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lundi 3 août 2015

[Mathias Moucha] Seuls

Mathieu pensait faire un aller-retour express en République tchèque : le temps de régler les affaires de son grand-père, tout juste décédé, et peut-être de boire une bière dans une province typique de Prague avec son frère, son neveu et un ami. Mais à peine a-t-il mis le pied dans le village sinistre de ses ancêtres que l'escapade tourne au cauchemar. De la Bohême profonde aux vieilles rues de Prague, de l'antique Sumer à la Vienne impériale, des Cathares aux armées nazies, Mathieu suivra un chemin jalonné d'épouvantables découvertes. Un voyage avec pour compagnon la peur, la mort et une vieille paire de lunettes.

Bragelonne – label Snark primo-numérique
Egalement disponible au format papier.

Je poursuis peu à peu ma découverte du catalogue Snark, riche d’œuvres très différentes et assez uniques en leur genre. Cette fois, je me suis penchée sur Seuls de Mathias Moucha, et avec une certaine fébrilité étant donné que tout se déroule en République Tchèque, pays que j'ai découvert l'été dernier en road trip familial (si si !), bien que de manière très parcellaire j'en ai conscience. Et bien vous savez quoi ? J'ai retrouvé tout ce qui faisait le charme, le mystère et la beauté de ce pays entre ces pages. L'ambiance des forêts sombres et centenaires d'un côté, et le tapage d'humanité sans repos de Prague de l'autre. Le calme ravageur des grandes plaines un peu tristes, face à la diversité des styles et des cultures qui se mélangent dans la capitale. Ainsi que le goût de la délicieuse bière du pays... à tester !

Le livre nous met tout de suite dans l'ambiance : avant même que le fantastique ne fasse intrusion dans le présent, l'auteur distille de savants indices, des prémisses qui nous poussent à nous interroger. L'exploration de cette vieille cabane du grand-père, au cœur de la forêt, va tourner au cauchemar, on le sait... mais comment ? L'auteur parvient à nous surprendre en se jouant habilement des écueils habituels du genre horrifique. Cela étant, si le texte est admirablement écrit et exécuté, je n'ai pas spécialement eu peur... c'était peut-être à cause de mon contexte de lecture (j'étais dans un train très bruyant à ce moment-là !), peut-être à cause du texte lui-même, je ne sais pas. Mais si j'ai retenu mon souffle pour les héros, je n'ai pas forcément ressenti une montée d'adrénaline et de frissons. L'ambiance est donc bien réalisée, bien dosée, mais je n'ai pas réussi à rentrer dedans pour une raison que j'ignore.

Cela étant, j'ai quand même lu l'ouvrage d'une traite et j'ai passé un excellent moment. Le mystère entourant cette vieille paire de lunettes est épais (au moins autant que ses verres !), et l'écriture fluide, efficace, nous porte page après page sans coup faillir. Si j'avais un seul vrai reproche à faire au roman, ce serait le manque d'épaisseur des personnages, dont j'ai trouvé les réactions parfois tirées par les cheveux. Mais ce n'est peut-être que moi, car l'ensemble du texte est d'un très bon niveau !

En résumé, sans être un coup de cœur absolu, j'ai passé un très bon moment avec Seuls, dont la fin est particulièrement inattendue... des mois après ma lecture, j'en reste encore retournée ! L'auteur a fait un certain pari, et c'est un pari réussi à mon sens !

vendredi 17 juillet 2015

[Oren Miller] Le Roi sombre

« Maintenant, il faut souhaiter qu’il meure vite. »
Mais les souhaits, par pur esprit de contradiction, se réalisent rarement et Ed ne meurt pas. Condamné à l’isolement à vie dans la pire des prisons spatiales pour un crime qu’il n’a pas commis, le jeune homme agonise lentement et avec beaucoup d’application. 
Alors que débute sa vingt et unième année d’incarcération, une chose tout à fait improbable et  imprévue se produit : Ed s’évade du seul endroit dont on ne s’évade pas. 
Pour une seule raison. Pour une seule destinée. La vengeance.
Cependant, il est un fait incontestable qu’aucune entreprise de haine, ou d’amour, ne se déroule jamais comme on le désire. Une espèce de grain de sable vient toujours enrailler les machinations les plus complexes, surtout quand elle est semée par des créatures plus insolites les unes que les autres.

Editions de l'Homme sans nom, 19€99

Je fais souvent confiance à mon instinct pour choisir mes lectures, et mon instinct a souvent raison de m'aiguiller là où il le fait... je vous explique ! Salon du Livre de Paris 2015, j'accède au stand de l'Homme sans nom pour saluer l'éditeur, et là, que vois-je ?! Une nouveauté, avec une couverture magnifique, très évocatrice, et surtout 3 mots sur le présentoir qui l'accompagne : "Monte-Cristo dans l'espace". Le tout chez l'Homme sans nom, éditeur où j'ai fait de très belles découvertes par le passé.

"OK VENDU !" ai-je hurlé à la pauvre auteur, en lui demandant de surtout ne rien me dévoiler de l'intrigue au cours de la dédicace. Je n'avais même pas lu la 4e de couverture, c'est vous dire. Je suis repartie avec mon achat sous le bras, et je l'ai lu presque aussitôt (c'est la chronique qui s'est faite attendre, depuis mars, quand même ^^).

Et c'est un coup de cœur.
Déjà, à cause du style, qui est finement ciselé, jamais lourd et qui décrit avec une précision quasi chirurgicale les affres mentales des personnages. Des pointes d'humour parsèment très régulièrement le récit, se piquant d'un entrain propre à l'écriture du roman de cape et d'épée, le tout dans un contexte résolument spatial, puisqu'on évolue à bord de stations, on parle d'étoiles et cie, pas du tout de duels à l'épée, même s'il y est évidemment question d'honneur bafoué et de vengeance en guise de justice. Le mélange, au premier abord surprenant, prend dès la première page, et on s'enfile la moitié du roman en un clin d'oeil, porté par ce verbe joyeux, volontiers grave quand il le faut, et surtout, toujours juste dans ses métaphores, idéales, fortes et évocatrices. J'ai retenu de très belles phrases, d'une poésie rare, ça faisait longtemps que ça ne m'était pas arrivé.

Les personnages maintenant, parlons-en ! Ils sont... GENIAUUUUUUUUX ! Des mois après ma lecture, ils restent vifs dans mon esprit, leur caractère aussi. Ils sont tous attachants à leur manière, surtout le duo formé par Ed et Jatalan, dont la dynamique et l'amitié portent le roman tout entier sans jamais s’essouffler. Ce roman repose principalement sur ses personnages d'ailleurs, et je ne voudrais pas trop en dire sous peine de vous dévoiler le fin mot de l'histoire, mais disons qu'ils possèdent chacun leur part d'ombre et de lumière. Ils sont très réalistes, jamais complètement mauvais, parfois faibles, souvent forts, et complètement cohérents par rapport à leurs motivations. C'est une vraie réussite !

L'univers SF est bien décrit, bien déployé, et possède un style très particulier, indéfinissable. Comme ce roman repose surtout sur ses personnages et non son univers (et je crois que c'est pour ça, surtout, que je l'ai adoré), il n'est pas hyper exploré sauf à travers sa société principalement humaine, mais il ne fait pas du tout carton-pâte pour autant. C'est justement dosé, et là encore, une réussite à mon sens.

Je pourrai encore écrire des tartines au sujet de ce merveilleux roman, mais je vais m'arrêter là. Oren Miller est une plume que je découvre même si elle n'est apparemment pas une débutante. Le Roi sombre a su me ravir par tous ses aspects, mais particulièrement par son style d'écriture, qui possède une vraie charge poétique, une âme lyrique qui transcende la vengeance menée par le personnage principal mais ne pèse jamais sur l'action.

Une réussite de bout en bout, qui vous donnera des frissons de peur, d'angoisse, de joie, de plaisir, et beaucoup, beaucoup d'autres émotions encore ! Si vous aimez les personnages forts et l'aventure, foncez. Mon seul regret : que ce soit un one-shot. Mais je lirai assurément les prochaines publications de l'auteur.

lundi 17 mars 2014

[Corinne Guitteaud] Les Hibraines S01E02

Titre : Les Hibraines – épisode 2 : Isis
Auteur : Corinne Guitteaud
Editeur : Voy'el - e-courts
Nombre de pages : ~90 pages
Uniquement en numérique ! Disponible sur Immatériel à 0€99.
Pria Naruh découvre en même temps que notre monde à quel point nous avons oublié notre histoire et effacé de notre mémoire le formidable héritage des Hibraines. Avec l’aide d’Idris Bregan, toujours à la recherche des derniers artefacts de son peuple, elle se rend en Egypte où ses pouvoirs se réveillent de manière spectaculaire. Cela suffira-t-il à contrer la menace des Suzerains ? Leurs fidèles serviteurs ont prévenu Pria Naruh et tous ceux qui voudraient les aider : « Les Anges veulent votre mort. »

Vous aimerez :
- le changement de narrateur
- le style fluide
- les paradoxes temporels
- le mélange des mythologies
- le côté science-fantasy

Vous n'y trouverez pas :
- de grandes batailles spatiales
- des personnages hyper développés
Mon avis ?
Après un premier épisode hyper immersif, c'est avec grand plaisir que j'ai replongé dans l'univers des Hibraines, cette fois du point de vue de Pria, un personnage qui apparaît dans l'épisode 1 mais dont on n'entrevoit au final que très peu du passé et des motivations. J'ai beaucoup aimé sa voix narrative, elle dégage quelque chose de doux, d'un peu désespéré aussi, plus introspectif que le narrateur du premier épisode.

Bon, par contre, je n'aurais pas été contre un petit "résumé de l'épisode précédent" pour raccrocher les wagons, ou un début qui facilite davantage la tâche au lecteur, car sincèrement, aux premières pages, j'étais un peu perdue. Je gardais un souvenir assez clair des événements de l'épisode précédent, du fil rouge et des personnages, mais certains rappels m'ont vraiment manqué. J'étais un peu perdue.

Heureusement, l'intrigue de cet épisode 2 prend peu à peu son envol et, si on tourne autour du même gros fil rouge (aka les voyages dans le temps, les paradoxes temporels et la fameuse grande Réunion des deux Terres parallèles), on plonge ici dans une toute autre mythologie. Les Hibraines y ont toujours un grand rôle, preuve qu'ils imprègnent vraiment notre histoire et notre culture à tous ses niveaux. C'est d'ailleurs encore une fois une réussite totale, sur ce point-là. Cette fois-ci, on explore le mythe d'Isis et Osiris, avec leur ennemi Seth, qui étaient en fait des Hibraines. Les "morceaux" du corps d'Osiris, qu'Iris est censée ramasser pour ramener Osiris à la vie dans le mythe originel, sont en fait une métaphore pour parler de leur descendant commun. Mais aussi une vraie mission : les morceaux d'orichalque dont il est fait mention au premier épisode appartenaient à Osiris et constituaient en fait... son armure !! Bien entendu, les personnages vont s'intéresser de près à cette armure... car Pria, la narratrice, est liée à Isis et revit certains épisodes de sa vie qui vont lui faire comprendre à quel point l'armure est importante.

L'orichalque, métal mystérieux au sujet duquel on en sait un peu plus désormais. L'auteur lui donne des propriétés aussi étonnantes qu'inquiétantes et, sincèrement, ce métal fait plutôt peur ! Plutôt que de s'émerveiller devant son pouvoir, l'auteur fait en sorte de nous apprendre à le craindre, et elle y réussit plutôt bien, provoquant une ambiance teintée d'angoisse qui constitue le principal ressors du suspens de cet épisode.

Difficile d'en dire davantage sans vous spoiler... on y retrouve les bons ingrédients de l'épisode 1, des personnages récurrents s'annoncent, de nouveaux mystères s'invitent, d'autres s'épaississent... et l'univers déjà fort bien développé de l'épisode 1 devient encore plus dense et plus passionnant !

Bref : vivement l'épisode 3 ! Il paraît qu'il arrive en mai. Le rendez-vous est d'ores et déjà pris.

vendredi 17 janvier 2014

[Corinne Guitteaud] Les Hibraines S01E01

Titre : Les Hibraines – Viracocha
Auteur : Corinne Guitteaud
Editeur : Voy'el - e-courts
Nombre de pages : ~80 pages
Uniquement en numérique ! Disponible sur Immatériel à 0€99.
Au cours de sa mission autour de la Lune, Stéphane Mancenay, pilote du Kon-Tiki, voit la Terre disparaître sous ses yeux pendant de longues minutes. Quand elle réapparaît enfin, plus rien n’est comme avant. Son vaisseau se pose sur un monde à la fois étrange et familier, dont les habitants réagissent avec crainte à son arrivée parmi eux. En effet, celui qu’on surnomme bientôt Viracocha, annonce le retour d’un très ancien peuple et l’avènement à la fois espéré et redouté de la Grande Réunion.

Vous aimerez :
- la première scène, impressionnante !
- le style fluide
- les paradoxes temporels
- le mélange des mythologies
- le côté science-fantasy

Vous n'y trouverez pas :
- de grandes batailles spatiales
- des personnages hyper développés

Mon avis ?
Corinne Guitteaud est une auteur de talent, une auteur confirmée, et ça se sent dès les premières lignes : on est immédiatement plongé dans l'ambiance, aux côtés de Stéphane, pilote du Kon-Tiki, qui va bientôt passer de l'autre côté de la lune... sauf qu'au moment où il ressort de l'ombre de l'astre lunaire, rien n'est plus pareil : la Terre est prise de convulsions, et l'univers change. L'immense ascenseur spatial chinois (oui oui ^^) est presque entièrement détruit, ne restent plus que ses décombres pour témoigner de l'ancienne Terre. Et Stéphane, qui n'a plus aucun contact radio avec la terre, pourtant bien présente à nouveau mais... différente.

Le lien entre ces deux mondes ? Le peuple des Hibraines, dont les racines plongent autant du côté des mayas que des incas, jusque dans le mythe de l'Atlantide ! La férue de mythologie que je suis a adoré sauter d'une civilisation à l'autre, de voir ces ponts se construire entre les différents mythes. Corinne Guitteaud prend beaucoup de libertés à ce niveau-là, mais sans jamais dénaturer les mythes eux-mêmes. J'adore la façon dont elle a entrelacé les différents mythes mondiaux, qu'ils soient païens ou non. On y retrouve un peu de cette belle idée développée par Joseph Campbell dans Le héros aux mille visages : l'idée que les mythes sont mondiaux, sans religions, qu'ils sont présents dans toutes les cultures, sous différentes formes, mais toujours les mêmes.

Je ne peux guère en dire plus sur les mythes invoqués dans ce premier épisode sans vous gâcher le plaisir de lecture. Alors je vais me pencher sur les personnages, Stéphane, notre terrien, notamment, dont nous suivons les aventures. C'est lui le lien entre les deux mondes, lui qui enquête sur les Hibraines puis tente de sauver la Terre de sa future extinction : car en passant de l'autre côté de la lune, il est devenu l'unique rescapé d'un cataclysme terrible, provoqué par ces habitants de l'autre monde, sur lequel il a atterri ensuite. Ce fameux cataclysme n'étant autre que la Grande Réunion entre les deux mondes, dont il est question dans le résumé... une Réunion ratée, vous le devinez, puisqu'une des planètes a été anéantie. Oops ^^"

C'est un personnage intéressant, le plus développé d'entre tous, attachant dès le premier abord. Il manque peut-être un peu de profondeur car on en sait très peu sur son passé. Il faut dire qu'avec tout ce qui lui tombe dessus, difficile pour lui de prendre deux secondes pour réfléchir. Il ne peut que se concentrer sur le présent. De même, le format même empêche l'auteur de trop s’appesantir : les séries sont ainsi faites (mais peut-être que bientôt je trouverai une série qui démentira ce propos, et j'espère bien d'ailleurs être prise en défaut sur ce point ^^). Néanmoins, cela n'empêche pas du tout d'apprécier le voyage... 

Le voyage ? Non... les voyages. Dans le temps, dans l'espace. Et au-delà des cultures, vers la rivière murmurante des mythes originels. Et si vous voulez en savoir plus sur ces Hibraines qui seraient à l'origine de presque tout... n'hésitez pas, plongez ! Vous ne le regretterez pas ;-)

Entre science-fiction et fantasy, entre hyper-technologie et mythologie, ce premier épisode d'une série inclassable et originale m'a vraiment émue, touchée et convaincue. Je suis ravie que le deuxième épisode soit déjà disponible, nul doute qu'il sera mon prochain achat numérique ! ^^

mardi 7 janvier 2014

[Hervé Jubert] Magies secrètes 2

Titre : Magies secrètes, tome 2 : Le Tournoi des Ombres
Auteur : Hervé Jubert
Editeur : Pré aux Clercs, collection Pandore
Nombre de pages : 336

« On ne peut éliminer l'impossible pour trouver la Vérité. »

Novembre à New London. Georges Beauregard, l'ingénieur mage, y est envoyé en compagnie de Jeanne, son assistante, pour sécuriser la venue d'Obéron III et de l'impératrice Titania. Au terme d'une semaine de festivités, le tunnel sous le détroit sera inauguré. Beauregard travaillera avec John Dee, le psychomancien de la reine Victoria.
Alors que les souverains respectent le programme, le smog s'abat sur la ville. Trois entités insaisissables en profitent pour massacrer des innocents par centaines que l'on retrouve dans des cocons de soie. Dee et Beauregard parviennent à identifier les Parques, évadées du Mont Tombe et à les neutraliser.
Mais les soeurs du Temps n'étaient qu'un leurre. Le véritable ennemi s'apprête à frapper l'Empire. Il s'agit d'un enfant. Et il est porté par la colère.


Vous aimerez :
- l'extrême finesse du style
- Sherlock Holmes façon James Bond
- découvrir New London
- en apprendre plus sur les personnages

Vous n'y trouverez pas :
- un style facile d'accès
- autant de notes de bas de page que dans le tome 1 !!

Mon avis ?
J'avais beaucoup aimé le premier volume de Magies Secrètes, et c'est avec délices que j'ai replongé dans l'univers fouillé d'Hervé Jubert. Première constatation : exit les (nombreuses) notes de bas de pages qui bloquaient notre avancée dans la lecture ! Les informations et anecdotes sont toutes incluses directement dans le récit, et si on y gagne en fluidité, j'ai trouvé qu'on y perdait en effet humoristique, car j'aimais bien ces petits arrêts intempestifs, moi... il y en avait certes beaucoup trop au tome 1, mais de là à supprimer presque toutes les notes de bas de page sauf celles à but purement informatif... bref, j'aurais préféré un juste milieu ^^

Je râle, je râle, mais vous me connaissez... quand je commence par le mauvais, dans une chronique, c'est que j'ai généralement peu de mal à dire par la suite ;-)

Bon, donc, reprenons. Ce roman est tip-top, aussi bien que le premier, avec qualités et défauts inclus. C'est-à-dire qu'on y retrouve le fourmillement d'idées loufoques et de mélanges improbables, quantité de mythes qui se croisent et se cognent, avec l'écriture à la fois fluide et dense qui caractérise si bien cette série ("touffu", disais-je dans ma chronique du tome 1), le tout parsemé de multiples références de tous horizons (qu'ils soient littéraires, légendaires, picturaux, télévisuels etc.) On y retrouve aussi notre duo préféré de la série, j'ai nommé Jeanne et Beauregard, qui encore une fois se laissent mener par le bout du nez par les événements, plutôt que de chercher à prendre l'ascendant sur eux. Ça me gêne toujours mais ça semble faire partie intégrante de la série, dans le genre "défaut assumé qui n'en est dès lors plus un mais une question de goût ma bonne dame", donc je m'y fais ^^

Côté décor, on change d'air : direction New London, la capitale anglaise où les féériques sont intégrés à la population ! Chose impensable, pour l'empereur Obéron, mais il ne doit pas moins s'y rendre pour célébrer l'ouverture d'un certain tunnel à travers la Manche... et vu la réputation d'oppresseur qu'il se taille chez les féériques, l'ambiance est électrique à New London. Ça sent l'attentat ! Pour pallier à tous les risques, Beauregard est envoyé sur place en tant que chef de la sécurité (ou assimilé) et il travaille là avec un certain agent de la couronne, mélange improbable entre Sherlock Holmes et 007. Si si, l'auteur l'a fait, IL A OSE ! Personnellement, j'ai adoré, car le mélange est explosif et le personnage est à l'image de ses deux inspirations : génial mais insupportable ; grand séducteur ; présent sur tous les fronts ; patriote jusqu'à la mort... j'ai beaucoup aimé ce personnage !! J'espère qu'on en verra d'autres de son genre dans les prochains volumes (des réguliers cette fois, mais je vous dis pas pourquoi, faudra lire pour savoir ;p).

Voilà... en résumé, c'est un excellent tome 2, en ce qu'il se hisse largement à la hauteur du tome 1 et même plus haut encore. Encore plus spirituel, encore plus haletant et encore plus intelligent ! Si vous avez aimé le tome 1, vous retrouverez dans ce tome 2 tout ce que vous aviez aimé alors, et bien plus encore ! Coup de cœur pour New London, ville pleine de charmes et de mystère, dont le fog m'a littéralement envoûtée, encore plus les vapeurs quelque peu toxiques de Sequana...

mercredi 16 octobre 2013

[Justine Niogret] Cœurs de rouille

Titre : Cœurs de rouille
Auteur : Justine Niogret
Editeur : Le Pré aux Clercs – collection Pandore
Nombre de pages : 272


Des robots traqués, jadis fidèles serviteurs. Des machines brisées, un mausolée de fer dans ce qui était auparavant la cité du ciel. Et partout flotte l'odeur de chair pétrifiée, car un tueur mécanique écorche les vivants pour voler leur peau. Saxe survit en travaillant sur les golems actionnés par magie. Dresde est une automate qui n'a connu que le luxe avant que son maître l'abandonne. Tout les sépare, et pourtant ils vont partager un rêve commun : s'enfuir de la forteresse volante. Une course peut-être sans espoir : retrouver la mythique porte ouvrant sur la liberté.
Romancière, traductrice, Justine Niogret se consacre entièrement à l'écriture. Son premier roman, Chien du heaume, a moissonné tous les prix francophones de l'imaginaire. Dans la lignée du manga (Fullmetal Alchemist) et du chef-d’œuvre classique (Metropolis), Justine réussit ici la fusion entre steampunk et fantasy. 

Vous aimerez :
- le huis-clos
- l'univers esquissé
- le mélange de douceur et de violence
- le discours sur l'humain en filigrane

Vous n'y trouverez pas :
- beaucoup de personnages
- un univers qui répondra à toutes vos questions 
- une histoire d'amour

Mon avis ?

Je m'attendais à un livre complètement différent de celui que j'ai découvert : je m'attendais à du YA classique, avec une histoire d'amour, un côté "rêveur pragmatique" jouant sur le côté humain des robots... et non. Je n'y étais pas du tout. Il faut dire que la quatrième de couverture n'aide pas vraiment ! En même temps, difficile de décrire en si peu de mots l'histoire racontée par Justine Niogret. Moi-même, je ne sais par où commencer... et pourtant, j'ai adoré !! C'est un véritable coup de cœur !

Imaginez plutôt une cité dans le ciel où chaque étage est une version d'un passé révolu. Au plus haut étage de cette ville-tour vivent (ou plutôt survivent) des humains, dont Saxe. Saxe n'est pas un artiste, comme dit dans la quatrième de couverture : Saxe est un ouvrier qui pensait trouver une forme d'art dans son métier, mais la réalité l'a complètement désillusionné. C'est d'ailleurs pour ça qu'il cherche à s'enfuir de la cité : pour fuir la noirceur du réel, pour trouver une raison de rêver, hors de la cité.
Dresde, elle, n'est pas une automate : c'est un golem de porcelaine. Elle est fragile, éphémère et, surtout, aussi complexe qu'un être humain, bien loin de la froide logique des automates. Dresde a perdu son maître : il est mort. Mais elle l'attend quand même. Elle quitte la cité pour fuir cette réalité morbide, ce rêve brisé... et sa non-vie. Comme Saxe, en somme.

C'est l'histoire de leur fuite en avant. Ce n'est donc pas une quête de liberté.
Les personnages eux-mêmes ne savent pas ce qu'ils cherchent, et pour cause : ils ignorent ce qu'ils vont trouver derrière cette porte mythique qui ouvrirait sur "la liberté". Quelle liberté ? Et puis la porte est-elle seulement réelle ? Ce n'est donc pas, définitivement, une quête.

C'est un livre fort, puissant, que nous livre ici Justine Niogret. Un livre où la force des symboles porte toute l'histoire. Où l'écriture est violente sous son apparente élégance. Écorchée vive, presque. Au détour d'une phrase ou d'une autre, on découvrira que le sens des mots importe peu : c'est leur connotation qui compte, ce qu'on y associe : la part de rêve accolée au réel.
Un livre où le signe a plus d'importance que le sens, donc.

Ajoutez un brin de poésie à la fantasmagorie ambiante, saupoudrez d'un peu de steampunk pour le côté "rouille et engrenage"... et voilà, vous obtenez Coeurs de rouille ! Un livre à la fois simple et juste, mais aussi profond et philosophique.

L'histoire est simple. Son sujet l'est beaucoup moins : cela parle de vous, de moi, et nous tous et... de la force de nos convictions. De cette force qui nous pousse à accomplir nos rêves. Du moins est-ce ce que j'ai compris : peut-être, vous, y verrez-vous tout autre chose. C'est ce qui fait la force des grands livres : chaque lecteur y voit quelque chose d'unique, de différent. Et Cœur de Rouille fait partie de ces grands livres indéfinissables, avec lesquels, pourtant, nous nouons une relation intime et puissante...

A lire, pour la puissance évocatrice de cette histoire... éternelle et intemporelle.

samedi 19 janvier 2013

[Alain Damasio] La Horde du Contrevent

Titre : La Horde du Contrevent
Auteur : Alain Damasio
Editeur : Folio SF
Nombre de pages : 750

Un groupe d'élite, formé dès l'enfance à faire face, part des confins d'une terre féroce, saignée de rafales, pour aller chercher l'origine du vent.
Ils sont vingt-trois, un bloc, un nœud de courage : la Horde. Ils sont pilier, ailier, traceur, aéromaître et géomaître, feuleuse et sourcière, troubadour et scribe. Ils traversent leur monde debout, à pied, en quête d'un Extrême-Amont qui fuit devant eux comme un horizon fou.
Expérience de lecture unique, La Horde du Contrevent est un livre-univers qui fond d'un même feu l'aventure et la poésie des parcours, le combat nu et la quête d'un sens profond du vivant qui unirait le mouvement et le lien.

Vous aimerez :
- le compte à rebours des pages
- changer souvent de narrateur
- le style poétique et ciselé
- le personnage de Caracole, poète, conteur, et bien plus encore !

Vous n'y trouverez pas :
- un roman facile à lire
- un genre bien défini (SF/fantasy)

Mon avis ?
Un livre que tout le monde n'aimera pas mais qui, d'un point de vue littéraire, est un sacré bijou ! Il est expérimental dans la forme, dans le fond, on a l'impression que l'auteur aussi construit une sorte de quête de l'écriture, et vise à en repousser les limites.

Ce n'est pas un livre qu'on tient entre les mains, c'est le fruit d'une expérience littéraire, et je pense que c'est ce qui rebute certains : rien n'est classique sur la forme, avec en parallèle un fond de quête fantasy assez prévisible.
La forme, en quoi est-elle si étonnante ? Eh bien, déjà les pages sont à rebours, ce qui distille un sentiment d'étrangeté dès le début de votre lecture, et provoque un effet de mise en abyme assez sympathique : on se rapproche de quelque chose, d'une origine, d'une réponse et non de la fin du roman elle-même ! Ensuite, il y a aussi le fait de changer de narrateur très très souvent (parfois au bout d'un simple paragraphe). Le nouveau narrateur est identifié par un seul symbole, qui lui appartient, et comme la Horde contient plus d'une douzaine de personnages... au début, on galère un peu à se repérer ! Mais très vite, quatre ou cinq voix sortent du lot, et nous voilà embarqués.
C'est néanmoins très déstabilisant.

La forme faisant le fond et inversement, les ressentis varient beaucoup. Mais personnellement, j'ai adoré ! Je l'ai lu en 2008 et ce fut un coup de cœur. 2013 est là, et je m'en souviens toujours avec une acuité étonnante. Autant vous dire que c'est un livre qui m'a vraiment marquée !

Et, perso, j'ai adoré Caracole. D'ailleurs, l'une de ses citations a longtemps été dans l'en-tête de mon blog perso, de mes signatures de forum etc. Il a des mots tellement justes ! Voyez plutôt : "Soyez complices du crime de vivre et fuyez sans rien fuir."

Ses mots me poursuivent toujours.
 
5/5

En plus, le livre s'accompagne d'une très belle bande-son, que l'on peut acheter avec ou sans le roman. Attention cependant : la bande-son spoile certains passages. A ne pas écouter avant d'avoir lu le chapitre correspondant ;)

dimanche 25 novembre 2012

[Hervé Jubert] Magies secrètes

Titre : Magies secrètes
Auteur : Hervé Jubert
Editeur : Le Pré aux clercs
Nombre de pages : 314

L'empereur Obéron règne sur la cité de Sequana. Le tyran veut faire disparaître toute magie, c'est pourquoi il persécute les êtres féeriques. Certains parviennent à trouver refuge dans l'hôtel de Georges Beauregard, l'ingénieur-mage qui travaille officiellement pour le Pouvoir.
L'agent de l'ombre se voit confier une mission par le Ministre des affaires étranges. Depuis quelques temps, des sorts s'abattent sur les proches de l'empereur. On soupçonne le Visage, une entité maléfique qu'il a jadis affrontée. Profitant du désordre, les habitants féeriques répandent la terreur. Miroirs maléfiques, jouets magiques qui se transforment en machines de cauchemars, personne n'est à l'abri. Beauregard est directement concerné car il est le fils d'une fée et d'un mortel. L'ingénieur-mage devra choisir son camp…
Une écriture talentueuse, exigeante et généreuse, solidement documentée. Une fresque pleine de furie, de merveille et de magie.


Vous aimerez :
- le côté hyper-référencé du texte
- l'ambiance théâtrale
- l'univers merveilleux dans le quotidien
- les mythes, légendes, créatures & cie complètement revisitées

Vous n'y trouverez pas :
- une véritable enquête policière
- des réponses à toutes vos questions
- un récit simple à lire

Mon avis ?
Je vais commencer par ce qui m'a surpris dans le mauvais sens : la couverture, qui n'est selon moi pas du tout fidèle au contenu. En effet, Beauregard est assez différent de celui que l'on voit sur la couverture (il a le nez cassé, par exemple, or ici il semble comme neuf, ses cheveux ont les tempes grisonnantes, etc.), et quant à Jeanne, pour tout vous dire, elle est décrite comme une jeune fille frêle, rousse, pleine de tâches de rousseurs, et pas une fois habillée de la manière présente sur la couverture. Bon, ce n'est pas très important, mais comme j'avais adoré la couverture, découvrir qu'elle n'était pas du tout fidèle aux personnages m'a plutôt agacée.
Passé cette déconvenue... c'est un excellent roman qui m'est passé entre les mains. En avant pour l'avalanche de compliments en dépit de ce début de chronique en demi-teinte. ^^

Magies secrètes, c'est un livre-monde : vous l'ouvrez, vous êtes ailleurs, pas juste parce que c'est un roman, mais parce que tous vos repères sont renversés et que, au fond, l'intrigue importe peu. Ce qui compte, c'est d'explorer Sequana...

Sequana, une ville qui ressemble étrangement à Paris, telle qu'elle aurait pu être si les féériques l'avaient peuplée avec nous. Un "Autre-Paris", issu d'un "Autremonde", une notion qui n'est pas présente dans le roman mais que j'estime tout à fait parlante ici. En effet, j'ai cru reconnaître les rues, les lieux, et les références culturelles, comme ce cher Haussman, architecte séquanais qui souhaiter des rues droites et des bâtiments neufs, au lieu des enchevêtrements de ruelles et d'impasse entre des immeubles biscornus et tout de guingois. Sequana, c'est la ville qui se modernise, dont l'architecte en chef cherche à rendre un peu de raison et de droiture aux plans, et qui par là-même chasse l'obscurité pour un trop plein de lumière, chasse la magie contre la raison. Bref, Sequana, c'est la métaphore de la modernité en marche, celle qui détruit et reconstruit. Celle qui menace les feys qui la peuplent. Mais l'intrigue n'est pas là. Ça, c'est juste le contexte, déjà hyper riche... vous ne trouvez pas ?

Dans cette ville à deux visages, à deux vitesses, vous avez un riche foisonnement de créatures, lieux étranges, personnages... c'est un régal que de les découvrir, les voir passer dans le décor. Toutes ces références culturelles, de la mythologie grecque (ah, la salle de bal de Pompéi !) à la mythologie égyptienne (ah, le personnage truculent d'Isis !), des romans de cape et d'épée (Balagniiiiii) aux poètes obscurs... pour vous citer un exemple concret, on retrouve une référence à l'Exposition d'art contemporain qui avait tant fait scandale à Paris à la fin du 19e siècle... un salon officiel, qui n'acceptait pas les photographies, seulement les peintures des courants dits "canons" à l'époque. Les photographes avaient aussitôt monté un contre-salon, si mon souvenir était bon, qui avait limite attiré plus de monde que le salon original... un sacré scandale artistique de fin de siècle, en somme, autour de la reconnaissance de la photographie comme art ^^ Eh bien voyez, cette anecdote historique réelle a été adaptée par l'auteur, à sa sauce, et glissée dans une note de bas de page (sur lesquelles je reviendrai juste après) : il y a plein de revisitages comme ça, et j'ai adoré les débusquer ^^
L'ambiance est celle de la fin du 19e siècle, avec la magie de l'inconnu écrasé par la science et le progrès toujours en mouvement. C'est très bien retranscrit, tellement qu'on se croirait en train de lire un roman qui se passerait dans un contexte historique réel, tant l'ambiance de fin 19e siècle est palpable, familière, présente.

Tout ça pour dire que, dans ce roman, de multiples références se croisent et foisonnent, à la sauce steampunk en somme. Il y en a tellement qu'on s'y perd un peu parfois mais, paradoxalement, c'est un sentiment que j'ai apprécié à ma lecture. De même, les notes de bas de page sont nombreuses, et si elles m'ont gêné au début, j'ai fini par prendre le pli et m'habituer à les lire avant de reprendre le cours de la phrase où la note était référencée.
Ajoutez à cela un style assez travaillé, parfois ampoulé mais jamais excessif, et vous obtiendrez un roman assez "touffu", complexe voire difficile à lire, mais toujours surprenant, agréable et d'une étonnante habileté ! C'est plein d'une auto-dérision discrète mais efficace, que j'ai vraiment apprécié aussi.

Mais, et l'intrigue policière, dans tout ça ? Je vous avoue que, en lisant, je l'ai trouvée bien secondaire. Déjà parce que Sequana et ses personnages sont fascinants et, d'autre part, parce que Beauregard, bien qu'il soit censé être enquêteur, se laisse surtout porter par les événements. Et on finit par se laisser porter avec lui, sans trop se soucier du dénouement, étant surtout avide des découvertes sur Sequana et ses habitants...

J'ai toutefois apprécié toute la réflexion menée en filigrane de ladite enquête, qui porte sur les masques et les jeux d'identité, à la fois dans la réalité réelle et dans la réalité théâtrale. Même dans la réalité réelle, de qui sommes-nous le masque ? Que montrons-nous ? Je ne sais pas si l'auteur voulait soulever ce point de philosophie mais, moi, c'est ce que j'ai trouvé dans ce roman : une réflexion sur l'identité, personnelle et culturelle, et la conversation de celle-ci. Une réflexion à brûle-pourpoint qui se tient au cœur d'une ville qui cherche à préserver son identité propre et sa magie, en dépit du progrès qui vient l'écraser.

En conclusion, Magies Secrètes est un roman exigeant et intelligent, rythmé et spirituel truffé de bonnes idées et de personnages attachants. S'il est parfois compliqué à lire même pour un lecteur avisé, et si certaines références culturelles me sont restées obscures, ça n'a pas gêné ma lecture, et j'ai savouré chaque page.

Merci aux éditions le Pré aux clercs et au forum de Mort-sûre pour ce roman reçu en partenariat. Encore un beau moment de lecture ! J'ai hâte de me procurer les autres titres de la collection Pandore, qui me semble vraiment prometteuse...

4/5

vendredi 19 octobre 2012

[Bastien Lecouffe Deharme] Retrocity

Titre : Mémories of retrocity : le journal de William Drum

Auteur : Bastien Lecouffe Deharme
Editeur : Editions du Riez
Nombre de pages : 123

À la veille de l’hiver 2004, William Drum, ex-inspecteur de la police criminelle de Chicago, est exilé par ses supérieurs à Retrocity.
Cité déchue, fermée sur elle-même, que l’on tente de faire disparaitre des consciences depuis plus d’un demi-siècle.
À l’aide d’une machine à écrire trouvée dans son appartement, William se lance dans la rédaction de son journal de bord, et s’enfonce dans la ville.
Une ville hors du temps, que les citoyens ont depuis longtemps désertée.
Une ville où la mécanique remplace les organes humains.
Une ville malade et rongée par un étrange virus.
Une ville de laquelle on ne revient pas.


Vous aimerez :
- le support : roman graphique format BD : waouh !
- le modernisme sauce 50's
- les belles images
- les mutations de la narration écrite
 
Vous n'y trouverez pas :
- une intrigue policière
- une histoire compliquée
- une atmosphère agréable

Mon avis ?
Commençons par l'objet en lui-même : il est juste magnifique. De format A4, la couverture est mate pour ce qui est du noir et brillante pour ce qui est de l'image. Derrière, le sigle de l'entreprise Hover, qui dirige Retrocity, est en relief. Un vrai objet d'art en plus d'un excellent contenu. Le livre est plus épais que les BD, avec ses 123 pages et son papier brillant, très doux, pas trop lourd. Le travail éditorial a vraiment été trèèèès soigné, c'est un ouvrage que je suis fière d'afficher dans ma bibliothèque ! *-*


Que dire, sinon, qui ne vous gâche pas le plaisir de la découverte mais vous donne assez envie pour y plonger ? Hmmm... C'est un livre à lire d'une traite, d'un souffle, pour "savourer" la sensation d'étouffement et d'enfermement qu'il procure, pour vivre pleinement la dégénérescence progressive du personnage, de la ville, de l'espoir...
J'ai donc plongé corps et âme, d'un coup, en retenant mon souffle. Première surprise, la 4e de couverture m'a induite en erreur : j'étais persuadée d'avoir affaire à une enquête tout ce qu'il y avait de presque normal... au final, j'étais partie pour une plongée dans l'étrange, l'absurde, et le merveilleux - peu présent pour ce dernier, existant néanmoins...


Ce qui frappe dans Retrocity, c'est la beauté dépravée des gens, des choses : ils sont tous monstrueux parce qu'ils ont été beaux, par le passé, parce qu'ils ont été sains, par le passé, et que quelque chose leur est arrivé. Quelque chose qui a fait fusionner certains habitants avec des objets : le Retroprocessus. Pourquoi ? Comment ? Vous verrez. Je dirai seulement qu'il s'agit là d'une métaphore filée subtile et bien exploitée de la société de consommation, de l'influence de la consommation sur nos êtres. Superbe concept, effrayant, et aussi terriblement beau... destructeur et constructeur à la fois.


Les images sont superbes, c'est ce qui frappe en premier. La qualité de l'écriture, elle, est aussi au rendez-vous : assez orale, aux accents désespérés, elle vous prend aux tripes et ne vous lâche plus. Et l'écriture mute... se transforme. Vous verrez, c'est un bel exercice de style effectué par l'auteur ;)
Les échos entre les entrées de journal et leur illustrations sont formidables, bien gérés. On tourne les pages encore et encore jusqu'à un final inéluctable, un suspens un peu éventé dès la moitié de l'ouvrage, mais au fond, peu importe : on est portés jusqu'à cette fin, cette destinée, à laquelle on veut assister en toute connaissance de cause.

Bon, vous l'aurez compris, Retrocity, c'est un roman graphique dont il est difficile de parler. Il faut le lire pour le comprendre pleinement. Retrocity, avant d'être un roman graphique à lire et à regarder, c'est un concept à expérimenter. Alors tentez l'expérience ! ;-) Pour les curieux, un superbe teaser au format vidéo est disponible sur le site de l'éditeur.

4,5/5

lundi 12 mars 2012

[Isa Guso] Présumé coupable

Titre : Présumé coupable
Auteur : Isabelle Guso
Éditeur : Griffe d’Encre
Nombre de pages : 91 

Autour de mes démons, une armure de papier.
Mon Peter Pan dans ma tombe, ma forteresse.
Mentir puisqu’il le faut.
Lutter seul.
Et tenir bon.







Vous aimerez :
- l'éclairage inédit sur un sujet très dérangeant
- la quête de rédemption du personnage
- le voyage au sein d'un Japon moderne et ambigu

Vous n'y trouverez pas :
- un fantastique pur et dur
- d'ambiance légère

Mon avis ?
C'est l'histoire d'un homme, en quête de rédemption pour un crime qu'il n'a pas commis, et qu'il ne commettra pas, mais... Difficile d'en dire davantage sans vous dévoiler le sujet exact de cette novella.
Au début de ma lecture, j'étais sceptique : je me méfie toujours des livres se passant dans un Japon moderne mais qui ont été écrits par un gaijin (à savoir, nous, les occidentaux). Au final, le cadre importe peu, même si vu le sujet traité, le Japon est un terrain particulièrement bien choisi.

C'est un de ces livres qui changent la vie et les perspectives, parce qu'on n'avait jamais envisagé le sujet - pour ne pas dire le problème -  sous cet angle-là. Ce texte fait cogiter mais, encore mieux, il ouvre l'esprit en grand.
C'est un magnifique plaidoyer d'humanité. Un appel à la tolérance concernant un sujet que beaucoup jugeraient inacceptable. Si vous voulez savoir lequel, il faudra lire le roman...

Merci Isa.
5/5

vendredi 9 mars 2012

[Jacques Fuentealba] Tout feu tout flamme

Titre : Tout feu tout flamme
Auteur : Jacques Fuentealba
Éditeur : Editions Outworld
Nombre de pages : 64

"Le pyromane regarda cette nouvelle église partir en fumée. Il ne savait pas s'il avait le feu sacré, mais en tout cas, il y avait là un sacré feu."






Vous aimerez :
- l'humour
- les jeux de mots
- les multiples variations autour du thème
- la multiplicité des styles
- l'inventivité de l'auteur
- le micro format : le livre tient dans le creux de la main

Vous n'y trouverez pas :
- d'histoire suivie
- de SFFF pure et dure (il s'agit plus d'une ambiance un peu fantaisiste qu'autre chose)

Mon avis ?
Il s'agit là d'un OVNI littéraire : un recueil de micro-nouvelles, qui font trois, quatre phrases, rarement plus. Lu en une petite demi-heure, il m'a offert un très agréable moment de lecture. Sourire au détour d'un bon mot, voir un monde naître et mourir en trois phrases, se figurer un personnage flamboyant en quelques mots, être surpris par la chute d'une nouvelle qui pourtant ne contient que quelques phrases... la variété des styles et des sujets empêche de s'ennuyer, et chaque micro-nouvelle lue ressemble à une pépite. C'est addictif, on lit le recueil en une seule fois.
On le relit avec plaisir et, même, plus tard, on s'amuse à ressortir certaines phrases auprès de ses amis... testé et approuvé. ;)

A savoir, à moins de croiser Jacques Fuentealba en salon, vous ne pouvez vous procurer le livre que sur http://www.unebd.com/ 

4,5/5