spoiler... on y retrouve les bons ingrédients de l'épisode 1, des personnages récurrents s'annoncent, de nouveaux mystères s'invitent, d'autres s'épaississent... et l'univers déjà fort bien développé de l'épisode 1 devient encore plus dense et plus passionnant !

Bref : vivement l'épisode 3 ! Il paraît qu'il arrive en mai. Le rendez-vous est d'ores et déjà pris.

dimanche 16 février 2014

[Marilou Aznar] Lune Mauve 3

Titre : Lune Mauve, tome 3 : L'affranchie
Auteur : Marilou Aznar
Éditeur : Casterman
Nombre de pages : 416
 
La suite du fabuleux destin de Séléné, lycéenne ordinaire et touchante, qui assume avec courage l'héritage d'une mère venue d'ailleurs...

Séléné Savel a découvert à la suite d'une série d'événements dramatiques que sa mère mystérieusement disparue, Iris, venait d'ailleurs : un monde parallèle, Viridan, où une ancienne civilisation mésopotamienne s'est perpétuée, sous l'influence d'une lune intelligente adorée comme une divinité.
Après avoir vécu sur les deux mondes - Viridian et la Terre - bien des aventures qui lui ont valu une maturité nouvelle, Séléné pense reprendre normalement sa vie de lycéenne et se consacrer à sa relation avec Thomas, le musicien dont elle est amoureuse. Mais sa rivalité toujours vivace avec sa cousine Alexia la conduit à comprendre que ses ennemis, les sectateurs de Marduk, sont toujours actifs. Leur objectif : mettre la main sur la Foudre, une arme si puissante qu'elle pourrait mettre en danger la population des deux planètes.
Amenée La mort dans l'âme à rompre avec Thomas, Séléné se résout à reprendre la lutte, avec le concours inattendu de son père. Il faut absolument empêcher que la Foudre tombe entre de mauvaises mains. Quitte, elle en a bien conscience, à y sacrifier sa propre vie...

Vous aimerez :
- les personnages nombreux et très développés
- la montée très progressive du fantastique
- le style immersif

Vous n'y trouverez pas :
- de la fantasy d'emblée de jeu
- des pouvoirs magiques à gogo

Mon avis ?
Avec ce troisième tome, Marilou Aznar a su frapper encore plus fort et plus haut que les deux tomes précédents !

Déjà, d'entre de jeu, on retrouve l'écriture, l'univers et les personnages comme de vieux amis – ou des pantoufles particulièrement confortables qui nous ont vraiment, vraiment manquées. Oui, bon, la dernière comparaison n'est pas très flatteuse, mais je vous assure que c'est l'effet que ça fait : on se sent comme chez soi ! Les retrouvailles avec l'univers sont tout à fait naturelles, faciles, et on s'aperçoit à peine que, oh, ah ben tiens, j'ai déjà dépassé la page 100 ^^

On est vite happés, donc, avec encore plus d'efficacité que les tomes précédents. D'autant plus que l'intrigue démarre très vite. Et comment ne pas être intrigué... dès le début, on se demande pourquoi Alexia agit de manière si bizarre (du type à organiser une fête d'Halloween avec une VRAIE tête de bouc tranchée dans la déco, ahem). Et puis, elle, faire la paix avec Séléné ? Y a anguille sous roche, et, même, baleine sous gravillon !!
Alexia, LE gros point fort de ce tome 2 : mystérieuse, évanescente, discrète et... changée ! Mademoiselle aurait-elle été à ce point affectée par sa mésaventure en fin de tome 2 ? Mais à quel point et... comment ? C'est tout le sel de ce tome 3 et, franchement, les indices semés m'ont complètement troublée, frustrée, et je ne savais pas sur quel pied danser, jusqu'à la révélation finale : et quel final !!

L'autre gros point fort de ce tome 3, justement, c'est le dynamisme de ses scènes. On voyage, beaucoup : de Viridan sur Terre à Viridan dans la mer, de Paris à Tokyo (une belle surprise pour la fan de Japon en moi ^^), du Louvre au lycée... les décors varient énormément et tout s'enchaîne. On explore l'univers est de Lune Mauve, et des personnages de notre réalité, notamment la carrière de Thomas aussi. A ce propos, on voit bien que Marilou Aznar a bel et bien bossé dans la musique, car ce qu'elle écrit sonne "vrai", pas cliché, et c'est vraiment super intéressant.

D'autre part, sinon, j'avoue avoir été absolument fascinée par l'exploration minutieuse et subtile de la mythologie à la fois réelle et inventée par l'auteur, une mythologie délicatement entrelacée au récit, qui ne nous assomme jamais. C'est bien dosé. Et on apprend plein de choses : attendez-vous à ce que beaucoup des questions que vous vous posiez au tome 1 trouvent une réponse, sur le plan du fond mythologique ! J'avoue que si l'auteur avait encore prolongé le suspens, j'aurais été pas mal déçue car trop frustrée... mais là, elle a su jouer avec nos nerfs et révéler le tout pile au bon moment. Sadique, mais douée, l'auteur ! ;-)

Non franchement, j'ai été entièrement conquise par ce troisième tome. Que ce soit par l'évolution des personnages, l'imbrication mythologie/action, ou les différents décors traversés... c'est superbe ! Un véritable coup de coeur, de la première à la dernière page, qui restera longtemps gravé dans ma mémoire de lectrice.

Vivement le tome suivant, bien entendu !!!
Et merci aux éditions Casterman de m'avoir fait découvrir la série avec le tome 1 offert, et de m'avoir renouvelé sa confiance avec ce tome 3. :-)

dimanche 9 février 2014

[Jacques Fuentealba] Emile Delcroix et l'Ombre sur Paris

Titre : Emile Delcroix et l'ombre sur Paris
Auteur : Jacques Fuentealba
Editeur : Walrus Books (dispo sur Immatériel)
Nombre de pages : 350
    1863, dans un Paris peuplé de créatures fantastiques et de machines extraordinaires.
    Émile Delcroix est un jeune étudiant aux Beaux-Arsestranges  animé de deux passions, l’une Artistique, l’autre personnelle. D’un côté il tente depuis des mois d’extirper du papier sa Muse, quintessence de son Talent et de son Inspiration. De l’autre il y a Floriane, cette splendide Actrice aux cheveux émeraude dont il est épris. Mais les choses changent le jour où Émile se fait voler sa Muse nouvellement née par un sombre et mystérieux personnage.

    Des catacombes à la Cour Chthonienne, des passages secrets de la Sorbonne aux toits de la capitale, le jeune Artiste n’aura de cesse de la retrouver. Mais pendant ce temps, une ombre s’étend sur Paris : une sourde menace approche…

    Vous aimerez :
    - lire un récit à la croisée des genres
    - les arsestranges et leur académie
    - l'utilisation des couleurs

    Vous n'y trouverez pas :
    - des personnages ultra développés
    - un récit linéaire
    - un style parfaitement abouti

    Mon avis ?
    Présenté comme un roman steampunk, Emile Delcroix est pourtant tout aussi bien parent d'Harry Potter avec son merveilleux fantasy, que d'Indiana Jones pour son petit côté pulp et aventure ! Un vrai cocktail littéraire, épicé, surprenant, qui fourmille de bonnes idées. Parmi elles, par exemple, la création d'une Muse par un Artiste ! J'ai beaucoup aimé l'idée que ce soit l'Artiste qui soit à l'origine de la Muse, et non l'inverse. Je n'aime en effet pas l'idée selon laquelle l'Artiste n'est que le réceptacle de quelque puissance supérieure divine inspirante, et non son propre moteur. Du coup, j'ai adhéré puissance mille au retournement de ce cliché par Jacques Fuentealba. La scène où Emile crée sa muse est d'ailleurs étonnante, éprouvante pour lui et magique pour nous, une grande réussite !

    L'utilisation des couleurs comme magie à part entière est également une belle trouvaille : ah, ce rouge sang de Valachie et ses propriétés surprenantes ! Et toutes ces autres nuances pleines de surprises. Le Paris d'Emile Delcroix foisonne de pépites de ce genre, c'est un vrai bonheur que de les découvrir. On se sent un peu comme un touriste curieux, à qui se dévoilent mille merveilles !

    Un roman foisonnant, donc, au sein duquel on se perd parfois un peu. Il y a beaucoup de personnages, qui manquent parfois de caractérisation et/ou de profondeur psychologique : c'est malheureusement souvent le cas dans les récits où l'univers est original et prend peu ou prou l'ampleur et la place d'un personnage principal.  De même, j'ai trouvé que le style manquait de maturité, ce qui occasionne parfois quelques incompréhensions, à cause de passages flous. Néanmoins, cela ne m'a guère ralentie dans ma lecture (c'est surtout mon emploi du temps bizarre de ces dernières semaines qui m'a empêchée d'avancer comme je le voulais !)

    Nouvelliste accompli, Jacques Fuentealba signe ici un premier roman de bonne facture, qui mérite largement qu'on s'y attarde : amateur d'aventure, de steampunk, d'arts en tous genres et de magie farfelue, vous y trouverez sûrement votre compte ! Moi, en tout cas, en dépit des deux défauts cités ci-dessus, je ne me suis pas ennuyée un seul instant. Je suis curieuse de découvrir le prochain roman de ce nouvelliste de nombreuses fois confirmé.

    vendredi 17 janvier 2014

    [Corinne Guitteaud] Les Hibraines S01E01

    Titre : Les Hibraines – Viracocha
    Auteur : Corinne Guitteaud
    Editeur : Voy'el - e-courts
    Nombre de pages : ~80 pages
    Uniquement en numérique ! Disponible sur Immatériel à 0€99.
    Au cours de sa mission autour de la Lune, Stéphane Mancenay, pilote du Kon-Tiki, voit la Terre disparaître sous ses yeux pendant de longues minutes. Quand elle réapparaît enfin, plus rien n’est comme avant. Son vaisseau se pose sur un monde à la fois étrange et familier, dont les habitants réagissent avec crainte à son arrivée parmi eux. En effet, celui qu’on surnomme bientôt Viracocha, annonce le retour d’un très ancien peuple et l’avènement à la fois espéré et redouté de la Grande Réunion.

    Vous aimerez :
    - la première scène, impressionnante !
    - le style fluide
    - les paradoxes temporels
    - le mélange des mythologies
    - le côté science-fantasy

    Vous n'y trouverez pas :
    - de grandes batailles spatiales
    - des personnages hyper développés

    Mon avis ?
    Corinne Guitteaud est une auteur de talent, une auteur confirmée, et ça se sent dès les premières lignes : on est immédiatement plongé dans l'ambiance, aux côtés de Stéphane, pilote du Kon-Tiki, qui va bientôt passer de l'autre côté de la lune... sauf qu'au moment où il ressort de l'ombre de l'astre lunaire, rien n'est plus pareil : la Terre est prise de convulsions, et l'univers change. L'immense ascenseur spatial chinois (oui oui ^^) est presque entièrement détruit, ne restent plus que ses décombres pour témoigner de l'ancienne Terre. Et Stéphane, qui n'a plus aucun contact radio avec la terre, pourtant bien présente à nouveau mais... différente.

    Le lien entre ces deux mondes ? Le peuple des Hibraines, dont les racines plongent autant du côté des mayas que des incas, jusque dans le mythe de l'Atlantide ! La férue de mythologie que je suis a adoré sauter d'une civilisation à l'autre, de voir ces ponts se construire entre les différents mythes. Corinne Guitteaud prend beaucoup de libertés à ce niveau-là, mais sans jamais dénaturer les mythes eux-mêmes. J'adore la façon dont elle a entrelacé les différents mythes mondiaux, qu'ils soient païens ou non. On y retrouve un peu de cette belle idée développée par Joseph Campbell dans Le héros aux mille visages : l'idée que les mythes sont mondiaux, sans religions, qu'ils sont présents dans toutes les cultures, sous différentes formes, mais toujours les mêmes.

    Je ne peux guère en dire plus sur les mythes invoqués dans ce premier épisode sans vous gâcher le plaisir de lecture. Alors je vais me pencher sur les personnages, Stéphane, notre terrien, notamment, dont nous suivons les aventures. C'est lui le lien entre les deux mondes, lui qui enquête sur les Hibraines puis tente de sauver la Terre de sa future extinction : car en passant de l'autre côté de la lune, il est devenu l'unique rescapé d'un cataclysme terrible, provoqué par ces habitants de l'autre monde, sur lequel il a atterri ensuite. Ce fameux cataclysme n'étant autre que la Grande Réunion entre les deux mondes, dont il est question dans le résumé... une Réunion ratée, vous le devinez, puisqu'une des planètes a été anéantie. Oops ^^"

    C'est un personnage intéressant, le plus développé d'entre tous, attachant dès le premier abord. Il manque peut-être un peu de profondeur car on en sait très peu sur son passé. Il faut dire qu'avec tout ce qui lui tombe dessus, difficile pour lui de prendre deux secondes pour réfléchir. Il ne peut que se concentrer sur le présent. De même, le format même empêche l'auteur de trop s’appesantir : les séries sont ainsi faites (mais peut-être que bientôt je trouverai une série qui démentira ce propos, et j'espère bien d'ailleurs être prise en défaut sur ce point ^^). Néanmoins, cela n'empêche pas du tout d'apprécier le voyage... 

    Le voyage ? Non... les voyages. Dans le temps, dans l'espace. Et au-delà des cultures, vers la rivière murmurante des mythes originels. Et si vous voulez en savoir plus sur ces Hibraines qui seraient à l'origine de presque tout... n'hésitez pas, plongez ! Vous ne le regretterez pas ;-)

    Entre science-fiction et fantasy, entre hyper-technologie et mythologie, ce premier épisode d'une série inclassable et originale m'a vraiment émue, touchée et convaincue. Je suis ravie que le deuxième épisode soit déjà disponible, nul doute qu'il sera mon prochain achat numérique ! ^^

    mardi 7 janvier 2014

    [Hervé Jubert] Magies secrètes 2

    Titre : Magies secrètes, tome 2 : Le Tournoi des Ombres
    Auteur : Hervé Jubert
    Editeur : Pré aux Clercs, collection Pandore
    Nombre de pages : 336

    « On ne peut éliminer l'impossible pour trouver la Vérité. »

    Novembre à New London. Georges Beauregard, l'ingénieur mage, y est envoyé en compagnie de Jeanne, son assistante, pour sécuriser la venue d'Obéron III et de l'impératrice Titania. Au terme d'une semaine de festivités, le tunnel sous le détroit sera inauguré. Beauregard travaillera avec John Dee, le psychomancien de la reine Victoria.
    Alors que les souverains respectent le programme, le smog s'abat sur la ville. Trois entités insaisissables en profitent pour massacrer des innocents par centaines que l'on retrouve dans des cocons de soie. Dee et Beauregard parviennent à identifier les Parques, évadées du Mont Tombe et à les neutraliser.
    Mais les soeurs du Temps n'étaient qu'un leurre. Le véritable ennemi s'apprête à frapper l'Empire. Il s'agit d'un enfant. Et il est porté par la colère.


    Vous aimerez :
    - l'extrême finesse du style
    - Sherlock Holmes façon James Bond
    - découvrir New London
    - en apprendre plus sur les personnages

    Vous n'y trouverez pas :
    - un style facile d'accès
    - autant de notes de bas de page que dans le tome 1 !!

    Mon avis ?
    J'avais beaucoup aimé le premier volume de Magies Secrètes, et c'est avec délices que j'ai replongé dans l'univers fouillé d'Hervé Jubert. Première constatation : exit les (nombreuses) notes de bas de pages qui bloquaient notre avancée dans la lecture ! Les informations et anecdotes sont toutes incluses directement dans le récit, et si on y gagne en fluidité, j'ai trouvé qu'on y perdait en effet humoristique, car j'aimais bien ces petits arrêts intempestifs, moi... il y en avait certes beaucoup trop au tome 1, mais de là à supprimer presque toutes les notes de bas de page sauf celles à but purement informatif... bref, j'aurais préféré un juste milieu ^^

    Je râle, je râle, mais vous me connaissez... quand je commence par le mauvais, dans une chronique, c'est que j'ai généralement peu de mal à dire par la suite ;-)

    Bon, donc, reprenons. Ce roman est tip-top, aussi bien que le premier, avec qualités et défauts inclus. C'est-à-dire qu'on y retrouve le fourmillement d'idées loufoques et de mélanges improbables, quantité de mythes qui se croisent et se cognent, avec l'écriture à la fois fluide et dense qui caractérise si bien cette série ("touffu", disais-je dans ma chronique du tome 1), le tout parsemé de multiples références de tous horizons (qu'ils soient littéraires, légendaires, picturaux, télévisuels etc.) On y retrouve aussi notre duo préféré de la série, j'ai nommé Jeanne et Beauregard, qui encore une fois se laissent mener par le bout du nez par les événements, plutôt que de chercher à prendre l'ascendant sur eux. Ça me gêne toujours mais ça semble faire partie intégrante de la série, dans le genre "défaut assumé qui n'en est dès lors plus un mais une question de goût ma bonne dame", donc je m'y fais ^^

    Côté décor, on change d'air : direction New London, la capitale anglaise où les féériques sont intégrés à la population ! Chose impensable, pour l'empereur Obéron, mais il ne doit pas moins s'y rendre pour célébrer l'ouverture d'un certain tunnel à travers la Manche... et vu la réputation d'oppresseur qu'il se taille chez les féériques, l'ambiance est électrique à New London. Ça sent l'attentat ! Pour pallier à tous les risques, Beauregard est envoyé sur place en tant que chef de la sécurité (ou assimilé) et il travaille là avec un certain agent de la couronne, mélange improbable entre Sherlock Holmes et 007. Si si, l'auteur l'a fait, IL A OSE ! Personnellement, j'ai adoré, car le mélange est explosif et le personnage est à l'image de ses deux inspirations : génial mais insupportable ; grand séducteur ; présent sur tous les fronts ; patriote jusqu'à la mort... j'ai beaucoup aimé ce personnage !! J'espère qu'on en verra d'autres de son genre dans les prochains volumes (des réguliers cette fois, mais je vous dis pas pourquoi, faudra lire pour savoir ;p).

    Voilà... en résumé, c'est un excellent tome 2, en ce qu'il se hisse largement à la hauteur du tome 1 et même plus haut encore. Encore plus spirituel, encore plus haletant et encore plus intelligent ! Si vous avez aimé le tome 1, vous retrouverez dans ce tome 2 tout ce que vous aviez aimé alors, et bien plus encore ! Coup de cœur pour New London, ville pleine de charmes et de mystère, dont le fog m'a littéralement envoûtée, encore plus les vapeurs quelque peu toxiques de Sequana...

    jeudi 12 décembre 2013

    [Evelyne Simar] Le Manuscrit des Terres Mortes 1

    Titre : Le manuscrit des terres mortes, tome 1 : Les apprentis Héros
    Auteur : Evelyne Simar
    Editeur : Amalthée
    Nombre de pages : 238

    Alphard revient dans la ville des sorciers après un long séjour dans le monde d’en bas. Il y a découvert un manuscrit très ancien qu’il désire faire traduire par un ami, l’un des derniers à maîtriser la langue dans laquelle il est écrit.

    Lors de la traduction, le sortilège emprisonnant l’esprit d’une créature maléfique est brisé. Une vieille prophétie s’enclenche. Alphard ignore comment la contrer, car il lui manque une partie de la version. Il décide de confier quatre enfants, issus des quatre royaumes humains, à de grands maîtres afin qu’ils deviennent de puissants guerriers aux qualités particulières. Désormais, un lourd fardeau pèse sur les frêles épaules d’Ocamar, Altaros, Éridan et Menkar. Une dizaine d’années plus tard, l’heure est venue de les rassembler… 

    Vous aimerez :
    - la fluidité de l'écriture
    - la présence de nombreuses créatures magiques
    - l'excellent chapitre d'ouverture du roman !

    Vous n'y trouverez pas :
    - une intrigue resserrée
    - un rythme haletant

    Mon avis ?
    Très intriguée par l'anecdote centrale de ce livre, j'ai tout de suite accepté de le recevoir en service presse, d'ailleurs je voudrais remercier ici l'auteur et les éditions Amalthée pour leur confiance. L'anecdote centrale ? Le pouvoir des mots, littéralement, puisque lire un livre active un sortilège, libère un démon et met le monde en danger... ça m'a tout de suite plu et, franchement, j'étais curieuse de voir ce que ça donnait, surtout dans un registre jeunesse.

    J'ai adoré le début. Mais littéralement ! Voyez plutôt : nous suivons Alphard, jeune magicien de retour à Topaze, la ville des mages, littéralement suspendue dans le ciel. Une ville très étrange, limite loufoque, qu'on a vraiment envie de visiter. Suivre le personnage est un plaisir de tous les instants ; non seulement c'est un sympathique explorateur du monde d'en dessous, mais il est également plein de qualités. Le tout est porté par une une écriture fluide, pleine d'inventivité, notamment pour les noms d'objets magiques et autres inventions culinaires. Comme les pommes de ciel (ben oui, elles ne viennent pas d'en bas !). Bref, entre le contexte, le personnage et l'écriture, j'étais conquise !

    Mais, vous avez deviné, même si la suite s'est révélée tout à fait plaisante, ça n'a pas été le coup de coeur attendu. En fait, c'est simplement dû à un choix de l'auteur, parfaitement assumé au demeurant donc pas du tout un défaut en soi. Je n'y ai simplement pas adhéré : après nous avoir présenté Alphard, les merveilles de Topaze et tout le reste, la malédiction du livre cité dans le résumé se met en branle et soudain, au chapitre suivant, plus de cité magique, plus de magicien, on tombe dans un monde fantasy relativement classique. Pas dénué de magie, car on y croise brownie, centaures et autres fées, mais c'est plus classique, moins inattendu. Même si on retrouve le personnage d'Alphard par la suite, il est assez absent et j'ai été un peu déçue d'être arrachée à Topaze...

    Cela étant, le récit n'est pas dénué d'intérêt, bien au contraire. Nous suivons les aventures de quatre jeunes gens, tous spéciaux, destinés à contrecarrer les plans de l'esprit maléfique libéré par la lecture du livre maudit. A partir de là, l'intrigue prend un tournant relativement classique et un chouïa prévisible. C'était plaisant de suivre les quatre apprentis héros, qui ont vraiment des caractères marqués, différenciés, d'ailleurs je ne doute pas qu'un jeune lecteur s'attache à l'un ou à l'autre voire s'y identifie, car les personnages font des jeunes gens réalistes et donnent envie de s'attacher à eux.

    Néanmoins, s'il est souvent fait allusion à l'objet de leur quête, laquelle est menée par Alphard, en revanche il est rarement fait état des moyens concrets qu'ils vont mettre en œuvre pour y parvenir. Du coup, on a l'impression que les jeunes gens sont davantage en balade qu'en quête pour sauver le monde. Ils ne sont pas pour autant inactifs, bien loin de là, mais tout s'enchaîne sans qu'ils l'aient vraiment prévu. Ils sont assez passifs et le rythme de l'intrigue s'en ressent.

    Pour autant, pas d'ennui, loin de là : on découvre des royaumes différents, des créatures étranges, et j'ai particulièrement apprécié la façon qu'avait l'auteur d'inculquer, l'air de rien, à son jeune lecteur, le respect de la différence. De la différence de l'autre humain, mais aussi de l'autre animal. Il y aune grande douceur qui se dégage du roman, à ce propos, et c'est amené avec beaucoup de subtilité et de poésie.

    Voilà... en conclusion, ce fut une lecture en demi-teintes, pas déplaisante mais pas du tout ce à quoi je m'étais attendue. Cela étant, c'est un livre très bien écrit, inventif, avec des jeunes héros modernes aux caractères variés. A travers eux, on explore aussi bien le thème de la quête de soi que de la quête de l'Autre. Je lirai le tome 2 avec plaisir, en espérant en apprendre plus sur ce mystérieux mal qui menace le monde d'en dessous et fourbit ses armes dans l'ombre...