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dimanche 4 janvier 2015

[Cindy Van Wilder] Les Outrepasseurs 1&2

Titre : Les Outrepasseurs, tome 1 : Les Héritiers
Auteur : Cindy van Wilder
Editeur : Gulf Stream
Nombre de pages : 350
Londres, 2013. Peter, un adolescent sans histoire, échappe de justesse à un attentat. Il découvre que l'attaque le visait personnellement et qu'elle a été préméditée par de redoutables ennemis : les fés. Emmené à Lion House, la résidence d'un dénommé Noble, il fait connaissance avec les membres d'une société secrète qui lutte depuis huit siècles contre les fés : les Outrepasseurs. Ces derniers lui révèlent un héritage dont il ignore tout...
PRIX IMAGINALES 2014
Vous aimerez :
- les personnages bien campés
- l'originalité de la structure narrative
- la profondeur de l'univers
- la poésie du style

Vous n'y trouverez pas :
- une jeunesse sans violence
- un univers dénué de noirceur

Mon avis ?
Difficile d'être à 100% objective sur ce roman, étant donné que je l'ai bêta-lu voilà plusieurs années, alors que Cindy et moi étions deux petites grenouilles anonymes... quand j'ai reçu ce premier tome, l'émotion m'a prise, et j'ai attendu que le deuxième soit sorti pour m'y lancer. J'avais envie d'avoir la suite sous la main, car je savais que l'attente entre les deux serait rude. Pas que la fin du tome 1 soit spécialement brutale, mais cela faisait des année que j'attendais de lire la suite, en fait, et je ne voulais pas avoir à patienter encore une fois après ma relecture du tome 1.
Une redécouverte, donc... et un coup de cœur à nouveau. Est-il possible de tomber amoureuse deux fois du même livre ? Si vous vous posiez la question, sachez que la réponse est "oui". ^^

Le résumé est assez succinct mais aussi très exact. Ce qu'il ne vous dit pas, c'est que Peter n'est pas à proprement parler le héros de ce premier tome, mais un passeur d'histoire. A Lion House, le maître des Outrepasseurs va le faire plonger dans une piscine où nagent d'étranges sirènes qui ont le pouvoir d'injecter la mémoire d'autrui dans la sienne. Peter revit donc l'histoire originelle des Outrepasseurs du point de vue de son ancêtre. Il comprend d'où vient la malédiction, se demande si elle en est vraiment une, découvre l'existence des fées, qui sont leurs ennemis et... et je n'en dis pas plus, car j'en ai déjà dit trop !

Le suspens de ce roman repose principalement sur la nature des fées et des Outrepasseurs, et sur l'importance des liens du sang dans la magie. L'auteur s'attache à décrire le quotidien, les mœurs et les combats d'un petit village du Moyen Âge durant plusieurs dizaines de pages, tout en distillant des interventions du point de vue des fées qui, très vite, vont chambouler la vie des habitants de la Villeneuve ! Le destin bascule, on s'y attendait, mais pas de la manière habituelle... car c'est là le talent de Cindy : surprendre le lecteur là où il s'y attend le moins.

Les Outrepasseurs, ce pourrait être une énième histoire sur les loup-garous et autres changeformes. Mais non. C'est un univers. C'est une symphonie d'existences qui résonnent entre elles à la manière de cloches de glace, si fragiles et, pourtant, destinées à trembler. C'est une écriture ciselée, fine, poétique, et d'une puissance évocatrice incroyable. Sincèrement, je ne peux que vous le conseiller ! La seule chose qui pourrait vous destabiliser, c'est l'originalité de la structure, étant donné que Peter est le héros sans l'être, et qu'un lecteur non averti pourrait être déçu de ne pas le suivre.

Heureusement, le tome 2 est là pour corriger ce léger défaut qui, selon moi, n'en est absolument pas un...



Titre : Les Outrepasseurs, tome 2 : La Reine des Neiges
Auteur : Cindy van Wilder
Editeur : Gulf Stream
Nombre de pages : 365
Les Outrepasseurs viennent enfin de capturer la dernière fée libre, Snezhkaïa la Reine des Neiges. Ils ignorent qu'ils viennent de déclencher une malédiction qui risque de les anéantir. Peter, qui supporte de moins en moins de se plier à la volonté de Noble, tente de retrouver le Chasseur pour mettre fin à cette lutte séculaire ?
Vous aimerez :
- les personnages bien campés
- retrouver Peter en tant que héros
- la profondeur de l'univers
- la poésie du style

Vous n'y trouverez pas :
- une jeunesse sans violence
- un univers dénué de noirceur

Mon avis ?

Cette fois, Peter se taille la part du lion (ceux qui ont lu vont bien rire ^^) et porte toute la narration ou presque sur ses épaules. Il reprend le combat de ses ancêtres là où ils l'ont laissé. D'abord confronté à l'impuissance et l'inertie, il va faire une puis deux rencontres qui vont chambouler son existence et celle des Outrepasseurs.

Ce que j'ai particulièrement aimé dans ce roman, c'est le personnage du Chasseur. Il était déjà incroyablement bien construit dans le tome 1, mais Cindy approfondit ici son caractère, sa psychologie, et je crois que nous avons affaire à l'un des plus beaux et des plus complexes "méchants" de la littérature jeunesse. Cruel et d'un érotisme dérangeant dans le tome 1, il devient ici plus humain et la métamorphose qui s'opère en lui est assez touchante. Quoi que pitoyable, aussi, et c'est là tout le paradoxe : sa plus grande déchéance sera aussi sa plus belle victoire.

La Reine des Neiges est elle aussi une méchante sacrément bien campée. Bien que le Chasseur soit le but de la traque de Peter, c'est elle qui détieint les clés de leur destin à tous. La manière dont ce retournement de situation est amené est assez surprenante : au lieu de placer cette menace à la fin, pour en faire une révélation fracassante, Cindy a choisi de la placer tout au début de son roman ! La malédiction flotte alors entre les lignes, telle une épée de Damoclès au dessus de la tête de tous les personnages. C'est simple, et pourtant magistral, car le lecteur sait - contrairement aux personnages - que les héros auront beau se débattre, l'inéluctable finira par se produire, quoi qu'ils fassent...

Le style est toujours aussi beau et ciselé que dans le tome 1. La fin, elle, est un peu plus cruelle car elle laisse de très nombreuses questions en suspens et... sincèrement, si j'avais eu le tome 3 sous la main, je l'aurais bien lu tout de suite après !!
J'ai hâte que ce soit le cas. Je pense relire les deux volumes pour mieux le savourer à sa sortie en 2015. :-)
Et je pense que dans dix, vingt, trente ans, je relirai encore cette série avec le même émerveillement. Elle va assurément figurer au rang (très sélect) de mes "lectures doudou" à vie :-)

vendredi 2 mai 2014

[Michel Honaker] Carabosse

Titre : Carabosse : La Légende des cinq royaumes

Auteur : Michel Honaker
Editeur : Flammarion
Nombre de pages : 372

La légende de la fée maléfique de La Belle au Bois Dormant.

La belle Cara est maudite : elle est bossue. Par dépit amoureux, elle tombe du côté obscur de la magie et devient la Fée du Vent Mauvais. Elle n'aura de cesse de se venger de sa sœur, en maudissant son héritière, la belle Aurore, la princesse du Bois Dormant. Après 99 ans, Lilas, dernière fée survivante à avoir échappé à l'horrible régence de Carabosse, part chercher le prince charmant destiné à sauver Aurore, endormie le jour de ses 18 ans...

Vous aimerez :
- découvrir l'envers du conte de la Belle au bois dormant
- la galerie de personnages
- l'écriture, belle, fine, ciselée
- le vent de légende qui souffle sur les pages
- le réseau de symboles extrêmement resserré

Vous n'y trouverez pas :
- un personnage d'Aurore très présent
- un rythme haletant
- une intrigue convenue

Mon avis ?
Tout le monde connaît l'histoire de la Belle au Bois Dormant, mais s'est-on jamais penché sur les origines du conte ? Sur les causes qui ont amené Aurore à être maudite par l'une des fées qui s'est penchée sur son berceau ? Quelle fée ? Pourquoi ? Comment ? Carabosse répond à toutes ces questions, et l'auteur nous offre là un magnifique roman qui plonge aux racines du conte, dans ses recoins les plus sombres et les plus méconnus.

Je vais faire court : j'ai adoré ! Je m'attendais à ne pas être du tout surprise par cette réécriture de conte et, bien au contraire, je l'ai été de bout en bout. C'est un bijou !
 
Déjà, dès le début, nulle trace d'Aurore : on suit les pas de son père, le roi du futur Bois Dormant, un monarque jeune, très attachant, qui mène sa première campagne militaire. Décidé à protéger son royaume, le roi Florestan est conseillé par son fou, Trublion, un nain très attachant et qui, on peut le dire, porte l'intrigue sur ses épaules. De bout en bout, plus encore que la fée Cara, c'est lui que l'on va suivre. Cara n'apparaît qu'au bout de quelques chapitres, quant l'armée en déroute de Florestan se réfugie dans le château de son père. Mais Florestan, d'abord charmé par Cara, tombe éperdument amoureux de sa sœur, Léonore... qui sera la mère de la future Aurore.
Si ainsi résumé ce tournant scénaristique peut sembler convenu, il n'en est rien de la manière dont l'auteur l'écrit, le met en scène, l'amène par petites touches... il prend beaucoup de soin à insuffler une nouvelle charge légendaire aux symboles qui parsèment le conte de la Belle au Bois dormant : le motif de la tisseuse (de vent, d'intrigues, de mort...) est parfaitement repris, et Cara nous apparaît comme une araignée venimeuse du plus bel effet ! Souvent absente mais toujours dans l'ombre, elle tire sur les fils de l'histoire... jusqu'au jour où tout lui échappe, bien sûr, mais cela n'a lieu qu'à la toute fin du récit.

Née humaine, rendue jalouse par l'amour que Florestan porte à sa sœur, Cara deviendra vite fée pour se venger. Une fée nommée Carabosse, créée par le Vent Mauvais, qui s'emploiera à tuer toutes les autres fées qui auront béni la jeune Aurore ainsi que le couple Florestan-Léonore.
Les fées, justement, ont un rôle important dans le récit, notamment la fée Lilas, du royaume de Mataquin, qui contrecarrera le funeste plan de Carabosse : au lieu de mourir sur le champ le jour de ses 18 ans, Aurore s'endormira simplement, ainsi que tout son Royaume... Lilas est un personnage  délicieusement, dont on ne sait trop bien pour qui elle œuvre. Peu à peu, néanmoins, notamment au contact du nain Trublion, elle s'humanise et comprend même l'amour que le pauvre fou ressent à son égard, au point de le protéger par compassion. Car les fées sont séduisantes, et ô combien dangereuses... les multiples manières dont se présentent leurs pouvoirs (le pouvoir effectif des mots, par exemple !) sont extrêmement bien trouvés, et vraiment bien mis en scène. J'ai adoré !

On plonge donc dans l'envers du conte, l'histoire qui n'a pas été racontée. On s'intéresse à ceux que le conte n'a pas retenu comme héros, que le conte n'a même jamais cité parfois. Michel Honaker explore cette partie inconnue du conte avec un brio qui se renouvelle à chaque chapitre, chaque page ! C'est vraiment extraordinaire, cette façon qu'il a eue de recréer l'envers du conte, en partant de presque rien. Extraordinaire, cohérent, et à ce point dense qu'on a ici matière à créer d'autres contes, d'autres histoires se tenant dans les Cinq Royaumes !

Bon, je me répète, je sais, mais j'ai adoré. Je ne saurai que trop vous conseiller ce roman, si vous aimez les contes et les réécritures réussies. Ici, l'auteur ne s'est pas contenté de réécrire, il a exploré une partie inconnue du conte originel, et la qualité s'en ressent grandement : c'est grand, c'est beau, c'est... épique !

Un coup de cœur, vraiment inattendu pour ma part, car d'ordinaire les contes m'ennuient profondément. Vraiment surprenant. Fin. Ciselé. Merveilleux... Je vous le conseille mille fois ! De plus, il se dégage une telle poésie de l'écriture... ce serait dommage de passer à côté, rien que pour cela ;-)

Merci aux éditions Flammarion pour cette superbe découverte !

jeudi 12 décembre 2013

[Evelyne Simar] Le Manuscrit des Terres Mortes 1

Titre : Le manuscrit des terres mortes, tome 1 : Les apprentis Héros
Auteur : Evelyne Simar
Editeur : Amalthée
Nombre de pages : 238

Alphard revient dans la ville des sorciers après un long séjour dans le monde d’en bas. Il y a découvert un manuscrit très ancien qu’il désire faire traduire par un ami, l’un des derniers à maîtriser la langue dans laquelle il est écrit.

Lors de la traduction, le sortilège emprisonnant l’esprit d’une créature maléfique est brisé. Une vieille prophétie s’enclenche. Alphard ignore comment la contrer, car il lui manque une partie de la version. Il décide de confier quatre enfants, issus des quatre royaumes humains, à de grands maîtres afin qu’ils deviennent de puissants guerriers aux qualités particulières. Désormais, un lourd fardeau pèse sur les frêles épaules d’Ocamar, Altaros, Éridan et Menkar. Une dizaine d’années plus tard, l’heure est venue de les rassembler… 

Vous aimerez :
- la fluidité de l'écriture
- la présence de nombreuses créatures magiques
- l'excellent chapitre d'ouverture du roman !

Vous n'y trouverez pas :
- une intrigue resserrée
- un rythme haletant

Mon avis ?
Très intriguée par l'anecdote centrale de ce livre, j'ai tout de suite accepté de le recevoir en service presse, d'ailleurs je voudrais remercier ici l'auteur et les éditions Amalthée pour leur confiance. L'anecdote centrale ? Le pouvoir des mots, littéralement, puisque lire un livre active un sortilège, libère un démon et met le monde en danger... ça m'a tout de suite plu et, franchement, j'étais curieuse de voir ce que ça donnait, surtout dans un registre jeunesse.

J'ai adoré le début. Mais littéralement ! Voyez plutôt : nous suivons Alphard, jeune magicien de retour à Topaze, la ville des mages, littéralement suspendue dans le ciel. Une ville très étrange, limite loufoque, qu'on a vraiment envie de visiter. Suivre le personnage est un plaisir de tous les instants ; non seulement c'est un sympathique explorateur du monde d'en dessous, mais il est également plein de qualités. Le tout est porté par une une écriture fluide, pleine d'inventivité, notamment pour les noms d'objets magiques et autres inventions culinaires. Comme les pommes de ciel (ben oui, elles ne viennent pas d'en bas !). Bref, entre le contexte, le personnage et l'écriture, j'étais conquise !

Mais, vous avez deviné, même si la suite s'est révélée tout à fait plaisante, ça n'a pas été le coup de coeur attendu. En fait, c'est simplement dû à un choix de l'auteur, parfaitement assumé au demeurant donc pas du tout un défaut en soi. Je n'y ai simplement pas adhéré : après nous avoir présenté Alphard, les merveilles de Topaze et tout le reste, la malédiction du livre cité dans le résumé se met en branle et soudain, au chapitre suivant, plus de cité magique, plus de magicien, on tombe dans un monde fantasy relativement classique. Pas dénué de magie, car on y croise brownie, centaures et autres fées, mais c'est plus classique, moins inattendu. Même si on retrouve le personnage d'Alphard par la suite, il est assez absent et j'ai été un peu déçue d'être arrachée à Topaze...

Cela étant, le récit n'est pas dénué d'intérêt, bien au contraire. Nous suivons les aventures de quatre jeunes gens, tous spéciaux, destinés à contrecarrer les plans de l'esprit maléfique libéré par la lecture du livre maudit. A partir de là, l'intrigue prend un tournant relativement classique et un chouïa prévisible. C'était plaisant de suivre les quatre apprentis héros, qui ont vraiment des caractères marqués, différenciés, d'ailleurs je ne doute pas qu'un jeune lecteur s'attache à l'un ou à l'autre voire s'y identifie, car les personnages font des jeunes gens réalistes et donnent envie de s'attacher à eux.

Néanmoins, s'il est souvent fait allusion à l'objet de leur quête, laquelle est menée par Alphard, en revanche il est rarement fait état des moyens concrets qu'ils vont mettre en œuvre pour y parvenir. Du coup, on a l'impression que les jeunes gens sont davantage en balade qu'en quête pour sauver le monde. Ils ne sont pas pour autant inactifs, bien loin de là, mais tout s'enchaîne sans qu'ils l'aient vraiment prévu. Ils sont assez passifs et le rythme de l'intrigue s'en ressent.

Pour autant, pas d'ennui, loin de là : on découvre des royaumes différents, des créatures étranges, et j'ai particulièrement apprécié la façon qu'avait l'auteur d'inculquer, l'air de rien, à son jeune lecteur, le respect de la différence. De la différence de l'autre humain, mais aussi de l'autre animal. Il y aune grande douceur qui se dégage du roman, à ce propos, et c'est amené avec beaucoup de subtilité et de poésie.

Voilà... en conclusion, ce fut une lecture en demi-teintes, pas déplaisante mais pas du tout ce à quoi je m'étais attendue. Cela étant, c'est un livre très bien écrit, inventif, avec des jeunes héros modernes aux caractères variés. A travers eux, on explore aussi bien le thème de la quête de soi que de la quête de l'Autre. Je lirai le tome 2 avec plaisir, en espérant en apprendre plus sur ce mystérieux mal qui menace le monde d'en dessous et fourbit ses armes dans l'ombre...

samedi 29 juin 2013

[Andréa Schwartz] Kel 1

Titre : Kel, tome 1 : Noir et blanc
Auteur : Andréa Schwartz
Editeur : Rebelle
Nombre de pages : 480 pages

A l’aube de la Cinquième Ere, les Deux Empires sont une fois de plus au bord de la guerre.
Shelun la Cheveux-Noirs a perdu toute sa famille dans un raid ennemi. Née femme dans un monde dominé par les hommes, elle n’hésite pas à transgresser les interdits et à se travestir pour accomplir sa vengeance.
Or, la guerre est loin d’être la glorieuse aventure décrite dans les cantiques. Quant aux ennemis, ils ne sont peut-être pas tous les monstres qu’elle avait imaginés…
 
 Vous aimerez :
- les personnages bien campés
- les scènes de batailles très maîtrisées
- l'histoire d'amour inattendue
- les clichés inversés

Vous n'y trouverez pas :
- beaucoup de personnages féminins
- de magie
- un travail éditorial soigné
 
Mon avis ?
Ce roman me tentait depuis un long moment et je ne regrette définitivement pas d'avoir sauté le pas : Kel est un excellent récit de fantasy mâtiné d'asiatisme. En outre, loin de faire l'apologie de l'héroïsme guerrier, il montre au contraire à quel point les héros sont ceux qui restent en arrière pour arrêter le massacre. J'ai énormément apprécié ce côté réflexif de l'histoire sur elle-même, un thème profondément ancré dans le roman, qui s'exprime à travers tous les personnages, Shelun la Cheveux-Noirs en premier bien entendu.

Parlons-en, de Shelun. Elle n'a que 16 ans quand elle s'engage dans l'armée, travestie en homme, et elle va survivre à son entraînement militaire, ce qui n'est déjà pas rien. Son ascension très rapide dans la hiérarchie (elle ira jusqu'à aide de camp, ce qui n'est pas rien) est autant là pour démontrer l'égalité homme-femme que pour nous plonger davantage dans les tréfonds de l'univers soldatesque. Un univers d'ailleurs bien développé, où la jeune et naïve Shelun découvre presque dès le premier soir que les hommes sont loin d'être les princes charmants qu'elle imaginait (et si jusque là vous espériez un copier-coller de Mulan, passez votre chemin, c'est pas du tout ça !). En effet, ses "amis" soldats la prennent pour un homme, bien entendu, c'est pourquoi il la tirent dès le premier soir avec eux dans un établissement du quartier des plaisirs, certes de luxe, mais où la réalité reste aussi sordide qu'ailleurs ! C'est dans cet établissement que Shelun fera la connaissance du second personnage féminin important de cette saga : une kael'run (une prostituée de luxe, en fait) qui comprendra dès le premier regard que le soldat face à elle est en fait une fille... et qui l'aidera, dès lors, à préserver son secret (vous verrez comment, c'est assez marrant en fait ;-)).

J'ai un moment pensé que l'histoire d'amour évoquée par un extrait de chronique placé en 4e de couv se déroulerait entre ces deux femmes-là, mais non. L'histoire continue, s'étire, et toujours pas trace d'amourette dans les 200 premières pages. On cherche, on fait des hypothèses, on scrute les très nombreux personnages masculins qui défilent et interviennent dans la vie de Shelun sur le camp... jusqu'aux premières grandes batailles de sa vie, des batailles qui changeront définitivement tout ce en quoi elle croit. Je ne vais pas dire pour quelle raison sous peine de vous enlever tout le plaisir de la découverte de l'identité de l'amant de Shelun, mais soyez avertis : vous serez surpris(e) ! ;-) D'autant plus que cette histoire d'amour est surprenante de bout en bout.

A ce propos, les scènes de bataille sont superbement décrites. La première, tout particulièrement, m'a happée pendant vingt pages. J'en suis ressortie essoufflée, presque pantelante, tant le fracas des lances et le tonnerre des canons m'avaient piégé entre ces pages, suspendue au destin de Shelun.
Les batailles décrites restent très classiques, dans le sens où vous n'y trouverez pas de trace de magie ni de faits héroïques surréalistes : il y a certes quelques percées dans le camp ennemi mais rien d'irréaliste, et c'est ce que j'ai beaucoup apprécié dans ce roman : la volonté de l'auteur de coller d'aussi près que possible à l'ambiance d'un camp militaire, d'un rythme de vie soldatesque, à l'horreur cotonneuse d'un champ de bataille...
Après, ces batailles sont nombreuses et, au bout d'un moment, je dois avouer avoir été lassée. Heureusement, l'auteur ne fait pas durer plus que nécessaire et l'histoire retrouve bientôt un rythme entraînant, qui n'est plus seulement martelé par le rythme lent et répétitif des batailles qui s'enchaînent et se ressemblent (ça ne dure pas plus de 50 pages je vous rassure ^^).

Avant de conclure ma chronique, je voulais revenir sur le travail éditorial des éditions Rebelle. Il y a beaucoup de choses chouettes dans leurs choix éditoriaux : leurs maquettes (internes et externes) sont sublimes, le choix de papier est toujours judicieux, et leurs livres sont de vraies petits bijoux tant ils sont beaux ! Les couvertures sont d'un goût sûr et réalisées avec brio. A tout cela, vous le voyez, j'adhère sans réserve. Ce qui me chagrine, c'est la surabondance de fautes de frappe, de grammaire et de français qui émaillent le texte. J'ai quand même trouvé un "@" dans un mot ("v@oix", page 136 de Kel), des virgules mal placées, des mots inversés ou oubliés, des phrases sans point, de grosses fautes de participes passés... c'est vraiment dommage. Rebelle semble mettre un point d'honneur à réaliser des livres-objets magnifiques, alors ce serait bien d'aller jusqu'au bout et d'investir dans un correcteur-relecteur digne de ce nom. A bon entendeur ! ;-)

Pour conclure sur une note beaucoup plus positive... j'ai été enthousiasmée par ce premier tome et j'attends avec impatience la suite ! De l'ambiance asiatique aux personnages bien campés, j'ai tout aimé, tout adoré, et je n'ai qu'une hâte : savoir si le cycle de la vengeance prendra fin entre les deux nations ennemies, et si l'histoire d'amour entre Shelun et son amant trouvera une fin heureuse elle aussi. Ce premier tome de près de 500 pages nous laisse sur notre faim, tant les questions en suspens sont nombreuses... et tant le destin de Shelun ne tient qu'à un fil, au cours des dernières pages.

A quand le tome 2, alors ? ^^

 4,5/5

Un grand merci aux éditions Rebelle pour ce service presse si généreusement offert. :-)

jeudi 6 juin 2013

[Céline Guillaume] Le Ballet des âmes

Titre : Le Ballet des âmes
Auteur : Céline Guillaume
Editeur : Le Riez
Nombre de pages : ~173 pages en numérique
Existe aussi en version papier.

Voilà une fresque pleine de souffle et d’émotion, en cette aube du XIIIème siècle, celui d’un parcours extraordinaire, celui d’Enora, une simple paysanne orpheline, qui depuis son enfance, porte le poids d’une terrible prophétie.
Comme des enluminures: la pourpre et l’acier des chevaliers, l’envoûtante et mystérieuse Bretagne des Légendes, le ferraillement des tournois et des guerres féodales… suivez ces destins enchevêtrés dont Enora tient les fils.


Vous aimerez :
- le souffle légendaire
- l'écriture ciselée
- la beauté des images

Vous n'y trouverez pas :
- une intrigue imprévisible
- de personnages très attachants...
- un univers agréable

Mon avis ?
Le gros point fort de ce roman, à n'en pas douter, c'est son style, la plume fine et ciselée de son auteur, qui sait décrire le beau comme le laid avec autant de poésie pour l'un que pour l'autre. Les mots sont chantants, émouvants, jamais choisis au hasard comme si chacun prenait part à la beauté et à l'horreur du monde, et tissait lui aussi la prophétie dont le roman parle, page après page...

C'est un beau roman, vraiment, où l'horreur côtoie de près le bonheur. J'ai d'ailleurs trouvé cela très glauque... Enora tombe amoureuse d'un homme horrible, affreux, avec lequel elle est heureuse... et c'est d'autant plus dérangeant qu'elle ignore qui il est vraiment pour elle et que nous, lecteurs, nous le savons. Et l'auteur va jusqu'au bout de son idée. C'est un roman très très sombre au niveau des relations humaines, ne vous attendez pas à quelque chose de pur, de beau ou de réjouissant. J'ai même trouvé cela trop dérangeant, trop glauque : pour moi, cela allait trop loin.
Oh, pas de scène de torture à l'horizon (il y en a mais elles ne sont guère exploitées) ni de méchanceté gratuite, juste un caractère incestueux bien trop développé à mon goût, et ce, à plusieurs reprises. Pour moi, c'était vraiment de trop et cela a perturbé toute ma lecture.

C'est pourquoi je n'ai pas su apprécier le roman à sa juste valeur : je reconnais la qualité d'écriture, le souffle légendaire, la poésie des mots et des destins, la beauté de l'univers magique décrit par l'auteur... mais cette beauté est comme corrompue par les défauts des hommes qui l'habitent, des défauts toujours mortels, toujours horribles. Ce Mal sous-jacent a donc, quelque part, corrompu ma lecture car cela créait une ambiance vraiment particulière, trop glauque à mon goût...

Cela ne m'a pas découragé à lire d'autres ouvrages de Céline Guillaume, cependant, car si je n'ai pas été convaincue par l'histoire, j'ai véritablement apprécié l'écriture en soi, un petit bijou de délicatesse dans un écrin de littérature.

Un roman magnifiquement écrit, dont l'ambiance trop bien rendue le dessert peut-être au final.
 
2,5/5

jeudi 27 décembre 2012

[Paul Beorn] Les derniers parfaits

Titre : Les derniers parfaits
Auteur : Paul Beorn
Editeur : Mnémos
Nombre de pages : 336


Dans le royaume de France ravagé par la guerre contre les légions catharis d’Occitania, Cristo, un soldat prisonnier, échappe à ses geôliers enchaîné à trois compagnons d’infortune. Les quatre fuyards que tout oppose doivent s'entraider pour survivre, contraints de se cacher puis d'emprunter les chemins de traverse. Commence alors pour eux une haletante course-poursuite à travers un pays ennemi dominé par des démons et vivant sous le joug d’une Église catharis fanatisée. Ici, dans les vestiges d'un antique Empire disparu, une magie ancienne continue de survivre dans des talismans et d'immenses tours-statues. Au coeur des forêts profondes et des montagnes déchiquetées des terres occitanes, pris dans le fracas des combats, Cristo et ses compagnons prendront conscience de porter en eux un pouvoir insoupçonné. Ils verront leur destin basculer et le monde trembler sous leurs pas. 
Paul Beorn nous propose un roman de Fantasy sombre et sans retour, aux références dantesques et boschiennes, tant les visions horrifiques qu’il crée nous rappellent certaines des figures de ces deux artistes du Moyen Âge.

Vous aimerez :
- l'univers horrifique
- l'espoir chevillé au corps des personnages
- les péripéties qui s'enchaînent
- les maleficum, des objets magiques... attachants !
- la densité quasi historique de l'univers fantasy

Vous n'y trouverez pas :
- une histoire de France intacte...
- de détails gores épargnés au lecteur
- de manichéisme
- de longs chapitres

Mon avis ?
Sans être des coups de cœur, les précédents ouvrages de Paul Beorn publiés chez Mnémos m'avaient beaucoup plu. En ce qui concerne Les derniers parfaits, me voilà totalement conquise !!

Tout commence par quatre esclaves enchaînés que le hasard d'une pierre jetée par une catapulte sépare du reste de la chaîne humaine. En plein champ de bataille, sans se connaître les uns des autres, les quatre personnages principaux de ce roman, que rien ne réunissait sinon leurs chaînes, vont s'échapper de leurs terribles esclavagistes. Le groupe, composé de trois hommes et d'une femme déguisée en homme, parvient de justesse à quitter le champ de bataille. Les voilà partis pour une aventure qu'ils ne seront pas prêts d'oublier ! Une aventure et une fuite commune, toujours plus loin dans l'horreur et vers l'espoir, puisqu'ils traversent le pays conquis par l'ennemi enchaîné les uns aux autres : eh oui, leurs liens sont fabriqués en acier noir indestructible...

Un acier forgé dans le souffle des démons, ces terribles êtres craints à la fois des Catharis qui les contrôlent, et de leurs ennemis les Francs. Sur ce point, je n'en dirais pas plus, car toute la saveur du roman repose sur ces fameux démons, ennemis de tous au final. D'où viennent-ils ? D'où vient leur pouvoir ? Comment et pourquoi sont-ils apparus ? Les héros se dirigent, sans le savoir au début, vers la source de la magie des démons... une magie apparemment volée au Premier Empire.

Un Empire où la magie avait sa place, avant que les religions (au pluriel, oui, oui, pas de manichéisme que diable ^^) ne prennent le dessus. Mais la magie perdure à travers le peuple des derniers parfaits, mendiants cachés dans le maquis et convertissant toujours plus de monde à leur religion première. Une religion aussi proche que possible des origines, aussi éloignée que possible de celle des Catharis, qui ont détourné les enseignements premiers : interdiction de manger de la viande par exemple mais, surtout, interdiction de procréer, faisant de leur peuple un peuple de vieillards frustrés. Mais alors comment expliquer la jeunesse, la vigueur et le nombre grandissant des troupes armées catharis ? C'est là un autre secret, caché au fond des casas de juventud, que nos héros vont découvrir malgré eux...

Oui, le terme utilisé dans le roman est en occitan, car l'auteur n'hésite pas à mélanger français, occitan et même arabe. Cela donne un roman tout à fait exotique à lire, pour autant pas compliqué à comprendre puisque ce qui n'est pas compréhensible via le contexte est traduit en bas de page (et il n'y a pas énormément de notes).

Le parcours de la fuite de nos héros explique cette grande variété des langues  : à travers tout le sud de la France, jusqu'en pays Maure et au-delà, ils rencontreront des personnes de tous âges et toutes origines, et converseront bien évidemment dans des langues différentes selon la nature de la rencontre... un aspect du roman très bien géré – comme le reste – que j'ai particulièrement apprécié !

Ce que j'ai aussi particulièrement apprécié, ce sont les maleficum, des objets magiques de toute taille, toutes fonctions, toutes apparences, un vrai bonheur que d'en découvrir de page en page ! Ils sont très surprenants, surtout un certain petit lacet d'apparence anodine... qui se révèle au final un allié très précieux.
La magie est aussi présente dans les personnages, puisque chaque être humain a en lui un talent, lié à un animal en particulier. Dans le groupe des quatre évadés, par exemple, l'un d'eux a le talent de l'ours : sa force surhumaine, son courage, etc. Les autres ont des talents encore plus surprenants mais je vous laisse la surprise afin de ne rien gâcher.

Autre point que j'ai adoré, justement : les quatre héros, et la manière extrêmement subtile avec laquelle l'auteur les lie entre eux. Dès le début le destin les relie entre eux par des chaînes indestructibles et, donc, ils doivent apprendre à s'entendre immédiatement. Cela se fait tout naturellement, à la foi par la force des événements et... de leurs caractères respectifs. Les rôles se répartissent bien vite, de manière subtile. Les personnages sont vraiment hyper attachants, d'autant plus qu'ils s'en prennent plein la figure tout au long du roman, et ce, jusqu'à la dernière page... mais là, j'en dirais pas plus. Seulement que la fin, si elle m'a plu, est par un autre côté extrêmement frustrante !!!

Bon, je pourrais disserter encore longtemps sur ces Derniers parfaits, sans jamais tarir d'éloges, mais je vais quand même conclure. En quelques mots : violent, noir, d'un style étonnant, à la fois fluide et percutant, Les derniers parfaits est un roman d'aventure et de fantasy historique extrêmement prenant qu'on a vraiment du mal à lâcher ! Une petite pépite qui fait regretter qu'il n'y ait pas de suite (du moins rien d'annoncé pour le moment), tant les personnages sont vivants et lumineux, au sein de cet univers d'un noir d'encre désespérant et terrifiant.

Merci aux éditions Mnémos et au forum Mort-Sûre pour ce partenariat vraiment génial !

5/5

mercredi 29 août 2012

[Benedict Taffin] La pucelle et le démon

Titre : La pucelle et le démon
Auteur : Benedict Taffin
Editeur : Asgard
Nombre de pages : 314

Le mercenaire Sidoine de Valzan est chargé d’escorter la prophétesse Jehanne. La jeune femme prétend pouvoir remettre le Dauphin sur le trône et rétablir la paix dans le royaume. Mais à son arrivée, Sidoine découvre qu’elle a été assassinée par des démons. Il lui faut absolument trouver une femme pour sauver le royaume, mais qui ? Il ne connaît personne en ces terres étrangères. Personne, hormis la prostituée avec laquelle il a passé la nuit précédente : Oriane. Oriane… Jehanne… qui verra la différence ?

Vous aimerez :
- l'Histoire de France façon fantasy
- les en-têtes de chapitres façon "chanson de geste" revisitée
- le postulat de base
- Arkshaar, un démon vraiment horrible, vicieux, retors, pervers... et attachant malgré tout car non dénué d'humour ^^

Vous n'y trouverez pas :
- un roman historique
- une grande galerie de personnages
- une exploration du contexte social très poussée

Mon avis ?
Un bon roman, que j'attendais de lire depuis que son auteur en avait fait mention sur son blog. Le postulat de base, de faire passer une prostituée pour la Pucelle de France, a de quoi intriguer plus d'un lecteur ! Ce côté du roman est très réussi, comme le reste.

Dès le début, dans un prologue ahurissant de dynamisme, de beauté et de cruauté, nous plongeons dans une France revisitée, pour ne pas dire alternative, où les Azuléens ont envahie le royaume de Falatie, dont la ville à reprendre se nomme Ortillan... le trône de Falatie est menacée de la même manière que le trône de France, et il est assez délicieux de relier les personnages historiques de cette histoire de fantasy à ceux de notre Histoire bien réelle ! D'ailleurs, les en-tête sont purement historiques, des bijoux de style rappelant les gestes anciennes où est contée l'histoire hagiographique de la véritable Jeanne d'Arc telle que nous la connaissons. Cela permet au lecteur – plus ou moins au fait des événements de l'Histoire – de relier facilement les épisodes fantasy et historiques.

J'ai énormément apprécié l'histoire mélangée à l'Histoire, la façon dont la magie s'y imbrique naturellement dans les recoins d'ombres. J'ai également adoré la relation qui se tisse entre Oriane la prostituée, Sidoine le capitaine d'armée, et le démon qui habite ce dernier. Ces dialogues à trois intervenants dont un n'est entendu que par son possédé... c'est drôle, bien écrit, toujours bien amené, un régal ! Arkshaar, le démon, est juste abominable, doté d'un humour noir vraiment horrible... et pourtant, je me suis surprise à rire. Je devrais avoir un peu honte, je crois... ^^;;;

Là où j'émets quelques réserves, c'est au niveau du style : j'ignore pour quelle raison, mais mis à part le prologue où ça ne m'a pas choquée, j'ai eu un mal fou à m'imprégner de celui-ci lors des 100-150 premières pages, ce qui représente un bon tiers à la moitié du roman tout de même. J'ai fini par m'y faire, avant de remarquer que, en fait, c'était le mélange d'anciennes tournures et de syntaxes modernes qui me dérangeait. Ce saut d'un registre à l'autre est discret, constant, et un peu déstabilisant si l'on vient à le remarquer – ce qui a donc été mon cas. Heureusement, rien d'assez grave pour m'empêcher d'apprécier la lecture de ce roman attendu depuis si longtemps !

Pour la fin, sans vous révéler la manière dont elle est revisitée (il y a un bûcher quand même, vous voilà terriiiiiiblement spoilés sur l'Histoire de France :p), j'aurais apprécié un petit épilogue historique, dans le même genre que les en-têtes de chapitres. Par exemple, un extrait de son procès verbal. Un tout petit quelque chose qui y donnerait un aspect totalement conclusif, qui m'a semblé manquer en fin de lecture.

En conclusion, un très bon roman qui visite les coins d'ombre de l'histoire de la Pucelle ! Jéhanne, Orianne... est-ce que vous verrez la différence ? ;-)
4/5
En plus, en octobre, c'est le mois de Bénédicte Taffin sur Bookenstock, qui vous propose de gagner des exemplaires numériques du roman. Un partenariat à l'image de celui que j'avais fait pour le tome 3 des Fedeylins, qui vous permettra de découvrir gratuitement un superbe roman en échange d'une chronique.

vendredi 1 juin 2012

[Maïa Mazaurette] Dehors les chiens, les infidèles

Titre : Dehors les chiens, les infidèles
Auteur : Maïa Mazaurette
Editeur : Mnémos (broché) ou Gallimard Folio SF (poche)
Nombre de pages : 448 (poche)
[J'ai mis la couverture du broché car je la trouve 100 fois plus belle...]

Trois générations après la défaite des forces d'Auristelle contre les incroyants, les hommes ne connaissent plus qu'un monde plongé dans une nuit éternelle. Pour conjurer la malédiction divine, un seul espoir: réussir la mythique Quête qui ramènera la lumière sur le monde. Un exploit qui nécessite des talents complémentaires autant que des tempéraments bien trempés. Alors, tous les cinq ans, cinq adolescents sont condamnés à l'exil: la réussite, ou une errance sans fin dans la nuit...


Vous aimerez :
- la noirceur de l'univers et des personnages décrits
- le traitement de fond de l'extrémisme religieux
- la subtilité des propos illustrés par l'intrigue
- les personnages tous croyants, à divers degrés
- Cyférien <3

Vous n'y trouverez pas :
- de personnages héroïques
- de douceur
- de pure romance

Mon avis ?
J'avais très peur de ne pas aimer ce livre : moi et la dark fantasy, nous ne sommes pas bons amis... très souvent (et ce n'est que mon humble avis de lectrice, pas une vérité générale ;)), je trouve que les auteurs donnent dans le gore, servi par une écriture froide et des personnages à la limite de l'humain.
Ici, le côté dark se trouve dans la fascination que l'univers exerce sur nous, lecteurs. Il y a nombre de scènes sanglantes, les personnages prennent des décisions souvent discutables, et leurs pensées ne le sont pas moins. Néanmoins, ce sont justement ces personnages qui font l'intérêt du roman. Chacun d'entre eux explore une facette de la religion, de la charité à l'extrémisme. Ils sont tous croyants, et l'auteur parvient à exprimer leurs convictions avec force et subtilité. On s'attache à tous ces personnages malgré leurs défauts, en dépit de leur fanatisme religieux. On s'attache à eux, à leur destin, ils nous sont familiers. Ils sonnent vrais, et non pas comme des caricatures (ce qui aurait pu être le cas pour un roman traitant de fanatisme religieux).

Le traitement psychologique est une réussite totale ! Aucune morale donnée, aucun raccourci d'emprunté, l'auteur nous laisse tirer nos propres leçons.

Autre chose qui m'a interpellée : la métaphore de cet univers plongé dans une nuit éternelle... qui, à mes yeux, n'était autre qu'une manifestation de l'obscurantisme lui-même. Est-ce que vous êtes du même avis ou avez-vous une théorie différente ?

Une lecture marquante.
Comme a dit une amie : on aime ou on déteste. Moi j'ai adoré ! ^^
5/5

lundi 5 mars 2012

[Paul Beorn] La pucelle de Diable-Vert 2/2

Titre : Le hussard amoureux, La pucelle de Diable-Vert, T2
Auteur :  Paul Beorn
Editeur :  Mnémos
Nombre de pages : 246

Pour retrouver son baba enlevé par la Sylve renégate, Jéhanne est prête à tout : affronter la mort, son passé tragique, l'opprobre et même le ridicule s'il le faut. Au cœur d'un royaume qui sombre dans la guerre et la Grande Ruine, elle tente vaillamment de résister et d'offrir un peu d'espérance à ceux qui acceptent de l'écouter. Il y a l'aide d'Abel de Royale-Terre et celle de la voix mystérieuse qui la soutient lorsque tout semble perdu, mais sauver baba ne suffira peut-être pas ; les Hommes-pourris envahissent le monde de leur puant désespoir, et la race des humains risque de disparaître à jamais.


Vous aimerez :
- l'ambiance de conte
- l'histoire d'amour à taille humaine
- les méchantes sorcières

Vous n'y trouverez pas :
- de gentilles sorcières (oh que non...)
- de grandes batailles épiques à chaque chapitre
- un roman dénué de deus ex machina

Mon avis ?
Ce roman a le parfum des grandes épopées, mais ses personnages restent à taille humaine.
Le tome 2 continue droit sur la lancée du 1 : on reprend pile là où on a laissé Jéhanne, la pucelle, et Abel, la perle. Heureusement que j'avais ce tome 2 sous la main au moment de finir le tome 1, sans cela, j'aurais commis un librairicide...
J'ai dévoré les pages, sans regarder l'heure ni prendre le temps de m'arrêter entre deux chapitres. J'ai parfois grincé des dents, à cause de certains retournements de situations trop soudain (les fameux deus ex machina), mais, au final, l'atmosphère de conte participe à justifier ces fameuses surprises scénaristiques. Cela reste dans la logique du conte, où l'espoir est permis même quand tout semble perdu : une force extérieure sera toujours là pour nous sauver.
Et le style... ce style ! Je ne sais pas si c'est parce que je m'en étais complètement imprégnée en lisant le tome 1, ou si l'auteur a gagné en maîtrise d'un tome à l'autre, mais alors c'était... beau, puissant, poignant. De ce point de vue, La pucelle de Diable-Vert constitue un ovni littéraire !
C'est une très très belle conclusion à ce récit vraiment poignant. Je regrette simplement la rapidité de la fin. Au lieu d'un épilogue, j'aurais aimé un long et lent chapitre de conclusion. Il me reste, sur les lèvres, un goût de "trop peu"...
Mais, au final, c'est plutôt positif quant à mon avis sur le roman. ^^

4/5

Lien vers la critique du T1.

[Paul Beorn] La pucelle de Diable-Vert 1/2

Titre : La perle et l'enfant - La pucelle de Diable-vert, T1
Auteur :  Paul Beorn
Editeur :  Mnémos
Nombre de pages : 235

Jéhanne est une Rouge, un soldat du Bailli, et ses origines plutôt modestes lui valent de s'appuyer sur un solide bon sens. C'est peut-être ce même bon sens qui la rend si peu sensible à la magie, alors que celle-ci semble envahir le Royaume. Tout le monde veut aller à Diable-Vert, cette cité pauvre des confins destinée il y a peu à un oubli complet.
Lorsqu'on lui demande d'aller enquêter sur la nature du mystérieux phénomène, Jehanne se retrouve plongée au cœur d'une situation qui la dépasse. Dans un monde en guerre où les hommes semblent devenus fous, elle n'a pour garder les pieds sur terre que sa morale simple, une perle aussi bavarde qu'impertinente à son oreille et un bébé dans les langes qui attire d'étranges convoitises.


Vous aimerez :
- le style ciselé, sans être lourd
- la magie sans feu d'artifice... mais plein d'artifices
- les personnages attachants
- les personnages qui restent humains malgré leur statut de héros
- une fantasy dans un univers si crédible qu'il frôle le réalisme

Vous n'y trouverez pas :
- une fantasy dénuée de deus ex machina
- une réécriture du mythe de Jeanne d'Arc

Mon avis ?
Je trouve la 4e de couverture mal écrite. Une fois qu'on a lu le roman, on se rend compte qu'elle résume le contenu du roman mais de manière trop vague.
C'est un roman qui ne s'oublie pas. Le style est sublime, entre tournures anciennes et syntaxe moderne ; l'univers très bien décrit, surtout la ville de Diable-vert ; le mystère est là à chaque page... Ce qui m'a plu, surtout, ce sont les personnages.
Le personnage principal, Jéhanne, est très attachante. Elle devient carrément extraordinaire d'humanité vers la fin de ce premier tome. Et Abel, la perle, son compagnon (oui, vous avez bien lu ;)) : je le trouvais insupportable, jusqu'au chapitre où il dévoile le pourquoi du comment il a été transformé en perle. La compassion m'a envahie comme une vague (le fou rire aussi, j'avoue ^^), et après cela je n'ai pas cessé de l'apprécier davantage page après page.

Un roman qui se dévore ! J'ose à peine en dire plus car il faut le lire pour le croire. :)

4/5

Lien vers la critique du tome 2.

samedi 3 mars 2012

[Jérome Noirez] Fleur de dragon

Titre : Fleurs de dragon
C'est un premier tome mais il peut se lire comme un volume unique.
Auteur :  Jérôme Noirez
Editeur :  Gulfstream (grand format) et J'ai Lu (poche)
Nombre de pages : 241
[dès 9 ans, mais je dirais que c'est aussi du Young Adult]

Japon, 1489.
Officier de justice, Ryôsaku se voit confier par le shôgun la mission de poursuivre de mystérieux criminels qui traversent une partie du pays en laissant derrière eux des cadavres de samouraïs. Pour accomplir sa tâche, Ryôsaku sera aidé de trois jeunes samouraïs d’une quinzaine d’années, Kaoru, jeune coq et peureux ; Keiji, adolescent tourmenté ayant déjà tenté de se faire seppuku ; Sôzô, joueur de biwa qui rêve de devenir compositeur.
Dans un pays sombrant dans la guerre civile, en compagnie de trois adolescents maîtrisant l’art du sabre, mais hantés par un passé douloureux, Ryôsaku traque sans merci ces tueurs insaisissables.
Intrigue policière et roman d’apprentissage, Fleurs de dragon entraîne le lecteur dans un monde mouvant, peuplé de moines aveugles, d’un monstre légendaire et de fillettes se prenant pour des ninjas, un monde sombre où est enfoui un terrifiant secret…


Vous aimerez :
- le Japon "médiéval" (中世 - chuusei)
- les samouraï
- les romans historiques accessibles
- les romans à courts chapitres
- les ambiances fantastiques
- les romans d'apprentissage

Vous n'y trouverez pas :
- une histoire d'amour
- une enquête complexe
- une grande fresque historique générale de l'époque
- du vrai fantastique
- des personnages très fouillés

Mon avis ?
Un coup de cœur ! Pourquoi ?
Parce que, tout d'abord, l'écriture est très belle. Une mention spéciale aux métaphores, toujours très bien trouvées, et qui  tournent autour de la nature. Ça m'a rappelé les poésies japonaises : simples mais belles, où la nature a toujours une grande place.
Ensuite, le cadre historique en lui-même : l'auteur connaît son sujet, on sent qu'il le maîtrise très bien, mais il n’assomme pas son lecteur d'informations inutiles. Ce que j'ai bien aimé, aussi, c'est que les détails historiques faisaient à chaque fois écho à mes cours de civilisation japonaise... ;)
Enfin, les personnages : ils sont peu développés, peu décrits, mais tout de suite caractérisés. Ils sont surprenants, et on s'attache à eux dans les premières pages. J'ai autant apprécié l'officier Ryôsaku que Sozô le samouraï joueur de biwa, Kaoru le fier et maladroit qui nous fait rire, ou bien encore Keiji le samouraï orphelin en quête de vengeance. Ces trois derniers personnages sont des adolescents, et ils n'échappent jamais bien longtemps au "marteau de sagesse" de Ryôsaku, qui leur en donne des coups à chaque bêtise ! ^^
Par contre, J'ai Lu a classé le roman dans sa collection "fantasy", mais franchement, c'est tiré par les cheveux : il y a une ambiance fantastique, inquiétante certes, mais pas de magie à proprement parler. Il y a une force surnaturelle, mais le surnaturel fait partie du quotidien des japonais à cette époque... c'est un temps rempli de kami, d'esprits maléfiques, de démons transformés en femmes, de kappa, de renards... du roman historique à ambiance fantastique, en somme !

Bref : belle écriture, histoire sympathique, personnages attachants, cadre envoûtant... j'ai adoré !

En plus, à la fin, il y a un glossaire sur les armes utilisées par les personnages, ainsi qu'un petit précis historique rapide, décrivant les guerres d'Onin (Onin no ran). Le roman se situe juste après celles-ci, lors de la reconstruction de Kyôto.

Un incontournable si vous aimez le Japon médiéval !
5/5